Swatch: Sistem51

Et si finalement la montre la plus importante de la Foire de Bâle 2013 était la Swatch Sistem51? Elle n'est assurément pas la plus glamour, ni la plus exclusive mais elle possède quelque chose que peu de montres sont capables d'incarner: derrière le mouvement de cette Swatch automatique, le Sistem51, se cache une véritable révolution industrielle qui bouleverse les processus de fabrication et d'assemblage des montres mécaniques.

En présentant le mouvement Sistem51, Swatch a voulu répondre à trois principaux enjeux dans un contexte de maîtrise des coûts et de pénurie de main d'oeuvre. Le premier consiste à obtenir une cadence de production élevée tout en maintenant une qualité homogène. Le deuxième a pour but de significativement réduire le taux de retour SAV. Le troisième est d'atteindre des performances dignes de celles d'un mouvement contemporain. Sistem51 devient ainsi le premier mouvement mécanique dont l'assemblage est entièrement automatisé. Une telle prouesse n'est pas seulement un exploit industriel. C'est avant tout l'aboutissement d'une conception extrêmement intelligente: j'ai rarement vu une architecture de mouvement aussi aboutie.


Swatch s'est finalement inspiré du même principe qui l'avait guidé lors de la création de son mouvement à quartz il y a 30 ans: la simplicité au service de l'efficacité. Sistem51 ne contient que 51 composants (le nombre fétiche de Swatch!) qui sont assemblés par soudure et dont l'ensemble est centré sur une seule vis. Le mouvement est donc stable compte tenu de cette méthode d'assemblage. 

La partie la plus délicate lors de l'assemblage d'un mouvement mécanique traditionnel est le réglage de l'échappement. Swatch s'affranchit de cet obstacle en supprimant son régulateur. Comment s'effectue alors l'ajustement de la vitesse d'oscillation? En fait, le balancier est fixé puis un laser intervient pour l'évider. Le laser stoppe son action lorsque la vitesse d'oscillation voulue est atteinte. Sistem51 ne nécessite pas d'intervention de la part d'un horloger puisqu'une fois que le réglage est effectué, le mouvement se retrouve dans un vase clos. Evidemment, Swatch insiste beaucoup sur cette méthode de réglage qui permet d'atteindre, malgré les importants volumes de production, une homogénéité de comportement et de précision des montres fabriquées.


Le principe du vase clos est clé pour ce mouvement. Une fois assemblé et réglé, il se retrouve dans un boîtier hermétique gage d'une stabilité du fonctionnement sur la durée. De plus, la qualité de la lubrification se maintient compte tenu de l'absence d'intrusion d'éléments "tiers". Cependant, pour qu'un tel principe ait du sens, il faut impérativement réduire au maximum les risques d'intervention sur le mouvement. Un des principaux dangers d'une montre mécanique est l'influence des champs magnétiques qui peuvent gravement perturber la précision. Pour faire face à ce problème, les platines et ponts de Sistem51 sont usinés en ARCAP, un alliage de cuivre, nickel et zinc bien connu des fans d'Urwerk. Cet alliage possède des caractéristiques antimagnétiques qui protègent ainsi le mouvement. 

Sistem51 affiche une réserve de marche de 90 heures. Une telle durée est réellement impressionnante puisque la montre semble présenter le gabarit habituel d'une Swatch 41mm. La simplicité du mouvement et la légèreté de l'échappement qui réduisent le besoin d'énergie contribuent à cette performance.

ARCAP, pont de balancier traversant, rotor à 360°, réserve de marche de 90 heures, cette Swatch a finalement tout d'une grande!


Si sa conception extrêmement poussée impressionne tout autant qu'elle force le respect, Sistem51 semble peut-être manquer d'une dimension plus magique, plus poétique pour véritablement convaincre et séduire. Après tout, un tel mouvement pourrait être perçu comme uniquement un exploit technique et ce n'est pas suffisant pour attirer la clientèle et séduire les amateurs d'horlogerie. Le rôle de la masse oscillante consiste à équilibrer  ces sentiments en apportant une touche plus esthétique qui casse la froideur clinique du descriptif technique. Au-delà de l'efficacité de son remontage bi-directionnel, cette masse à 360° qui n'est pas sans rappeler le rotor de Vianney Halter, est un disque en plastique chargé sur sa périphérie d'un alliage en tungstène et résine sur 180°. Grâce au jeu de transparence et aux motifs appliqués par la technique du digital printing, la masse en effectuant ses révolutions découvre et anime le mouvement interne. C'est joliment fait et la méthode d'impression des surfaces visibles permettra de facilement personnaliser la décoration à l'avenir.


La montre photographiée est le prototype tel que présenté pendant la Foire de Bâle. Il préfigure le(s) modèle(s) qui sera(ont) dévoilés lors du dernier trimestre. Des changements esthétiques seront à prévoir mais il est intéressant de s'arrêter sur le motif du cadran du prototype. Il représente côté cadran les points de soudure mais également une sorte de système solaire où les éléments tournent autour du coeur de la montre. C'est la révolution copernicienne telle qu'incarnée par Swatch: Sistem51 chamboule les principes traditionnels de l'horlogerie en mettant en avant un nouveau processus de production. Rarement un cadran aura été aussi bien indiqué.

Sistem51 est donc clairement une étape importante, pour ne pas dire fondamentale dans l'histoire de l'horlogerie mécanique. Swatch, à travers ce mouvement, arrive à définir un point de rencontre entre une activité traditionnelle où l'intervention de l'homme semble incontournable et une industrialisation entièrement automatisée qui a pour but de bannir le moindre acte d'un horloger pendant et après l'assemblage.


A titre personnel, je ne considère pas cette approche de Swatch (et derrière celle du Swatch Group tout entier) comme une sorte de reniement de l'horlogerie traditionnelle. Tout d'abord, même au sein des manufactures les plus prestigieuses, les machines à commande numérique jouent un rôle de plus en plus important. Sistem51 va au bout de la logique en un sens. Ensuite, Sistem51 explore une voie qui complète, plus qu'elle ne s'y oppose, les méthodes classiques de production. Quelle marque finalement ne rêve pas d'obtenir une production homogène et au taux de retour SAV faible? Seul un groupe industriel de la puissance de Swatch Group pouvait arriver à un telle automatisation. J'attends donc maintenant avec impatience de découvrir les modèles définitifs équipés d'un tel mouvement dont le prix sera a priori compris entre 100 et 200 francs suisses.

Merci à l'équipe Swatch Group France pour son accueil pendant la Foire de Bâle.

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