Girard-Perregaux: La Trilogie Le Corbusier

La Trilogie Le Corbusier est bien plus qu'un simple hommage rendu au célèbre architecte. A travers ces 3 montres crées en association avec la Fondation Le Corbusier pour fêter le 125ième anniversaire de sa naissance, Girard-Perregaux a souhaité mettre en lumière des étapes décisives de sa carrière tout en adaptant une démarche créatrice similaire à celle de l'artiste afin de valoriser le travail des artisans de la Manufacture. La Trilogie Le Corbusier est donc le point de rencontre de deux univers, ceux de l'architecture et de l'horlogerie, dont les principes nous rappellent que même les matériaux les plus simples, les plus basiques, contribuent à la création d'une oeuvre d'art lorsqu'ils sont façonnés avec talent et inspiration.

Concevoir une telle Trilogie n'était pas une tâche aisée car il fallait éviter qu'un des deux univers prenne le pas sur l'autre. Une subtile alchimie était requise et Girard-Perregaux a su trouver les bons dosages pour que les montres de la Trilogie incarnent l'esprit du Corbusier sans perdre les traits caractéristiques de la production de la Manufacture... et réciproquement.

La Vintage 45 La Chaux-de-Fonds:


Dans ce contexte, l'utilisation d'un même boîtier dont seul le matériau varie est une excellente idée. Le boîtier définit la scène sur laquelle s'expriment les artisans et il était important d'avoir un repère commun  afin de bien percevoir et ressentir les différences esthétiques provoquées par les techniques artistiques des cadrans.

Le choix du boîtier s'est porté sur le Vintage 1945 de forme rectangulaire, quasiment carrée (36,2 x 35,25mm). Il s'agit d'un choix judicieux à plusieurs titres. Tout d'abord sa forme nous fait penser à un cadre de tableau si bien que lorsque les trois montres sont côte à côte, nous avons l'impression de découvrir une petite exposition. La simplicité de cette forme est de plus cohérente avec l'esprit du purisme de la première partie de la carrière du Corbusier, qui incarnait un retour vers des formes plus ordonnées.  Ensuite, sa taille est harmonieuse. Ni trop grande, ni trop petite, elle valorise les cadrans sans que ces derniers ne deviennent trop imposants ce qui aurait retiré du raffinement et de la subtilité à la démarche. Enfin, sa courbure ainsi que celle du verre apportent un certain dynamisme et accentuent la dimension artistique par le léger recul du cadran qu'elle imposent.

La Vintage 1945 Paris:


Le mouvement est lui aussi commun aux trois montres. Il s'agit sans surprise du GP3300 qui possède une fréquence de 4hz et une réserve de marche de 46 heures. C'est un mouvement que j'apprécie beaucoup notamment grâce à sa grande efficacité de remontage. Il est visible dans chacun des cas à travers un fond saphir situé à l'arrière du boîtier. Il est dans sa présentation classique, fini de façon très sobre. Sur le saphir est indiqué la référence de la montre: 125ième Anniversaire et la ville concernée. J'aurais préféré retrouver une telle indication sur le boîtier voire même éventuellement un fond plein avec une gravure. 

Le mouvement GP3300:

Les trois étapes de la carrière du Corbusier qui constituent les sources d'inspiration de la Trilogie sont clairement marquées par l'environnement de leurs époques, les courants dans lesquels il s'inscrivit et par les métiers d'art qu'il pratiqua. Artiste aux multiples facettes, Le Corbusier est avant tout connu en tant qu'architecte puisque ses oeuvres les plus célèbres demeurent les unités d'habitation qu'il conçut selon le principe du Modulor. Ce principe permit, grâce notamment à l'utilisation du nombre d'or, de déterminer les dimensions idéales de l'espace vital afin d'assurer à ses occupants un confort maximum. Il est d'ailleurs intéressant de noter que le nombre d'or est régulièrement utilisé dans l'horlogerie, toujours à la quête de proportions harmonieuses... comme l'architecture.

