mardi 4 décembre 2012

MB&F: HM5 On the Road Again


Après la LM1 qui a initié une nouvelle ligne de Machines moins radicale et toujours aussi inspirée au sein de la collection MB&F , voici Max Büsser et ses amis de retour  en cette fin d'année 2012 avec la toute dernière Horological Machine, la HM5 "On the Road Again".

Depuis 2005, les 4 premières Horological Machine ont bousculé les codes de l'horlogerie  grâce à leurs sources d'inspiration ancrées dans la culture contemporaine, à leurs façons de concevoir l'affichage du temps et à leur constructions tri-dimensionnelles les transformant quasiment en véritables sculptures horlogères. Malgré leurs différences, leurs originalités, elles ont constitué au fil du temps une ligne cohérente car elles partagent, de façon parfois subtile, des traits communs qui dessinent une sorte de continuité entre elles. Après nous avoir convié à des voyages dans l'espace, dans le ciel, à des plongées dans les années 50,  dans l'univers de la science-fiction, des mangas, je me demandais avec beaucoup de curiosité quels allaient être les thèmes abordés par Max Büsser à travers la nouvelle Horological Machine. C'est  cette interrogation qui crée systématiquement l'envie, l'excitation d'en savoir plus  lorsque la Machine se profile.

Une des sources d'inspiration de la HM5, la Girard-Perregaux Casquette, montre à affichage LED:


La HM5 ne déçoit nullement à ce niveau: ce n'est pas une mais deux principales sources d'inspiration qui cohabitent dans cette Machine qui constitue un véritable hymne au début des années 70. 

La première source d'inspiration provient des montres à affichage digital, des espèces de dinosaures horlogers (du Crétacé car proches de la disparition) qui furent un des derniers foyers de résistance de la montre mécanique face à la montée en puissance du quartz. Pour contrecarrer la progression de cette technologie, plusieurs marques se lancèrent dans des projets alternatifs aux designs audacieux et futuristes qui proposaient l'affichage du temps par le biais de disques. Le problème de ces montres était la relative difficulté à lire l'heure car les disques étaient relativement petits pour pouvoir être insérés dans le boîtier et mus par le mouvement mécanique généralement basique.

Le profil m'évoque la HM4:


Une des plus célèbres representantes de cette catégorie de montres fut l'Amida Digitrend dont le style fait immanquablement penser à une espèce de gadget tout droit sorti de Star Treck! Le boîtier fuselé, l'affichage de l'heure vertical par rapport au poignet nous font plus penser à la montre du capitaine Kirk qu'à celle de monsieur Tout Le Monde sur la planète Terre.

Malheureusement, cette audace créatrice ne suffit pas et ces montres furent emportées par la vague du quartz. Des aficionados gardèrent en mémoire leur charme particulier jusqu'à en faire un thème de collections pour certains. 40 ans plus tard, force est de constater qu'elles conservent leur attrait grâce à leur style futuristico-kitch qui les placent en dehors de tout repère. Et parmi ces adicionados, se trouve Max Büsser qui fut séduit à la fois par l'approche esthétique incomparable et par le côté vain et donc si séduisant de leur combat qui ne faisait que repousser l'inéluctable.

La luminescence est plutôt efficace:

La seconde source d'inspiration se trouve dans les supercars de la même époque qui montraient la même audace esthétique, les mêmes excès au moment où le premier choc pétrolier se profilait.
La grande force de la HM5 est de réincarner ses années insouciantes tout en conservant toutes les caractéristiques qui font la force des Horological Machines: une grande qualité d'exécution, un soin apporté aux éléments qui la composent et des petits détails placés ici et là qui donne un supplément de caractère et une touche ludique.

La HM5 n'est pas un clone de l'Amida malgré un boîtier similaire. Fort heureusement, la Machine se situe à un niveau qualitatif autre. L'Amida fut créée dans l'urgence, en réaction à l'arrivée d'une nouvelle technologie. La HM5 est au contraire le projet dans lequel Max Büsser a consacré le plus de temps.

Les volets sont ouverts, la lumière passe!


Le boîtier (ou plutôt la carrosserie!) en zirconium de la HM5 est la partie qui m'a le plus séduit: profilé, complexe et fluide à la fois, il n'est pas sans rappeler les courbes du boîtier de la HM4. A ce titre, l'air de famille est incontestable, renforcé par l'impression visuelle donnée par les attaches du bracelet. Mais sa principale caractéristique est sa modularité. Grâce à la petite couronne latérale, nous pouvons ouvrir les volets arrières qui évoquent ainsi ces fameux supercars. Ces volets ont plusieurs fonctions: ils transforment d'abord l'aspect de la montre. Ensuite, ils modifient l'éclairage de l'affichage de l'heure en faisant passer la lumière. Enfin, dans le cas où la montre serait plongée dans l'eau, ils facilitent l'évacuation du liquide. En effet, le mouvement est logé dans une sorte de carter intérieur en acier étanche si bien qu'il existe une zone entre le boîtier et le carter dans laquelle peuvent circuler la lumière, l'air, l'eau.

