jeudi 31 janvier 2013

Lange & Söhne: Grande Lange 1 Or Gris

En 2012, Lange & Söhne présenta la nouvelle Grande Lange 1 qui suscita de nombreuses réactions positives car corrigeant certains reproches faits à l'encontre de sa devancière. En effet, grâce au mouvement L095.1, plus large et plus fin, à barillet unique, elle proposa un design élancé et élégant tout en retrouvant le parfait équilibre des cadrans classiques de la Lange 1. Disponible initialement en or rose, en or jaune et en platine, c'est sans grande surprise qu'une année plus tard la version en or gris est dévoilée.

La bonne surprise de cette version est évidemment le cadran noir. Il permet immédiatement d'apporter une nouvelle dimension à cette montre en lui donnant un style légèrement moins formel tout en conservant le raffinement de l'ensemble. Sa réalisation pleine de subtilités évite la monotonie. La couleur, pas si profonde, a tendance à tirer vers le gris anthracite. Les sous-compteurs possèdent la finition circulaire traditionnelle qui permet de créer de jolis reflets de lumière en rayons de soleil contrastant avec la partie principale du cadran. Les aiguilles et les index luminescents sont également une différence par rapport aux 3 autres versions. Ils demeurent très discrets: à aucun moment, la Grande Lange 1 Or Gris n'évoque la Grande Lange 1 Luminous d'autant, beaucoup plus radicale.

Le cadran noir a une autre vertu: comme d'habitude avec n'importe quel cadran sombre, il réduit la perception de la taille. Certes, avec un diamètre de 40,9mm, la Grande Lange 1 n'est pas à proprement parler une montre XXL: son diamètre est même inférieur à celui de la première Grande Lange 1. Mais grâce à sa couleur dominante, une fois mise au poignet, elle semble se situer  dans des dimensions intermédiaires, entre la Lange 1 classique et les Grande Lange 1 à cadrans clairs.

La vraie question concerne le guichet de grande date. N'aurait-il pas été préférable de changer en même temps sa couleur? Je pense que la solution de conserver le fond blanc est préférable. La date demeure parfaitement lisible, le double guichet est mis en valeur et le cadran semble moins uniforme.

C'est incontestablement une montre que j'apprécie beaucoup. J'aime son équilibre, sa finesse, le plaisir du remontage au quotidien du L095.1 et la petite originalité apportée par les détails luminescents. La parfaite exécution du cadran noir achève de me convaincre: j'ai suffisamment regretté de ne pas retrouver dans la collection Lange actuelle le même éventail  de cadrans des premières années pour ne pas accueillir avec grand plaisir cette couleur qui tranche!

 La Grande Lange 1 Or Gris n'est cartes pas la nouveauté Lange la plus ébouriffante ni la plus audacieuse. Ce n'est après tout qu'une variation d'un modèle existant. Mais elle n'en demeure pas moins une des montres les plus séduisantes du SIHH. 

Merci à l'équipe Lange pour son accueil pendant le Salon.

lundi 28 janvier 2013

Ma sélection en marge du SIHH 2013

C'est maintenant devenu une tradition diversement appréciée par Richemont en fonction des protagonistes: pendant la semaine du SIHH, de nombreuses marques organisent leurs présentations parallèles afin de profiter de la présence de détaillants et de journalistes du monde entier. Genève devient alors une véritable fourmilière où des groupes entiers équipés de badges, d'appareils photos et autres matériels se déplacent entre les hôtels le long du lac, les propres locaux des marques et le Bâtiment des Forces Motrices, le nouveau cadre du Geneva Time Exhibition. C'est tout le petit monde horloger qui se retrouve, qui partage ses découvertes, qui se met en quête de la montre à ne pas rater, le tout avec un rythme effréné! Une semaine à Genève n'a rien à envier à son équivalente à Baelworld en terme d'intensité, bien au contraire, car il faut savoir aussi jongler entre les rendez-vous et parfaitement maîtriser le réseau des transports genevois pour éviter tout retard fatal.

Après une période d'égarement, le Geneva Time Exhibition semble avoir trouvé la bonne formule. Son plateau est plus restreint mais sans conteste qualitatif et homogène. Le lieu d'exposition est  idéalement situé et est enfin digne de marques comme Laurent Ferrier ou Speake-Marin. Ce fut un vrai plaisir que de retrouver ces marques indépendantes que j'apprécie tant dans un contexte plus favorable qui suscitera j'en suis sûr d'autres vocations lors de la prochaine édition.

De Bethune ou Urwerk continuent à privilégier les présentations dans leurs suites habituelles du 4 Seasons et pour rien au monde, je ne les raterais. C'est devenu pour moi des moments de pur plaisir car au-delà de la découverte des collections, il y a la joie simple de retrouver des amis.

Enfin, Zenith et Hublot, le duo de LVMH, occupaient comme de tradition deux étages du Kempinski. Située au 7ième étage, la suite Zenith propose la plus belle vue sur le Lac de toute la semaine, peut-être est-ce dû à cette maîtrise des hauteurs confortée par l'exploit de Félix Baumgartner? En tout cas, je fus plus convaincu par les nouveautés de Zenith que par celles de Hublot: un sentiment qui méritera confirmation à Baselworld.

Après ce rapide  tour d'horizon, je vous propose une sélection des montres que j'ai envie de mettre en avant. Compte tenu de la diversité des marques, vous allez constater que cette sélection est pour le moins éclectique!

Mon premier rendez-vous fut avec De Bethune. Je ne sais pas si c'est une si bonne chose que cela finalement car cela met la barre très haut d'entrée!

Pour moi, en dehors du SIHH, la montre la plus fascinante de la semaine fut la DB28 Skybridge. Ce n'est pas la De Bethune la plus compliquée mais sa beauté est irradiante! Grâce à son cadran concave, le ciel prend une multitudes de couleurs sans oublier les quelques pierres qui scintillent... Le pont central n'a pas qu'une seule dimension esthétique mais possède bien une raison technique. Le cadran est si profond que sa présence fut rendue obligatoire afin de soutenir les roues. Une montre en tout point magique!