La Vintage 1945 Marseille:


Ce serait cependant une erreur de vouloir réduire Le Corbusier à cette unique dimension. La Trilogie, fort à propos, donne des clés pour comprendre son parcours et son évolution artistique.

La première montre, la Vintage 45 La Chaux-de-Fonds, nous rappelle sa formation de graveur-ciseleur à l’École d’Art de sa ville de naissance. Le cadran en marqueterie de nacre, qui nécessite 7 jours de travail, reproduit un motif qui avait été dessiné et gravé sur un boîtier de montre par le Corbusier pendant sa période de formation. Il est donc logique de le retrouver sur un cadran un siècle plus tard.

Le motif représente une abeille, thème cher à La Chaux-de-Fonds. En effet, le blason de la ville arbore une ruche qui symbolise sa vocation industrielle. Le respect des codes couleurs du motif a constitué un défi extrêmement difficile à relever de la part des artisans de la Manufacture. Mais la réussite est au bout de l'effort. Le cadran de la Vintage 45 La Chaux-de-Fonds surprend par sa beauté, par les reflets de lumière qu'il crée, par sa profondeur et sa subtilité. Incontestablement, cette montre est la plus raffinée des trois et celle qui m'a le plus séduit. Le boîtier en or rose se marie parfaitement avec le cadran et apporte une touche supplémentaire de chaleur. Une fois mise au poignet, l'élégance de cette montre et les multiples détails du cadran lui confèrent un charme incontestable.


La deuxième montre joue sur un tout autre registre et provoque une nette rupture esthétique avec la précédente. Le cadran en métal gravé est une interprétation du Modulor. Parfaitement exécuté mais d'une grande discrétion, il se fond dans la montre pour deux raisons: le faible contraste avec le boîtier en acier et évidemment l'exubérance du bracelet en peau de vache. En fait, la Vintage 45 Paris est inspirée par la chaise longue à bascule de 1928. Compte tenu de son bracelet très particulier, c'est la plus originale de la trilogie et la plus difficile à porter au quotidien. Evidemment, le bracelet pourrait être changé mais cela briserait la cohérence de la montre et le rappel de l'interaction entre le système Modulor et l'ergonomie des objets du quotidien recherchée par Le Corbusier. A ce titre, la Vintage 45 Paris doit être portée telle quelle!

La troisième montre est la plus surprenante alors que paradoxalement, le thème qui l'a inspirée, la Cité Radieuse, est peut-être l'oeuvre du Corbusier la plus connue. Mais de là à y trouver un cadran en béton, il y avait un pas que Girard-Perregaux n'a pas hésité à effectuer.

Le cadran nécessite 3 jours de travail pour être coulé, séché et fini  à la main. Il possède une couleur, une esthétique étrange: il est irrégulier, plein d'aspérités semblant même parfois déborder... ce sont ses propriétés qui le rendent si unique, si énigmatique. La Vintage 45 Marseille, derrière un style très sobre (boîtier en acier, bracelet en croco noir) se révèle être une montre au caractère affirmé que le Modulor gravé dans le béton renforce.

Les trois montres, malgré le même boîtier, possèdent donc chacune clairement leur style. La réussite de la Trilogie réside dans ce mélange équilibré entre contexte général commun et opposition de style, démarche artistique et intérêt horloger. La Trilogie est présentée dans le cadre d'une série limitée de 5 coffrets regroupant les 3 montres. Je conçois parfaitement le plaisir que peut ressentir le propriétaire d'un de ces coffrets: en l'ouvrant et en embrassant du regard son contenu, il voit défiler sous ses yeux plusieurs décennies de la carrière d'un des artistes majeurs du XXième siècle.

Je tiens à remercier vivement l'équipe Girard-Perregaux France pour son accueil au cours du Salon Belles Montres 2012.

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