dimanche 28 juillet 2013

De Bethune: DB25LT

La tâche n'était finalement pas si simple pour De Bethune. La DB25LT n'est pas de prime abord une montre très surprenante car elle combine deux complications parfaitement maîtrisées par Denis Flageollet, le Tourbillon 30 secondes 5hz et l'indication des phases de lune sphérique. L'enjeu consistait donc à proposer suffisamment de surprises pour que la pièce conservât le caractère étonnant et excitant inhérent à chaque montre de la Manufacture de l'Auberson et pour qu'elle allât au-delà de ce pur regroupement de complications plus ou moins attendu.

Pour ce faire, l'équipe a procédé à un  travail esthétique abouti afin de créer de nombreux contrastes et oppositions de style qui finissent par définir la personnalité propre de la DB25LT. C'est là toute la réussite de cette montre: composée d'éléments techniques ou esthétiques connus, elle se distingue cependant nettement de ses devancières.


A vrai dire, cette montre possède un charme incomparable. Je pourrais revenir longuement sur les brevets qu'elle contient, sur l'intérêt de la représentation sphérique de la lune, sur les vertus du Tourbillon dont la cage effectue 2 rotations par minute avec un mouvement cadencé à 5hz.  J'ai certes déjà eu l'occasion de le faire lors de la description de modèles antérieurs. Mais la vrai raison qui me retient de détailler ces performances et qu'une fois de plus avec De Bethune, la technique horlogère, pourtant impressionnante et innovante, se met au service de l'émotion.

Deux montres me vinrent à l'esprit lorsque j'ai découvert pour la première fois la DB25LT. La DB25L tout d'abord avec son organisation de cadran qui fait la part belle à l'affichage des phases de lune positionné au sommet du cadran comme pour rappeler qu'il constitue une complication majeure. La DB25T ensuite par le spectacle proposé par le mouvement et le Tourbillon.

La DB25L à gauche, la DB25LT à droite:


D'où vient alors l'atmosphère particulière de la DB25LT?

Elle vient en premier lieu d'un spectaculaire jeu de couleurs. Je parlais précédemment de contrastes et d'oppositions. Le cadran guilloché en or rose se distingue ainsi nettement de la couleur neutre du boîtier en platine tout en arrivant à mettre ce dernier en valeur. Les motifs décoratifs habituels de De Bethune (le guillochage de la partie centrale du cadran, le support bombé des index, la subtilité du relief des chiffres grâce aux différentes couches de peinture, le cerclage de la zone dédiée à l'affichage des phases de lune) se découvrent sous un nouveau jour grâce à la chaleur et le piment de l'or rose. L'ensemble aurait pu être indigeste. Le dosage est heureusement parfait car les différentes techniques décoratives du cadran empêchent de donner un aspect trop "doré". La couleur neutre du boîtier et le bleu dominant des aiguilles et de la zone de la lune sphérique réduisent également la domination de l'or rose. Ces contrastes entre le rose, le bleu et le gris neutre, ces jeux d'effets d'ombre et de lumière font du cadran de la DB25LT une véritable scène de théâtre où la dynamique des couleurs remplace la trotteuse pour animer le cadran. Même si seulement deux aiguilles le survolent, je n'ai à aucun moment trouvé le cadran inerte puisque son rendu change en fonction de la lumière.


Côté face, la montre dégage  un sentiment de plénitude, de quiétude qui magnifie la beauté du cadran. Les sensations sont radicalement opposées côté mouvement. C'est au contraire un spectacle énergique qui nous est proposé.

La DB25LT se différencie de la DB25T car le système de seconde morte n'est pas utilisé ici. De fait, la vision conjointe du Tourbillon et du mécanisme de la trotteuse n'existe pas avec la DB25LT. Le Tourbillon se retrouve donc seul pour capter notre regard et l'attirer, l'aspirer dans une sorte de puits qu'un léger et fin pont survole. Le parcours de l'aiguille qui effectue la rotation en 30 secondes accentue un peu cette perception de vitesse mais je dois avouer que j'aurais presque préféré le Tourbillon sans pour profiter de la meilleure vue de la cage et du balancier en silicium et en or gris. Pour le reste, je retrouve l'architecture traditionnelle des mouvements à remontage manuel de De Bethune avec les deux barillets clairement visible et une finition à la fois discrète, irréprochable et très contemporaine. La légèreté de la cage du Tourbillon permet d'atteindre une réserve de marche de 4 jours malgré la vitesse de rotation élevée et la haute fréquence du mouvement.


Je retrouve ici un autre contraste présent au sein de la DB25LT. Le cadran joue sur des éléments classiques, le mouvement propose une approche très actuelle, quasiment futuriste. Et une fois de plus, ce contraste, traité à la méthode De Bethune, conduit  à un résultat séduisant. Les styles qui s'opposent finissent toujours par s'accommoder pour que la montre, au final, s'enrichisse de leurs différences.

Je pense qu'il est inutile d'insister sur le plaisir provoqué par la DB25LT lorsqu'elle est mise au poignet. Si la DB25L vous a convaincu par le passé, vous serez littéralement envoûté par la DB25LT. Plusieurs raisons peuvent expliquer ce pouvoir d'attraction.

La première est le maintien des proportions habituelles de De Bethune: le boîtier de 44mm possède la taille idéale pour une telle mise en scène. La montre est certes grande mais les cornes courtes permettent de bien la positionner sur le poignet. Les diverses subtilités du cadran se distinguent mieux avec cette taille qui contribue aussi au style élancé.

La deuxième est comme décrit précédemment le jeu de couleurs provoqué par l'or rose, les parties bleues et le boîtier en platine. Très vite, j'ai eu envie d'incliner mon poignet pour observer le résultat de l'angle d'impact de la lumière sur la cadran: c'est un vrai festival pour les yeux, surprenant tout en évitant de tomber dans l'excès.


Enfin, le dernier élément est celui qui donne au propriétaire de la montre le sentiment de posséder une pièce d'exception. Seul lui sait qu'il porte une montre avec un Tourbillon qui est de plus loin d'être standard car combinant haute vitesse de rotation et fréquence élevée. De Bethune est allé totalement au bout de la logique en supprimant toute référence au Tourbillon côté cadran alors que certaines marques, qui pourtant cachent le Tourbillon, ne peuvent s'empêcher d'indiquer sa présence soit par un mot, soit par un numéro de série... si on veut vraiment cacher le Tourbillon, on le cache totalement! Merci à De Bethune d'avoir résisté à cette tentation.

