lundi 23 septembre 2013

MB&F: Legacy Machine 2

La Legacy Machine 1, présentée il y a deux ans, est une montre très importante pour Max Büsser. En effet, non seulement elle marque le point de départ d'une nouvelle collection mais elle explore des  territoires, incarne des idées qui ne sont pas abordés de façon aussi nette avec les Horological Machine. Si ces dernières constituent une représentation de la modernité voire du futur horloger en étant d'audacieuses créatrices de tendance, la Legacy Machine 1 évolue dans un autre registre. Plutôt que d'imaginer les prochaines étapes horlogères à partir de notre vision du monde contemporain, elle adopte la même démarche prospective mais en situant son point de départ un siècle plus tôt. C'est la raison pour laquelle elle combine une dimension classique, traditionnelle avec un caractère  singulier comme le prouvent l'imposant balancier suspendu, visible côté face, l'indicateur de réserve de marche tri-dimensionnel ou les sous-cadrans, clin d'oeil à l'affichage des Horological Machine. La beauté du mouvement et sa présentation sans faille rendent hommage à cette horlogerie du début du siècle dernier qui savait combiner esthétique et performance. Le charme irrésistible de la Legacy Machine 1 vient  de tous ces ingrédients dont la combinaison finit par créer une atmosphère à la Jules Verne.


Je dois avouer que j'avais de grandes difficultés à imaginer la Legacy Machine 2. Max Büsser nous avait cependant laissé un indice en rappelant que le boîtier de la LM1 constituerait une base commune des Legacy Machine. Mais pour le reste, toutes les options demeuraient ouvertes. A vrai dire, j'imaginais une montre de rupture par rapport à  la LM1 en espérant retrouver le même écart esthétique entre la LM2 et la LM1 que celui qui existe entre deux Horological Machines. J'avais tort! C'est là tout le talent de Max Büsser: systématiquement, je le retrouve là où je ne l'attends pas. Ainsi, contrairement à ce que j'envisageais, la LM2 s'inscrit résolument dans le style défini par la LM1 et l'air de famille est incontestable.


De prime abord, cette continuité peut sembler décevante puisque la LM2 ne provoque pas la même réaction de surprise qu'une nouvelle Horological Machine. Il ne s'agit cependant pas d'une démonstration de facilité ou d'une volonté de choisir la solution la plus simple. Ce contexte similaire permet à Max Büsser et à son équipe de se concentrer très précisément sur toutes les différences qui séparent les deux Legacy Machine et qui vont apparaître, les unes après les autres, subtilement et irrémédiablement. Je considère d'ailleurs cette continuité comme une opportunité de mise en valeur du grand atout de chaque Legacy Machine: l'animation du cadran. Enfin, la persistance de plusieurs éléments et détails entre les deux montres fait partie intégrante de cette interprétation de l'horlogerie traditionnelle voulue par Max Büsser. Le côté rassurant d'une marque classique provient de la continuité, modèle après modèle, des points esthétiques communs et facilement reconnaissables.


En revanche, il ne faut pas réduire à la LM2 à une simple évolution de la LM1. Elle pourrait plutôt être considérée comme son opposé: la LM1 propose deux sous-cadrans et un balancier, la LM2 inverse les rôles avec deux balanciers et un unique sous-cadran. Ce changement n'est pas anodin car au-delà des contraintes techniques qu'il suppose, c'est toute l'architecture du cadran, sa représentation, son animation, sa perception qui sont bouleversés. En observant la LM2, il n'y avait aucun doute pour moi: j'étais face à une montre qui possédait sa propre identité.


Le point fondamental est évidemment le passage à deux balanciers. L'idée sous-jacente est fidèle à l'esprit de la collection en s'inspirant des pendules et montres historiques à deux balanciers du XVIIIième siècle. Un de ces régulateurs est celui d'Antide Janvier dont un  exemplaire se trouve au sein de la Manufacture F.P.Journe et qui fonctionne selon le principe de la résonance.  La résonance n'est pas l'unique voie rendue possible par l'utilisation de deux balanciers et la LM2 ne la suit pas. Elle l'évite même puisque la distance entre les deux balanciers empêche tout phénomène de ce genre. La pierre angulaire de la LM2 est l'utilisation d'un différentiel dont l'objectif est de moyenner la marche des deux balanciers afin de réguler l'unique train de rouages.

Le dôme et les balanciers suspendus offrent un effet de relief saisissant:


Il faut bien comprendre que malgré leurs tailles et paramètres identiques, les deux balanciers vont avoir  leurs propres comportements. Avec une montre à balancier unique, toute déviation du comportement de l'organe régulant impacte directement la précision de la montre. Sur la LM2, la déviation éventuelle de la marche d'un balancier est atténuée grâce au différentiel qui intègre les performances de l'autre balancier. Il faudrait donc qu'il y ait une déviation sur chaque balancier pour que la précision de la montre soit véritablement affectée. L'intérêt d'un tel système  est qu'il conduit à une stabilité de la précision de la montre. Il est rarement mis en application de nos jours. Seules deux montres contemporaines me viennent à l'esprit: la Duality de Philippe Dufour et la Greubel Forsey Double Balancier 35°, chacune dans son propre style.

L'astérohache est bien présente sur la couronne: 


Une place toute particulière est dédiée au différentiel  planétaire afin de souligner son rôle primordial. Le différentiel occupe ainsi la quasi-totalité de la partie inférieure du cadran  remplaçant l'affichage tri-dimensionnel de la réserve de marche de la LM1. La roue dentée décore spectaculairement le cadran tout en équilibrant le design en faisant face au sous-cadran d'affichage du temps. Le pont du différentiel est tout aussi impressionnant par sa forme à deux bras courbés, par son effet de relief qui préfigure les courbes des bras qui soutiennent les balanciers sans oublier les 3 grands rubis. La forme du pont du différentiel est aussi un rappel, un indice de ce qui est visible à l'arrière de la montre: le magnifique mouvement à remontage manuel développé par Jean-François Mojon et Kari Voutilainen.

Au-delà de son intérêt technique, le système à deux balanciers permet à la LM2 de se différencier totalement de la LM1. Ce n'est pas uniquement un aspect esthétique. C'est également l'animation du cadran qui est transformée.


Les deux balanciers suspendus se font face suivant un axe horizontal. Compte tenu du boîtier identique à celui de la LM1, le diamètre des balanciers a été revu à la baisse afin de pouvoir les loger tout en respectant l'éloignement suffisant. Ils passent ainsi de 14mm de diamètre, taille du balancier unique de la LM1, à 11mm ce qui est un écart significatif. Ils oscillent donc de façon différente malgré une fréquence de mouvement identique (2,5hz). Le spectacle proposé par ces deux balanciers est beaucoup plus énergique et vif que celui du balancier unique de la LM1 qui donne plus l'impression de fonctionner au diesel. J'ai à titre personnel une préférence pour le côté majestueux et hypnotisant du balancier unique mais la vivacité des deux balanciers et l'effet miroir qu'ils provoquent est un vrai régal pour les yeux. L'autre raison, évidente, qui explique la diminution de la taille des balanciers est la nécessaire maîtrise de la consommation de l'énergie. Malgré la présence des deux balanciers (mais avec un unique affichage du temps), la réserve de marche reste identique à celle de la LM1 soit 45 heures ce qui est une excellente nouvelle.


Le positionnement des deux balanciers oblige les quatre bras à avoir une courbure plus verticale, plus accentuée que celle des deux bras de la LM1. La forme du dôme est de fait légèrement différente et la LM2 possède une hauteur maximale de 20mm contre 16mm pour la LM1. En tout cas, les bras sont toujours aussi beau, à la fois imposants et légers. Ils m'évoquent plus une oeuvre architecturale qu'un composant d'une montre.

La présence d'un unique sous-cadran a une conséquence logique: contrairement à la LM1 qui propose deux affichages de l'heure totalement indépendants (une rareté dans le monde horloger), la LM2 se contente de l'indication de l'heure et des minutes. Le sous-cadran laqué possède un diamètre supérieur à ceux de la LM1 et incontestablement, la montre gagne en lisibilité. Elle permet d'ailleurs de mieux apprécier la finition spécifique de ce sous-cadran où les aiguilles bleuies combinent parfaitement avec les chiffres romains. La laque tendue blanche donne un aspect proche de l'émail tout en conservant une touche de chaleur bienvenue.


 Le mouvement de la LM1 est d'ores et déjà considéré comme un des plus beaux mouvements à remontage manuel contemporain. Il faut dire que le pédigrée des fées qui se sont penchées sur son berceau est impressionnant. J'ai toujours l'image d'un Jean-François Mojon qui crée des mouvements à l'architecture et à la présentation très modernes (par exemple celui de la Harry Winston Z6) tandis que Kari Voutilainen incarne le classicisme absolu. C'est la raison pour laquelle leur travail en commun, une sorte de mariage de la carpe et du lapin, était très attendu. Le mouvement présenté il y a deux ans fut à la hauteur des espérances et il séduisit immédiatement par sa taille, son architecture, sa découpe des ponts et sa finition exceptionnelle. Sa basse fréquence (2,5hz) fut également appréciée en étant cohérente avec l'esprit de la collection Legacy Machine.

Finalement, le sentiment que j'éprouve côté cadran se retrouve côté mouvement: le mouvement de la LM2 s'inscrit dans la continuité de son prédécesseur. Cependant, la présence du différentiel change son organisation et sa présentation. Il propose une structure en deux parties avec la platine principale supérieure et toute la zone inférieure dédiée au différentiel et à son pont. Le mouvement de la LM1 se caractérise en revanche par son aspect plus fermé et par l'imbrication des ponts.

L'ouverture sur le différentiel permet d'observer ses 3 roues et ses 5 pignons tout en donnant un style plus aéré qui valorise mieux les courbes de la platine et du pont. Les rubis surdimensionnés, insérés dans des chatons en or amplifient les extrémités des courbes et contribuent fortement à la beauté du mouvement. La finition demeure bien entendu du même niveau avec une exécution parfaite de tous les grands standards de l'horlogerie classique. La continuité des côtes des Genève est bluffante tout comme la perfection des anglages.

Pour ne rien gâcher, le mouvement est très agréable à utiliser. Malgré sa position à deux heures, la couronne se prend bien en main et le remontage provoque de belles sensations. C'est un gros mouvement à basse fréquence et cela se sent. Un vrai plaisir!


En mettant la LM2, j'avais deux craintes: la taille du boîtier et la hauteur du dôme. La taille ne me posa aucun souci car la forme des cornes permet à la montre de bien se positionner sur le poignet. Je retrouve bien la sensation de la LM1. La hauteur maximum du dôme est plus problématique car l'écart entre les deux montres est de 4mm. Si le poignet de la chemise n'est pas trop serré, la forme du dôme permet à la chemise de passer mais c'est un point à bien avoir à l'esprit. Mais faut-il vraiment insister pour la faire disparaître sous la chemise?

Le vif ballet des balanciers:


La LM2 est une montre qui capte la lumière, qui met en scène les deux balanciers suspendus, qui joue avec cet effet miroir, qui offre une esthétique uchronique et donc hors du temps. Le ballet des balanciers n'est peut-être pas aussi hypnotisant que celui du balancier unique de la LM1 mais il capte instantanément le regard par l'énergie qu'il transmet. A ce titre, la LM2 se distingue de sa devancière par la nature des sensations qu'elle crée. C'est bien la preuve de la réussite de cette montre qui arrive, de façon très subtile, à définir sa propre identité malgré un contexte esthétique similaire.

La LM2 est disponible en or rose, en or gris et en platine dans le cadre d'une série limitée de 18 exemplaires pour ce dernier matériau.

Merci à Max Büsser pour sa disponibilité et à l'équipe de Chronopassion.

Les plus:
+ une montre uchronique au caractère unique
+ la vivacité du ballet des deux balanciers suspendus et l'effet miroir qu'il crée
+ l'exécution sans faille du mouvement et sa présentation renouvelée par rapport à celle du mouvement de la LM1
+ la lisibilité de l'heure, meilleure qu'avec la LM1
+ le plaisir au remontage

Les moins:
- pas de fonction horaire additionnelle
- la hauteur maximum de la montre à 20mm

1 commentaire:

Anonyme a dit…

bravos pour une technologie futuriste mais comment les réglages des 2 balanciers donnent des résultats