Restons chez De Bethune avec une montre à l'opposé mais tout aussi aboutie: la DB16. Derrière une présentation plus classique, se cache une pièce apportant une nouvelle preuve de la maîtrise technique de Denis Flageollet: elle est, sauf erreur de ma part, la première montre combinant QP, Tourbillon et Seconde Morte. Le boîtier plus massif que d'habitude n'altère pas le plaisir d'observer le parcours de la trotteuse.


Lorsque je vais à la rencontre d'Yvan Arpa, je sais que je vais m'attendre à des surprises. Et je ne fus pas déçu! L'Artya Horlogère m'a plu par sa décoration faite de pièces de mouvements. J'ai l'impression qu'inconsciemment, elle symbolise pour Yvan Arpa sa volonté de secouer le microcosme horloger: tout est sans dessus-dessous!


Chez julien Coudray, Fabien Lamarche nous réserve de bien beaux projets dont un mouvement à grand balancier, à grande réserve de marche et à fréquence loin d'être ridicule. Il sera hébergé dans ce boîtier que j'ai trouvé très raffiné.


J'avais eu l'occasion récemment à Londres de faire un point complet avec Peter Speake-Marin. Je fus d'ailleurs ravi de constater que son ambition qui consistait à construire une collection cohérente et aboutie était menée à son terme. Peter a donc aujourd'hui toute la structure pour poursuivre ses développements et projets ce qui ne peut que me réjouir. J'en ai profité pour apprécier le remarquable travail de finition du cadran de la Dong Son:


Hautlence, après de nombreux avatars, retrouve une nouvelle dynamique. La HLRQ symbolise cette approche qui combine les principales caractéristiques de la marque (l'affichage original du temps) avec un certain réalisme tarifaire qu'une meilleure maîtrise des coûts autorise.


Laurent Ferrier présentait un Galet Secret pavé de diamants. Mais mon choix s'est porté sur cette Galet à chiffres appliqués, une vrai tuerie (vous apprécierez la finesse des chiffres)!


Jämes C.Pellaton est la marque créée par Michel Dawalibi dont l'objectif est de rendre hommage à l'oeuvre du célèbre horloger. Tourbillon, découpe des ponts caractéristique et superbes finitions sont au programme du Chronomètre Royal Marine dont le mouvement à date rétrograde a été développé par Renaud et Papi.



François-Paul Journe dévoilait un tout nouveau QP à saut instantané  et à deux aiguilles centrales contrairement à l'Octa Calendrier Perpétuel. Vous noterez la présentation originale du cadran qui met en avant l'affichage de la réserve de marche et des quantièmes. Un QP orienté vers une grande facilité de réglage et d'utilisation traduisant une intelligence de conception.



Hublot présentait beaucoup de déclinaisons de modèles existants et faisait preuve d'une prise de risque limitée. Après tout, si la recette fonctionne, pourquoi changer? La nouveauté la plus intéressante est pour moi la Classic Fusion Chronographe Aero Titane car le cadran type "Aero" se marie très bien avec le boîtier Classic Fusion. Rien de franchement innovant mais le résultat est plutôt réussi.


Revenons au 4 Seasons avec Linde Wederlin. L'Oktopus II Moon Gold nous donne l'opportunité de découvrir la première complication développée par la marque: l'affichage des phases de lune sur plusieurs jours. Alors, à quoi sert-elle dans une montre de plongée? Tout simplement, si vous voulez plonger la nuit, vous pourrez ainsi choisir la date la plus appropriée, celle qui propose la meilleure lumière...


Une des tendances actuelles de l'horlogerie est l'utilisation de systèmes à chaîne-fusée afin d'obtenir la meilleure régularité de marche. Cela faisait quelque temps que je n'avais plus de nouvelles de Romain Gauthier même si je savais, suite à une rencontre impromptue à Bâle qu'un beau projet était en préparation. La Logical One est une montre réellement impressionnante qui permet à Romain Gauthier d'aller au bout de ses idées. Le système de remontage par poussoir (la couronne ne sert qu'à la mise à l'heure), la profondeur du cadran, les finitions extrêmement abouties font de cette Logical One une des montres majeures de la semaine.


Restons autour du même thème avec la Zenith Christophe Colomb Hurricane. Elle propose d'associer la quête de la précision visée par le système de mise à l'horizontale de l'organe régulant avec l'objectif de régularité de la chaîne-fusée. Si j'émets toujours autant de réserve sur l'intérêt du "culbuto", il n'en demeure pas moins que cette Hurricane est une réussite tant esthétique que mécanique.


Enfin, toujours avec Zenith, la Captain Windsor Calendrier Annuel Edition Boutique m'a plu par son très beau cadran inspiré des chronomètres de marine. Une montre élégante malgré sa grande taille qui renouvelle efficacement la présentation de cette complication chez Zenith.


Ma sélection est maintenant terminée. D'autres montres auraient mérité de faire partie de la sélection mais j'ai veillé à respecter un certain équilibre entre les styles et les prix. Bien entendu, j'aurai l'occasion de revenir en détail lors des prochaines semaines sur les montres qui composent la sélection.

Un grand merci aux équipes des marques pour leur accueil pendant toute la semaine.

dimanche 27 janvier 2013

Ma sélection du SIHH 2013

Me voilà de retour après la folle semaine genevoise du mois de janvier. Le SIHH 2013 débuta de façon un peu étrange car la météo provoqua l'annulation de nombreux vols en partance pour Genève mais très vite, il retrouva son rythme de croisière. Ce rythme ne fut cependant pas le même pour toutes les marques du Salon. Car si un adjectif devait qualifier ce SIHH, ce serait celui d'"inégal".

Des marques comme Cartier, Jaeger-Lecoultre ou Lange ont totalement répondu à mes attentes avec leurs forces respectives en proposant des collections solides, complètes et contenant un certain nombre de montres désirables. D'autres comme Piaget et Van Cleef & Arpels, plus discrètement, ont su également tirer leur épingle du jeu. Audemars Piguet et Vacheron Constantin ont de leur côté adopté un profil très mesuré, les collections ne comportant aucune réelle nouveauté si ce n'est des déclinaisons de modèles existants. Mais parfois, il vaut mieux assumer l'année de transition ainsi que de présenter une collection ratée. Je dois avouer que la collection Ingénieur d'IWC m'a laissé de marbre tout comme les nouveautés Parmigiani. Il faudra bien qu'un jour j'arrive à comprendre la stratégie de cette dernière marque car elle m'apparaît comme totalement obscure.

Enfin, la marque la plus présente médiatiquement était Roger Dubuis grâce d'abord à son stand dans lequel trônait en plein centre un aigle de plusieurs mètres de haut. Une décoration digne d'une pochette de disque de Heavy-Metal symphonique que je trouve peu en accord avec l'ambiance feutrée du SIHH. Mais bon, ce n'est finalement pas si désagréable que ça de secouer un peu le cocotier! Rien de pire que l'uniformité et le conformisme. Et puis heureusement, le contenu horloger de la collection était à l'avenant avec notamment une vraie "talking-piece", la Quatuor. Imaginez un seul instant qu'avec un volatile aussi majestueux symbolisant de belles envolées horlogères, la collection eût été décevante, les équipes de Roger Dubuis se serait retrouvées en prise à de nombreuses remarques sarcastiques. Cependant, dans un marché très concurrentiel, marqué par un certain retour au classicisme poussé en cela par les goûts de la clientèle chinoise, le design plus audacieux et les prix élevés des modèles phares rendent la tâche de Roger Dubuis plus difficile. La réduction des tailles des boîtiers et les adoucissements esthétiques indiquent incontestablement que l'adaptation à ces tendances du marché est en marche. Demeure le problème des prix car si un effort a été réalisé en entrée de gamme, les étiquettes s'envolent toujours avec les complications.

Roger Dubuis n'est pas la seule marque dans ce cas et c'est même une constante. En fait, plus le temps passe, plus l'étirement de l'échelle des prix devient manifeste. Afin de prendre en compte les réalités de chaque zone géographique, plusieurs phénomènes cohabitent. Pour répondre à la clientèle européenne et dans une moindre mesure américaine, des montres raisonnables, aux tarifs contenus (mais hélas toujours croissants), demeurent. Elles ne sont pas franchement excitantes mais elles ont le mérite dans la plupart des cas d'être proprement réalisées (exemple: JLC Master Calendar en reprenant une vieille recette). Et puis, il y a le reste de la collection où matériaux et complications aidant, les prix peuvent grimper avec une élasticité de la demande assez faible. Au final, le client européen se trouve coupé de toute une partie de la collection qui ne s'adresse plus qu'à des marchés très spécifiques.

Au-delà de toutes ces considérations, je vous propose maintenant une sélection des montres qui m'ont le plus plu et sur lesquelles j'aurai l'occasion de revenir plus tard.

Ma montre préférée du Salon fut la Lange 1815 Rattrapante Calendrier Perpétuel. Tout simplement parce que je la trouve belle, classique avec cette touche germanique et parce qu'elle profite d'un mouvement tout bonnement somptueux. Son cadran est pour moi plus lisible que celui d'un Dtograph Perpétuel... quantième à part.


Plus raisonnable, la 1815 Up & Down m'a également séduit par son contenu horloger. Ce n'est pas une simple 1815 avec l'adjonction de la réserve de marche. Le boîtier n'est pas le même (39mm et observez le décrochage de la lunette) et le mouvement fut spécialement développé pour la montre. Vous observerez que tout comme celui de la Saxonia Thin, il se dévoile plus puisque les roues sont visibles. Sa réserve de marche est de 72 heures justifiant l'indicateur de réserve de marche.


Cartier nous a proposé un véritable feu d'artifice. Au-delà de la calibre Chronographe, une montre d'une grande importance stratégique pour Cartier, plusieurs lignes de la collection furent mobilisés pour présenter un cru 2013 d'une très grande qualité.

Je mettrais en valeur 2 montres. 

La Rotonde Mystérieuse apparaît moins féminine qu'au premier abord:


Quand à la Rotonde Double-Tourbillon Mystérieux, c'est un véritable envoûtement. Non seulement le Tourbillon flotte mais en plus, il se déplace pour créer un spectacle magique. Avec une telle montre, je ne regrette pas le diamètre du boîtier!


Jaeger-Lecoultre nous permet de revenir sur terre avec des montres bien pensées, séduisantes et surtout aux tarifs qui demeurent encore raisonnables. 

La Master Calendar retrouve un design plus "vintage" qui lui va particulièrement bien:


Quant à la Reverso Ultra-Thin Duoface, elle profite pleinement des caractéristiques du boîtier Ultra-Thin (même si elle est logiquement un poil plus épaisse). Présentant comme d'habitude à la fois un cadran clair et un cadran noir, pouvant être utilisée comme un second fuseau, très élégante  en or rose, la Duoface m'a beaucoup plu même si je trouve sa taille légèrement trop importante. A noter la différence de cadran clair entre les deux versions or rose et acier.



Il aurait été un peu facile chez Roger Dubuis de choisir la Quatuor. Cette dernière est une montre qui suscite beaucoup d'interrogations par les solutions qu'elle apporte. Mon choix s'est porté sur l'Excalibur 42mm Tourbillon volant Squelette. Je trouve que le boîtier plus simple, plus contenu met plus en valeur la finition remarquable du mouvement.



Lorsque le mouvement automatique à micro-rotor de Piaget fut présenté, j'ai regretté de le voir utilisé dans un boîtier Altiplano de 43mm résolument trop grande pour ce type de montre. Ce fut donc avec un vrai plaisir de découvrir l'Altiplano automatique 40mm. Mais la vraie surprise est l'adjonction d'une complication: la date à 9 heures. Je pouvais craindre le pire mais Piaget est arrivé à bien l'intégrer. Au final, la montre est réussie et apporte quelque chose de nouveau à l'univers des Altiplano.


Comme indiqué précédemment, Audemars Piguet et Vacheron Constantin furent plutôt discrets. J'ai souhaité tout de même mettre en avant les deux nouvelles versions suivantes de montres existantes.

La Diver en céramique noire dont la couleur se marie au style sportif:


La Patrimony Traditionnelle en platine profite d'un très beau cadran gris, plus subtil qu'il n'y paraît:


Chez Greubel Forsey, j'ai beaucoup apprécié la déclinaison en noir du Double Tourbillon Technique:



Enfin, comment ne pas terminer cette sélection par la montre la plus charmante du Salon? Elle provient bien entendu de chez Van Cleef & Arpels. La Lady Arpels Ballerine Enchantée est un éloge à la lenteur et crée une relation particulière avec sa propriétaire. Elle n'indique le temps qu'à la demande et ce, pendant quelques secondes uniquement. Un véritable pied de nez à la folie de nos sociétés où tout doit se traiter dans l'urgence, où chaque instant compte. Avec cette montre, la dimension temporelle est différente:


 

Un grand merci aux équipes des différentes marques pour leur accueil pendant le SIHH.

mercredi 16 janvier 2013

Harry Winston: Midnight Tourbillon GMT

La Midnight Tourbillon GMT peut être considérée comme le fruit d'une grande métamorphose. Observez attentivement le cadran. Le Tourbillon à 6 heures, l'affichage du temps principal à droite, le second fuseau à gauche, les villes de référence dans un guichet, cela ne vous rappelle rien? Si vous pensez à la Z5 ou à l'Ocean Tourbillon GMT, vous avez gagné! Cette Midnight réinterprète le mouvement Tourbillon à deux fuseaux horaires en provenance de Dimier dans un environnement que je trouve plus favorable.

En fait,  la Midnight Tourbillon GMT profite de plusieurs atouts face à sa devancière qui n'était pas considérée, il faut bien l'avouer, comme la plus désirable des Project Z.

Le premier atout est le contexte qui a conduit à créer cette montre. La vente aux enchères caritative Only Watch organisée par l'Association Monégasque contre les Myopathies présente régulièrement un plateau impressionnant de pièces uniques proposées par les plus prestigieuses marques. Or en 2011, Harry Winston participa à l'événement par le biais de la Midnight Tourbillon GMT en platine avec un cadran ruthénium. Ce fut la première apparition de cette montre qui me séduisit immédiatement par son évolution esthétique par rapport à la Z5. Bien évidemment, les Midnight Tourbillon GMT qui sont produites par la suite se distinguent de la pièce unique mais elles conservent une grande partie du charme de la "Only Watch".

La Z5:



Le second atout est l'utilisation du boîtier Midnight, ici en or gris. Même si j'apprécie beaucoup le boîtier Ocean qui arrive à combiner une certaine élégance avec son caractère très masculin, force est de constater qu'il ne s'adresse pas à tous. Plus que sa taille (45mm), les cornes, l'épaisseur de la lunette, sa hauteur le rendent assez ostentatoire et peu adapté aux poignets plus modestes. Le boîtier Midnight semble au contraire alléger la montre grâce à sa lunette plus fine, aux éléments autour de la couronne  plus discrets et à un style incontestablement plus élancé. La Midnight Tourbillon GMT gagne en raffinement et en fluidité alors que le diamètre demeure le même. Mais la conséquence la plus marquante de l'utilisation de ce boîtier se situe sur le cadran.

Car le troisième atout et peut-être le plus important est la nouvelle présentation du cadran qui profite de la place supplémentaire libérée par la finesse de la lunette. 

J'ai souvent regretté sur la Z5 un manque d'optimisation de la surface du cadran disponible. Les deux sous-cadrans, rejetés sur les bords de la lunette m'ont toujours semblé trop petits visuellement créant une sorte de zone neutre entre eux deux. Il faut dire que l'objectif poursuivi avec la Z5 était de retrouver l'esprit de la Z3 à savoir de donner le maximum de présence au Tourbillon. Si cette idée était concevable avec une montre simple (et c'est la raison pour laquelle la Z3 est si réussie), elle l'est moins avec une montre à complications, obligeant à regrouper plus d'informations dans une zone délimitée. Les sous-cadrans furent réduits conduisant à ce résultat pas désagréable par son originalité mais pas convaincant non plus à cause de son déséquilibre.

La Midnight Tourbillon GMT vise à corriger tout cela en prenant une voie radicalement opposée. Ici, le Tourbillon et les autres éléments du cadran cohabitent sur le même plan. La surface du cadran permet d'agrandir les sous-cadrans annihilant la zone qui les séparait. L'ensemble respire mieux et les tout semble s'équilibrer malgré les tailles différentes des affichages des deux fuseaux. 

Le sous-cadran de l'heure principale devient l'élément clé en empiétant sur une partie de la zone du Tourbillon et en utilisant un effet de relief grâce à un petit rehaut interne. Le cadran est on ne peut plus emprunt de "circularité" si j'ose dire. Les cercles sont présents partout, dans la forme des sous-cadrans, dans la zone du Tourbillon, dans les guillochages, dans les courbes et tous ces détails se mélangent harmonieusement.

En combinant donc ces atouts, nous obtenons une montre qui se démarque nettement de la Z5 en adoptant un style plus aéré, plus fluide et peut-être moins rigide. Cela ne veut pas dire que la Z5 est dénuée d'intérêt. Elle possède son propre caractère, moins consensuel qui trouve de l'écho auprès d'amateurs de pièces plus radicales.

Que ce soit en termes de mouvement ou de fonctionnement, la Midnight Tourbillon GMT est similaire à la Z5. Les poussoirs élégamment positionnés permettent d'ajuster l'heure du second fuseau en fonction des villes de référence. Cette heure est bien affichée sur 24 heures grâce à la présence de l'indicateur jour&nuit situé au centre du sous-cadran. Le guichet des villes de référence a été élargi dans un souci d'équilibrage esthétique.

Le mouvement présente le même degré de finition que sur la Z5. Ce n'est pas un mouvement des plus spectaculaires mais il est décoré avec soin et avec sobriété le rendant très agréable à observer. Il possède une architecture très contemporaine que le pont du Tourbillon, impressionnant, met en valeur. Il mélange une certaine modernité avec des détails plus traditionnels comme le chaton en or avec des vis bleuies à la Lange.  Du point de vue des performances, son principal attrait est sa longue réserve de marche, de 110 heures.

Le travail effectué sur le cadran et le charme du boîtier Midnight s'apprécient grandement lorsque la montre est portée tout comme le shuriken du Tourbillon. Son ouverture de cadran la rend paradoxalement plus grande que la Z5 mais la fluidité et la discrétion du boîtier équilibrent ce sentiment puisque la Midnight Tourbillon GMT demeure plus facile à porter.

J'ai souhaité vous présenter cette montre car elle constitue un très bon exemple de l'influence qu'ont certains détails sur notre perception. A partir d'un même mouvement pourtant très caractéristique (Tourbillon + 2 fuseaux avec indicateur des villes de référence), Harry Winston est arrivé à créer deux montres qui s'opposent. Elle témoigne aussi du potentiel du boîtier Midnight qui est à l'aise à la fois dans le contexte de montres simples et dans celui de pièces plus compliquées. C'est la raison pour laquelle la collection Midnight, plus consensuelle,  va sûrement devenir fondamentale pour Harry Winston au moment où le Swatch Group devient le propriétaire de la marque.

dimanche 13 janvier 2013

HCH: Chronographe Type 22

HCH (Haute Couture Horlogère) n'est pas, contrairement à ce qu'un tel nom pourrait le laisser supposer, la nouvelle escapade d'une marque de vêtements dans l'univers des montres. Il s'agit tout simplement de la propre marque de Romain Réa, le célèbre expert horloger basé à Paris qui a souhaité se lancer dans le grand bain avec un projet personnel. Compte tenu de son métier et de l'activité de sa boutique, Romain Réa sait pertinemment qu'une nouvelle marque n'a de sens que si elle apporte quelque chose de nouveau. C'est la raison pour laquelle il insiste sur 2 points fondamentaux de sa démarche.

Le premier est lié au nom. HCH veut être un créateur de montres sur mesure. Soyons clairs: nous sommes ici plus dans la personnalisation que dans le vrai sur-mesure partant de zéro. La collection HCH est composée de 5 modèles, tous radicalement différents les uns des autres et qui peuvent être personnalisés, ajustés selon les goûts de chacun.

Le second est le lieu d'assemblage des montres, à Tours. C'est une sorte de retour aux sources de l'horlogerie française qui s'était développée au XVIème siècle dans la région lorsque les rois de France séjournaient dans les châteaux de la Loire. Evidemment, HCH n'est pas une manufacture intégrée telle que nous pourrions la concevoir chez quelques marques suisses mais ce clin d'oeil est tout de même appréciable.

Le chronographe Type 22 est le représentant le plus charismatique de la collection de HCH par sa taille, son design et son mouvement. Romain Réa a souhaité à travers ce chronographe imaginer la montre de dotation de l'Armée de l'Air du début des années 70 qui aurait pu exister sans l'arrivée du quartz. Auquel cas, elle aurait été définie par un cahier des charges émanant du Ministère de la Défense Nationale que Romain Réa s'est amusé à rédiger pour en présenter les principales caractéristiques.

Le chronographe Type 22 ainsi décrit est une montre instrument possédant un boîtier en acier inoxydable au fond vissé et d'un large diamètre (48mm). Les tiges de bracelet sont vissées. La lunette tournante est bidirectionnelle et est marquée d'un triangle en relief utilisé comme repère. Les poussoirs du chronographe sont clairement différenciés afin d'éviter toute erreur de manipulation. Le poussoir de démarrage et d'arrêt, inséré dans la couronne est rond alors que celui de la remise à zéro, plus imposant, est rectangulaire.

En dehors de ces deux poussoirs distincts, le cadran constitue la principale originalité du chronographe Type 22. Si pour la lecture du temps, son orientation est traditionnelle puisque les chiffres des index sont à leurs places coutumières, en revanche l'axe des sous-cadrans est plutôt déroutant car suivant une diagonale 7h30-1h30. Ce choix est justifié par l'optimisation de la lecture des informations du compteur des minutes lorsque la main gauche est occupée, cahier des charges imaginaire oblige! Cependant, dans tous les cas, pour l'ensemble des aiguilles, le point culminant de la graduation représente le zéro. Il n'y a donc aucune rotation des graduations, seule le pivotement de l'axe des sous-cadrans a été effectué.

La conséquence de ce changement est évidemment le nouveau positionnement de la couronne et des poussoirs puisque le mouvement qui équipe le chronographe Type 22, le Valjoux 5, présente une architecture classique avec couronne dans le parfaitement alignement de l'axe des sous-cadrans. Du fait de cette rotation de 45°, la couronne et le premier poussoir se retrouvent à 1h30 tandis que le second poussoir se déplace à 2h30. Ce dernier donne la fausse impression d'être parfaitement à 3 heures compte tenu de sa taille mais il n'y a qu'un peu plus d'"une heure" de décalage entre les deux poussoirs. Dans sa version à deux poussoirs, en configuration montre de poche avec couronne à 12 heures, le poussoir de remise à zéro est ainsi logé légèrement après une heure. A noter que le Valjoux 5 existe également dans une configuration stricte "monopoussoir" avec les 3 fonctions du chronographe gérée par le poussoir intégré dans la couronne.

La transition est donc faite pour donner quelques détails sur le mouvement. A la base étant un mouvement chronographe à roue à colonnes de montre de poche, son diamètre (42,1mm) est adapté aux dimensions du boîtier.  Il s'agit d'un mouvement à basse fréquence (2,5hz) qui possède une réserve de marche de 40 heures (36 heures lors le chronographe fonctionne de façon permanente). Cette fréquence, associée à la taille du balancier bimétallique (16,6mm), lui confère une grande stabilité de marche. Il est ici muni d'un incabloc et de tous les dispositifs permettant un usage quotidien sans risque. C'est toujours un vrai plaisir que de porter un tel mouvement: le tic-tac lié à la basse fréquence, la régularité, la sensation au remontage due à l'imposant barillet lui donnent beaucoup de charme. A noter que HCH offre la possibilité de lui rajouter la fonction flyback.

Le chronographe Type 22 a incontestablement une très belle présence au poignet. Ce n'est pas uniquement lié au diamètre du boîtier. La couronne et les poussoirs décalés, l'imposant poussoir de remise à zéro, l'orientation originale de l'axe des sous-cadrans contribuent fortement à ce sentiment.  Le blanc légèrement cassé des chiffres et aiguilles rend la lecture des information optimale. La lunette se manipule aisément tout comme la couronne: à l'usage, le chronographe Type 22 ne souffre d'aucun reproche.

Le bilan semble donc parfait puisque la montre est stylée, fiable, agréable au quotidien pour ceux qui ne sont pas effrayés par un tel diamètre. Cependant, tout au long de l'écriture de cet article, j'avais de façon constante un bémol dans ma tête: l'idée de concevoir une montre qui aurait pu exister est séduisante d'autant plus que le résultat est cohérent avec la démarche. Mais l'utilisation du Valjoux 5 nous replonge dans la réalité: si un collectionneur veut profiter de ce mouvement, il y a de fortes chances qu'il privilégie  une montre de l'époque et dans son jus. Ce choix semble fort logique pour des raisons historiques, de légitimité et plus basiquement de prix. Une montre de poche avec un Valjoux 5 se trouve à des prix nettement inférieurs, de l'ordre de 10 fois moins, de celui proposé par HCH (au-dessus de 14.000 euros). C'est alors une question d'état d'esprit. Si l'envie d'avoir un mouvement chronographe de basse fréquence, de qualité, dans un contexte favorisant son usage quotidien est irrésistible, alors le chronographe Type 22 tient la route. Dans la catégorie des montres contemporaines utilisant d'anciens calibres, elle est plus que crédible. Dans les autres cas, la montre de poche d'origine apparaît comme l'option la plus logique pour apprécier les performances du Valjoux 5.

Merci à l'équipe de HCH pour son accueil pendant le Salon Belles Montres 2012.

lundi 7 janvier 2013

Urwerk: UR-210

Une des montres les plus marquantes de la première décennie fut Opus V d'Harry Winston qui permit de donner un grand coup de projecteur sur le talent de Felix Baumgartner. Elle combinait le système d'heure vagabonde avec une grande aiguille des minutes rétrograde. A la fin de l'heure, l'aiguille se désolidarisait du plot qui l'accompagnait pour revenir instantanément à zéro et se positionner face au plot suivant. Inutile de préciser que le changement d'heure se ressentait lorsque la montre était portée puisque le grand mouvement rétrograde s'opérait sur quasiment toute la hauteur du cadran. Opus V fut bien plus qu'un projet commun avec Harry Winston: elle permit le développement d'idées qui furent par la suite reprises dans l'UR-201.

Jusqu'à peu, Opus V constituait un cas à part dans les créations de Felix Baumgartner car à l'exception notable de la montre de poche, l'UR-1001, aucune Urwerk n'utilisait une aiguille rétrograde pour l'affichage du temps. Que ce soit avec les satellites ou les plots, le temps chez Urwerk s'écoulait toujours de façon continue, sans rupture, presque paisiblement. Avec l'UR-210, tout change: l'aiguille rétrograde est de retour en occupant le rôle principal de la montre. Mais réduire l'UR-210 à une nouvelle interprétation d'Opus V serait une erreur: l'UR-210 profite de toutes les avancées techniques développées par Felix Baumgartner pour devenir une véritable synthèse du savoir-faire de la marque.

Si l'UR-110 proposait une graduation des minutes verticale, l'UR-210 récupère en revanche la graduation horizontale habituelle. La lecture du temps s'opère donc de façon similaire qu'avec n'importe quelle Urwerk UR-20x: le chiffre indiqué sur l'aiguille qui parcourt la graduation des minutes est celui de l'heure en cours. Il se trouve toujours en face de la minute qui est en train de s'écouler. A noter que sur l'UR-210, les chiffres des quart d'heures se détachent nettement permettant ainsi d'améliorer la rapidité de la lecture. Un propriétaire d'une UR-20x ne sera donc nullement dérouté par l'affichage. En revanche, tout change autour: aiguille rétrograde tri-dimensionnelle, forme du boîtier, complications... l'UR-210 renouvelle le concept de ses devancières tout en restant fidèle aux grands principes de la marque. C'est peut-être là la plus belle réussite de cette montre: elle propose un environnement inédit même si le style Urwerk demeure présent.

Le premier changement immédiatement palpable est la forme du boîtier. Le boîtier de l'UR-210 en titane et acier est plus géométrique, plus agressif du fait des décrochages latéraux de la lunette et colle parfaitement à l'esprit de la montre: une aiguille rétrograde apporte du dynamisme, le boîtier se met ainsi au diapason. La couronne occupe sa place habituelle au sommet du boîtier. J'ai toujours apprécié cette position qui permet de la remonter avec le pouce sans quitter la montre du poignet.


Puis l'aiguille centrale tri-dimensionnelle impose sa présence. Par son volume, sa largeur, elle devient l'actrice principale de l'UR-210. Alors que sur les UR-20x, les aiguilles rétractables situées au bout de chaque plot étaient relativement discrètes, Urwerk nous propose ici une démarche opposée. L'aiguille est non seulement unique mais elle englobe également chaque plot des heures les uns après les autres. Le plus surprenant demeure sa taille. Généralement, les aiguilles rétrogrades sont relativement petites compte tenu de l'énergie nécessaire pour actionner leur retour instantané et de la difficulté à les stopper net pour qu'elles repartent immédiatement. Urwerk a dû concevoir un système qui permet de palier les contraintes liées à la taille d'une telle aiguille (8mm de largeur, 22mm de longueur et 7mm de hauteur!). Ce système repose sur 3 éléments:
  • l'axe central est chassé sur rubis afin d'assurer la stabilité de toute la complication d'affichage. Il est accompagné d'un ressort cylindrique qui va générer la tension activant le mouvement rétrograde.
  • l'aiguille centrale, forgée en aluminium a été équilibrée par un contrepoids en laiton.
  • enfin, le mouvement rétrograde est régi par une double came coaxiale.
Incontestablement, cette aiguille constitue le clou du spectacle comme l'était l'aiguille, plus traditionnelle, d'Opus V.

Cette aiguille ne doit cependant pas cacher un autre atout de l'UR-210, plus discret, mais qui crée un lien fort entre la montre et son propriétaire. J'ai parfois regretté la présence de complications lentes ou peu utiles sur certaines UR-20x comme pouvait l'être l'odomètre horloger. Cette fois-ci, Urwerk, en sus de l'indicateur de la réserve de marche, fort pertinent, a rajouté un témoin d'efficacité du remontage.

Le saut de l'aiguille est impressionnant à observer:


A plusieurs reprises, Urwerk a installé dans certaines de ses montres le système à turbines qui permet de réguler l'efficacité du remontage afin d'augmenter ou de réduire la vitesse d'armage. En position "stop", le remontage automatique est bloqué et les montres ne peuvent être remontées que manuellement. En position "full", le remontage automatique fonctionne avec une pleine efficacité. En position "reduced", la vitesse d'armage est réduite.

Malgré l'intérêt d'une telle complication qui donne au propriétaire de la montre le sentiment de contrôler son comportement, il demeurait un doute quand à la position optimale à adopter selon les circonstances même si une personne à l'activité plutôt calme se doutait que la position "full" était la plus adéquate. C'est là où le témoin d'efficacité du remontage joue son rôle: il donne une indication si la position en cours est pertinente ou pas. Il mesure pendant les deux dernières heures le ratio entre le remontage du mouvement et la dépense d'énergie. En zone rouge, la montre perd de la réserve de marche tandis qu'en zone verte, elle en gagne. Il ne s'agit donc pas d'un dynamographe qui mesure la tension du barillet et qui suggère un remontage si cette tension ne se trouve pas dans la zone adéquate. Le témoin d'efficacité va ici suggérer l'efficacité du remontage à adopter en utilisant le sélecteur prévu à cet effet à l'arrière de la montre. Un compagnon idéal pour le système à turbines! Pour compléter le tableau, Urwerk a d'ailleurs travaillé sur l'esthétique du système le rendant plus attractif visuellement que sur les UR-202 lorsque la montre est retournée.

La base du mouvement demeure comme avec toutes les Urwerk automatiques un calibre Girard-Perregaux, fiable et performant en matière de remontage. Sa fréquence est de 4hz mais sa réserve de marche est un peu plus courte (39 heures) compte tenu de l'énergie requise par le module d'affichage. 

Il est temps de passer l'UR-210 au poignet... et les différences avec les UR-20x sautent immédiatement aux yeux! Le boîtier est encore plus épais (17,8mm à sa hauteur maximum) et imposant (43,8x53,6x17,8mm) mais sa forme ainsi que celle de la lunette lui donnent le sentiment d'être plus fluide que celui des UR-20x. La montre reste étonnamment confortable compte tenu de son gabarit. Cela est dû à l'efficacité du bracelet et à la façon dont il est positionné sur le boîtier: la montre ne bascule pas sur le poignet. Puis visuellement l'aiguille centrale attire immanquablement le regard.

En fait, je retrouve avec l'UR-210 une similitude avec Opus V qui n'existait plus depuis: le changement d'heure se sent uniquement par le mouvement qu'effectue l'aiguille. Sans même regarder le cadran, je sais qu'une nouvelle heure démarre! La lisibilité est en outre améliorée grâce à la graduation qui met en valeur les quarts d'heure. Enfin, les deux complications, situées au sommet du cadran restent relativement discrètes comme de coutume avec Urwerk.

Je fus donc très convaincu par cette UR-210 qui grâce à son aiguille rétrograde m'a permis de retrouver l'esprit d'Opus V tout en allant plus loin dans le concept. Si l'affichage du temps demeure fidèle à l'esprit de la marque, tout le contexte autour a été renouvelé ce qui rend l'UR-210 particulièrement attrayante. Felix Baumgartner, accompagné par le talent de designer de Martin Frei a su à travers cette UR-210 redonner un nouvel élan à son interprétation personnelle de l'heure vagabonde en cassant le côté paisible d'Urwerk grâce au comportement réactif de l'aiguille. Enfin, le témoin d'efficacité du remontage complète avec justesse le système des turbines: si l'intérêt du système du point de vue strict de l'utilité reste à démontrer, il permet de créer une interaction, un lien entre la montre et son propriétaire et rien que pour cela, il devient indispensable! 

L'UR-210 est disponible avec un boîtier acier-titane et avec également avec un revêtement noir.

Merci à l'équipe Urwerk pour son accueil lors de ma visite à Genève. 

mercredi 2 janvier 2013

Konstantin Chaykin: Quartime

Une nouvelle fois,  une des plus belles surprises du dernier Salon Belles Montres provient d'un horloger indépendant. J'avais déjà eu l'occasion de vous présenter la Lunokhod qui est assurément la montre la plus emblématique de Konstantin Chaykin, jeune horloger russe de talent, membre depuis 2010 de l'AHCI. Mais si la Lunokhod semblait sortir d'une  base de lancement soviétique des années 70, la Quartime nous permet d'apprécier d'autres facettes de Konstantin Chaykin grâce à son esthétique plus raffinée et à sa complication unique.

Le concept qui a conduit à la création de la Quartime est simple: l'idée est que la montre indique le temps de la même façon que les russes expriment l'heure. Une journée est divisée en 4 périodes de 6 heures (matin, jour, soir et nuit) et ces périodes permettent de situer l'heure. Ainsi, un russe précise qu'il est 3h10 de la nuit ou 8h30 du soir. La période du matin est comprise entre 6h00 et 11h59, celle du jour entre 12h00 et 17h59, celle du soir entre 18h00 et 23h59 et celle de la nuit entre 00h00 et 5h59.

La permutation des chiffres du cadran:



Konstantin Chaykin a su retranscrire cette façon particulière de rythmer la journée en imaginant des index horaires qui évoluent selon la période dans laquelle nous sommes. Le principe de la Quartime est finalement simple car très astucieux. Lorsque nous nous trouvons dans la période du soir, les 6 chiffres qui sont présents sur le cadran vont de 6 à 11. Un guichet au centre du cadran indique la période de référence. A 12h00, un double changement s'opère: les chiffres affichés dans les 6 guichets changent pour aller de 12 à 5 et la période passe de "soir" à "nuit" et ainsi de suite. En fait, ce sont les deux séquences de chiffres 6-11 et 12-5 qui permutent en alternance selon les 4 périodes. Imaginez des heures sautantes qui "sautent" par paquet de 6 toutes les 6 heures... et vous appréhendez la particularité de la Quartime!

