mardi 23 décembre 2014

Alexandre Meerson: Altitude Première Petite Seconde

Il faut une sacrée dose de courage pour lancer une nouvelle marque dans un marché horloger déprimé. C'est pourtant le pari d'Alexandre Meerson qui a profité du SalonQP 2014 pour lancer sa collection de montres qui s'articule autour de deux modèles: l'Altitude Première et l'Altitude Officier. La volonté d'exprimer ses propres idées, de rendre concrets ses projets était bien plus forte que l'appréhension due à un contexte économique difficile. Et puis, une telle démarche se trouvait inscrite dans ses gènes puisque son père avait débuté son activité de création de montres et de joaillerie dans les années 50. Alexandre Meerson s'est ainsi donné les meilleures chances de perpétuer la tradition familiale avec succès en sélectionnant rigoureusement ses partenaires et en consacrant beaucoup de soin dans l'approche esthétique de ses montres. Car pour rajouter de la difficulté, le créneau initial et fondamental d'Alexandre Meerson est celui de la montre simple et élégante au contenu horloger solide.

L'Altitude Première Petite Seconde en or rose (la montre photographiée est le prototype porté par Alexandre Meerson depuis plusieurs mois):


A vrai dire, je ne connais pas d'exercice plus délicat que celui qui consiste à dessiner une montre à deux ou trois aiguilles raffinée. Elle offre finalement moins d'opportunités de se distinguer et le créateur doit toujours oeuvrer avec subtilité pour réussir dans son entreprise. De plus, ce segment est on ne peut plus encombré, notamment par des acteurs majeurs de l'horlogerie qui, sur la force de leurs noms, peuvent séduire une clientèle captive.

En fait, la présentation de ses premières montres a permis à Alexandre Meerson d'adresser plusieurs messages à l'attention du marché et des amateurs d'horlogerie traditionnelle:
  • la volonté n'est pas de présenter une ou deux montres mais bien de bâtir une marque. A ce titre, les Altitude regroupent certains traits esthétiques qui contribuent à définir l'identité de cette marque.
  • si les montres sont de prime abord classiques, elles comportent plusieurs détails originaux comme notamment les attaches du bracelet.
  • l'offre se veut volontairement exclusive avec une collection inaugurale qui ne dépassera pas les 249 montres.
  • un certain degré de personnalisation est disponible puisque plusieurs configurations de matériaux, complications, couleurs de cadran sont possibles. Le matériau de la lunette peut même être différent de celui du boîtier.
  • les mouvements automatiques qui animent les Altitude proviennent de chez Vaucher ce qui leur confère un intérêt horloger certain et une garantie de pérennité.
  • enfin, la grande force des Altitude est le soin apporté aux détails.


L'Altitude Première Petite Seconde illustre avec justesse la démarche d'Alexandre Meerson. Ce qui surprend au premier coup d'oeil est la forme des attaches de bracelets. Les amateurs de montres Vintage ont déjà vu des attaches similaires mais elles se font extrêmement rares dans le contexte d'aujourd'hui. Elles ont plusieurs vertus. Elles donnent l'impression que le bracelet possède une forme particulière ce qui n'est pas le cas puisqu'un bracelet classique aux dimensions adaptées fait l'affaire. Elles améliorent le confort au porter grâce à la liberté de rotation qu'elles donnent au bracelet. Et elles parachèvent le design du boîtier en renforçant sa "circularité". Ces attaches jouent sur le contraste entre leur aspect très géométrique et la forme du boîtier. Elles ne s'inscrivent d'ailleurs pas dans la continuité du boîtier et cette nette rupture esthétique était recherchée pour mettre en valeur la partie centrale de la montre. Enfin, lorsque l'Altitude Première est observée de profil, les attaches évoquent alors la forme du pied d'une danseuse en train de faire une pointe. Une petite coquetterie discrète et bien dans l'esprit de la collection.


Le boîtier en or rose 4N d'un diamètre d'un 41mm est plus complexe qu'il n'en a l'air au premier coup d'oeil. La lunette surélevée crée une sorte de godron et apporte une touche de caractère. La forme du fond est aussi intéressante à analyser. La partie centrale au contact de la peau, est ovale et incurvée  afin d'améliorer le confort. Elle permet par la même occasion de profiter d'une jolie alternance de poli et de brossé.

Le cadran offre une combinaison traditionnelle d'index bâton et d'aiguilles dauphine. Traditionnelle? Pas tant que cela finalement puisque quelques surprises se cachent ici et là. Le 12 à son sommet pour commencer. Ses formes évoquent celles des attaches du bracelet mais surtout le 2 apparaît comme un Z stylisé. Ce n'est évidemment pas un hasard puisque il s'agit de la première lettre du second prénom d'Alexandre Meerson. Les index appliqués, biseautés, longs et fins jouent un double rôle. Ils contribuent nettement à la qualité perçue de la montre et ils atténuent la perception de la taille du boîtier en se rapprochant du secteur de la trotteuse. 

Une autre atmosphère avec la version en titane:


Je considère cette dernière comme trop proche du centre, signe que le mouvement est un peu petit pour le boîtier. C'est sur ce modèle à petite seconde que cela se remarque le plus puisque les chiffres périphériques de l'Altitude Officier et l'absence de trotteuse des autres Altitude Première gomment ce sentiment.

L'autre surprise d'importance proposée par le cadran est la paire d'aiguilles dauphine asymétriques. Typiques de la marque, elles se distinguent par le contraste mat/brillant qui les rend plus présentes et qui améliore la lisibilité. Il faut avouer que le résultat est très convaincant car cette lisibilité est obtenue sans dénaturer l'harmonie chromatique de la montre. L'ensemble apparaît donc comme pur et élégant, sans anicroche. J'apprécie également les dimensions raisonnables du nom de la marque sur le cadran. Les nouvelles marques ont tendance à trop vouloir se mettre en avant et à effectuer une sortie de piste sur le circuit du bon goût.


Compte tenu de l'habillage de qualité et de l'esthétique harmonieuse, Alexandre Meerson ne pouvait se permettre d'utiliser un mouvement standard. La volonté n'était pas non plus d'apparaître comme une nouvelle manufacture. Les Altitude et notamment cette Altitude Première Petite Seconde sont animées par un mouvement automatique Vaucher d'une fréquence de 4hz et d'une réserve de marche d'une cinquantaine d'heures. Portant le nom d'AM4808 dans ce contexte, il se distingue par sa finesse (3,7mm) ce qui a permis de donner un style élancé au boîtier. De plus, il utilise deux barillets dont la finalité n'est pas d'augmenter la réserve de marche mais d'obtenir un meilleur couple et une chronométrie plus stable. Son efficacité au remontage est excellente et, en dehors de son diamètre de 25,6mm trop limité dans ce boîtier, il se révèle être un moteur idéal pour l'Altitude Première. Sa finition est à l'image du reste de la montre: simple et raffinée, sans effet tape à l'oeil. Peut-être aurais-je préféré un peu plus d'audace au niveau du rotor qui ne se détache pas assez par rapport à la platine et aux ponts du mouvement.


Pour les raisons évoquées précédemment, le confort au porter de l'Altitude Première Petite Seconde est irréprochable. La montre se positionne bien sur le poignet grâce au fond légèrement incurvé et à la flexibilité du bracelet au niveau des attaches. Elle dégage une impression un peu paradoxale mais qui explique son intérêt: elle est à la fois très présente tout en demeurant assez contenue visuellement. La forme des attaches  y est évidemment pour beaucoup mais la cohérence et la maîtrise stylistique dont a su faire preuve Alexandre Meerson en sont les principales causes.

