julien Coudray 1518: JC 1588 Sport

Un événement d'importance s'est déroulé lors du dernier Salon Belles Montres 2013 à Paris: la naissance d'une montre. Profitant de l'emplacement qui était dédié à sa marque, Fabien Lamarche installa son établi et assembla pour la première fois sous les yeux des visiteurs fascinés  sa toute dernière création: la JC 1588 Sport.


Cette montre méritait bien une telle attention et une car elle symbolise bien plus qu'une nouvelle collection pour julien Coudray 1518. Elle est à la fois la première montre du catalogue avec un mouvement automatique et également la première à s'aventurer sur des territoires plus sportifs et plus décontractés. Bien évidemment, cette création n'est pas fortuite: elle répond à la demande croissante des clients de la marque pour des montres qui pourraient les accompagner en toute circonstance, même le week-end dans un contexte beaucoup moins formel que celui des autres montres de la collection. La tâche pour Fabien Lamarche et son équipe n'était pas simple car l'objectif consistait à concilier les caractéristiques attendues pour ce type de pièce (légèreté, confort au poignet, homogénéité) avec le contenu horloger incarnant julien Coudray 1518 (un mouvement de manufacture mettant en valeur le travail des artisans, une fabrication excluant toute laque ou tout dépôt chimique, un design inspiré par l'horlogerie classique... pour ne pas dire par l'horlogerie blésoise du XVIième siècle). Un tel exercice de style s'apparentait donc à un grand écart!


Le résultat est tout simplement étonnant. J'ai rarement vu une montre aussi particulière malgré son affichage du temps traditionnel. Habituellement, le steampunk puise son inspiration dans l'ère victorienne, dans le développement des machines à vapeur et l'industrialisation. Imaginez un steampunk dont les racines se trouveraient  plutôt dans la Renaissance: la JC 1588 Sport en serait une parfaite représentation!


La JC 1588 Sport existe principalement en trois versions: soit totalement en titane, soit en titane et or, soit titane et platine. Dans chacun des cas, elle se distingue par son bracelet mobile à boucle déployante double d'un grand confort, par son boîtier de caractère, par son cadran à cartouches et par ses aiguilles évidées. Je retrouve donc plusieurs éléments du style de la marque:
  • les cartouches bombés sont cette-fois ci en titane sur lesquels des chiffres romains extrudés apportent leur touche de relief,
  • le rehaut en titane ou en or reprend la même graduation des minutes que celui des montres classiques et fait converger le regard vers le centre du cadran,
  • l'indicateur de service dans la partie supérieure du cadran, juste au-dessus des axes des aiguilles, prévient le propriétaire de la montre que le temps de la révision est venu en faisant apparaître une goutte d'huile en or émaillé après 4 années de fonctionnement,
  • et tout comme la Classica 1548, aucun nom de marque n'est apposé sur le cadran. Un vrai symbole d'exclusivité et surtout, un signe de raffinement.
En revanche, de nombreuses différences sont également perceptibles. La couronne vissée est ainsi protégée par un protège-couronne proéminent. Le boîtier a été particulièrement travaillé afin de proposer  des formes originales et géométriques. J'apprécie la forme des parties inférieures et supérieures du boîtier qui est en cohérence avec le motif des maillons centraux du bracelet. La lunette prolonge les graduations grâce à des encoches qui matérialisent les segments de 5 minutes. Les aiguilles bleuies évidées (étrangement non luminescentes pour une montre sport), à la fois fines et larges, se lisent sans difficulté grâce au contraste qu'elles donnent par rapport au cadran. Enfin, le travail effectué sur la partie centrale du cadran (en titane ou en or) apporte beaucoup de dynamisme au design.


Tous ces éléments finissent par cohabiter pour définir cette dimension rétrofuturiste qui définit la JC 1588 Sport. Le design peut provoquer des sentiments opposés car il se situe loin des approches conformistes. C'est ce qui me plaît dans la démarche de Fabien Lamarche: cette montre ne ressemble en rien à une montre existante et elle arrive même à renouveler le style julien Coudray 1518 sans perdre l'essence de la marque.


Au-delà de cette nouvelle approche esthétique, c'est bien côté mouvement que se situe la principale évolution. La JC 1588 Sport est donc la première julien Coudray 1518 automatique, animée par un calibre de manufacture d'une réserve de marche supérieure à 55 heures. Le calibre automatique a au moins deux vertus: la première d'être adapté au contexte de la montre, la seconde de donner une nouvelle occasion à Fabien Lamarche de personnaliser la montre à travers la masse oscillante. La JC 1588 Sport reprend en effet des codes de l'univers automobile qui se manifestent à l'observation du mouvement. Ce dernier est fini selon les critères de qualité de la marque: la forme des ponts permet d'apprécier l'exécution des anglages et  de la décoration des surfaces. Un drapeau à damier se dévoile sur la platine mais c'est bien la plaque d'immatriculation positionnée sur la masse oscillante qui constitue le clou du spectacle. Les inscriptions sur cet insert réalisé en or massif 18 carats et en émail grand feu sont laissées au libre choix du propriétaire de la montre qui pourra donc demander à ce qu'une représentation de sa propre plaque d'immatriculation soit apposée sur la masse oscillante. Un détail qui rapproche encore plus les mondes de l'automobile et de l'horlogerie! En tout cas, je fus séduit par la présentation des mouvements des prototypes, moins démonstratifs qu'à l'accoutumé et qui mettent bien en valeur le rotor.


Le test au poignet était dans ce cas précis encore plus important qu'avec une montre classique de la collection. Car l'ambition derrière cette montre n'avait de sens que si le confort au porté était au rendez-vous. C'est heureusement le cas grâce à la légèreté de la pièce et à son bon maintien sur le poignet. Le bracelet est très efficace et d'une excellente flexibilité. La JC 1588 Sport dégage une belle présence, non pas  à cause de son diamètre (les 41mm demeurent une taille raisonnable pour une montre sport aujourd'hui) mais par le design de son cadran qui intrigue par ses éléments classiques et originaux à la fois. 


Je considère donc la JC 1588 Sport comme une montre réussie car elle propose quelque chose de nouveau dans l'univers horloger. Son aspect rétrofuturiste peut déranger et surprendre. Il est inutile de le nier: elle demeure d'un abord plutôt difficile compte tenu de ce mélange subtil d'audace et de tradition. En tout cas, elle remplit sa mission en accompagnant son propriétaire tout au long de ses activités et en respectant les principes de d'exécution de la marque. En ce qui me concerne, ma montre préférée du catalogue julien Coudray 1518 demeure la Classica 1548 et je ne me vois pas acquérir la JC 1588 Sport en premier. Elle me donne le sentiment d'être plus une montre de complément pour un collectionneur qui apprécie déjà à travers les pièces classiques le travail de Fabien Lamarche et de son équipe.


Un grand merci à Fabien Lamarche pour le temps qu'il m'a consacré pendant le Salon Belles Montres 2013.

Les plus:
+ le premier mouvement automatique chez julien Coudray 1518
+ la qualité de l'exécution
+ le confort au poignet 
+ la personnalisation de la masse oscillante

Les moins:
- un design rétrofuturiste qui peut dérouter
- les aiguilles non luminescentes

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