lundi 2 septembre 2013

IWC: Portugaise Chronographe Classique

Il fallait s'y attendre. Le développement du mouvement chronographe de manufacture donnait l'opportunité à IWC de réinterpréter un des grands classiques de sa collection: la Portugaise Chronographe. Cette dernière est considérée, à juste titre, comme une des montres contemporaines les plus marquantes, une sorte d'incontournable base de collection. Même si le mouvement qui l'équipe n'est guère exclusif (un Valjoux 7750 retravaillé), la Portugaise Chronographe séduit par son style intemporel et facilement reconnaissable grâce aux chiffres appliqués et à l'alignement vertical des compteurs. La Portugaise Chronographe Classique, présentée au SIHH 2013, s'inspire évidemment de sa devancière mais s'en distingue nettement sur bien des aspects. 


C'est tout d'abord du point de vue esthétique que la nouvelle Portugaise marque sa différence. Le boîtier est plus important (42mm vs 40,9mm), plus épais (14,5mm vs 12,3mm) ce qui lui donne instantanément un aspect plus cossu malgré des proportions peu ou prou similaires. La lunette est plus épaisse ce qui a pour effet de réduire la taille perçue alors que la Portugaise Chronographe se remarque par sa très grande ouverture de cadran et son rehaut incliné. La graduation est plus marquée sur le nouveau modèle car mise en valeur par la présence d'un chemin de fer. Sur la Portugaise Chronographe précédente, la graduation se trouve sur le rehaut incliné n'étant accompagné que par de très discrets points sur le cadran. Ces petits détails semblent anodins mais très rapidement ils finissent par définir une différence fondamentale entre les deux montres: l'ancien chronographe possède un cadran plus pur, plus aéré tandis que le nouveau remplit beaucoup plus l'espace disponible.

Malgré tout, l'air de famille demeure puisque nous retrouvons les chiffres appliqués, le fameux alignement vertical des compteurs et la forme des aiguilles. Le guichet de date est en revanche un signe distinctif évident. L'absence de date contribue fortement au charme de la Portugaise Chronographe. Cependant IWC n'a pu résister à la tentation de rajouter l'affichage des quantièmes au nouveau chronographe. A titre personnel, je ne le trouve pas indispensable mais les contraintes commerciales étant ce qu'elles sont, il était difficile pour IWC de s'en priver une nouvelle fois.


Si, comme de tradition, le compteur inférieur est dédié à la trotteuse permanente, le compteur supérieur apporte la preuve de l'utilisation du mouvement de manufacture. En effet, il regroupe les totaliseurs des heures et des minutes. J'apprécie beaucoup cette idée car en lançant le chronographe au moment adéquat, c'est une manière d'afficher un second fuseau horaire dont les minutes seraient indépendantes de celles du fuseau principal... un côté pratique en cas de déplacement en Inde ou dans tout autre pays au fuseau décalé! Attention cependant à ne pas appuyer sur le poussoir par mégarde! Comme le chronographe est flyback, le retour à zéro involontaire du chronographe  arriverait plus vite que prévu. De façon beaucoup plus triviale, pour en revenir à la fonction première du chronographe, ce type d'affichage permet au cadran de se passer d'un troisième compteur. En revanche, une légère confusion peut être faite entre les deux aiguilles. J'aurais utilisé deux codes couleurs pour bien les distinguer.


Un des éternels reproches faits à l'encontre de la Portugaise Chronographe est le fond plein qui ne permet pas d'apprécier le mouvement. Une fois de plus, c'est un point qui ne me dérange guère. Mais, même si le Valjoux 7750 n'est pas d'une beauté fatale, nombreux sont ceux qui aimeraient pouvoir observer le mécanisme de la montre à l'oeuvre. IWC profite donc de son mouvement de manufacture, le 89361, pour mettre un fond transparent à sa nouvelle Portugaise Chronographe. Il s'agit incontestablement d'un mouvement aux performances intéressantes. Comme évoqué précédemment, il propose un flyback, un compteur heures-minutes unique, le tout accompagné d'une réserve de marche de 68 heures.

Il occupe généreusement le boîtier ce qui est une caractéristique finalement assez rare dans l'horlogerie de nos jours. La taille des mouvements de manufacture d'IWC est importante et c'est un plaisir de voir une cohérence entre les diamètres du mouvement et du boîtier. Le calibre 89361 se remarque par son architecture et l'effet de profondeur qu'il procure. En revanche, la décoration est très austère ce que je trouve dommage. Certes la finition technique est au rendez-vous mais dans le contexte d'une Portugaise Classique qui incarne une certaine idée de l'élégance, une approche décorative plus flatteuse aurait été la bienvenue. Ce que j'accepte à la rigueur avec une Yacht Club Chronographe, je l'accepte peut-être moins avec cette montre.


En la mettant au poignet, j'ai pu constater que la différence de taille avec la Portugaise Chronographe, réelle sur le papier, s'estompait dans la réalité. J'ai déjà évoqué les ouvertures de cadran et le fait que la première montre possède un cadran plus épuré. Un autre élément contribue à ce sentiment: il s'agit du verre à bord arqué qui donne un côté plus contenu à la montre. En tout cas, le confort au porté est au rendez-vous grâce à un bon maintien sur le poignet.

La qualité perçue de la nouvelle Portugaise Chronographe Classique est en hausse par rapport à sa devancière: le rendu du boîtier, la forme du verre, les détails du cadran placent cette montre dans un autre segment. IWC le fait chèrement payer puisque l'écart tarifaire entre les deux montres, à matériaux de boîtier équivalents est très conséquent. Le prix se situe autour de 12.000 euros pour la version en acier ce qui constitue un prix élevé par rapport à la concurrence proposant également des mouvements de manufacture. Au bout du compte, tout est une question de curseur. Si l'attrait des fonctions additionnelles et l'intérêt du mouvement maison justifient aux yeux de l'acquéreur potentiel cet écart, il pourra céder à la tentation car la montre possède de sérieux atouts. En revanche, je persiste à penser qu'elle ne dégage pas le même charme que la Portugaise Chronographe précédente qui, grâce à sa pureté et à sa grande ouverture de cadran, continue à se révéler très séduisante. La bonne nouvelle est que les deux montres continuent à cohabiter au sein de la collection mais pour combien de temps encore?

Merci à l'équipe de la boutique IWC de Rome.

Les plus:
+ une belle finition de cadran
+ la forme du verre, très élégante
+ la qualité perçue en hausse
+ les performances du mouvement 89361

Les moins:
- la finition austère du mouvement
- les deux aiguilles du compteur unique ont la même couleur
- le prix

Aucun commentaire: