jeudi 27 février 2014

MB&F: LM1 Xia Hang

S'il y avait une Machine que je n'imaginais pas servir de base à une pièce "Performance Art" de MB&F, c'était bien la Legacy Machine 1. Les "Performance Art" sont des déclinaisons de Machines existantes (ou spécifiquement conçues dans ce but comme la MusicMachine) qui témoignent d'un engagement de MB&F avec un artiste ou une société qui se distingue par son talent et son originalité. Les "Performance Art" propulsent les Machines dans une dimension qui dépasse le cadre strict de l'horlogerie en profitant de l'effet cumulé entre la construction tri-dimensionnelle de la pièce, son affichage du temps alternatif et l'audace de la démarche artistique. A moitié montres (ou boîte à musique), à moitié oeuvres d'art, les "Performance Art" ont toujours suscité de fortes réactions et ont révélé la capacité d'adaptation et de transformation des Machines. 


Cependant, du fait de son esthétique  plus traditionnelle, de son inspiration puisée dans les montres de poche du XIXième siècle, la Legacy Machine 1 me semblait beaucoup moins se prêter au jeu de cette évolution, en étant moins propice à l'expression d'un artiste. La quasi-perfection de sa construction tant du point de vue mécanique qu'esthétique m'apparaissait comme un cadre trop rigide pour qu'un "tiers" puisse s'y immiscer. Ce fut donc pour moi une grande surprise de découvrir que la LM1 servait de base à la toute nouvelle "Performance Art".


En un sens, mon raisonnement s'avère juste car une observation rapide de la LM1 Xia Hang donne l'impression qu'il n'y a aucune différence par rapport à la LM1 d'origine, les couleurs de cadran mises à part. C'est en insufflant l'énergie à la montre, en tournant la couronne que toute la subtilité de cette "Performance Art" apparaît. L'affichage tri-dimensionnel de la réserve de marche est en effet remplacé par une sorte de petit personnage assis dont le buste se redresse au fur et à mesure que les tours de couronne sont donnés. Cet être mi-alien, mi-bébé (ou un bébé alien si vous préférez!) est un des "hommes virgule" qui symbolisent le travail iconoclaste et déroutant de l'artiste chinois Xia Hang. Cet artiste est loin d'être un inconnu puisque ses oeuvres sont présentées au sein de la MAD Gallery ce qui lui a permis de gagner en notoriété. Voici donc un exemple d'un brassage d'idées, de cultures, d'inspirations qui ouvre des perspectives pour chacune des parties: un accès à une clientèle plus large pour l'artiste et un potentiel créatif accru pour MB&F. En tout cas, l'heureux propriétaire d'une LM1 Xia Hang y trouve également son compte puisqu'il a le sentiment d'avoir une petite MAD Gallery au poignet!


Car il ne faut pas s'y tromper: ce n'est pas parce que le petit personnage fait 4mm de hauteur avant la pose de l'articulation qu'une quelconque concession du point de vue artistique a dû être faite. Xia Hang a d'abord créé son "homme virgule" en taille réelle (si je peux dire!) dans ses deux positions extrêmes. Puis les équipes de MB&F ont travaillé non seulement à son rétrécissement mais également à la conception de son articulation et à la préservation de son rendu lumineux. Une oeuvre de Xia Hang n'est pas seulement une histoire de forme, c'est aussi un jeu de lumières. Il était donc primordial pour MB&F que le personnage, malgré sa taille minuscule, conservât l'effet miroir et éclatant de l'acier chromé d'origine. Cette micro-sculpture, composée d'aluminium afin de l'alléger au maximum, subit ainsi un polissage minutieux afin de restituer la brillance désirée. De toutes les façons, la comparaison entre l'original et la version réduite pourra être aisément faite: chaque LM1 Xia Hang est livrée avec la paire de sculptures de base des positions extrêmes. Une façon appréciable de renforcer la dimension artistique de la montre et d'apprécier la finesse du travail et la fidélité du petit personnage par rapport aux modèles d'origine.


En fait, cet "homme virgule" possède deux noms: Mr Up lorsqu'il est complètement redressé, la réserve de marche étant à son maximum, Mr Down lorsque le dos est voûté et que la réserve de marche est épuisée. L'être et la machine ne font plus qu'un, s'animant et s'épuisant à la même vitesse: tel un tamagotchi, la vie du personnage ne dépend que du bon vouloir du propriétaire de la montre. Mais il n'y a, à vrai dire, qu'un risque très faible d'oublier de remonter quotidiennement la LM1 Xia Hang: la perspective de se priver du spectacle hypnotisant des oscillations du balancier suspendu d'un 14mm de diamètre est inconcevable!

