Cartier: Calibre Chronographe

La Calibre Chronographe fut dévoilée quelques semaines avant le SIHH 2013 et ce n'est pas un hasard. Cette montre est selon moi la plus importante de la nouvelle collection de Cartier pourtant très complète et composée de plusieurs pièces spectaculaires. L'objectif de la Calibre Chronographe n'est évidemment pas le même que celui d'un Double Tourbillon Mystérieux mais il est encore plus stratégique pour Cartier: il consiste à positionner la marque de façon crédible et durable dans le segment des chronographes automatiques de manufacture  dont le prix d'appel se situe en-dessous des 10.000 euros. Il s'agit d'un segment important du fait du volume des ventes, mondial car sans véritable limitation géographique et prestigieux car comportant des montres très célèbres comme la Rolex Daytona. Cartier n'avait pas le droit à l'erreur et s'est donné toutes les chances de réussir.

Ce n'est pas la première fois que Cartier propose un mouvement chronographe de manufacture dans son boîtier Calibre puisque la Calibre Chronographe Central à remontage manuel fut introduit en 2010. Il s'agit cependant d'une montre du segment de haute horlogerie avec un  mouvement très particulier qui permet d'afficher les minutes du chronographe d'une façon originale et parfaitement intégrée sur le cadran. La Calibre Chronographe n'a pas la même ambition d'originalité et son prix est plus modeste. Il n'en demeure pas moins qu'il s'agit d'une montre très aboutie comme le prouve l'utilisation d'un mouvement automatique qui fut spécifiquement développé à cet effet.

J'ai toujours considéré le chronographe comme une complication idéale pour le boîtier Calibre. Ce dernier ne manque pas de caractère compte tenu de son épaisseur, de son rehaut, de la forme de la lunette et des cornes mais il conserve une dose de raffinement et d'élégance grâce à de multiples détails qui l'allègent esthétiquement parlant. Il incarne plus un style sport-chic et c'est la raison pour laquelle le chronographe qui oblige à revoir l'organisation du cadran et à intégrer des poussoirs supplémentaires me semble être une complication adaptée. La feuille de route semblait facile puisque la montre Calibre Automatique à trois aiguilles possédait déjà de solides arguments favorisant l'intégration de la complication. Nous savons tous cependant que le passage d'une montre simple à montre chronographe n'est jamais aisé, un design abouti étant toujours un fragile équilibre.


Cartier a réussi dans son entreprise en reprenant les codes de la Calibre Automatique pour  créer un sentiment d'appartenance et de continuité tout en apportant des détails qui définissent l'identité propre de la Calibre Chronographe.

Le boîtier conserve son diamètre de 42mm qui est suffisant puisque les poussoirs rajoutent du volume tout en étant très joliment intégrés. Le rehaut demeure identique et les détails du cadran inscrivent la Calibre Chronographe dans l'atmosphère de la montre 3 aiguilles: le XII sur-dimensionné qui se distingue nettement, les chiffres romains de la partie supérieure remplacés par des index dans la partie inférieure, le guillochage circulaire de la zone périphérique sans oublier le guichet de date élargi. Tous ces éléments sont finis avec soin et confèrent à la Calibre Chronographe un certain degré de sophistication.


La présence des deux sous-cadrans a obligé Cartier à revoir l'organisation de son cadran et à déplacer le guichet de date positionné dorénavant à 6 heures. Mais le changement le plus spectaculaire est le passage de la minuterie du cadran à la lunette. Ce changement a deux vertus. La première est de faire respirer le cadran et de rapprocher les chiffres et index de la lunette pour mieux insérer les sous-cadrans. La seconde est d'apporter la touche de style et d'audace à une montre qui aurait semblé par ailleurs peut-être trop fidèle à la version trois aiguilles.

Le résultat est surprenant car cette lunette gravée donne presque une dimension précieuse à la Calibre Chronographe qui devient plus ostentatoire que la Calibre Automatique. Evidemment, pour éviter un effet esthétique indigeste, Cartier a fait le choix, judicieux, de s'affranchir de toute graduation intermédiaire. Malgré une fréquence de mouvement de 4hz qui aurait permis d'indiquer les mesures avec une précision au 1/8ème de seconde, la Calibre Chronographe ne propose qu'un affichage à la seconde. Est-ce si problématique? En ce qui me concerne, nullement car je n'utilise jamais ces mesures intermédiaires et je préfère une lunette plus épurée. De plus, le décalage de hauteur entre l'aiguille des secondes et la graduation aurait rendu la lecture des fractions de seconde très délicate.Le choix de s'en passer est le meilleur à mon sens.


Les designers ont également travaillé à réduire la perception de décalage entre le diamètre propre du mouvement (26,18mm) et celui du boîtier (42mm). La taille des chiffres et index ainsi que le guillochage atténuent le léger déséquilibre dû à la position des deux sous-cadrans proche du centre. 

Le mouvement 1904-CH est utilisé pour la première fois dans le contexte de cette Calibre. Sa taille laisse imaginer qu'il se retrouvera dans d'autres montres aux diamètres plus contenus. Cartier a travaillé en priorité sur  la régularité du comportement du mouvement grâce à l'utilisation de deux barillets pour obtenir un couple plus stable tout le long de la réserve de marche. Le choix de privilégier le couple par rapport à la réserve de marche rend cette dernière un peu courte dans le contexte des mouvements d'aujourd'hui (48 heures). Cependant, la vocation de la Calibre Chronographe, grâce à son étanchéité de 100 mètres, est d'être une montre relativement polyvalente qui se porte aussi bien en semaine qu'en week-end. La nécessité d'une plus longue réserve de marche se ressent moins.


Nous retrouvons au sein du mouvement 1904-CH les systèmes de réglage précis du mouvement par le biais de la flèche de la raquette et de roulement à bille sur le centre du rotor pour une meilleure fiabilité. La conception aboutie du mouvement se manifeste aussi par l'utilisation d'un marteau linéaire de remise à zéro.

Un ajourage du pont supérieur permet d'observer la roue à colonnes. Cet ajourage est le bienvenu car le mouvement, malgré une finition soignée, n'est pas à proprement parler spectaculaire. Je trouve que Cartier, et c'est tout à fait respectable, se concentre presque uniquement dans la dimension technique. C'est rassurant pour le client et cela dénote une stratégie de long terme: tout ce qui peut conduire à une amélioration de la fiabilité, de la performance est prioritaire. Il ne faudrait cependant pas oublier la qualité perçue qui est presque aussi importante aux yeux des clients que la qualité réelle. Cartier aurait intérêt de mon point de vue à rendre plus attractive l'esthétique des mouvements afin qu'ils deviennent  un peu plus démonstratifs qu'ils ne le sont. Ainsi, une masse oscillante moins triste serait déjà un bon point. Elle ne se distingue pas assez des ponts et et de la platine du mouvement et cette finition en côtes de Genève est assez terne. Si la finition décorative se mettait au niveau de la finition technique, ce serait parfait. Elle mettrait d'ailleurs plus en valeur ce contenu horloger qui est irréprochable.


La Calibre Chronographe est une montre très convaincante une fois mise au poignet: tout d'abord, le charme du boîtier agit grâce à son style affirmé même si sa relative épaisseur peut surprendre. Ensuite, c'est la subtilité du cadran qui attire le regard. Il arrive à combiner originalité (les chiffres romains sur la partie supérieure et les index sur la partie inférieure, le guichet de date), audace (la minuterie de la lunette) et classicisme bon teint (le cerclage des sous-cadrans et la partie guillochée). Malgré un gabarit relativement imposant, la Calibre Chronographe arrive tout de même à transmettre un sentiment de raffinement qui est renforcé par l'observation de la carrure. Je trouve que le spinelle de synthèse bleu qui fait office de cabochon se marie bien avec les deux poussoirs et contribue à  l'identité de la montre. L'ensemble est très lisible y compris au niveau des sous-cadrans. En revanche, de façon un peu surprenante, Cartier a fait le choix de maintenir le compteur des heures dans une configuration à deux sous-cadrans. Vous l'avez compris, la montre ne possède pas de trotteuse permanente ce qui peut troubler. Les amateurs de montres animées feront alors tourner le chronographe sans arrêt. Enfin, tout comme la Calibre Automatique, la Calibre Chronographe se porte avec confort grâce à la forme très marquée des cornes et au maintien efficace du boîtier sur le poignet.

Même si elle n'est pas exempte de tout reproche, la Calibre Chronographe présente un bilan très positif. Grâce à son nouveau mouvement, à sa polyvalence et à son esthétique de caractère, elle est bien armée pour affronter la rude concurrence de son segment. Le nombre de références d'ores et déjà disponibles (acier, or rose, bicolore, sur cuir ou sur bracelet métallique) est une preuve que Cartier fonde beaucoup d'espoir sur cette montre.

Merci à l'équipe Cartier pour son accueil au cours du SIHH 2013.

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