Mais au final, comme souvent avec De Bethune, c'est le charme, l'élégance, le style de la DB25LT qui demeurent et toutes les autres considérations tombent. Qu'importe après tout comment De Bethune est arrivé à un tel résultat... seule compte l'émotion  et c'est cette émotion qui rend la DB25LT unique.

Merci à l'équipe De Bethune pour son accueil pendant la Foire de Bâle 2013.

Les plus:

+ la beauté incomparable du cadran
+ un Tourbillon aux performances élevées
+ le Tourbillon caché... véritablement caché
+ la réserve de marche de 4 jours
+ le style élancé du boîtier

Les moins:

- l'aiguille qui survole la cage pour effectuer une rotation en 30 secondes me semble inutile
- pas d'indicateur de réserve de marche côté mouvement

dimanche 21 juillet 2013

Harry Winston: Midnight Minute Repeater

La première Midnight Minute Repeater fut présentée fin 2009. Elle initia à l'époque la collection Midnight qui se caractérise par l'utilisation d'un boîtier plus élancé, plus mesuré que le boîtier Ocean tout en étant plus consensuel que le boîtier Premier. En d'autres termes, le boîtier Midnight est peut-être celui qui est le plus facile à porter chez Harry Winston tant du point de vue du confort que celui de l'esthétique.

La Midnight Minute Repeater fut suivie en 2011 par les modèles Automatique et Big Date, plus simples et plus accessibles qui définirent de façon beaucoup plus aboutie le style Midnight. Elles introduirent ainsi les aiguilles caractéristiques de la collection, les finitions raffinées des cadrans (les fonds satinés soleil, le décor spirale) et un style basé sur la simplicité et la pureté. La première Midnight Minute Repeater ne s'inscrivait pas totalement dans cette démarche et le décalage esthétique devint manifeste comme en témoignèrent les aiguilles "spatule", fort éloignées des aiguilles de la collection ou les chiffres autour du cadran. Une mise à jour s'avérait donc nécessaire.


Si je parle de mise à jour et non pas d'une refonte, c'est parce la Midnight Minute Repeater de 2009 possédait déjà quelques éléments fondamentaux sur lesquels la nouvelle version s'appuie. Le principe des Midnight Minute Repeater est de solliciter tout autant la vue que l'ouïe lorsque le propriétaire de la montre active la sonnerie grâce à une ouverture du cadran qui rend visible les marteaux et à une architecture du mouvement qui isole les éléments dédiés à la production du son.


Cependant, la nouvelle Midnight Minute Repeater va bien plus loin dans le concept en rendant également visible le jeu de la mécanique qui va activer les marteaux.

La Midnight Minute Repeater 2013 possède un gabarit identique à celui de sa devancière avec l'utilisation du boîtier Midnight de 42mm. La présentation et l'architecture du mouvement en provenance de chez Renaud&Papi est également similaire. Les différences sont donc avant tout esthétiques.

Le cadran excentré a été revu. Le décor spirale occupe dorénavant toute la zone délimitée par la graduation alors qu'auparavant la partie consacrée aux chiffres représentait une partie non négligeable de la surface. Le cadran respire mieux et semble plus grand. Les chiffres ont été remplacés par des index plus discrets qui allègent visuellement le design. Les index ont une autre vertu: ils permettent de rééquilibrer le cadran car comme la partie gauche du cadran est ouverte, la présence de chiffres sur la partie droite uniquement aurait déséquilibré l'esthétique générale. Le logo Harry Winston est plutôt discret ce qui est un très bon point.


Le remplacement des aiguilles "spatule", trop basiques, par les aiguilles "Midnight" est définitivement une très bonne nouvelle. Ces fines aiguilles sont plus élégantes et raffinées et surtout, elles occupent moins de place quand elles survolent la partie ouverte du cadran.

Cette ouverture  se prolonge quasiment jusqu'aux aiguilles pour dessiner une sorte d'éventail qui dévoile, en sus des deux marteaux H et W les leviers et râteaux du mécanisme. Elle apparaît comme étant plus discrète par rapport à l'ouverture du modèle 2009 qui était soulignée par un cerclage serti d'un diamant. Les pointes concentriques qui prolongent l'ouverture en décorant le cadran apportent du dynamisme et un côté très contemporain au design. Et puis, quel plaisir d'observer l'intégralité du mécanisme à l'oeuvre et pas seulement les marteaux! Cet aspect est incontestablement le point fort de la montre.


Pour arriver à un tel résultat, l'ouverture du cadran n'est pas suffisante. L'architecture du mouvement en provenance de Renaud&Papi joue aussi un rôle important.  Sa spécificité est la nette séparation des marteaux et gongs de la platine principale du mouvement. En retournant la montre, je retrouve donc cette présentation spéciale qui est toujours aussi surprenante. Elle peut paraître décevante car le mouvement est un peu perdu dans le boîtier. Cependant, le contexte particulier de la répétition minute et la mise en valeur des éléments dédiés à la production des sons font que c'est la dimension originale qui l'emporte dans notre perception. Le mouvement est excellemment fini avec une alternance des décorations au niveau de la platine et des ponts et un travail irréprochable des anglages.



Il ne possède qu'un seul barillet et sa réserve de marche est de 38 heures pour une fréquence de 3hz. J'aurais évidemment préféré une réserve de marche plus longue mais l'utilisation d'un calibre au diamètre contenu (25,5mm) était indispensable pour atteindre l'effet visuel recherché.

La répétition minute  se lance de façon classique par l'activation du verrou situé sur la carrure gauche du boîtier. Je ne pourrai malheureusement pas vous en dire plus sur la qualité et la force du son. En effet, l'environnement sonore était trop bruyant pour une juste appréciation. Le volume du son m'a cependant semblé correct. En revanche, il y a un point qui mérite une certaine attention: compte tenu du volume disponible autour  des gongs, j'espère que la propagation facilitée du son ne se fera pas au détriment de sa pureté. Je souhaite avoir l'occasion de revoir cette montre dans de meilleures conditions pour pouvoir vous proposer un film et juger de façon objective les performances acoustiques.


La réussite de l'évolution du design s'apprécie instantanément lorsque la Midnight Minute Repeater est mise au poignet. Le cadran gagne en élégance et surtout sa finesse est plus en cohérence avec le prix proposé (260.000 euros). L'ouverture prend ici tout son sens et c'est un vrai régal que d'observer non seulement les marteaux mais l'ensemble du mécanisme de sonnerie. Le boîtier Midnight de 42mm est toujours aussi confortable et les traditionnelles réserves que j'émets à l'encontre du boîtier Ocean ne sont guère de mise ici. La montre est élancée et son raffinement d'ensemble se conjugue parfaitement avec la dimension contemporaine du design.

Cette nouvelle version m'a beaucoup plu car elle arrive, encore mieux que sa devancière, à mobiliser la vue et l'ouïe en même temps pour mon plus grand plaisir. Il y a quelque chose de fascinant de pouvoir entendre les notes et observer les mouvements des marteaux et de la mécanique.  En revanche, malgré ses atouts, je trouve son prix élevé car la répétition minutes demeure classique avec ses deux timbres. La concurrence est, il faut bien l'avouer, rude à ce niveau.


La Midnight Minute Repeater est disponible en 20 exemplaires en or gris et en 20 exemplaires en or rose.

Les plus:

+ une évolution esthétique réussie
+ l'ouverture qui permet d'apprécier le mécanisme de sonnerie dans sa globalité
+ l'élégance et le confort du boîtier Midnight
+ les finitions du mouvement et du boîtier

Les moins:

- revers de la médaille, le mouvement semble perdu dans le boîtier
- la réserve de marche un  peu courte (38 heures)
- le prix, élevé pour une répétition minute à 2 timbres

Merci à la boutique Arije.

mercredi 17 juillet 2013

Matwatches: AG6 3 Légion Etrangère

Matwatches (Mer Air Terre) est la marque française créée par Fabrice Pougez dont la vocation est de produire des montres militaires... à l'attention des militaires. Cette vocation peut sembler évidente mais force est de constater que le marché horloger a ces dernières années considérablement fait évoluer la façon de concevoir la montre militaire. D'objet possédant des caractéristiques propres propices à un usage tout terrain en intervention, elle est devenue au fil du temps l'incarnation d'une approche esthétique à destination d'une clientèle urbaine séduite par un style très viril, pour ne pas dire brut. For heureusement, certaines marques continuent à oeuvrer à la préservation de la vocation première de la montre militaire et Matwatches en fait partie.


A travers Matwatches, Fabrice Pougez concilie deux aspects de sa vie: son service national effectué au sein des Pompiers de Paris, ses relations avec le monde militaire d'un côté et sa longue expérience dans l'industrie horlogère de l'autre. Les deux dimensions sont d'ailleurs indispensables pour porter une marque comme Matwatches, la première afin de créer les opportunités de développement de montres à destination de différentes forces spéciales, la seconde pour les concrétiser tout en maintenant les coûts de fabrication à un niveau raisonnable. Il est en effet inconcevable de proposer une montre à l'attention des soldats à un tarif incompatible avec leurs soldes. Or le principe de Matwatches étant de produire des  petites séries, l'équation peut s'avérer insoluble sans un carnet d'adresse rempli et des relations "intuitu personae" dans le milieu horloger.

La montre AG6 3 Légion Etrangère est assurément celle qui représente le mieux la production actuelle de Matwatches. Conçue à l'occasion du 150ième anniversaire de la bataille de Camerone, elle témoigne du partenariat exclusif signé avec la Légion Etrangère.  Il s'agit d'une montre sans complication qui utilise un mouvement standard suisse et au gabarit plutôt imposant. Mais s'arrêter à un tel descriptif serait dommage. Car derrière cette apparente simplicité, se cache une conception aboutie et cohérente digne du prestige de la Légion Etrangère,  une des plus célèbres forces combattantes.


L'élément qui m'a le plus séduit est le boîtier. Inspiré par certaines formes en vigueur dans les années 70, l'AG6 3 Légion Etrangère est plus complexe qu'une montre ronde. Derrière la lunette, la forme du boîtier permet d'apprécier un dessin qui mélange sans accroc angles vifs et courbes. J'aime beaucoup le travail sur les cornes qui permettent de bien positionner la montre sur le poignet grâce à leur inclinaison. Le protège-couronne proéminent évoque presque les poussoirs d'un chronographe et dynamise le boîtier en l'allongeant horizontalement. Sa finition est sans reproche, le rendu de l'acier brossé étant très agréable à observer. La lunette tournante se manipule idéalement, ne donnant pas l'impression de se balader, les différents crans étant bien marqués: un signe de sérieux dans la production des éléments.

Le fond du boîtier est heureusement plein pour être fidèle à la vocation de la montre. De toutes les façons, le spectacle offert par un ETA 2824-2 n'est pas ébouriffant. En revanche, le fond permet d'apprécier une gravure de la grenade à 7 flammes effectuée à Paris.


Le cadran n'est pas en reste: je l'ai trouvé joliment dessiné avec un soupçon d'originalité. Il est très difficile de renouveler le genre et il n'a pas la volonté de sortir des canons esthétiques traditionnels: fond noir, chiffres et index luminescents, la recette est bien connue pour obtenir une lisibilité optimale requise pour une montre militaire. Il possède cependant plusieurs vertus. L'utilisation de 4 chiffres qui ne sont pas les sempiternels 3-6-9-12 qui alternent avec les index apporte une petite particularité. La symétrie du cadran est préservée car la montre, et c'est un soulagement, ne possède pas d'affichage de la date. Si le guichet s'était retrouvée à 3 heures, la symétrie était brisée. A 6 heures, il se serait retrouvé dans la grenade ce qui était inconcevable. Ailleurs, le résultat aurait été insatisfaisant. Je pense sincèrement que l'absence de date contribue fortement à la réussite de cette pièce. Les couleurs rouge et vert de la Légion Etrangère sont bien représentées grâce à l'inscription "série officielle" et à la trotteuse. Elles sont finalement relativement discrètes: la montre devient un peu plus colorée sans tomber dans le bariolé même si moins de texte n'aurait pas nui. Enfin, la paire d'aiguilles se marie parfaitement avec le cadran, leur forme reprenant celle sur le logo de la marque.

Il est difficile de ne pas remarquer la grenade à 7 flammes du cadran. Sa taille est relativement imposante par rapport à celle des chiffres. Mais d'un autre côté, c'est elle qui apporte le cachet supplémentaire au cadran et qui rappelle de façon nette le contexte de la création de la montre. Elle ne m'a pas dérangé, bien au contraire.


Le mouvement qui anime l'AG6 3 Légion Etrangère est un ETA 2824-2 de grade standard et d'une provenance sûre (il est important de le préciser compte tenu du monde horloger d'aujourd'hui). Il s'agit d'un mouvement fiable, robuste, efficace au remontage et surtout qui demeurera réparable même dans de très nombreuses années. Il est donc parfait pour ce type de montre. Ses performances sont habituelles: une fréquence de 4hz pour une réserve de marche de 42 heures.

Le set est très complet avec deux bracelets complémentaires, un nylon et un caoutchouc. Le bracelet d'origine (réalisé par ABP) est le plus pertinent car, au-delà de la combinaison efficace qu'il crée avec la montre et de l'excellent maintien sur le poignet, il renforce le lien avec la Légion Etrangère car il est taillé dans le même cuir que les tabliers des pionniers. Malgré ses dimensions (quasiment 44mm de diamètre), la taille perçue de la montre est inférieure grâce aux cornes et au diamètre propre de la lunette de 39/40mm. L'épaisseur de 15,5mm se ressent par contre plus.

Une carte signée par le Général Christophe de Saint Chamas complète le set. Se pose alors la question de savoir si cette montre, destinée en priorité aux légionnaires et qui leur est proposée à un tarif préférentiel (un pourcentage est reversé au Foyer d'Entraide de la Légion Etrangère) peut être portée par un civil. N'y-a-t-il pas finalement le sentiment de s'accaparer un des 150 exemplaires qui leur sont destinés en priorité? Je pense au contraire que posséder une telle pièce tout à fait envisageable. La montre est réussie ce qui est déjà un premier argument. Le second est que le fait de la porter est une façon de rendre hommage à ces combattants. N'étant pas une montre de dotation mais plus une montre de commémoration,  cette notion d'hommage prend tout son sens.


Etanche à 300 mètres, possédant une qualité perçue incontestable, d'apparence robuste, l'AG6 3 Légion Etrangère est une pièce qui m'a séduit grâce à sa conception aboutie et à sa cohérence d'ensemble.

L'AG6 3 Légion Etrangère est disponible depuis le 30 avril 2013 directement sur le site de Matwatches dans le cadre d'une série limitée de 150 exemplaires au prix de 1.650 euros TTC. A noter qu'un chronographe à quartz est également disponible dans le même contexte afin de proposer une alternative à un tarif plus modeste.

Merci à Fabrice Pougez pour son accueil.

Les plus:

+ le sérieux de la conception et de l'usinage des éléments
+ le soupçon d'originalité du cadran
+ l'absence de date
+ le set très complet

Les moins:

- une épaisseur un peu importante
- moins de littérature sur le cadran n'aurait pas nui

dimanche 14 juillet 2013

Fonderie 47: Inversion Principle

Préambule: la montre photographiée est à l'état de prototype avec des finitions non définitives.

Fonderie 47 est le projet mené par le chef d'entreprise américain Peter Thum dont la vocation est de développer des sociétés possédant une dimension sociale et humanitaire. Petyer Thum créa ainsi Ethos Water, aujourd'hui filiale de Starbucks, dont une partie du chiffre d'affaire est consacrée au financement de programmes d'épuration d'eau et d'accès à l'eau potable dans des zones défavorisées. 

Fonderie 47 s'inscrit dans une démarche similaire en s'attaquant à un fléau qui gangrène l'Afrique:  la prolifération des fusils d'assaut. Le modèle économique n'est cependant pas le même qu'avec Ethos Water qui de son côté s'appuie sur la distribution d'un produit de consommation courante et de bas prix: une bouteille d'eau. Fonderie 47 finance la destruction des fusils d'assaut AK-47 (les Kalachnikov) par la vente de bijoux et d'une montre d'exception réalisée en 20 exemplaires dont le prix  est fixé à 350.000 dollars. La montre se devait donc d'être à la hauteur de cette prétention tarifaire  et du contexte pour lequel elle a été créée.


Son nom, "Inversion Principle" traduit l'objectif poursuivi: les fusils sont détruits, l'acier refondu et utilisé de nouveau en tant que pièce du mouvement. A la base composant d'une arme de guerre, l'acier devient l'élément d'un objet pacifique et paisible qui n'a pour unique but que d'afficher le temps qui passe. Le nom évoque aussi la façon dont le temps est affiché: les heure sautantes indiquées dans le guichet supérieur semblent s'effacer face à la prédominance de la graduation des minutes qui est parcourue par une aiguille rétrograde sur 240 degrés. Enfin, tout cet affichage du temps se situe dans un second plan car la partie qui attire immédiatement le regard est évidemment le Tourbillon central autour duquel se répartit l'affichage.

L'intérêt horloger de l'Inversion Principle est réel. Tout d'abord, des fées particulièrement douées se sont penchées sur son berceau. Le design de la montre a été confié à Adrian Glessing qui par le biais de sa société Virtualideas a participé à de nombreux projets horlogers. La conception du mouvement est l'oeuvre de David Candaux qui après 15 années passées chez Jaeger-Lecoultre a dédicé de fonder sa propre société. Créateur du mouvement d'Ivresse de Badollet, David Candaux participe donc pour la deuxième fois en très peu de temps au développement d'un mouvement particulier qui se distingue à la fois par ses performances techniques mais aussi par sa présentation.


Le design de la montre, tout en courbes et en effets de relief a pour but de positionner au premier plan le Tourbillon et la trotteuse tripale qui lui est associée. La lunette se prolonge sur le verre afin de séparer le cadran en deux zones distinctes: la première dédiée à l'affichage des heures sautantes, du Tourbillon et de la trotteuse, la seconde consacrée à l'affichage des minutes.

Si les heures sautantes se présentent dans un guichet de façon traditionnelle, le Tourbillon est en revanche beaucoup plus particulier. La forme de l'ouverture qui le dévoile rappelle celle du viseur d'un fusil. Mais ce n'est pas tout. Il évolue de façon beaucoup plus lente qu'un Tourbillon standard, en effectuant un tour complet en 3 minutes. Cette vitesse n'est pas sans rappeler celle des cages extérieures des double Tourbillons de Greubel Forsey. Comme la cage est ici unique, elle donne au Tourbillon une originalité certaine, permettant d'apprécier peut-être plus de détails que de coutume tout en ayant une vitesse perceptible. Elle conduit également à l'utilisation de la trotteuse tripale, la graduation des secondes dessinant un arc de cercle de 120°.


L'affichage à heures sautantes et à minutes rétrogrades n'est évidemment pas une nouveauté puisque, par exemple, plusieurs montres Gérald Genta utilisaient un système similaire. Il est en revanche très adapté au contexte de la montre Inversion Principle puisque le caractère instantané et violent des sauts rappelle le fonctionnement d'un fusil.

L'aiguille des minutes est plutôt discrète mais les minutes se lisent sans difficulté. Après une petite période d'accoutumance, la lecture intégrale de l'heure se fait sans souci.

Le mouvement à remontage manuel possède une réserve de marche de 6 jours. Etrangement, la montre comporte deux indicateurs de réserve de marche, ayant strictement la même fonction. Le première est logé dans la carrure gauche et s'observe par le biais d'une ouverture latérale. Le second est moins original même s'il reste inhabituel en se trouvant sur la platine du mouvement. J'ai tendance à comprendre ce double affichage car celui situé sur le mouvement l'agrémente un peu. La présentation du mouvement est en effet un peu austère même si la finition en rayons de soleil l'agrémente joliment. La partie la plus intéressante est, une fois n'est pas coutume, le rochet. Il est recouvert d'une plaque sombre réalisée à partir de l'acier du fusil détruit et dont le numéro de série est gravé sur la platine (ici: 56-3701F42).


L'Inversion Principle est une montre plutôt étrange au poignet. A vrai dire, la réussite du design réside dans le fait que tout semble converger vers le Tourbillon surélevé. Alors que le verre est très légèrement incurvé, la montre donne l'impression d'être un véritable dôme. L'heure et les minutes se lisent sans souci même si je trouve que le guichet des heures est un peu coincé par la graduation de la trotteuse. Les dimensions restent raisonnables (42mm de diamètre, 14,6mm d'épaisseur) pour une montre originale proposant un tel effet de volume. C'est une bonne nouvelle car je m'attendais à de mauvaises surprises notamment au niveau de l'épaisseur.


Je considère que Peter Thum et ses compagnons de projet ont réussi leur pari en créant une montre qui est à la hauteur de son ambition. Les rappels du contexte sont subtils et s'intègrent parfaitement dans le design. La lente évolution du Tourbillon, la façon dont il est mis en valeur et la répartition de l'affichage autour font de l'Inversion Principle une montre aboutie. Je trouve en revanche que le prix est élevé car le Tourbillon demeure "simple" malgré sa vitesse réduite. Mais voilà: je ne suis pas face à une montre quelconque. Les objectifs poursuivis lui donnent une perspective qui va bien au-delà de la simple dimension horlogère. Et cette perspective peut justifier, pour les personnes séduites par la démarche de Peter Thum, le positionnement tarifaire qui ne s'analyse pas de façon habituelle.

L'Inversion Principle est disponible en 10 pièces en or gris et en 10 pièces en or rose.

Merci à Peter Thum pour le temps qu'il m'a consacré.

Les plus:

+ les objectifs de Fonderie 47
+ la façon dont le Tourbillon central est mis en valeur et sa vitesse de rotation particulière
+ les effets de volume

Les moins:

- le guichet des heures coincé par la graduation  des secondes
- une présentation de mouvement un peu aride

lundi 8 juillet 2013

Swatch: Sistem51

Et si finalement la montre la plus importante de la Foire de Bâle 2013 était la Swatch Sistem51? Elle n'est assurément pas la plus glamour, ni la plus exclusive mais elle possède quelque chose que peu de montres sont capables d'incarner: derrière le mouvement de cette Swatch automatique, le Sistem51, se cache une véritable révolution industrielle qui bouleverse les processus de fabrication et d'assemblage des montres mécaniques.

En présentant le mouvement Sistem51, Swatch a voulu répondre à trois principaux enjeux dans un contexte de maîtrise des coûts et de pénurie de main d'oeuvre. Le premier consiste à obtenir une cadence de production élevée tout en maintenant une qualité homogène. Le deuxième a pour but de significativement réduire le taux de retour SAV. Le troisième est d'atteindre des performances dignes de celles d'un mouvement contemporain. Sistem51 devient ainsi le premier mouvement mécanique dont l'assemblage est entièrement automatisé. Une telle prouesse n'est pas seulement un exploit industriel. C'est avant tout l'aboutissement d'une conception extrêmement intelligente: j'ai rarement vu une architecture de mouvement aussi aboutie.


Swatch s'est finalement inspiré du même principe qui l'avait guidé lors de la création de son mouvement à quartz il y a 30 ans: la simplicité au service de l'efficacité. Sistem51 ne contient que 51 composants (le nombre fétiche de Swatch!) qui sont assemblés par soudure et dont l'ensemble est centré sur une seule vis. Le mouvement est donc stable compte tenu de cette méthode d'assemblage. 

La partie la plus délicate lors de l'assemblage d'un mouvement mécanique traditionnel est le réglage de l'échappement. Swatch s'affranchit de cet obstacle en supprimant son régulateur. Comment s'effectue alors l'ajustement de la vitesse d'oscillation? En fait, le balancier est fixé puis un laser intervient pour l'évider. Le laser stoppe son action lorsque la vitesse d'oscillation voulue est atteinte. Sistem51 ne nécessite pas d'intervention de la part d'un horloger puisqu'une fois que le réglage est effectué, le mouvement se retrouve dans un vase clos. Evidemment, Swatch insiste beaucoup sur cette méthode de réglage qui permet d'atteindre, malgré les importants volumes de production, une homogénéité de comportement et de précision des montres fabriquées.


Le principe du vase clos est clé pour ce mouvement. Une fois assemblé et réglé, il se retrouve dans un boîtier hermétique gage d'une stabilité du fonctionnement sur la durée. De plus, la qualité de la lubrification se maintient compte tenu de l'absence d'intrusion d'éléments "tiers". Cependant, pour qu'un tel principe ait du sens, il faut impérativement réduire au maximum les risques d'intervention sur le mouvement. Un des principaux dangers d'une montre mécanique est l'influence des champs magnétiques qui peuvent gravement perturber la précision. Pour faire face à ce problème, les platines et ponts de Sistem51 sont usinés en ARCAP, un alliage de cuivre, nickel et zinc bien connu des fans d'Urwerk. Cet alliage possède des caractéristiques antimagnétiques qui protègent ainsi le mouvement. 

Sistem51 affiche une réserve de marche de 90 heures. Une telle durée est réellement impressionnante puisque la montre semble présenter le gabarit habituel d'une Swatch 41mm. La simplicité du mouvement et la légèreté de l'échappement qui réduisent le besoin d'énergie contribuent à cette performance.

ARCAP, pont de balancier traversant, rotor à 360°, réserve de marche de 90 heures, cette Swatch a finalement tout d'une grande!


Si sa conception extrêmement poussée impressionne tout autant qu'elle force le respect, Sistem51 semble peut-être manquer d'une dimension plus magique, plus poétique pour véritablement convaincre et séduire. Après tout, un tel mouvement pourrait être perçu comme uniquement un exploit technique et ce n'est pas suffisant pour attirer la clientèle et séduire les amateurs d'horlogerie. Le rôle de la masse oscillante consiste à équilibrer  ces sentiments en apportant une touche plus esthétique qui casse la froideur clinique du descriptif technique. Au-delà de l'efficacité de son remontage bi-directionnel, cette masse à 360° qui n'est pas sans rappeler le rotor de Vianney Halter, est un disque en plastique chargé sur sa périphérie d'un alliage en tungstène et résine sur 180°. Grâce au jeu de transparence et aux motifs appliqués par la technique du digital printing, la masse en effectuant ses révolutions découvre et anime le mouvement interne. C'est joliment fait et la méthode d'impression des surfaces visibles permettra de facilement personnaliser la décoration à l'avenir.


La montre photographiée est le prototype tel que présenté pendant la Foire de Bâle. Il préfigure le(s) modèle(s) qui sera(ont) dévoilés lors du dernier trimestre. Des changements esthétiques seront à prévoir mais il est intéressant de s'arrêter sur le motif du cadran du prototype. Il représente côté cadran les points de soudure mais également une sorte de système solaire où les éléments tournent autour du coeur de la montre. C'est la révolution copernicienne telle qu'incarnée par Swatch: Sistem51 chamboule les principes traditionnels de l'horlogerie en mettant en avant un nouveau processus de production. Rarement un cadran aura été aussi bien indiqué.

Sistem51 est donc clairement une étape importante, pour ne pas dire fondamentale dans l'histoire de l'horlogerie mécanique. Swatch, à travers ce mouvement, arrive à définir un point de rencontre entre une activité traditionnelle où l'intervention de l'homme semble incontournable et une industrialisation entièrement automatisée qui a pour but de bannir le moindre acte d'un horloger pendant et après l'assemblage.


A titre personnel, je ne considère pas cette approche de Swatch (et derrière celle du Swatch Group tout entier) comme une sorte de reniement de l'horlogerie traditionnelle. Tout d'abord, même au sein des manufactures les plus prestigieuses, les machines à commande numérique jouent un rôle de plus en plus important. Sistem51 va au bout de la logique en un sens. Ensuite, Sistem51 explore une voie qui complète, plus qu'elle ne s'y oppose, les méthodes classiques de production. Quelle marque finalement ne rêve pas d'obtenir une production homogène et au taux de retour SAV faible? Seul un groupe industriel de la puissance de Swatch Group pouvait arriver à un telle automatisation. J'attends donc maintenant avec impatience de découvrir les modèles définitifs équipés d'un tel mouvement dont le prix sera a priori compris entre 100 et 200 francs suisses.

Merci à l'équipe Swatch Group France pour son accueil pendant la Foire de Bâle.

dimanche 7 juillet 2013

Patek Philippe: 5170G

3 ans après la sortie du chronographe 5170J en or jaune, Patek Philippe a profité de la Foire de Bâle 2013 pour présenter sa déclinaison en or gris. Cette nouvelle version ne se résume pas qu'à un simple changement de matériau. Elle intègre une modification esthétique qui influence grandement son style et sa perception par rapport à la version initiale.


Lorsque le 5170J fut dévoilé en 2010, il créa une certaine surprise. En effet, de par sa taille (39mm), de par sa forte inspiration "vintage" renforcée par les chiffres romains et l'or jaune, il tranchait radicalement par rapport au chronographe masculin simple précédent: le 5070. La rupture esthétique était voulue. Après tout, le 5170J était la première montre pour homme qui utilisait le nouveau mouvement chronographe de manufacture, le CH 29-535 PS. Il fallait donc que la transition du mouvement sur base Nouvelle Lemania au mouvement de manufacture fût accompagné de cette rupture, comme pour symboliser le début d'une nouvelle page de l'histoire de Patek Philippe.

Le 5170J propose un boîtier en or jaune, deux chiffres romains et des index bâton:



 Le 5170G  se distingue par ses chiffres Breguet appliqués sur chaque emplacement disponible:


Le 5170J est un chronographe très élégant, parfait dans un contexte formel. Il apparut peut-être par la suite la nécessité de proposer au sein de la collection un chronographe classique plus homogène et polyvalent. Tel est selon moi le but poursuivi avec le 5170G.

 Au-delà de sa couleur de boîtier plus discrète, le cadran a été revu. Sa teinte passe de l'opalin, parfait avec l'or jaune, au blanc argenté, plus lumineux. Mais surtout, les deux chiffres romains et les index bâton ont été remplacés par des chiffres Breguet appliqués. Cette modification transforme littéralement la montre.


Alors que le 5170J joue clairement la carte de la référence aux chronographes historiques, le 5170G, malgré une base similaire, s'inscrit beaucoup plus dans une démarche contemporaine. Si les deux chiffres romains du 5170J se distinguent nettement en définissant un axe vertical, la répartition des sept chiffres Breguet du 5170G le long de la minuterie donne un rendu de cadran plus homogène et plus équilibré. Les chiffres appliqués sont d'un grand raffinement. Leur forme est très élégante et ils renforcent la qualité perçue du cadran.


Nous nous trouvons finalement face à deux montres quasiment opposées mais qui sont cohérentes avec leurs esprits et atmosphères respectifs. Le choix entre les deux n'est pas simple. Je dois avouer que la discrétion, l'équilibre et la modernité du 5170G sont très séduisants. La chaleur et l'élégance du 5170J le sont tout autant. Au final, j'ai une légère préférence pour ce dernier car la présentation du cadran et l'échelle pulsométrique me semblent plus fidèle à cet esprit "vintage". Peut-être que Patek Philippe aurait pu profiter du changement esthétique du cadran du 5170G pour passer à une échelle tachymétrique. Cela aurait encore plus renforcé les différences entre les deux chronographes.


Le 5170G demeure évidemment un superbe chronographe qui profite des atouts de la version initiale: un diamètre de mouvement qui correspond à celui du boîtier, le plaisir à l'usage tant du point de vue du remontage que de l'activation des poussoirs, le compteur des minutes instantané, la réserve de marche de 65 heures sans oublier la jolie présentation du CH 29-535 PS. Le fond transparent du boîtier permet effectivement de profiter des courbes et de l'effet de profondeur du mouvement. Je regrette juste que Patek Philippe ait escamoté certaines difficultés et j'aurais aimé voir quelques angles rentrants.

C'est un vrai plaisir que de porter ce chronographe. Sa taille mesurée et son poids raisonnable le rendent très confortable. Sa sobriété permet d'apprécier la beauté des chiffres appliqués. J'aime également beaucoup la couleur sombre des deux aiguilles dédiées à la fonction chronographe.


Même s'il ne s'agit pas d'une totale nouveauté, le 5170G a réussi à me convaincre en ayant sa propre identité par rapport à la version en or jaune. L'utilisation des chiffres Breguet et le changement de matériau placent ce chronographe classique dans un contexte beaucoup plus contemporain et le rendent également plus polyvalent.

Les plus:

+ l'utilisation de chiffres Breguet appliqués
+ la discrétion, la sobriété et l'élégance du design
+ les performances du mouvement de manufacture et le plaisir qu'il procure au quotidien
+ le confort au poignet

Les moins:

- le mouvement a été intelligemment conçu... escamotant quelques difficultés et rendant sa décoration plus simple à exécuter

samedi 6 juillet 2013

Cartier: Tank MC Squelette en Palladium

Ce n'est pas le fruit du hasard si Cartier a dévoilé sa nouvelle ligne Tank MC en dehors du SIHH. C'est au contraire la preuve de l'importance que représente cette ligne au sein de la collection Tank. Plus qu'un simple complément aux 5 lignes Tank existantes (Anglaise, Louis Cartier, Américaine, Française, Solo), elle incarne la volonté de Cartier de mettre en scène ses propres calibres dans un contexte différent. Les différentes montres Tank MC peuvent être rassemblées en 3 catégories:
  • Les Tank MC en acier
  • Les Tank MC en or rose, ces deux versions utilisant le mouvement de manufacture 1904 MC qui fut introduit avec la Calibre Automatique
  • Et la Tank MC Squelette en Palladium, véritable porte-drapeau de la ligne, animée par le mouvement Squelette 9611 MC.
J'aurais pu commencer par vous présenter une des montres équipées du 1904 MC car elles possèdent une importance stratégique dans le développement de Cartier. Cependant, j'ai préféré revenir sur la Tank MC Squelette pour une raison très simple: elle contient tout ce que je recherche dans une montre Cartier contemporaine. Elle incarne à la fois le style élégant de la marque, l'originalité de la conception du mouvement de manufacture et le soin apporté aux détails.


La Tank MC Squelette n'est pas véritablement surprenante car les connaisseurs de la marque auront reconnu au premier coup d'oeil le mouvement 9611 MC des Santos Squelette. Cependant, il y a une sorte de magie qui opère. Est-elle due au travail sur le boîtier? A sa taille plus contenue? A la cohérence entre l'architecture du mouvement et l'esprit Tank? La réponse se trouve sûrement dans tous ces éléments en même temps.

Le boîtier Tank MC mérite une attention particulière. Il joue avec les formes, paraissant soit rectangulaire soit carré selon les angles. Il alterne également les parties polies et brossées, les lignes droites et les longues courbes. C'est en examinant la montre de profil que la fluidité  du design s'apprécie le plus. La couronne octogonale ornée d'un saphir parachève cette réussite esthétique en apportant la dose de raffinement supplémentaire. Incontestablement, ce boîtier est bien né!


Sa taille a été idéalement ajustée. Certes, les amateurs de  montres raisonnables trouveront ce boîtier un peu trop grand. Avec des dimensions de 43,9mm sur 39,10mm, il ne peut en effet être considéré comme un boîtier contenu. Cependant, l'ouverture du cadran reste mesurée sans que les parties latérales apparaissent comme trop présentes. Un reproche que je fais à la Santos 100 Squelette est la largeur de la lunette qui semble étouffer le mouvement. Rien de tel ici: c'est le sentiment d'équilibre qui prédomine. D'ailleurs, une fois mise au poignet, la Tank MC Squelette dégage une jolie présence sans paraître excessive.

Cet équilibre est très important car il met en valeur le clou du spectacle: le mouvement 9611 MC. Reprenant la recette habituelle des montres équipées du même mouvement, la Tank MC Squelette ne possède pas de cadran. Ce sont les propres formes du mouvement qui dessinent les index et les incontournables chiffres romains "Cartier". Le côté séduisant réside dans le contraste entre les lignes droites et rigides du premier plan et les pièces qui s'animent en-dessous. La face avant de la montre réussit à combiner audace esthétique et conservation des traits caractéristiques d'une montre Cartier classique: les grands chiffres romains stylisés en sont la meilleure preuve. Le seul bémol que j'apporterais est l'incabloc visible dans la zone inférieure gauche. Il apporte certes sa touche de couleur dans un environnement monochrome mais je ne l'ai jamais trouvé joli.


La lisibilité n'a pas été oubliée: la paire d'aiguilles glaive en acier bleui, plus épaisses que de coutume, se distingue nettement et la lecture de l'heure ne pose aucune difficulté.

Le mouvement est plus impressionnant à l'arrière: parfaitement carré, il semble plus fin, plus aérien et surtout les composants purement horlogers s'imbriquent dans la structure. Cartier a réussi à fondre le barillet dans le décor et l'organe régulant semble délicatement maintenu par un pont à deux bras. La finition est à la hauteur de l'ambition de la montre: elle est irréprochable et subtile. La beauté de la Tank MC Squelette provient de sa complexité maîtrisée qui permet à la montre de rester discrète malgré son audace. 

La réserve de marche de 3 jours (pour une fréquence de 4hz) est tout à fait satisfaisante: l'apparente légèreté du mouvement et l'effacement du barillet n'ont pas relégué au second plan les performances.


Le test au poignet est un moment de vérité qui peut être cruel pour une montre squelette. Une pièce envoûtante peut devenir décevante si l'effet de transparence est gâchée par les poils du poignet. J'avais cette crainte avec la Tank MC Squelette mais heureusement, grâce à une bonne occupation de la surface et les lignes des chiffres, le poignet n'est réellement visible que dans les coins. La montre procure sinon beaucoup de plaisir. Elle séduit par le rendu du palladium, l'alternance entre les parties polies et brossées, la façon dont les aiguilles se détachent et son élégance d'ensemble. Le côté plutôt élancé du boîtier dû à son épaisseur inférieure à 10mm est accentué par les courbes  des parties polies latérales. Enfin, le confort est au rendez-vous grâce au réglage fin mais un peu pénible pour moi de la boucle déployante. J'aimerais que Cartier trouve un système qui marque moins le bracelet.

La Tank MC Squelette demeure incontestablement une montre particulière et son originalité se met au service du style et de l'élégance. Elle utilise de façon optimale les proportions quasiment carrées du nouveau boîtier pour mettre en valeur la beauté du mouvement 9611 MC qui trouve ici un cadre idéal d'expression. Sans aucune hésitation, je la considère comme une des plus belles Cartier contemporaines. La nouvelle ligne Tank méritait un porte-drapeau prestigieux et convaincant, le Tank MC Squelette répond parfaitement à cet attente.

Merci à l'équipe de Cartier France.

lundi 1 juillet 2013

Carl F. Bucherer: Manero Power Reserve

La ligne Manero regroupe les montres classiques masculines de la collection Carl F. Bucherer. Mais "classique" ne veut pas dire poussiéreux et la Manero Power Reserve, qui fut dévoilée lors de la Foire de Bâle 2013 nous en apporte une nouvelle preuve.

A vrai dire, les différences esthétiques entre les lignes Patravi (qui se veut plus originale) et Manero peuvent parfois s'estomper. L'organisation du cadran de la Manero Power Reserve aurait très bien pu se retrouver dans le contexte d'une montre Patravi sans que cela ne semble incongru bien au contraire. Le cadran argenté est d'ailleurs le composant clé de cette Manero. Il parvient à mélanger des détails classiques comme la finition en rayons de soleil et les index appliqués avec des éléments beaucoup plus originaux comme la position des affichages. Ces emplacements pour le moins inhabituels constituent la marque de fabrique de Carl F. Bucherer. Ils nécessitent une petite période d'accoutumance mais très vite, le pli est pris!


Le cadran est organisé par paires: une paire de guichets à gauche qui rassemble la grande date à 11 heures et le jour de la semaine à 9 heures, une paire de sous-cadran à droite avec la trotteuse à 6 heures et l'indicateur de la réserve de marche à 3 heures. Ce dernier est incliné pour respecter la cohérence du design et soutenir l'orientation des lignes qui rassemblent les affichages. L'ensemble est équilibré et harmonieux. L'originalité des emplacements apporte l'effet de style qui sort la montre du classicisme bon teint.

Le diamètre du boîtier en acier est de 42,5mm. Je regrette cette taille que je trouve trop importante compte tenu de la destination de la montre. Une taille de 40mm aurait suffi selon moi et aurait surtout permis de mieux distinguer cette Manero d'une Patravi. Quelques détails trahissent ce diamètre important comme la position de la trotteuse ou même de l'aiguille de la réserve de marche. Cependant, les designers ont réussi avec talent à réduire la perception de la taille au niveau du cadran. Ce dernier est composé de 3 zones distinctes qui cassent l'uniformité et qui donnent l'impression que les affichages ne sont pas aussi proches du centre qu'ils ne le sont réellement. La première zone est la minuterie périphérique ponctuée de petites hémisphères qui accompagnent les index appliqués de la zone intermédiaire. Les affichages se retrouvent concentrés dans la zone centrale qui est perceptible grâce à sa teinte légèrement plus claire. Les aiguilles "glaive" se marient idéalement avec les index et apportent leur touche d'élégance. Les finitions sont très satisfaisantes et j'ai pris du plaisir à observer les détails du cadran qui au final, est tout sauf ennuyeux.


L'autre atout de la Manero Power Reserve est évidemment son mouvement CFB A1011: en effet, c'est la première fois qu'une Manero accueille un mouvement de manufacture. Ce mouvement possède les avancées techniques propres au CFB A1002 dont il est une déclinaison. Il se caractérise par le rotor périphérique sans fixation centrale qui permet de concilier le remontage automatique avec la vision sans contrainte des formes anguleuses de ses ponts. Les éléments innovants se distinguent aisément. Je retrouve ainsi l'Incabloc visible côté pont qui équipe la roue de transmission dont le but est de conduire l'énergie de la masse oscillante au rouage de remontoir.


L'organe régulant est accompagné du "Central Dual Adjusting System" qui le protège contre les chocs et qui permet son réglage fin par le biais d'un seul ajustement nécessitant malheureusement une clé spéciale. Le mouvement est très agréable à regarder car il présente un style résolument contemporain et plutôt original, tout en étant très proprement fini. Sa fréquence est de 3hz et sa réserve de marche de 55 heures ce qui est pour moi un peu court pour un mouvement de conception récente.

La Manero Power Reserve se porte sans souci malgré sa taille grâce à la forme plongeante des cornes. La qualité de la finition du cadran se ressent instantanément grâce aux différentes teintes des 3 zones qui le composent et aux éléments appliqués. Il s'agit finalement d'une montre très homogène, beaucoup plus polyvalente que son appartenance à la ligne Manero pourrait le laisser supposer. Cependant, je maintiens qu'un diamètre de 40mm aurait été suffisant et aurait peut-être encore mieux mis en valeur le positionnement original des affichages. Malgré cette réserve, la Manero demeure une montre de qualité, équipée d'un mouvement de manufacture intéressant et d'un cadran inhabituel pour une pièce classique.


Merci à l'équipe Carl F. Bucherer pour son accueil pendant la Foire de Bâle 2013.