La couronne se manipule avec facilité grâce à son ergonomie et à sa taille. Elle arbore le fameux astéro-hache, symbole de MB&F depuis le début. Un système à billes soutient et guide la tige de remontoir afin d'éviter toute mauvaise manipulation liée à une position inadéquate.

En retournant le boîtier, nous retrouvons une base de mouvement qui nous est familière. En effet, le calibre qui est visible provient de chez Girard-Perregaux comme ce fut le cas sur les HM2 et HM3. Il arbore son traditionnel rotor en or  en forme d'astéro-hache. Les performances du calibre sont classiques à savoir une fréquence de 4hz et une réserve de marche de 42 heures. Possédant une très bonne efficacité au remontage, il alimente sans problème le module d'affichage.

Ce dernier mérite une attention particulière. Il a été développé par Jean-François Mojon et Vincent Boucard de Chronode afin d'animer les deux disques (heures et minutes) qui se chevauchent. Contrairement à l'Amida et à ses cousines, la HM5 propose un système d'heures sautantes qui prend ici tout son sens afin de faciliter la lecture de l'heure. La performance technique est au rendez-vous car les heures sautent dans les deux sens.

Les disques numérotés rotatifs sont posés à plat sur le mouvement. Grâce à un prisme réfléchissant conçu par un spécialiste de verre optique et à une lentille convexe, les chiffres luminescents sont agrandis de 20% et sont affichés verticalement par rapport au mouvement. La HM5 est donc une vraie boîte à lumière! La lumière est infléchie, réfléchie, réorientée afin de permettre un affichage optimisé à la lecture bien plus aisée que sur l'Amida.

Le résultat est très convaincant car les chiffres apparaissent de façon très lisible même si le petit ergot du contour vert des minutes, servant de repère, se distingue à peine.

La boucle ardillon de la HM5:

Comme de coutume avec n'importe quelle Machine, malgré la taille imposante (51,5x49x22,5mm), la HM5 se porte avec confort car elle se positionne bien sur le poignet et ce malgré l'absence d'une boucle déployante. Le bracelet en caoutchouc typé "Racing" maintient bien la Machine et les attaches du bracelet permettent une bonne adaption à différents types de poignet.

La HM5 est ainsi une Machine aboutie, intelligement conçue, irréprochable qualitativement parlant et qui arrive à nous replonger sans difficulté dans cette ambiance du début des années 70.

Le lecture de l'heure est aisée mais pas d'une précision ultime en ce qui concerne les minutes:


Et pourtant, malgré tous ses atouts, je n'ai pas eu le même coup de coeur que j'avais pu ressentir avec les Machines précédentes. Je me suis demandé pourquoi. Je pense tout simplement qu'il lui manque un côté vraiment surprenant pour séduire pleinement. En puisant sa principale inspiration dans des montres ayant existé et non dans d'autres objets mécaniques, cette HM5 devient presque plus "montre" qu'une véritable Machine comme pouvait l'être la HM4 qui était un véritable engin volant au poignet. L'inspiration automobile est évidemment là mais l'atmosphère de l'Amida se ressent de façon permenante. La HM5 est finalement paradoxalement peut-être trop réfléchie, trop respectueuse de ses influences. Elle donne le sentiment d'être moins spontanée et perd en côté décalé ce qu'elle gagne en maîtrise. Il s'agit incontestablement d'une montre d'une grande maturité mais ce qu'on attend de Max Büsser n'est-il pas au contraire de laisser exprimer ses souvenirs, son âme d'enfant de façon moins controlée?

La fluidité des lignes du boîtier:

Je ne dirais pas que la HM5 m'a déçu. Elle reste une belle montre dans l'absolu. Je pense plutôt  qu'elle ne répond pas entièrement à mes attentes qui sont toujours très élevées lorsqu'une nouvelle Machine se profile.

La HM5 "On the Road Again" est présentée dans le cadre d'une série limitée de 66 pièces en zirconium.

Je tiens à remercier chaleureusement l'équipe de MB&F et de la MAD Gallery.

PS: la montre photographiée est un prototype et certains détails peuvent évoluer dans la version finale.

Aucun commentaire: