dimanche 29 septembre 2013

Grönefeld: One Hertz Techniek

Grâce à la One Hertz, les frères Grönefeld ont redonné un sacré coup de projecteur sur une complication très peu vue dans l'horlogerie contemporaine: la seconde morte indépendante. La One Hertz est devenue, au fil du temps, bien plus que leur première montre à mouvement exclusif. Elle est dorénavant le porte-drapeau de leur talent, la preuve de leur savoir-faire faisant presque oublier l'autre pièce de la collection, la GTM-06, le Tourbillon Répétition Minute réalisé à partir d'une ébauche Christophe Claret.


Si la One Hertz connaît le succès et obtient cette reconnaissance, c'est bien parce qu'elle contient des ingrédients qui lui permettent d'occuper une place à part dans l'offre horlogère indépendante. La première caractéristique qui la distingue est l'organisation du cadran qui fait la part belle à la trotteuse. Quitte à concevoir une montre à seconde morte indépendante, autant que cette dernière soit affichée dans toute sa splendeur! Le sous-cadran principal lui est dédié, reléguant l'affichage du temps dans le coin supérieur droit comme pour rappeler que la One Hertz a été conçue et construite autour de cette fascinante et majestueuse trotteuse. Le résultat est visuellement à la hauteur des espérances puisque l'observation du parcours de la grande aiguille procure à la fois beaucoup de plaisir et une interrogation: la One Hertz étant une montre mécanique, est-ce que l'aiguille, qui effectue un pas par seconde, se comporte strictement de la même façon que celle d'une montre à quartz? La réponse est plutôt négative puisque en examinant l'aiguille de près son saut n'est pas strictement identique à celui d'une trotteuse à quartz, rappelant la cinématique des pendules régulateur à seconde morte.


La deuxième caractéristique qui rend la One Hertz si séduisante est la beauté et l'originalité de la présentation du mouvement G-02 qui l'anime. J'aime beaucoup ce mouvement au grand diamètre (34mm) construit de façon duale. Compte tenu de la seconde morte indépendante, les deux trains de rouage possèdent chacun leur propre source d'énergie, leur propre barillet. Malgré le nom de la montre qui fait référence au comportement de la trotteuse, le G-02 a une fréquence de 3hz pour une réserve de marche de 72 heures. Développé par les frères Grönefeld en partenariat avec Renaud&Papi, il se distingue par ses multiples ponts périphériques et concentriques qui me font irrémédiablement penser à une fleur qui serait sur le point d'éclore. Les finitions sont excellentes, la façon dont la forme des ponts est soulignée est subtile et valorisante grâce au contraste entre le poli des anglages et le micro-billage de la surface. La nette séparation entre les deux barillets rappelle la construction du mouvement et apporte des indices sur ce que je retrouve côté cadran.


Enfin, j'apprécie particulièrement la façon dont fonctionne la couronne. Inutile de la tirer: il suffit d'appuyer dessus pour sélectionner son mode d'utilisation. Lorsque l'affichage du mode est positionné sur W (wind), la couronne est prête au remontage des deux barillets.  En mode S (set), elle permet le réglage de l'heure.

Les deux versions de la One Hertz Techniek s'inscrivent dans la continuité des One Hertz Contemporary qui comportent déjà des modifications substantielles par rapport aux One Hertz Classic. Au-delà des évolutions esthétiques qui accentuent les effets de relief du cadran, les One Hertz Contemporary se remarquent par le changement de position de l'indicateur de réserve de marche qui quitte la zone dédiée à la trotteuse  pour se retrouver au sommet du cadran.


Le boîtier de 43mm de diamètre de la One Hertz Techniek est en titane avec une finition poli brossé ou un revêtement DLC noir selon les versions. L'intérêt de ces deux montres est de s'affranchir de la base du cadran et de proposer une vue spectaculaire sur le mouvement côté face. Il ne s'agit donc pas d'un squelettage puisque le mouvement apparaît tel qu'il est dans les autres One Hertz, caché par leurs cadrans. Malgré la relative sobriété (pour ne pas parler d'austérité) de l'ensemble, la forme des éléments permet de créer une ambiance "technique" et "mécanique" qui donne évidemment le nom à la montre. Les effets de relief liés à l'élévation des graduations sont cette fois-ci accompagnés d'effets de profondeur qui confèrent à  la One Hertz Techniek un rendu tri-dimensionnel très prononcé. A ce titre, la fameuse trotteuse survole la zone qui dévoile les ouvertures les plus plongeantes ce qui rend le ballet de l'aiguille encore plus séduisant.


Les frères Grönefeld ont fait le choix de ne pas aller plus loin en matière de décoration du mouvement côté cadran malgré les possibilités offertes par les éléments visibles et l'espace dégagé par la position de l'indicateur de la réserve de marche. Je pense sincèrement que ce choix est le bon. La montre est déjà suffisamment complexe dans sa présentation de cadran avec les graduations qui "se coupent" (celle de la trotteuse survolant celle de l'affichage de l'heure) et une approche décorative plus marquée aurait alourdi l'ensemble. De plus cette sobriété et cette apparente simplicité sont plus cohérentes avec l'esprit recherché et le style contemporain assumé.

Le mouvement G-02 conserve son apparence habituelle et dans le contexte de la One Hertz Techniek, j'avoue que j'aurais aimé voir des ponts plus ouverts pour rappeler l'atmosphère de la montre. Ce détail n'est cependant pas problématique puisque le mouvement demeure un régal pour les yeux.

 
En mettant la One Hertz au poignet, je retrouve immédiatement les sensations au porté de n'importe quelle One Hertz avec l'atout  de la légèreté du titane. La montre est confortable mais elle nécessite le poignet adéquat pour supporter le diamètre du boîtier et la longueur des cornes, plutôt proéminentes malgré leur courbure. En revanche, la One Hertz Techniek exprime sa propre personnalité grâce à la profondeur du cadran et à son style presque futuriste qui se marie parfaitement avec le comportement de la grande trotteuse. L'identité de cette montre, son originalité sans oublier l'animation unique du cadran marquée par les saccades de l'aiguille dominante font de la One Hertz Techniek une pièce envoûtante et mystérieuse... au moment où elle se dévoile le plus. Un paradoxe supplémentaire pour une montre qui semblerait presque être animée par un mouvement à pile alors que sa prouesse mécanique n'est plus à démontrer.

Chaque version de la One Hertz Techniek (titane poli brossé ou titane avec un revêtement DLC noir pour la "Nocturne") est disponible dans le cadre d'une série limitée de 30 pièces.

Merci aux frères Grönefeld pour leur disponibilité. 

Les plus:
+ l'organisation du cadran structurée autour de la grande trotteuse
+ la beauté du mouvement G-02 et sa présentation  originale
+ les effets de relief et de profondeur
+ la façon d'utiliser la couronne

Les moins:
- la taille du boîtier et des cornes ne convient pas à tous les poignets
- une découpe des ponts différente et adaptée au contexte de la One Hertz Techniek aurait été un plus

Aucun commentaire: