HYT: H1

Alors que la Foire de Bâle se profile et que les premières photos de la H2 commencent à circuler, je souhaite revenir sur la H1 qui fut récompensée par le prix de l'innovation du Grand Prix d'Horlogerie de Genève en 2012. De nombreux articles ont été écrits sur cette montre qui a fait l'objet d'une grande couverture médiatique stimulée par le talent de communicant de Vincent Perriard mais pas uniquement! Car si la H1 a mérité cette attention soutenue, c'est avant tout grâce à son audace technique et sa façon d'afficher le temps pour le moins originale.

Imaginez les toutes premières clepsydres: l'eau servait à indiquer le temps qui passait en s'échappant d'un bol conique. 3.500 années plus tard, Vincent Perriard réinterprète ce concept en utilisant un liquide pour afficher ce lent mais constant écoulement du temps. Et tout comme les Egyptiens qui devaient remplir régulièrement le bol pour que la mesure puisse se poursuivre, la H1 symbolise de façon presque mimétique ce remplissage grâce à un mouvement rétrograde du liquide. HYT, le nom de la marque, signifie "Hydro Mechanical Horologists". Les premiers inventeurs des clepsydres étaient en fait des "Hydro Horologists"... voici donc à travers une montre innovante et surprenante un lien qui se crée entre les origines de la mesure du temps et l'horlogerie contemporaine.


L'affichage de la H1 est très simple à expliquer. Imaginez une montre possédant une aiguille rétrograde qui parcourt une graduation en arc-de-cercle allant de 6 heures à 6 heures: vous avez le concept de la H1 si ce n'est qu'il n'y a point d'aiguille principale. La section remplie par le liquide de couleur simule la distance parcourue par cette aiguille virtuelle. Bien évidemment, un tel affichage d'inspiration mono-aiguille n'est pas d'une précision redoutable. Comme les clepsydres finalement! C'est la raison pour laquelle la H1 est accompagnée d'un sous-cadran en son sommet, juste sous l'arc-de-cercle, qui indique avec la précision exigée par le monde d'aujourd'hui, les minutes. Cependant, nous pourrions nous passer de cet affichage complémentaire. Le liquide avançant de façon régulière, sans à-coup, l'heure complète peut être devinée en examinant la position de la partie colorée entre les deux graduations. 

La H1 arbore aussi un témoin de marche, une sorte de trotteuse, sur la gauche du sous-cadran des minutes et un indicateur de réserve de marche sur sa droite. Elle ne possède pas de cadran principal qui servirait à présenter toutes les informations. La H1 fascine car le mouvement des soufflets devient acteur et anime le côté visible de la montre.

La couronne à 2h30 se manipule sans souci:


Nous touchons la grande force de la H1, ce qui la rend intrigante, fascinante tout en restant cohérente. L'originalité de l'affichage entraîne une architecture de mouvement unique. Le liquide n'est pas le seul élément majeur qui caractérise la H1: les forces qui le font bouger constituent également une de ses composantes essentielles et apparentes grâce aux mouvements de compression et de relâchement des deux réservoirs situés dans la partie inférieure de la montre.

En fait, la H1 est un point de rencontre entre l'horlogerie et la mécanique des fluides, nous pourrions presque dire qu'elle interprète le concept de fluide mécanique! En cela, elle est un prolongement des premières idées de Vincent Perriard autour de l'animation d'un liquide coloré entrevues chez Concord. Mais cette fois-ci, le principe va beaucoup plus loin puisque de fonction annexe, il devient acteur principal.

Le liquide n'est malheureusement pas luminescent. Une piste de réflexion pour l'avenir?


Nous sentons bien que la difficulté majeure  inhérente à une telle montre ne se situe pas à proprement parler dans le mouvement qui crée l'énergie nécessaire au fonctionnement de l'affichage mais bien dans les propriétés physiques des éléments de cet affichage.

Ce dernier nécessite non pas un mais deux liquides suffisamment fluides... mais pas trop: chaque liquide doit impérativement rester de son côté! L'un est chargé de fluorescéine. L'autre est transparent. Les molécules qui les composent agissent grâce à leur répulsion pour éviter tout risque de mélange.

Il exige aussi un verre capillaire à l'extrême finesse qui permet une circulation optimale des liquides: si les liquides ne glissent pas parfaitement, ils risques de se mélanger, de troubler l'affichage.

Les deux soufflets qui agissent sur les réservoirs requièrent aussi un alliage spécial pour qu'ils fonctionnent de façon fiable et pérenne.


La partie la plus ardue, en dehors de la composition des liquides, est sûrement la fabrication du verre capillaire. HYT a fait appel à deux sous-traitants de haute technologie capables à la fois d'usiner une pièce d'une telle forme, d'une telle finesse avec un segment évidé en son centre et d'apposer plusieurs couches de revêtement sur les parois intérieures afin de faciliter le parcours du liquide en réduisant les frottements.

Le mouvement n'est pas en reste. Il se devait d'être à la hauteur d'une telle ambition technique. En retournant la montre, nous découvrons un mouvement à remontage manuel dont le style nous est familier. Si vous vous rappelez le mouvement de la Z6 de Harry Winston, vous retrouverez une esthétique un peu similaire, notamment dans la forme des ponts. Jean-François Mojon et l'équipe de Chronode ont développé ce mouvement exclusif en partenariat avec HYT dont l'objectif principal est la régularité de marche afin que le soufflet de gauche soit compressé de façon parfaitement constante et que le soufflet de droite puisse se relâcher sans perturber le fonctionnement de la montre.

Même si, comme du côté visible de la montre, une grande partie de la surface du mouvement est dédiée aux soufflets des réservoirs, il présente une très belle architecture avec notamment un joli pont de balancier évidé et des effets de relief  assez spectaculaires. Sa finition est très propre et l'ensemble est agréable à observer car une atmosphère technique s'en dégage, en harmonie avec le concept de la H1. Sa fréquence est de 4hz et sa réserve de marche est de 65 heures ce qui est une bonne performance compte tenu de la complication de l'affichage.


En mettant la montre au poignet, j'ai été immédiatement transporté dans un monde inhabituel: la H1 donne l'impression d'être une sorte de laboratoire ambulant, une espèce de machine infernale alimentée par les deux soufflets! Le liquide coloré est bien visible et l'heure dans son ensemble se lit sans souci. Je parle bien de l'heure dans son ensemble car très vite, comme je l'ai indiqué précédemment, j'ai appris à me passer de l'aiguille des minutes. A la limite, j'aurais trouvé un tel sous-cadran plus approprié avec un système de "liquide sautant" qui aurait bougé par section d'une heure d'un seul coup. J'imagine les contraintes techniques d'un tel système: un parcours lent et régulier semble plus approprié.

Tout comme le mouvement, la partie visible de la H1 surprend par ses effets de volume, par ses différents nivaux, par la forme des soufflets. Il est difficile de parler de "finitions décoratives" en reprenant les critères de l'horlogerie traditionnelle. Mais l'ensemble est esthétiquement réussi et chaque élément s'emboîte bien avec les autres. La H1 est une montre imposante (48,8mm de diamètre) et surtout épaisse (17,9mm). Heureusement, les cornes sont relativement courtes et imposent une forme de bracelet qui épouse bien le poignet. La taille ne choque pas puisqu'elle est ici rendue obligatoire par l'affichage. Il est évident que la montre a une forte présence mais plus que sa dimension, ce sont bien les soufflets et la section parcourue par le liquide coloré qui se remarquent. Le boîtier existe en 4 déclinaisons: titane, titane avec revêtement noir, or rose et mélange or rose - revêtement noir. Ma préférée est la titane avec revêtement noir... une fois n'est pas coutume. Je privilégie ici le titane pour des raisons de poids et de discrétion: l'or rose me semble un peu excessif compte tenu du gabarit. Le revêtement noir met en valeur le liquide coloré et améliore donc la lecture de l'heure. Le fait que le cheminement du liquide soit extrêmement lent est bien entendu logique mais un peu frustrant. Heureusement, toutes les 12 heures, à 6 heures, le liquide entreprend son grand retour à la case départ et effectue le chemin inverse en quelques secondes. Un spectacle à ne pas rater!


Incontestablement, Vincent Perriard et l'équipe HYT ont frappé un grand coup: la H1 réinvente le concept de la clepsydre et transforme cette mesure du temps ancestrale en l'inscrivant dans la modernité pour ne pas dire la haute-technologie contemporaine. Le potentiel lié à l'utilisation de liquides est immense et je n'ose imaginer les idées qui traversent l'esprit de Vincent Perriard! Mon seul point de vigilance demeure malgré tout le comportement des liquides sur le long terme. Avec des écarts de températures, après de nombreux allers-retours, auront-ils toujours le même comportement? Le risque de mélange ou de fragmentation qui a constitué un des obstacles rencontrés lors du développement de la H1 est-il définitivement levé? Seul l'usage au quotidien de la H1 permettra de répondre à ces questions.

Un grand merci à l'équipe HYT pour son accueil à Bâle et au Salon Belles Montres à Paris.

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