Je fus donc très séduit par cette Altitude Première Petite Seconde et de façon plus globale, par la collection inaugurale d'Alexandre Meerson. S'attaquant à un exercice de style très difficile, celui de la montre simple et habillée, il réussit grâce à la qualité de l'exécution et des finitions à proposer des pièces convaincantes. Mais au final son plus grand atout demeure la maturité de l'approche stylistique qui parvient à trouver le subtil équilibre entre classicisme et détails plus originaux.


Les montres Alexandre Meerson sont en vente en France au Bon Marché Rive Gauche.

Merci à Alexandre Meerson pour sa disponibilité au SalonQP et lors de la présentation au Bon Marché.

Les plus:
+ une qualité d'exécution irréprochable
+ la subtilité des détails de finition du cadran, des aiguilles et du boîtier
+ le confort au porter
+ les performances et l'efficacité du mouvement Vaucher

Les moins:
- le mouvement est un peu petit pour un boîtier de 41mm et cela se ressent sur le positionnement de la petite seconde
- j'aurais aimé une approche décorative plus poussée au niveau du rotor

dimanche 21 décembre 2014

Hublot: King Power Special One

Bonjour. Je m'appelle José Mourinho et je suis actuellement le manager du club de football de Chelsea à Londres. J'ai travaillé précédemment au Real Madrid. J'entends déjà certains ricaner et me rappeler que je ne suis pas arrivé avec le club madrilène à gagner la dixième Coupe d'Europe des clubs champions alors que mon successeur y est arrivé dès sa première année. Mais je me fiche des quolibets et des attaques sournoises. Car au-delà de mon palmarès, je suis après tout l'entraîneur le plus connu et le plus charismatique au monde. Je rappelle en effet que je suis le seul dans l'univers du football à pouvoir porter une doudoune et un survêtement sans ressembler à un type qui va chercher le pain le dimanche matin.


La preuve de mon importance? Hublot m'a dédié une montre. Car franchement, vous imaginez vous une Hublot Laurent Blanc ou Didier Deschamps? Eh oui, alors que Hublot a multiplié les séries limitées dédiées à des clubs, des fédérations voire même des compétitions comme la Coupe du Monde, je suis le seul au sommet de la colline à pouvoir arborer MA montre.

Et puis franchement, elle est tout de même pas mal cette montre. Certes mon élégance naturelle m'aurait fait préférer le boîtier plus classique et discret de la Classic Fusion. Mais bon, le diamètre de 48mm du boîtier King Power est là pour rappeler que je suis à la tête d'une équipe puissante appelée à jouer les premiers rôles. Hublot a eu de plus la délicatesse de faire deux versions: je peux donc varier les plaisirs, porter celle en or rose pour les matches de gala et celle en titane pour le deuxième tour de la coupe de la league contre une équipe de quatrième division. Mais je m'égare... car la montre en titane est finalement la plus réussie du lot. Pourquoi? Tout simplement parce que la couleur neutre du boîtier se marie mieux avec le carbone de la lunette et les autres détails bleus. Le rendu du titane brossé m'a beaucoup plu.


Cela tombe bien cette histoire de bleu car c'est ma couleur préférée. D'ailleurs j'ai décidé de revenir entraîner Chelsea parce que l'équipe joue en bleu. Vous pouvez constater que j'ai bien fait de quitter le Real Madrid! Rien que d'imaginer une lunette blanche, j'ai des frissons. Le bleu se retrouve sur le bracelet et également sur les compteurs. Le cadran est selon moi le principal attrait de ma montre. Grâce à son effet de transparence, il permet de profiter de l'architecture du mouvement Unico conçu avec une approche modulaire plaçant le mécanisme du chronographe dont la roue à colonne côté cadran. Le mouvement Unico, c'est tout moi finalement. Il se retrouve là où on l'attend pas et il est beau! Ses performances sont à l'avenant: une réserve de marche de 3 jours, un retour en vol, un usage au quotidien agréable (efficacité au remontage, manipulation des poussoirs). Je suis donc fier que Hublot m'ait dédié son mouvement maison. Visuellement, cela se ressent que ce soit côté cadran ou en retournant la montre. La finition des éléments demeure industrielle mais contemporaine, soignée et adaptée à la présentation du mouvement. Ce dernier est visible à travers un fond transparent. Mais attention! Il ne fallait pas qu'il me volât la vedette. Je n'ai pas pu résister à la tentation d'apposer ma signature sur le fond...


Considérez cela comme un honneur. Avoir ma signature au contact de la peau de votre poignet va vous donner force, énergie et clairvoyance pour affronter les épreuves de la vie tout comme moi je me prépare match après match à lutter contre des adversaires ne rêvant que d'une chose: me faire mordre la poussière. Et ne perdez pas de vue que cette signature demeure bien plus discrète qu'un logo de club côté cadran!

Vous allez maintenant me dire que le gabarit imposant de la montre (diamètre et épaisseur) la rend difficile à porter en toutes circonstances. Mais je ne suis pas le "Special One" pour rien! Tout est prévu avec ma montre. Tout d'abord, le titane l'allège considérablement. Ensuite, il ne faut pas oublier le confort au porter des montres Hublot. La boucle déployante est efficace et maintient parfaitement la King Power sur le poignet. Bref, il n'y a aucune contre-indication si ce n'est l'esthétique! Un tel engin sur un poignet modeste peut choquer. Ma montre n'est pas faite pour les petits garçons!


Vous comprenez ainsi que je suis très satisfait du résultat. Je considère ma série limitée comme étant une des plus réussies de ces dernières années car profitant du mouvement Unico et d'une jolie harmonie de couleurs dans la version titane. Le seul point qui me chagrine un peu est que Hublot a décidé d'en faire 250 en titane et 100 en or. Comment peuvent-ils penser qu'il n'y a que 350 fans de ma personne dans le monde susceptibles d'acheter ma King Power? Mon aura et mon charisme vont bien au-delà de ces nombres fort modestes.

Je vous donne maintenant rendez-vous en France dans quelques semaines quand je viendrai avec Chelsea affronter le Paris St Germain. L'amateur de sucettes peut se méfier. Il risque de finir comme l'année dernière avec une élimination au bout. Mais ne croyez pas qu'il s'agira d'un simple match de Champions League! Ce sera l'affrontement entre deux séries limitées de Hublot, la Special One contre la PSG... Franchement, vous ne trouvez pas la mienne bien plus lumineuse?


Merci à l'équipe de la boutique Hublot de la Place Vendôme à Paris.

Les  plus:
+ l'utilisation et la présentation du mouvement Unico
+ le rendu du titane brossé
+ l'harmonie des couleurs de la version titane
+ le confort au porter

Les moins:
- le gabarit très imposant
- une version en or rose loin d'être indispensable

mercredi 17 décembre 2014

Urwerk: UR-110 Eastwood

Quelques jours avant le SalonQP, nous fûmes quelques privilégiés à recevoir une invitation très spéciale de la part d'Urwerk. Un rendez-vous un vendredi matin, pendant le Salon... non pas autour de la Saatchi Gallery mais dans l'atelier du célèbre couturier anglais Timothy Everest à quelques encablures de la gare de Liverpool Street. Notre curiosité était piquée au vif et comme l'un des invités me le précisait: "je n'ai aucune idée de ce que je fais ici mais je suis sûr que cela va être passionnant à découvrir!".

