lundi 14 octobre 2013

Patek Philippe: 5196P

Je souhaite revenir sur une montre très connue, la Calatrava 5196P car elle constitue à mes yeux une excellente démonstration du savoir-faire de Patek Philippe avec ses forces... et ses faiblesses.

La 5196P est avant tout une montre radicalement différente des 5196 en or. C'est une des facettes du talent de Patek Philippe: alors que quasiment toutes les marques auraient proposé la même présentation pour se concentrer sur les modifications de couleurs selon les matériaux, Patek Philippe redessine entièrement le cadran pour mettre en valeur la palette de gris et le subtil jeu chromatique rendu possible par l'aspect neutre du boîtier. Les index appliqués et la très discrète graduation du sous-cadran de la trotteuse sont ainsi remplacés par des chiffres arabes en relief et par une délimitation plus nette de la zone dédiée à l'aiguille des secondes. Les cadrans lisses, argentés ou opalins des versions en or laissent leur place à un cadran composé de plusieurs zones. Même les aiguilles ont été modifiées, les fines aiguilles feuille succédant aux aiguilles dauphine. Seule finalement la minuterie périphérique demeure.


Au-delà de la beauté des chiffres appliqués qui apportent un effet de relief  harmonieux, le charme du cadran provient sans aucun doute de l'interaction entre les diverses zones qui le composent. En effet, chaque zone possède son propre reflet de gris et je dois avouer qu'il est impossible de rester insensible à la façon dont ces teintes se mélangent, s'opposent ou cohabitent. La partie sur laquelle les chiffres sont apposés se distingue élégamment car elle contraste doucement avec la zone périphérique de la minuterie et le disque interne du cadran, devant ainsi une sorte d'anneau qui entoure la portion centrale elle-même délimitée par un ravissant cerclage. Le sous-cadran de la trotteuse redevient un élément visible sur la 5196P alors qu'il se devine pudiquement par ses graduations sur les versions en or. Sa couleur plus claire et surtout la présence des dizaines renforcent sa présence sur le cadran.


Cet effet de style est important car il permet de masquer un des problèmes inhérents à cette montre: la taille trop petite du mouvement qui l'anime. Le calibre 215PS ne possède en effet qu'un diamètre de 21,9mm soit plus de 15mm de moins que celui du boîtier (37mm). La trotteuse se retrouve donc trop proche du centre du cadran malgré les dimensions somme toute raisonnables de la montre. Patek Philippe a choisi deux méthodes pour rendre ce déséquilibre moins visible:
  • sur les montres en or, le sous-cadran devient presque invisible
  • sur la montre en platine, il est au contraire renforcé pour bien montrer qu'il ne mord pas sur le 6 du cadran, l'intégralité des chiffres étant préservée. A partir d'un problème, Patek Philippe crée une opportunité.
Ces deux solutions esthétiques apportent une nouvelle preuve du talent des designers de la Manufacture. Elles fonctionnent toutes les deux et la taille modeste du calibre a tendance à être oubliée quelle que soit la version de la 5196. Il ne faudrait cependant pas que Patek Philippe s'endorme sur ses lauriers. Les artifices esthétiques ne durent qu'un temps et il faudra bien qu'un jour Patek Philippe dévoile un mouvement simple à remontage manuel d'un diamètre plus conforme à ceux des boîtiers contemporains. En attendant, malgré la petite couronne, le calibre 215PS se remonte avec douceur et ses performances sont tout à fait acceptables avec une fréquence de 4hz pour une réserve de marche de 44 heures. Il n'est bien entendu pas visible pour des raisons esthétiques évidentes. Si le calibre en lui même est très agréable à observer grâce à sa finition et à sa jolie découpe des ponts, le découvrir perdu au fond du boîtier n'aurait pas été un spectacle d'une grande réjouissance surtout pour une Manufacture de ce niveau. Le fond plein était la seule solution qui s'imposait et Patek Philippe n'a pas hésité.

La 5196P à gauche de la 5196G:


Contrairement aux premiers sentiments qu'elle procure, la 5196P n'est pas uniquement une montre habillée. Ses couleurs neutres, l'organisation du cadran, les chiffres appliqués et sa finesse la rendent très polyvalente. Elle est à l'aise  aussi bien avec un costume qu'avec une tenue plus décontractée. A vrai dire, je la trouve bien plus convaincante sur ce plan que la 5196G qui, du fait de sa grande sobriété, semble presque uniquement dédiée à un contexte formel. En comparant ces deux montres qui évoluent dans des palettes chromatiques similaires, la réussite du design de la 5196P apparaît presque comme une évidence. Tout en demeurant une montre classique, elle semble plus audacieuse, plus dynamique que sa petite soeur en or gris.

Mettre la 5196P au poignet procure un très grand plaisir grâce notamment aux reflets de lumière qu'elle crée et à la façon subtile et délicate avec laquelle les chiffres se détachent du cadran. Le poids est supérieur aux versions en or mais la finesse du boîtier rend cette différence peu perceptible. La montre se porte avec confort comme de tradition avec les Calatrava.


Les atouts de la 5196P en font peut-être la Calatrava à 3 aiguilles la plus aboutie de la collection actuelle de Patek Philippe. Cette superbe réussite ne doit toutefois pas faire oublier à Patek Philippe que le 215PS n'est pas éternel. J'attends avec impatience un successeur à ce calibre: une marque d'un tel prestige ne peut se contenter en 2013 d'un mouvement qui, malgré ses qualités, n'est visiblement plus à sa place dans les boîtiers contemporains.

Les plus:
+ un des plus beaux cadrans de montre à 3 aiguilles
+ le jeu subtil des couleurs neutres
+ la discrétion de la montre et sa polyvalence
+ parfaite pour un usage quotidien du fait de son confort et du plaisir au remontage

Les moins:
- il serait temps que Patek Philippe propose un successeur au 215PS qui n'est plus adapté aux boîtiers contemporains

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