 
Vous l'avez compris, un tel système génère une contrainte forte: les chiffres présents sur le cadran sont au nombre de 6. Or un cadran normal possède 12 index. Il est donc crucial avec la Quartime de ne jamais perdre de vue les chiffres des guichets car l'heure affichée est différente de celle qui serait indiquée par la même position de l'aiguille des heures avec un cadran traditionnel. Incontestablement, la Quartime nécessite une période d'accoutumance puisqu'il faut presque perdre notre habitude, notre réflexe de ne regarder que les positions des aiguilles pour lire l'heure.

De façon un peu surprenante, Konstantin Chaykin a rajouté sur le cadran une trotteuse relativement importante. C'est positif pour l'animation du cadran et pour sa décoration, le rendu satiné contraste joliment avec le guillochage. Ça l'est moins pour la lecture de l'heure puisque deux guichets sont très nettement coupés pour laisser une place suffisante. Peut-être qu'une solution alternative aurait été préférable comme par exemple un indicateur de marche court comme peut l'être le shuriken d'Harry Winston.

Le cadran se situe à l'opposé de ce que nous avions pu observer avec la Lunokhod. La Quartime est beaucoup moins brute, plus raffinée et possède même une certaine élégance. La forme des guichets et des aiguilles est relativement originale et se marie bien avec les différents guillochages. L'ensemble est très proprement réalisé et séduit par son côté artisanal. Le motif du guillochage périphérique est plutôt joli et met en valeur les clous de Paris de la partie centrale. Les deux motifs combinés donnent une belle luminosité au cadran et esthétiquement, la Quartime tire son épingle du jeu!

Le boîtier n'est pas en reste. Oublions les 50mm et l'aspect monolithique de la Lunokhod. La Quartime possède des lignes fluides et un boîtier aux proportions idéales de 40mm. Une taille plus petite aurait nui à la lecture de l'heure compte tenu des spécificités de l'affichage.

Le mouvement de la montre ne possède évidemment pas la même architecture que celui de la Lunokhod même si des similitudes existent au niveau de l'organe régulant. Il est en revanche très proche de celui de la Decalogue, la montre inspirée par le calendrier juif et dont les aiguilles tournent dans le sens contraire. De fait, les performances du mouvement de la Quartime sont similaires à savoir une réserve de marche de 45 heures pour une fréquence de 3hz. Le  mouvement a été développé par Konstantin Chaykin et il utilise des pièces en provenance d'autres mouvements pour le construire. Sa finition est assez aride même si elle ne souffre d'aucune véritable critique: les côtes de Genève se prolongent bien sur les deux ponts et la plaque comportant le nom de l'horloger apporte la touche décorative.

Le mouvement alimente le module d'affichage qui est composé de deux disques concentriques. Le disque central comporte les inscriptions des 4 périodes. Le disque périphérique les 12 chiffres des heures  dans l'ordre suivant: 12-6-1-7-2-8-3-9-4-10-5-11 afin de pouvoir créer les alternances. A la fin d'une période de 6 heures, grâce à deux sautoirs, les deux disques effectuent des rotations simultanées et instantanées. C'est là toute la magie de la Quartime: son cadran se transforme suivant l'écoulement du temps.


La Quartime possède un charme qui s'apprécie lorsqu'elle est portée. Les différents guillochages valorisent la qualité perçue et ne nuisent pas à la lisibilité. Les aiguilles évidées permettent de profiter des décorations et offrent le contraste suffisant avec le cadran. J'aurais cependant évité la matière luminescente en leurs bouts qui casse un peu la subtilité de l'ensemble. Les anses "cornes de vache" sont plutôt imposantes mais très courbées ce qui permet de bien positionner la montre sur le poignet. Bref, la sensation au poignet provoquée par la Quartime est radicalement opposée à celle de la Lunokhod!

La Quartime, disponible en acier ou en or rose, possède une vertu supplémentaire. Afin de rendre sa production accessible, Konstantin Chaykin a fixé le prix de la version acier juste en dessous des 10.000 euros ce qui représente un tarif raisonnable pour une montre d'un horloger indépendant de talent comportant un affichage du temps original.

S'inscrivant par le biais de son affichage du temps original dans une démarche déjà entreprise par Konstantin Chaykin, la Quartime est incontestablement sa montre la plus abordable car non liée à une thématique religieuse comme le sont les Decalogue ou Hijra. A la fois étonnante et charmante, la Quartime est la montre que je préfère dans sa collection. J'espère sincèrement que le prix d'appel de la version acier combiné à la présentation classique de la montre permettra à Konstantin Chaykin d'élargir sa base de clientèle et de mieux faire connaître son talent et sa singularité dans le monde horloger.

mardi 1 janvier 2013

Très bonne année 2013 !

Chers lecteurs, la planète horlogère tourne décidément de plus en plus vite. Avec tous les communiqués de presse pré-SIHH, j'ai déjà l'impression que 2013 a débuté depuis plusieurs semaines. Cela traduit surtout une volonté pour les marques d'être présentes médiatiquement parlant tout au long de l'année dans un environnement de crise et de concurrence exacerbée qui n'autorise aucune respiration.

Dans ce contexte, plus que jamais, il est important d'arriver à faire le tri entre vraies nouveautés et fausses innovations grâce à une observation réelle et personnelle des montres présentées.  Comme toujours, je m'attacherai à ne vous parler que de montres vues et manipulées, condition minimum à l'écriture d'un article pertinent.

En attendant de découvrir très rapidement maintenant les nouveautés du SIHH, je vous adresse ainsi qu'à tous vos proches tous mes meilleurs voeux pour 2013, que cette nouvelle année vous apporte santé, bonheur, prospérité et bien sûr de belles montres! Mais pour que ce dernier souhait se réalise pour le plus grand nombre d'entre nous, il faudrait que les marques commencent à réaliser que le décalage entre l'augmentation des prix et l'évolution du contenu horloger devient un peu trop manifeste aux yeux des amateurs. Un retour à plus de modération et de raison serait le bienvenu d'autant plus qu'il permettrait d'anticiper le futur rééquilibrage géographique des ventes: à force de ne se focaliser que sur certains marchés, des marques se mettent en danger en étant trop sensibles à un retournement éventuel d'une clientèle locale. Celles qui au contraire ont réduit ce risque en répartissant de façon plus homogène leurs ventes dans le monde sont aujourd'hui dans une stratégie plus pérenne.