Elder Street:

 

Je dois avouer que j'étais tout aussi perplexe et excité à la fois. Urwerk est une marque qui fait partie de mes favorites pour de très nombreuses raisons: la capacité à réinventer le vieux principe de l'heure vagabonde, la cohérence du design avec l'affichage du temps, les prouesses techniques, l'exclusivité, la disponibilité de l'équipe... je pourrais en citer bien d'autres. Alors ce n'étaient pas les caprices de la Circle Line (dont je ne comprendrais jamais dans quel sens circulent les trains) qui allaient m'empêcher de découvrir la surprise proposée par Felix Baumgartner et Martin Frei... sans oublier notre hôte de la matinée!

L'atelier de Timothy Everest:


Ce n'était décidément pas une journée comme les autres: en sonnant à l'atelier situé dans la charmante et typique Elder Street, sorte d'îlot entouré par les immeubles de la City, je découvris un Timothy Everest avec un bras en écharpe. Un peu gênant pour quelqu'un qui doit manipuler les ciseaux et le mètre... mais ce désagrément très provisoire dû à une mauvaise chute à vélo n'allait pas l'empêcher d'être stylé! Même dans les situations les plus inhabituelles, un dandy reste un dandy! J'imagine le soin apporté au choix du tissu qui allait soutenir le bras!

Une très jolie décoration et tous les autres cadres sont à l'avenant:


Je pensais d'ailleurs la même chose de Felix Baumgartner et de Martin Frei, tirés à 4 épingles dans leurs superbes vestes 3/4 cintrées dessinées bien évidemment par Timothy himself... mais bon, nous n'étions pas là que pour parler mode et chiffons même dans ce lieu ô combien agréable et furieusement british car il y avait bel et bien une histoire de montre au bout du compte!

Martin Frei, Timothy Everest et Felix Baumgartner:


La véritable surprise était donc là: l'événement était organisé pour nous présenter les ultimes versions de l'UR-110 déclinées dans un contexte nouveau pour Urwerk, celui d'un partenariat avec Timothy Everest. De prime abord, une telle idée peut sembler farfelue. Après tout, il est difficile d'imaginer une plus forte opposition de style que celle entre les réalisations classiques et traditionnelles d'Everest et les montres audacieuses dessinées par Martin Frei! C'est bien là tout l'intérêt de ce projet commun. S'il ne fallait associer que des démarches allant toujours dans le même sens, cela ne générerait que de l'ennui. Les étincelles sont provoquées par l'affrontement des caractères!

Ces tissus ne sont pas là par hasard!


Les deux UR-110 Eastwood sont le résultat d'une rencontre entre deux mondes, celui de la mode et de l'horlogerie qui trouvent ici un point d'équilibre subtil et délicat à atteindre. Elles donnent l'occasion de découvrir une nouvelle facette d'Urwerk, peut-être moins contemporaine, moins stricte mais assurément plus chaleureuse, un peu comme si l'histoire de la marque avait démarré il y a quelques décennies non pas à Genève mais dans cet atelier à Londres.

L'UR-110 Eastwood à teinte sombre:


Elles rappellent également qu'il existe bien plus de points communs entre Urwerk et Timothy Everest que nous le pourrions le penser. Dans chaque cas, je retrouve la volonté d'atteindre la perfection dans la pratique de son métier, l'hommage à la tradition, le plaisir de produire dans de très petites séries, en d'autres termes, un véritable travail d'artisan. Et puis... les yeux exercés savent reconnaître les détails plein d'originalité qui émaillent les créations d'Everest, sûrement moins perceptibles que ceux d'Urwerk mais bien réels!

L'UR-110 Eastwood à teinte vive:


La véritable question était donc de savoir comment aller s'intégrer la touche de Timothy Everest dans cette UR-110 qui se distingue par son échelle des minutes verticales et par l'effet de parallélisme des satellites supportant les plots des heures et les aiguilles qui longent la graduation. L'UR-110 n'est pas une UR-103 qui aurait subi une sorte de rotation de 90 degrés dans le sens contraire des aiguilles. Son grand intérêt réside dans le comportement unique des satellites, constamment en mouvement afin qu'ils conservent leur parfait alignement. En un sens, elle est peut-être l'Urwerk à l'affichage le plus rigide, le plus strict. Cependant, son grand atout provient de son orientation et de la fluidité de ses lignes. Grâce à cette orientation horizontale et à ses formes sensuelles, l'UR-110 donne constamment l'envie de la caresser de la paume de la main. Est-ce ce sentiment qui fit émerger l'idée d'utiliser du bois pour la partie supérieure du boîtier? En tout cas, le résultat est là: caresser une UR-110, c'est comme glisser la main le long d'une rampe en bois... une vraie expérience tactile!

Le bracelet Prince de Galles: 


Pour arriver à un tel résultat, il fallait un bois aux propriétés adaptées au contexte du port quotidien d'une montre. L'ébène de Macassar, pour ses couleurs, sa dureté, constituait le choix parfait. La provenance indonésienne de ce bois, très à l'est de Genève explique le nom  de cette édition finale de l'UR-110. Les fans de Clint seront déçus mais il faut constater qu'il n'y a aucun hommage caché à l'Inspecteur Harry dans cette montre!

La base du boîtier demeure en titane:


Les dimensions généreuses de l'UR-110 (47mmx51mmx16mm) créent la surface suffisante pour profiter pleinement de la texture et des couleurs du bois. Deux teintes dominantes sont disponibles: une qui tire vers le chocolat sombre, l'autre vers le Bordeaux vif. Chacune est séduisante et définit sa propre ambiance. La montre la plus surprenante est évidemment celle qui est la plus lumineuse. A ce titre, elle est selon moi la plus intéressante car c'est elle qui tranche le plus rapport à une Urwerk "classique" (drôle d'expression dans ce contexte!). Mais dans chaque cas, il est très surprenant de réaliser à quel point l'UR-110 est transformée. De statut de vaisseau spatial à tendance agressive, elle passe à celui d'objet terrestre paisible et réconfortant.

Au poignet d'un des heureux invités:


Même si le bois m'évoque les ateliers traditionnels de couture, il fallait cependant plus pour que l'atmosphère particulière de Timothy Everest soit retranscrite. N'avons-nous pas l'habitude de dire qu'un bracelet habille une montre? Et tout naturellement, le couturier dessina deux bracelets en tweed adaptés à l'UR-110 dont l'un arbore l'un de ses motifs préférés, celui de Prince de Galles. Ainsi parachevée, l'UR-110 Eastwood dégage un charme irrésistible, celui d'une montre que Jules Verne n'aurait pas reniée: une montre du futur conçue il y  a quelques décennies.

Le bracelet Tweed à chevrons:


Porter l'UR-110 Eastwood est une expérience rare. Le bois surprend par sa texture et il est intéressant d'observer que ce matériau traditionnel devient le principal point d'originalité de la montre jusqu'à pratiquement faire oublier la singularité de l'affichage du temps. Pièce hors du temps, s'inscrivant dans un univers inhabituel pour Urwerk, l'UR-110 Eastwood constitue le bouquet final, plein d'audace et de créativité qui ferme avec élégance un des plus jolis chapitres d'Urwerk. Et en matière d'élégance, difficile de trouver meilleur maître que Timothy Everest.

Un bouquet final plein d'élégance et de charme:


L'UR-110 sera définitivement présentée pendant la semaine du SIHH 2015 à Genève. 10 montres seront prévues mais la répartition du nombre selon la couleur du bois dépendra a priori des commandes.

Merci aux équipes de Timothy Everest et d'Urwerk pour leur accueil à l'atelier d'Elder Street.

Les plus:
+ le plaisir de retrouver l'UR-110 dans une atmosphère inhabituelle pour Urwerk
+ l'originalité apportée par le bois, par sa texture et ses teintes
+ le charme des bracelets en tweed
+ l'évolution en parallèle des satellites

Les moins:
- il faudra prévoir une rallonge au budget pour acheter le costume qui ira avec le bracelet!

dimanche 14 décembre 2014

Ralf Tech: WRX Edition Manufacture «Pirates»

Avec sa nouvelle collection, l'Edition Manufacture, Frank Huygue part à l'abordage d'un segment horloger différent de celui dans lequel navigue habituellement Ralf Tech. Une telle ambition pourrait apparaître comme surprenante voire inconsciente car nous connaissons les difficultés qu'ont les marques, quelles qu'elles soient, à évoluer en dehors de leurs environnements naturels, notamment tarifaires. 

En effet, la WRX Edition Manufacture "Pirates", une des deux représentantes actuelles avec la "Torpedo" de cette collection, se situe dans une gamme de prix bien plus élevée que celle des montres qui composent la division professionnelle de Ralf Tech. Cependant, l'ambition de Frank Huygue, bien réelle, demeure mesurée en termes de volume de pièces concernées. Connaissant parfaitement le marché horloger, il sait pertinemment que les attentes de la clientèle face à une montre de 17.000 euros ne sont pas les mêmes que dans la fourchette autour des 2.000 euros. L'objectif poursuivi par l'Edition Manufacture est donc de témoigner d'une expertise et d'un savoir-faire, de renforcer l'image de Ralf Tech en tant que marque de niche mais sûrement pas de tirer l'ensemble de la collection vers le haut à un moment où la sensibilité des consommateurs par rapport aux prix est extrêmement élevée. De plus, Frank Huygue s'est donné les moyens de réussir dans sa démarche, à savoir de vendre l'ensemble des pièces de la collection et d'équilibrer l'opération, en renforçant et en crédibilisant le contenu horloger. L'Edition Manufacture dans son ensemble repose sur un calibre exclusif, le type 77, qui est le fruit du partenariat entre Ralf Tech et l'atelier Novowatch au Locle.


Il est important d'apporter plus de détails sur ce mouvement dont les caractéristiques témoignent de l'esprit dans lequel s'inscrit l'ambition horlogère de Frank Huygues. En un sens, j'y vois une sorte d'hommage à l'horlogerie traditionnelle: d'un grand diamètre (35,5mm), d'une architecture très classique, s'appuyant d'ailleurs sûrement sur une reprise de pointage de l'Unitas, il évoque plus les mouvements d'il y a quelques décennies plutôt que les mouvements contemporains. Sa fréquence (3hz), l'angle de levé du balancier (44°), le nombre de rubis (17) font immédiatement penser aux Unitas de "deuxième génération " (au suffixe 2) qui possèdent une réserve de marche étendue et une fréquence plus élevée.  Cependant, il serait dommage de s'arrêter à cette première impression car le type 77 comporte de nombreux détails techniques qui visent à renforcer ses performances tant du point de vue de la stabilité de marche que de la chronométrie. En retournant la montre, le détail qui se remarque instantanément est le cliquet de remontage qui a été revu. L'organe réglant a également fait l'objet d'un soin particulier tant au niveau du balancier que de celui la forme du spiral.

Le contexte classique du mouvement est pourtant contre-balancé par une approche décorative bien plus contemporaine grâce notamment à la forme des ponts, au microbillage avec revêtement ruthenium et au travail de squelettage effectué côté cadran. L'ensemble est ainsi très agréable à regarder y compris côté ponts. Mais bien entendu, le point d'attention se situe côté cadran.


La WRX Edition Manufacture "Pirates", au-delà de son mouvement, se distingue avant tout par son audace esthétique. Elle profite d'abord de la forme et de la taille du boîtier en acier traité DLC noir mat d'un diamètre de 47,5mm. Heureusement, cette taille n'est pas insurmontable. L'ensemble est galbé et donne même l'impression d'être ramassé. L'épaisseur de la lunette contient l'ouverture du cadran et donc réduit la taille perçue. Il n'en demeure pas moins que la montre dégage un sentiment de puissance appuyé par le protège couronne et le traitement de la lunette.

La lunette est peut-être l'élément qui m'a le plus plu. En tout cas, elle joue un rôle extrêmement important puisqu'elle supporte les chiffres romains et index polis à la main qui assurent la lisibilité. En outre, son traitement au ruthénium abrasé confère à la WRX Edition Manufacture "Pirates" un rendu brut mais non dénué de raffinement, cohérent avec le motif qui orne le cadran: la représentation du drapeau de pirate.


La tête de mort, voici un véritable thème casse-gueule dans l'horlogerie. Compte tenu de son omniprésence dans les dernières collections (je ne compte plus le nombre de têtes de mort vues à Bâle cette année), il est très difficile de sortir du lot. Certains ont carrément sombré dans le ridicule. Mais dans ce cas précis, le charme opère.

Je l'explique par d'abord la qualité du motif. Les longs sabres sont finalement aussi importants que la tête en elle-même et évitent à la montre de tomber dans la rhétorique du memento mori. Ensuite, le motif s'intègre avec harmonie avec l'architecture du mouvement qui se dévoile dans la partie semi-ouverte du cadran. J'aime beaucoup la façon avec laquelle ces différents éléments se mélangent. Enfin, la puissance du boîtier et le rendu de la lunette soutiennent avec force tout l'imaginaire véhiculé par le drapeau de pirate.

Dans ce contexte de cadran complexe et très occupé, un des enjeux consistait à préserver la lisibilité. Les index et chiffres de la lunette aident beaucoup mais les aiguilles en traitement PVD gris anthracite mat, malgré leurs pointes rouges ont un peu de mal à se distinguer. Il s'agit ici d'un choix esthétique. En les rendant plus visibles, le motif du cadran aurait peut-être perdu de son intérêt. L'option choisie est assurément la meilleure du point de vue du design mais pas du point de vue pratique.


Sans surprise, le confort au porter est au rendez-vous, comme de coutume avec le boîtier WRX. La taille et la forme des cornes, sans oublier la largeur du bracelet positionnent efficacement le boîtier sur le poignet. Cependant, un petit poignet ne sera pas adapté à une telle montre. Plus qu'un réel problème de confort, il s'agit de l'inadéquation entre le style de la pièce et le poignet qui la porte qui finirait par être trop perceptible. Fort heureusement, seulement cinq amateurs de piraterie en tout genre suffiront pour que le succès soit au rendez-vous de la WRX Edition Manufacture "Pirates" comme ce fut le cas précédemment avec la Torpedo dont tous les exemplaires furent vendus. En effet, la "Pirates" n'est commercialisée que dans le cadre d'une série extrêmement limitée de 5 pièces, toutes disponibles chez Colette à Paris. Dans ce contexte d'exclusivité, de positionnement tarifaire inhabituel et d'audace esthétique, cette boutique est sans aucun doute le partenaire commercial idéal pour Ralf Tech.

Merci à Frank Huygue pour son accueil lors de Baselworld 2014.

Les plus:
+ la cohérence de l'ensemble
+ le cadran, esthétiquement réussi
+ le rendu de la lunette
+ l'intérêt et la présentation du mouvement à remontage manuel même s'il impose de dévisser la couronne pour le remontage quotidien

Les moins:
- le gabarit du boîtier et le thème imposent un large poignet
- la lisibilité est moyenne du fait du faible contraste des aiguilles avec le cadran

lundi 8 décembre 2014

MATWATCHES: AG7 California

Dernière le nom de code AG7 se cache la ligne des montres habillées de MATWATCHES. Mais n'ayez crainte! Tout l'esprit de la marque est préservé et c'est bel et bien dans un contexte militaire qu'elles puisent leur inspiration. Les AG7, aujourd'hui au nombre de trois (Acier, Furtive et California), peuvent en effet être considérées comme des montres d'état-major qui allient une certaine idée de l'élégance avec les caractéristiques de l'ensemble de la collection: lisibilité, luminescence, robustesse, étanchéité, manipulation aisée. Et malgré cette évolution vers plus de raffinement, le style propre à MATWATCHES demeure aisément reconnaissable.


Ma préférée est sans aucun doute la California qui tire son nom de son cadran particulier. L'intérêt des cadrans de ce type, qui mélangent chiffres arabes et romains, est qu'ils permettent de faire très facilement le tri entre designs réussis ou ratés. Ils ont tendance à amplifier les qualités et les défauts des montres qui les utilisent. Une montre au design hasardeux affublée d'un cadran California devient ridicule. En revanche, si elle se révèle être aboutie, un tel cadran peut lui donner beaucoup de charme et renforcer son pouvoir d'attraction. C'est ce que j'ai ressenti en découvrant l'AG7 California.

La principale raison qui explique ce sentiment est l'harmonie entre le cadran et le boîtier. Ils semblent faits l'un pour l'autre. Le boîtier en acier d'un diamètre de 39mm suit scrupuleusement un des éléments esthétiques de MATWATCHES: la lunette ronde posée sur une carrure de forme tonneau. Cet élément contribue au caractère de la montre et lui évite, dans ce contexte plus formel, de tomber dans la traditionnelle montre ronde lisse et sage. La couronne surdimensionnée, au-delà de son aspect pratique, raccroche l'AG7 à son environnement militaire. Sa taille est d'ailleurs cohérente avec celles des chiffres et des aiguilles. Le décrochage au niveau des cornes et la présence des pièces de bouts qui créent le lien entre le bracelet et le boîtier sont également des rappels stylistiques de la marque qui donnent à l'AG7 un soupçon d'originalité tout en l'ancrant dans la collection grâce à un air de famille incontestable.


Dans ce contexte, le cadran ne pouvait pas jouer une partition différente. Il respecte lui aussi plusieurs principes de MATWATCHES comme la présence de 4 chiffres uniquement et l'alternance entre les index bâton épais et les larges points. Ce qui surprend le plus à l'observation du cadran est la taille de ses composants. Les chiffres et index semblent très imposants et ont tendance à manger une grande partie de la surface disponible. Une telle option est-elle vraiment appropriée pour une montre de 39mm de diamètre? En fait, j'ai trouvé plusieurs vertus à un tel choix. Tout d'abord, ces larges chiffres et index augmentent le diamètre perçu de la montre. Ensuite, ils renforcent l'inspiration militaire. Enfin, ils donnent l'occasion de profiter d'une très jolie finition mise en valeur par des fins liserés délicatement en relief autour du Superluminova. Les aiguilles, chiffres et index sont ainsi en harmonie car partageant la même approche. J'ai beaucoup aimé ce surdimensionnement car tout en restant dans les limites du raisonnable, il apporte beaucoup d'énergie et de peps à la montre.


Fabrice Pougez, le créateur de MATWATCHES a également souhaité conférer à la montre une atmosphère vintage. Tel est le but de la minuterie périphérique qui rappelle les pièces d'il y a quelques décennies tout comme l'indication "automatique" rouge qui agrémente joliment le cadran avec une petite touche de couleur discrète et bienvenue. Au bout du compte, le cadran dans son ensemble propose un bel équilibre qui n'était pourtant pas facile à atteindre. 

L'AG7 California, comme de coutume avec les montres automatiques à 3 aiguilles de MATWATCHES, est équipée du mouvement ETA2824-2 d'une fréquence de 4hz et d'une réserve de marche de 42 heures. Il colle parfaitement à l'esprit de la montre: fiable et sans histoire, répandu et donc facilement réparable, il en est son parfait compagnon. Je me suis posé la question de la pertinence de l'utilisation d'un mouvement à remontage manuel. A la réflexion, compte tenu de la couronne visée, l'option automatique me semble être la meilleure. Elle l'est également du point de vue commercial. On a beau tourner le problème dans tous les sens, dans ce segment, les montres automatiques trouvent plus facilement preneur que les montres à remontage manuel. Après tout, peut-être que MATWATCHES réserve un mouvement de ce type pour la montre de gala qui accompagnera la tenue d'apparat?


L'AG7 California dégage une présence au poignet bien plus forte que sa taille ne le laisse supposer. Quel que soit le bracelet utilisé (la montre est livrée avec un barenia marron, un bracelet en toile et un en caoutchouc), le confort est au rendez-vous. Grâce à son caractère, son cadran, son épaisseur parfaitement dosée (11,5mm) et la forme du boîtier, elle demeure finalement bien dans la lignée des autres montres de la marque, pourtant bien plus grandes. Mélangeant astucieusement des atmosphères militaire et vintage d'un côté et du raffinement et du punch de l'autre, l'AG7 California peut être considérée comme une évolution stylistique réussie et un élargissement convaincant de la gamme de la jeune marque de Fabrice Pougez.
 
Merci à Fabrice Pougez pour son accueil pendant le Salon Belles Montres 2014.

Les plus:
+ le design et la réalisation du cadran
+ le caractère du boîtier
+ le mouvement simple et fiable
+ le confort au porté quelque soit le bracelet utilisé

Les moins:
- le cadran manque un peu de respiration, le logo aurait peut-être mérité d'être plus petit

mercredi 3 décembre 2014

Hublot: Classic Fusion "Forbidden X"

Hublot serait-il en train de créer toute une ligne de montres dédiées aux cigares comme il le fait avec les clubs de football? La question peut se poser car deux ans après la King Power "Opus X", voici la Classic Fusion "Forbidden X" qui vient d'être dévoilée à Dubaï au cours d'une soirée à laquelle participa Carlos Fuente Jr, le petit-fils d'Arturo Fuente. Vous l'avez compris, cette Classic Fusion a été réalisée, comme sa devancière, en collaboration avec Arturo Fuente, la fameuse marque de cigares. Mais cette fois-ci, Hublot est allé plus loin dans le croisement des univers des deux partenaires en utilisant un matériau évident dans ce contexte mais plus surprenant dans celui de l'horlogerie: les feuilles de tabac... les mêmes qui sont utilisées pour le cigare qui a donné son nom à la montre.

La King Power "Opus X":


La Classic Fusion Forbidden X est en fait une série de 4 montres (3 chronographes: titane, céramique noire, King Gold et une montre Tourbillon) qui partagent la même ambiance chromatique: les feuilles de tabac utilisées pour décorer le cadran et la lunette en céramique marron créent une atmosphère qui évoque bien évidemment celle des cigares. 

Les similitudes sont multiples entre la Forbidden X  et l'Opus X comme le prouvent les teintes dominantes ou les petites touches de rouge ici et là. Cependant, les deux montres n'ont pas le même caractère.