Malgré une très grande similarité avec la LM1 d'origine, la LM1 Xia Hang représente un défi technique et micro-mécanique. Compte tenu de la forme du personnage assis (qui doit pouvoir s'apprécier à l'oeil nu), il a fallu réduire au maximum son poids afin de maîtriser la consommation d'énergie du mécanisme. La charnière qui permet de faire plier la partie supérieure de "l'homme virgule" de façon continue est invisible et ce, quelle que soit la position: je fus particulièrement impressionné par cette réalisation qui a nécessité une très grande précision dans sa conception et dans son exécution.


Pour le reste, le contexte de la LM1 demeure identique à celui que nous connaissons même si la couleur des cadrans a été revue. Le cadran de la version en or rose est plus contrasté tandis qu'un peu étrangement, la version en or gris récupère la couleur bleu pourtant réservée à la version platine de la LM2. Tant mieux après tout pour la LM1 Xia Hang en or gris qui profite de l'éclat particulier de cette couleur. Les atouts de la LM1 conservent évidemment tout leur pouvoir de séduction: les fascinantes oscillations du grand balancier magnifiées par la basse fréquence du mouvement, les deux cadrans à l'affichage totalement indépendant (la LM1 est une montre à double fuseau horaire qui peut même servir de chronographe heures-minutes!), le dôme qui accentue les effets visuels et évidemment, la beauté du mouvement développé par Kari Voutilainen et Jean-François Mojon.


J'ai toujours qualifié la LM1 de montre "rétro néo", c'est à dire une sorte d'incarnation du futur tel qu'il aurait été imaginé à l'époque de Jules Verne. La présence du personnage de Xia Hang est dans ce contexte amusante: "l'homme virgule" rajoute une dimension temporelle, celle du futur... par rapport à notre présent. 

La LM1 Xia Hang que je préfère est la version en or gris du fait de sa couleur qui lui permet de trancher plus par rapport à la LM1 d'origine. Car c'est un peu le problème (ou l'atout) de cette "Performance Art": contrairement aux autres "Performance Art" qui bousculent les modèles d'origine, les réinventent en un sens, la LM1 Xia Hang est bien plus subtile car la démarche artistique se concentre dans un détail au lieu de recréer tout l'environnement. J'apprécie beaucoup l'idée qui consiste à redonner une énergie à un personnage à travers le remontage manuel. Cette interaction est à la fois ludique et son message, sa signification est positive et valorisante: nous apportons un souffle de vie à travers nos actes. La question est de savoir si c'est suffisant pour créer un intérêt significatif par rapport à la LM1 d'origine, une pièce que je considère comme majeure dans la production horlogère contemporaine.


Je pense en fin de compte que la réponse est positive. La LM1 Xia Hang joue donc sur un autre registre, celui du petit musée personnel au poignet dont seul le propriétaire aurait connaissance et conscience. L'univers de l'artiste est fidèlement restitué et il s'intègre, se glisse dans le contexte de la LM1 avec malice et avec un certain raffinement. Le respect mutuel entre MB&F et Xia Hang se ressent et au final, le plaisir au porté est bel et bien présent. Au lieu de regarder l'heure, je me suis surpris à observer fréquemment la position du personnage: l'influence de Xia Hang n'est donc pas immédiate mais elle est réelle. L'objectif premier de chaque "Performance Art" est bel et bien atteint et c'est bien l'essentiel.

La LM1 Xia Hang est disponible dans le cadre d'une série limitée de 12 montres en or rose et de 12 montres en or gris et est livrée avec la paire de sculptures qui ont servi de modèles au personnage.


Merci à l'équipe de MB&F et de la MAD Gallery pour leur accueil.

Les plus:
+ le plaisir de retrouver les atouts de la LM1
+ l'interaction entre le propriétaire de la montre et le personnage
+ la finition de la micro-sculpture
+ une "Performance Art" au charme subtil et raffiné
+ les sculptures qui accompagnent la montre

Les moins:
- la disponibilité du cadran bleu pour la version en or gris peut surprendre compte tenu du contexte de la LM2
- l'indicateur de la réserve de marche ne gagne pas en lisibilité mais est-ce vraiment important?

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