dimanche 15 décembre 2013

Juvenia: Sextant III

Juvenia fait partie de ces marques horlogères aux longues et riches histoires qui ne jouissent pas d'une très grande renommée en France alors qu'elles sont beaucoup plus connues dans les pays asiatiques comme la Chine. Cela est évidemment dû à la stratégie de distribution dans le passé et à sa structure capitalistique actuelle mais la toute nouvelle évolution de la Sextant va sûrement remédier à cette lacune. En effet, la Sextant est assurément le modèle le plus emblématique de Juvenia. Elle possède  des atouts qui peuvent séduire les amateurs à la recherche d'un style décalé tout en restant dans des tarifs raisonnables.


J'emploie à dessein le terme d'"évolution" et pas celui de "réédition" car la Sextant III se différencie des versions précédentes et notamment de la montre d'origine créée dans les années 40. A la base, la Sextant (qui s'appelait alors "Protractor") était une montre à remontage manuel, d'un diamètre de 33mm (standard pour l'époque) et sans affichage des quantièmes. La Sextant III est une montre automatique, d'un diamètre de 40mm avec un guichet de date sur le cadran. Alors, est-ce à dire que l'esprit de la Sextant initiale  a été trahi? Fort heureusement non car l'essentiel est préservé: la formidable combinaison des 3 aiguilles "instruments" qui sont bien plus que de simples indicateurs des fonctions horaires. Elles décorent, animent le cadran et définissent le caractère particulier et unique de cette montre.

La Sextant III se distingue par son affichage original même s'il ne s'agit pas d'un affichage alternatif du temps: il n'y a aucun module additionnel qui transforme les principes de base de la lecture du temps et les axes des aiguilles du mouvement ne sont pas modifiés. Ce sont donc les aiguilles qui apportent cette originalité et qui obligent le propriétaire de la montre à effectuer une petite gymnastique intellectuelle pour s'habituer à leurs formes et pour arriver à lire l'heure de façon quasi-instantanée.


Il est inutile de le nier: les premiers pas sont difficiles et il faut bien quelques secondes pour s'y retrouver entre le rapporteur des heures, la règle des minutes et l'aiguille compas de la trotteuse. Le problème que j'ai rencontré est la dimension dominante de la règle de par sa forme et sa couleur qui attire immanquablement le regard au détriment du rapporteur. Certes, la petite flèche sur ce dernier facilite la tâche et permet de s'y retrouver. Mais le plus délicat consiste à combiner les positions de ces deux indicateurs pour obtenir une lecture rapide et précise car nous ne retrouvons plus nos repères habituels dont l'angle formé par les aiguilles classiques constitue la base. L'aiguille compas ne pose en revanche aucun souci car sa vitesse de rotation permet de l'identifier comme trotteuse.

La Sextant III mérite cet effort qui est loin d'être insurmontable car, à l'issue de la période d'adaptation, elle procure beaucoup de plaisir. La finition des aiguilles, coûteuses à produire compte tenu de leurs formes particulières et des petites séries de production, est irréprochable. C'est un vrai régal d'observer les détails des graduations du rapporteur, le contraste entre les deux aiguilles principales sans oublier la rotation de l'aiguille compas qui évoque le comportement d'une boussole. 


La règle, le rapporteur, la boussole sont des instruments utilisés par les navigateurs, les cartographes, les mathématiciens, les architectes... la Sextant III nous plonge donc dans cet univers scientifique et pourtant son pouvoir de séduction s'exerce bien au-delà du cercle des amateurs de chiffres et d'équations! Car avant toute autre considération, le point fort de la Sextant III est son design évolutif. Les formes des aiguilles bougent au fil du temps donnant ainsi au cadran un aspect en perpétuel mouvement. La montre surprend, interpelle et peut même désorienter ce qui la rend très attirante.

Deux types de cadran sont disponibles (gris ou blanc) avec deux matériaux de boîtier (or et acier) ce qui génère une collection de 4 montres. Le cadran gris est mon préféré et de loin. Il met plus en valeur les aiguilles, le ravissant logo de la marque et sa finition soleillée provoque de très beaux reflets de lumière. La combinaison cadran gris / boîtier en or rose est sans aucun doute la plus belle.


Le boîtier d'un diamètre de 40mm est élancé (une épaisseur de moins de 10mm), bien fini avec un soin particulier apporté aux cornes géométriques soudées. Sa lunette très fine agrandit la perception de la taille et c'est une raison supplémentaire pour préférer le cadran gris. Le fond est équipé d'un verre saphir qui permet d'apprécier la finition du mouvement. Ce dernier est un ETA 2892-A2 retravaillé par Juvenia. A ce titre, ses performances sont on ne peut plus habituelles avec une fréquence de 4hz pour une réserve de marche de 42 heures. Il est évidemment un peu petit pour le boîtier ce qui pose la question de l'intérêt du fond transparent. Heureusement, Juvenia a décoré le mouvement avec une très jolie masse oscillante ajourée qui justifie la démarche de rendre le calibre visible. Le reste du mouvement demeure très sobre ce qui est la meilleure option: inutile de décorer comme un sapin de Noël un calibre qui est loin d'être exclusif mais qui est réputé pour sa fiabilité.


En mettant la Sextant III au poignet pour la première fois, le sentiment que j'éprouvai fut la surprise: j'étais perdu, ne sachant pas trop comment lire l'heure. Puis, une fois que le principe fut saisi, je pus apprécier le rendu du cadran et le dessin géométrique créé par les aiguilles. Le charme agissait, ne restant pas insensible à cette originalité maîtrisée et à cette ambiance scientifique. Au final, la seule question qui demeurait dans mon esprit était celle de la pertinence de la présence du guichet de date. Je ne suis généralement pas un grand amateur de l'affichage des quantièmes et je ne vais pas changer d'avis ici: je ne le trouve pas forcément indispensable, cassant un peu la belle harmonie du cadran et de toutes les façons, se retrouvant régulièrement sous la base du rapporteur ou sous la règle des minutes. Même si ce guichet ne choque pas et que pour des raisons commerciales, l'affichage de la date est préférable, je trouve que la montre aurait été encore plus réussie sans. 


Malgré cette remarque, la Sextant III demeure une montre réussie, en étant raffinée et intrigante à la fois. Son boîtier élancé lui confère une certaine élégance mais son plus grand atout reste la forme unique des aiguilles qui définit une atmosphère unique dans l'univers horloger.

La Sextant III est disponible en France aux prix de 9.550 euros en or rose et de 3.750 euros en acier.

Les plus:
+ une montre qui combine élégance et originalité
+ la finition des aiguilles et l'ambiance unique qu'elles créent
+ le joli rotor ajouré
+ la finition du cadran et du boîtier

Les moins:
- le guichet de date ne me semble pas indispensable
- la lecture de l'heure nécessite un temps d'adaptation

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