La Classic Fusion "Forbidden X":


La King Power jouait la carte de la puissance et de l'audace compte tenu de la taille de son boîtier. Le bracelet corné accentuait même cette dimension très virile. En revanche, la Classic Fusion se veut plus élégante et raffinée. Ces dimensions plus mesurées (mais avec un diamètre de 45mm tout de même) et sa présentation à deux "compteurs" lui autorisent plus d'originalité au niveau du traitement du cadran d'où la présence des feuilles de tabac.

Au-delà de leurs couleurs, elles engendrent une texture unique qui me fait penser à un effet marbré. C'est à la fois inhabituel et loin d'être désagréable à observer. En revanche, je fus moins convaincu par l'imposant "Forbidden" sur le cadran. Certes, l'objectif, et j'imagine que c'est le même qui a conduit à l'intriguant index rouge supérieur (le XIII évoque la version "13" du Forbidden X qui commémore le 100ième anniversaire de la marque), est d'être fidèle à l'étiquette des cigares. Mais je trouve que cela gâche un peu le rendu des feuilles de tabac.

Une bonne idée de la version King Power  a cependant été reprise: le fond plein avec un dessin qui colle à l'ambiance... et soyons honnête: le fond transparent n'aurait été indispensable car le mouvement modulaire de la Classic Fusion n'est pas d'une beauté fracassante.


Pour le reste, la Classic Fusion "Forbidden X" conserve les forces inhérentes à ce modèle: un joli équilibre de cadran, une taille perçue inférieure à sa taille réelle du fait de l'épaisseur de la lunette et un excellent confort au poignet grâce à l'efficacité de la boucle déployante.

Cette nouvelle série limitée ne bouleverse pas l'offre de Hublot mais elle parvient toutefois à se distinguer gentiment du lot grâce à l'originalité de son cadran et à celle de son thème. C'est au bout du compte très bien joué de la part de Hublot qui a bien senti qu'il existait une convergence de passions entre les fumeurs de cigares et les amateurs d'horlogerie. Hublot cible en priorité les premiers pour les faire rentrer dans son univers. Quant aux seconds, ils trouveront d'autres modèles bien plus solides et intéressants du point de vue du contenu dans la collection de la marque.

Les plus:
+ l'utilisation des feuilles de tabac sur le cadran
+ le confort au porté
+ la lunette en céramique marron

Les moins:
- le "Forbidden" sur le cadran est très imposant
- le bracelet veau "logoté" a moins de caractère que le bracelet corné de la King Power

dimanche 30 novembre 2014

Patek Philippe: 5575G

Je me souviens des discussions qui ont précédé la présentation il y a quelques semaines de la collection célébrant le 175ième anniversaire de Patek Philippe. De nombreux collectionneurs avaient imaginé (et souhaité?) la sortie d'une montre Heures Universelles avec une complication additionnelle: le chronographe. L'idée était là et cette fameuse Heures Universelles compliquée est bel et bien sortie mais avec une autre fonction: l'affichage des phases de lune.

A la base, qu'une montre Heures Universelles serve de base à deux modèles commémoratifs (la 5575G pour hommes et la 7175R pour femmes) est une excellente nouvelle. Complication iconique chez Patek Philippe, les Heures Universelles reposent sur le système conçu par Louis Cottier qui permet l'affichage instantané des heures des 24 fuseaux et un réglage d'une très grand simplicité grâce à un poussoir qui est actionné pour changer la ville de référence située à 12 heures. L'indépendance entre le disque des villes et celui des heures est la pierre angulaire du système: en changeant la ville de référence, le disque des heures tourne également automatiquement pour s'ajuster. Bizarrement, la complication fut absente des collections Patek Philippe pendant plusieurs décennies avant son grand retour avec la 5110. La 5130 suivit ainsi que la 5131, célèbre pour son cadran central en émail. J'ai beau réfléchir, je ne vois aucune marque, dans ce contexte précis, qui arrive à atteindre le niveau d'élégance et de simplicité de Patek Philippe qui demeure pour moi la manufacture de référence pour les montres Heures Universelles.


La 5575G se caractérise donc par l'adjonction de l'affichage des phases de lune. Le choix d'une telle complication peut sembler surprenante. Alors que les Heures Universelles semblent être une fonction utile car destinée aux personnes qui voyagent beaucoup ou qui travaillent avec des correspondants éloignés, les phases de lune apparaissent plutôt comme futiles ou anecdotiques. Le lien entre les deux complications n'est guère évident et je considère ce cocktail comme clivant: soit nous y adhérons et la montre dévoile des charmes insoupçonnés soit nous le considérons comme le mariage de la carpe et du lapin et la montre devient alors énigmatique.

A titre personnel, cette combinaison entre deux complications peu en rapport m'a beaucoup plu. L'élément qui crée la jonction entre elles est l'aiguille des heures, absolument magnifique. C'est une sorte de constante chez Patek Philippe: les montres Heures Universelles sont systématiquement accompagnées d'aiguilles des heures fascinantes comme par exemple l'aiguille ciseau de la 5130. Celle de la 5575G est une évocation de la Croix du Sud et renforce la dimension poétique de la montre. Nous touchons ici tout l'intérêt de cette pièce commémorative. Comme je le dis souvent, les Heures Universelles permettent avant tout de voyager dans sa tête. La Croix du Sud et les phases de Lune nous font quitter la Terre et le voyage se poursuit dans les cieux et l'espace. Après tout, pourquoi pas? Notre imagination peut ainsi vagabonder à loisir et se perdre dans les profondeurs du cadran.


Il ne faut cependant pas croire que la 5575G reste une montre très classique comme peut l'être une 5130 par exemple. Avec sa couleur dominante noire et la représentation très réaliste de la lune, elle s'inscrit, au moment de la célébration du 175ième anniversaire, dans une dimension contemporaine rarement vue. A cet égard je la trouve beaucoup plus réussie que la 5175R qui continue à m'interpeler des semaines après sa présentation. Il y a deux détails particulièrement soignés qui rendent la 5575G si spéciale:
  • la forme des cornes qui s'inscrivent dans la continuité de la carrure du boîtier: elles tournent légèrement donnant beaucoup de fluidité et de raffinement au design général. Ces cornes marquent une rupture par rapport aux 5110 et autres 5130.
  • la façon dont est traité l'affichage des phases de lune.
Patek Philippe a veillé à rendre cet affichage le plus précis possible dans sa lecture. Il est fondé sur l'utilisation conjointe de deux disques. Le disque inférieur est celui qui effectue une rotation complète par cycle lunaire soit tous les 29,53 jours. Il est parsemé d'étoiles et porte la lune qui est reproduite de façon très fidèle comme le prouve la présence des cratères. La taille de l'astre est elle-même généreuse car l'affichage profite de tout l'espace créé par la zone centrale de la montre. Le disque supérieur est immobile et également étoilé. Sa forme particulière, une sorte de coeur inversé, a été déterminée avec soin pour afficher avec justesse les phases de lune qui se lisent grâce à la superposition des deux disques.


L'ensemble est très beau à observer même si la profusion d'étoile et le contraste assez faible entre la lune et le disque supérieur nuit (sans jeu de mots)  à la lisibilité. Le grand souci est que le problème de lisibilité ne se limite pas aux phases de lune. Les aiguilles ont tendance elles-aussi à se fondre dans le décor et dans certaines conditions de lumière à carrément disparaître! Je parlais précédemment d'imagination vagabonde... elle peut s'avérer fort utile lorsque la fonction première de la montre a tendance à faiblir!

Sans surprise, le mouvement de la 5575G est basé sur le calibre 240HU. Patek Philippe a ainsi développé le mouvement 240HU LU pour intégrer la complication additionnelle. Il conserve le même diamètre que le mouvement d'origine (27,5mm) mais évidemment, il devient plus épais (5,5mm). Sa fréquence reste de 3hz mais la réserve de marche, là aussi en toute logique, est annoncée en baisse se situant entre 38 et 48 heures contre 48 heures mini pour le 240HU. Je suis très surpris par cette façon de communiquer de la part de Patek Philippe. La complication Phases de Lune tournant en permanence, je ne vois pas ce qui empêche de donner une plage de réserve de marche plus précise que celle-ci. Est-ce une attitude trop prudente de la part de Patek Philippe?


Le mouvement n'est pas visible dans le contexte précis de la montre commémoratrice puisque le fond du boîtier est plein, orné de la gravure célébrant le 175ième anniversaire. Sa présentation, d'après les photos officielles, est proche pour ne pas dire identique à celle du 240HU. C'est décevant. J'aurais espéré pour une montre de cette importance un travail dédié comme par exemple un guillochage du rotor. 

La 5575G provoque une multitude de sentiments lorsqu'elle est mise au poignet. J'ai immédiatement été séduit par le charme qu'elle dégage, par ce voyage interstellaire qu'elle propose alors que sa vocation est de parcourir les fuseaux terrestres, par la taille et la représentation de notre satellite... Et la beauté du boîtier en or gris, modèle de raffinement et d'équilibre (39,8mm de diamètre pour une épaisseur de 9,5mm) constitue finalement son argument le plus solide. Mais rapidement le principal défaut surgit: selon l'inclinaison du poignet, la lecture de l'heure se révèle très délicate. Difficile d'occulter ce problème même si ce ne sera pas la préoccupation première des 1.300 acquéreurs de cette montre. En revanche, j'aurais aimé plus d'ambition décorative au niveau du mouvement pour rendre la 5575G encore plus digne de ce bel anniversaire. C'est la raison pour laquelle, malgré ses atouts, elle finit par me laisser un sentiment mitigé.


Merci à l'équipe de la boutique de Greef à Bruxelles.

Les plus:
+ le plaisir de retrouver une nouvelle montre Heures Universelles chez Patek Philippe
+ la représentation réaliste de la lune et l'approche esthétique très contemporaine tout en restant intemporelle
+ le boîtier, modèle d'équilibre à la grande fluidité
+ l'ambiance poétique que la montre dégage

Les moins:
- l'heure est illisible dans certaines conditions en raison du faible contraste entre les aiguilles et le fond étoilé
- le mouvement aurait mérité une approche décorative plus ambitieuse pour se distinguer du 240HU

Lange & Söhne: Langematik Perpétuelle Or Gris Cadran Noir

La toute récente présentation de la Langematik Perpétuelle en or gris et à cadran noir lors de la dernière édition de Watches & Wonders est tombée à point nommé pour rappeler deux évidences. La première est que 13 ans après son introduction, la Langematik Perpétuelle demeure un des plus belles montres à quantième perpétuel du segment de la haute horlogerie. La seconde est que le mouvement Sax-O-Mat conserve tout son charme et son attrait, faisant de lui un des calibres automatiques majeurs de l'horlogerie contemporaine.


Cette nouvelle Langematik Perpétuelle a une autre vertu. Elle évoque également un temps où l'élégance et les complications se conjuguaient avec des boîtiers aux tailles raisonnables. Il est vrai que de nos jours, une montre compliquée arborant un diamètre de 38,5mm (pour une épaisseur de 10,2mm dans ce cas précis) se fait plutôt rare d'autant plus que le cadran noir a tendance à réduire la perception de la taille. Mais nous le savons parfaitement, ce n'est pas la taille qui donne de la présence à une montre au poignet: c'est son caractère.

Du caractère, la Langematik Perpétuelle n'en a jamais manqué et cette nouvelle version est fidèle à ses devancières. Tout l'intérêt de cette montre est la mise en avant par le biais de la grande date de l'information la plus importante pour un quantième perpétuel: l'affichage des quantièmes. Car telle est la finalité de cette complication qui consiste à toujours donner le bon quantième même lors des changements de mois, années bissextiles ou pas. La Langematik Perpétuelle gére donc sans souci tous ces passages... jusqu'au premier qui posera problème mais qui ne m'inquiètera pas beaucoup a priori! Il s'agit du passage du 28 février au 1er mars 2100 car contrairement à ce que nous pourrions penser, cette année-là ne sera pas bissextile car n'étant pas divisible par 400 alors qu'elle l'est par 100. Les règles du calendrier  grégorien sont plus subtiles qu'on ne le croît!


De fait, tout le cadran est organisé pour mettre en valeur la grande date située en son sommet et qui n'est malheureusement pas instantanée comme celle de la Lange One Tourbillon QP. Malgré la présence de multiples informations, l'ensemble demeure relativement lisible et détail appréciable, une trotteuse anime le sous-cadran des phases de lune. Cela peut sembler anodin mais de nombreux Quantièmes Perpétuels sur le marché ne possèdent pas cet indicateur de marche fort utile. Les deux autres sous-cadrans se fondent dans la couleur dominante même si sur cette dernière version à cadran noir, les heures de jour de l'affichage 24 heures (à gauche) et le segment dédié aux années (à droite) se détachent plus nettement. Le cadran noir apporte beaucoup d'élégance à la montre et lui donne un style peut-être plus contemporain que le cadran argent. Les chiffres romains périphériques et les aiguilles subtilement luminescentes complètent un tableau d'une rigueur toute germanique et au pouvoir de séduction incontestable.


Mais au bout du compte, c'est bien le fait de retrouver le mouvement Sax-O-Mat (et son inséparable Zero-Reset) qui me procure le plus de plaisir avec cette nouvelle Langematik Perpétuelle. Je ne le dis jamais assez: je regrette que dans la collection de Lange & Söhne d'aujourd'hui, ce mouvement, ô combien fascinant, ne soit utilisé qu'avec les montres calendriers: celle-ci et la Saxonia Calendrier Annuel. Je rêve de son retour dans la collection permanente avec une montre plus simple!

Ne boudons pas notre plaisir: le Sax-O-Mat (ici en tant que calibre L922.1) est dans son élément et propulse la Langematik Perpétuelle parmi les Lange qui comptent le plus dans les 20 ans qui ont suivi la renaissance de la marque. Grâce à son rotor 3/4 et à sa finition caractéristique, il séduit immédiatement par sa présentation et son exécution sans faille. Mais il sait aussi être performant grâce à son efficacité au remontage. En revanche, sa réserve de marche de 46 heures se situe dans la fourchette basse des standards actuels surtout pour un Quantième Perpétuel. Cependant, ce point est loin d'être ennuyeux puisqu'une des grandes forces de la Langematik Perpétuelle est sa facilité au réglage.


Elle cumule en effet deux façons d'ajuster les informations. La première consiste à utiliser les poussoirs intégrés afin de régler les données indépendamment les unes des autres. La seconde se résume à utiliser le poussoir à dix heures qui au-delà de son rôle habituel de système de date rapide, fait bouger de façon synchronisée les autres éléments calendaires. Cette simplicité à l'usage a beaucoup joué en faveur du succès de cette montre.


J'ai éprouvé de très belles sensations en mettant au poignet cette nouvelle version. La combinaison entre le boîtier en or gris et le cadran noir lui confère un style discret et raffiné. Comme précisé précédemment, la taille perçue est inférieure à celle de ses devancières à cadran argent. Pourtant, elle n'a aucune difficulté à imposer son charme et sa beauté. Le détail qui m'a surpris et séduit est le léger contraste entre le noir du cadran et le bleu du disque des phases de lune. Le cadran gagne une petite originalité et les étoiles apportent leur touche de poésie.


Je fus donc conquis par cette version en or gris et cadran noir. Bien évidemment, elle n'apporte aucune nouvelle complication, aucun nouveau mouvement par rapport à la collection actuelle. Mais il y a des signes qui ne trompent pas. Le fait que le cadran soit noir en est un. Est-ce que cela témoigne d'un retour de Lange vers plus de cadrans alternatifs alors que les cadrans argent dominent largement le catalogue? J'ose l'espérer! L'autre signe important est que la montre qui a servi de base a été dévoilée en 2001. Est-ce à dire que la manufacture saxonne va revenir vers plus de fondamentaux appréciés par les collectionneurs des premières années? Je le souhaite également.

Merci à l'équipe Lange & Söhne pour son accueil à Dresde.

Les plus:
+ le plaisir de retrouver cette montre mythique et son mouvement Sax-O-Mat
+ la beauté du cadran noir et la discrétion de la combinaison avec le boîtier en or gris
+ la facilité à l'usage
+ la présence d'un indicateur de marche
+ ses dimensions, idéales pour une montre élégante et raffinée

Les moins:
- la réserve de marche un peu courte du mouvement Sax-O-Mat
- la grande date n'est pas instantanée

mardi 25 novembre 2014

Schofield: Beater

C'est devenu une habitude dont personne ne se plaindra: Schofield profite de chaque édition du SalonQP pour présenter en avant-première une nouvelle montre au public anglais dont la fibre patriotique n'est plus à démontrer. Schofield revendique avec force et style ses origines et son identité qui furent mises en avant avec la première montre de la marque, la Signalman. Cette dernière rend hommage aux gardiens de phare des côtes anglaises et reprend des codes esthétiques inspirés par les superbes tours lumineuses du sud du pays qui protègent et guident les bateaux lorsque les conditions de navigation deviennent délicates. Dans ce contexte, la Signalman est une montre qui retranscrit à la fois toute la rudesse de la vie côtière avec son boîtier imposant et épais et aussi la puissance de l'éclairage des phares grâce à la forme particulière de la carrure et du verre.


La nouveauté de cette année, la Beater, s'inscrit dans cette continuité tout en apportant des changements que je trouve pertinents. L'air de famille avec la Signalman est incontestable: un boîtier aux formes et aux dimensions similaires (44mm de diamètre pour une épaisseur de 14,5mm légèrement inférieure), les graduations, index et chiffres identiques, le logo de la marque inspiré par la rotation du rayon lumineux du phare, tout est fait pour se retrouver dans une atmosphère connue et appréciée par les fans de Giles Ellis, le créateur de la marque.

Cependant, petit à petit, les différences apparaissent et finissent par créer une nette distinction par rapport à la Signalman. Ce sont ces différences à la fois subtiles et déterminantes qui me font plus apprécier la Beater par rapport à sa devancière.


La Beater suit deux principes: la diversité et la simplicité. La diversité puisque, dès sa sortie, la montre est disponible en trois versions: boîtier en acier, cadran gris, boîtier en bronze, cadran bleu profond, boîtier en titane bleui, cadran vert marin. La simplicité car aucune complication, ne serait-ce qu'une trotteuse, n'orne le cadran. Le charme de la Beater vient de cette combinaison et de la qualité de sa fabrication.

Profitant de ses dimensions généreuses, la Beater permet d'apprécier les trois couleurs des cadrans en émail qui dans chaque cas forment une paire assortie avec les matériaux du boîtier. J'aime beaucoup la façon avec laquelle les index et graduations se détachent de la couleur du fond et la petite touche décalée apportée par le B rouge situé juste au dessus des lieux de fabrication (Sussex & England). Du point de vue purement esthétique, les versions acier et bronze sont mes préférées car je trouve leurs couleurs plus douces et plus en harmonie. La version titane bleuie n'en demeure pas moins séduisante mais plus audacieuse et peut-être plus lassante sur le long terme. 


Compte tenu de leur fabrication, les cadrans offrent un large spectre d'effets de couleur qui les décorent et les animent à la fois. Ces reflets sont, il faut bien l'avouer, bienvenus car la Beater m'aurait semblé un peu trop inerte sans. La quête de la simplicité poussée à son paroxysme me fait regretter l'absence d'une trotteuse centrale qui n'aurait pas dénaturée la montre. Mais rendons hommage à Giles Ellis: il va au bout de ses idées et je ne peux pas lui en tenir rigueur. 


J'ai évoqué la revendication des origines anglaises de Schofield. Elle semble plus délicate à mettre en avant lorsqu'il s'agit d'évoquer le mouvement. Giles Ellis ne s'est effectivement pas lancé dans un projet aussi ambitieux que celui de Robert Loomes qui visait à rendre sa montre 100% anglaise. Cependant, il s'en sort avec astuce. Il utilise  un stock de mouvements ETA 2724-R en état de marche, nettoyés, ré-assemblés et ajustés en Angleterre pour animer la Beater. Ces mouvements étaient initialement  destinés à une marque s'appelant Synchron 67. Je trouve que l'idée de conserver ce marquage présent sur la masse oscillante est excellente: c'est un peu comme si la traçabilité du mouvement était préservée! Et puis, il aurait été presque ridicule de cacher son origine. Sans être d'une beauté stupéfiante (l'ETA 2724-R reste après tout un mouvement simple), il est agréable à regarder et le piège de la décoration en arbre de Noël a été évité. Le rendu brut est après tout fidèle à l'atmosphère dégagée par la montre. En termes de performances, l'ETA 2724-R se situe dans les standards de l'époque avec une fréquence de 4hz et une réserve de marche de 42 heures. Il semble un peu perdu dans le boîtier mais les teintes de la bague et de la lunette donnent l'impression que le mouvement est plus grand qu'il n'est.


La Beater impose ses dimensions et son épaisseur une fois mise sur le poignet. La hauteur du boîtier surprend beaucoup pour une montre à deux aiguilles. La forme du verre accentue sa présence et renforce le charme du cadran. La courbure des cornes et le positionnement du bracelet sous la carrure du boîtier ont heureusement une influence positive sur le confort. Mais la grande force de Schofield est son incroyable diversité de bracelets à disposition. Tweed, caoutchouc, veau, cordovan, difficile de ne pas trouver son bonheur  parmi toutes ces textures... et ces couleurs! Finalement Schofield joue sur le même registre, mais avec son propre style, qu'une célèbre marque italienne: le plus grand plaisir procuré par la Beater est sa capacité à se transformer grâce à l'utilisation de nouveaux bracelets. New strap, new watch... jamais ce vieil adage n'aura été aussi vrai qu'avec cette montre simple et séduisante.


Merci à Giles Ellis pour son accueil pendant le SalonQP 2014.

Les plus:
+ la cohérence stylistique avec les autres montres de la collection Schofield
+ le caractère affirmé du boîtier
+ la présentation des cadrans
+ la diversité offerte par les trois versions et les bracelets aux multiples textures et couleurs

Les moins:
- l'épaisseur du boîtier surprend pour une montre à deux aiguilles
- l'absence de trotteuse pour ceux qui souhaitent la présence d'un témoin de marche