lundi 31 décembre 2012

Ma sélection de l'année 2012

Il est temps de faire un rapide bilan de l'année qui est en train de s'achever et de procéder à un choix des montres qui m'ont le plus surpris et séduit. Comme toujours, cette sélection est purement personnelle et subjective mais il faut bien se jeter à l'eau!

Je dois avouer que j'ai eu beaucoup de mal à constituer cette sélection. C'est peut-être un signe que 2012 fut une année solide, sérieuse mais sans réelle audace ni surprise à de très rares exceptions près. En un sens, la tendance 2011 s'est prolongée. Les Salons de Genève et de Bâle furent ainsi relativement sages présentant surtout des évolutions et des restructurations intelligentes de collection au détriment de véritables coups de coeur et de pièces audacieuses. La prudence gagne les marques et cela se sent ce qui n'empêche malheureusement pas la poursuite des augmentations des tarifs que je trouve de plus en plus décorrélées de l'évolution du contenu horloger.

L'influence de la clientèle chinoise n'est pas étrangère à ce retour à des esthétiques plus classiques.  Elle se manifeste également dans les diamètres plus contenus: les tailles délirantes sont moins présentes même si en moyenne, les diamètres demeurent dorénavant supérieurs  à ce qu'ils furent il y a quelques années et ce quelque soit le style de montre. 

Voici donc ma sélection, une sorte de top 10, sans ordre particulier. J'ai essayé de couvrir un large éventail de prix et bien entendu, ne sont considérées que les montres que j'ai pu voir et manipuler.

Avec du recul, une de mes préférées demeure l'Altiplano Squelette Ultra-Plate Automatique. Beaucoup plus convaincante que la version à remontage manuel, elle profite pleinement de la beauté du mouvement 1200S dans un diamètre de 38mm. Particulièrement bien finie, c'est un vrai régal que de profiter de ses moindres détails:


Pour en savoir plus:
http://equationdutemps.blogspot.fr/2012/05/piaget-altiplano-squelette-extra-plate.html

Le Tourbillon 24 secondes Contemporain de Greubel Forsey m'a rappelé d'une certaine façon l'Opus 6. J'apprécie beaucoup sur cette montre son côté plus épuré qui met parfaitement en valeur le caractère hypnotisant du Tourbillon incliné ainsi que la couleur dominante.


Pour en savoir plus:
http://equationdutemps.blogspot.fr/search/label/Greubel%20Forsey

La nouvelle Grand Lange 1 ne surprend guère par son design mais elle séduit imparablement par son équilibre, par son côté élancé, par le soin apporté aux détails (la grande date est élargie afin de respecter les proportions) et par son nouveau mouvement à unique barillet. L'agrandissement du diamètre par rapport à la Lange 1 "classique" ne nuit pas à son élégance.


Pour en savoir plus:
http://equationdutemps.blogspot.fr/2012/02/lange-sohne-grande-lange-1-2012.html

Opus 12 d'Harry Winston propose un fascinant ballet de 27 aiguilles pour indiquer le temps. Elle est à la fois une prouesse technique et une réussite esthétique. Malgré sa complexité, tous les prototypes tournaient sans souci lors de la Foire de Bâle, preuve d'une conception aboutie menée par Emmanuel Bouchet et Centagora en collaboration avec Harry Winston.

Pour en savoir plus:
http://equationdutemps.blogspot.fr/2012/05/harry-winston-opus-12_28.html

En fin d'année, Girard-Perregaux nous a invité à un voyage artistique avec la Trilogie consacrée au Corbusier. 3 montres pour marquer 3 étapes importantes dans la vie de l'artiste mais aussi 3 différentes techniques de création de cadrans. C'est la Vintage 45 La Chaux-de-Fonds qui m'a le plus séduit par la beauté de son cadran en marqueterie de nacre.

Pour en savoir plus:
http://equationdutemps.blogspot.fr/2012/12/girard-perregaux-la-trilogie-le.html


Petit à petit, Peter Speake-Marin oeuvre pour créer une collection structurée. Dans ce cadre, la Serpent Calendar représente parfaitement l'objectif poursuivi. La montre ne possède certes pas un mouvement de manufacture comme le SM2 mais elle profite d'un calibre Technotime construit selon les spécifications communiquées par Peter Speake-Marin. L'élégance de son boîtier et le plaisir de retrouver l'aiguille serpentine font le reste. La montre fait mouche et en plus, elle est proposée à un tarif raisonnable dans sa version en acier!



Pour en savoir plus:
http://equationdutemps.blogspot.fr/2012/04/peter-speake-marin-serpent-calendar.html

Chaque année, Denis Flageollet me surprend par son audace et je dois avouer que je ne suis pas insensible non plus à l'approche esthétique de De Béthune. La DB27 Titan Hawk se veut plus accessible et comporte une date affichée par le biais d'une aiguille centrale reprenant le principe de la DB10 Réédition. Malgré son prix plus contenu (mais qui reste un prix De Béthune!), la DB27 reprend les brevets de la marque et utilise le boîtier à berceaux qui lui donne une forte personnalité. Un vrai concentré du savoir-faire de De Béthune!


Pour en savoir plus:
http://equationdutemps.blogspot.fr/2012/03/de-bethune-db27-titan-hawk.html

L'édition limitée dédiée au marché français de l'Admiral's Cup Legend 42mm n'est pas révolutionnaire mais pourquoi bouder son plaisir? Voici une montre spécifiquement créée pour notre marché et qui en plus renouvelle le style de l'Admiral's Cup en lui donnant une touche de montre militaire. Une très bonne surprise de la fin d'année.

Pour en savoir plus:
http://equationdutemps.blogspot.fr/2012/11/corum-admirals-cup-legend-42-edition.html

Et si 2012 marquait le retour en très grande forme de François-Paul Journe? Avec le Chronomètre Optimum, il combine échappement bi-axial et remontoir d'égalité pour présenter une montre qu'il avait imaginé depuis de nombreuses années déjà. Et comme je trouve aussi le cadran très beau, je ne pouvais pas l'oublier dans ma sélection.


Enfin, l'Urwerk UR-210 m'a immédiatement fait penser à une de mes montres préférées de tous les temps: l'Opus V. J'ai retrouvé dans l'Urwerk UR-210 cette combinaison d'heures vagabondes et d'aiguille rétrograde qui casse l'habituelle animation lente et continue des Urwerk: l'UR-210  est plus rock 'n' roll, cela se voit et cela se sent lors du changement d'heure!


J'aurai l'occasion  de revenir sur ces deux dernières montres en leur consacrant des articles en début d'année prochaine.

Comme toujours ce Top 10 prête évidemment à discussion et certaines montres pourraient être remplacées par d'autres. Je n'ai pas par exemple évoqué le SphéroTourbillon ni la MOONMACHINE qui méritaient sûrement d'être présents au sein de cette liste. Mais j'ai voulu me limiter à dix montres afin de m'obliger à faire un choix le plus resserré possible.

J'en profite pour remercier toutes les équipes des marques pour leur disponibilité et leur accueil au cours de l'année 2012.

PS: vous pouvez revisiter la sélection de l'année 2011 ici.

dimanche 16 décembre 2012

Roger Dubuis: La Monégasque Automatique Acier

J'avais déjà eu l'occasion de vous présenter la Monégasque Automatique en Or Rose l'année dernière. Je souhaite revenir sur la version en acier suite à un prêt d'un ami qui m'a permis d'en profiter pendant plus d'une journée.

Au même titre que l'Excalibur 42mm Automatique Acier présentée en 2012, cette Monégasque constitue l'entrée de gamme de Roger Dubuis. Définir une telle montre est toujours un exercice délicat puisque il faut arriver à proposer un contenu crédible, respectant les principes de la Manufacture tout en contenant le prix de vente afin d'attirer une nouvelle clientèle.

Le 60 rouge de la minuterie apporte la touche de couleur vive:

Roger Dubuis a selon moi réussi à obtenir ce résultat grâce à une alchimie très subtile similaire à celle utilisée pour l'Excalibur: un mélange de classicisme et d'audace, une jolie finition de cadran, un boîtier en acier, un mouvement fini selon les critères du Poinçon de Genève mais dont le prix de revient a été contrôlé.

Je considère avant tout la Monégasque comme une réussite esthétique. Le boîtier est particulièrement abouti grâce à une forme inspirée de celle du boîtier Sympathie ce qui permet de faire un joli rappel du passé. Son style est cependant moins prononcé lui donnant ainsi un abord plus facile tout en conservant un soupçon d'originalité. Il reste séduisant dans sa version en acier grâce aux alternances de parties polies et brossées. La lunette est peut-être l'élément le plus important: elle crée le lien entre la forme ronde du cadran et celle plus géométrique du boîtier.

Le cadran reprend des codes puisés dans l'univers du jeu et des casinos mais pas uniquement. Si les chiffres évoquent la roulette, la façon dont les index sont prolongés sur le cadran me fait penser aux chiffres romains allongés de l'Excalibur. Bref, l'ambiance typique de Roger Dubuis est bien présente! Le positionnement du 12 dans la partie intérieure du cadran libère la place pour le nom de la marque au sommet  et permet de créer un décrochage qui apporte du dynamisme dans le design. Le cadran est rempli d'effets de reliefs: les chiffres sont appliqués et les différentes parties du cadran apparaissent comme une succession de niveaux, de couches. La finition et la réalisation sont très convaincantes et contribuent à rendre la Monégasque très séduisante. Les aiguilles ne sont pas en reste: elles se marient parfaitement avec le cadran.

Le mouvement automatique RD821 qui équipe cette Monégasque possède contrairement à celui de l'Excalibur 42mm, un rotor central. Sa fréquence est de 4hz. Sa réserve de marche de 48 heures est bien sûr suffisante mais elle est un peu courte par rapport aux standards actuels. Le RD821 est très agréable à regarder car possédant une jolie architecture avec des finitions à la fois discrètes et raffinées. Malheureusement, afin de proposer le prix de vente le plus juste ajusté, certaines concessions au sujet des matériaux utilisés ont dû être faites. Et cela se ressent sur la masse oscillante qui au-delà de son matériau est décorée d'une façon qui ne la flatte pas. La comparaison avec un mouvement à rotor central en or comme le RD14 peut être presque cruelle. C'est dommage car le mouvement dans son ensemble est de qualité.

Le RD821:

Sa taille est un peu juste pour le boîtier de 42mm de la Monégasque: il est à ce titre beaucoup plus adapté au boîtier 36mm de l'Excalibur. Il faut rendre hommage aux designers qui ont su estomper avec talent la position de la trotteuse trop proche du centre. La complexité du cadran, le rehaut, la longueur des index réduisent ce déséquilibre et le cadran reste visuellement harmonieux.

Le test sur une période plus longue m'a permis d'apprécier les qualités de la Monégasque mais aussi de confirmer certaines faiblesses, toutes relatives cependant car le bilan reste très positif. Je vais d'ailleurs commencer par présenter les points qui m'ont déçu.

Avec beaucoup de chance la taille de mon poignet est la même que celle de mon ami propriétaire de la Monégasque. Si cela n'avait pas été le cas, je n'aurais pas pu en profiter car en-dehors de la méthode qui consiste à couper le bracelet pour le mettre à la bonne taille, point de solution! La boucle déployante est certes ajustable mais cela consiste à des positions été/hiver uniquement.  Les systèmes qui obligent à couper les bracelets sont selon moi à bannir. 

J'ai déjà évoqué la décoration du rotor et c'est vrai qu'elle m'a déçu: le mouvement mérite mieux incontestablement. Le motif n'est pas désagréable à observer mais il fait peu qualitatif. Je pense qu'il y a mieux à faire tout en maîtrisant les coûts.

Enfin, la lecture de l'heure peut être délicate dans des conditions de lumière particulières. Les aiguilles se "mélangent" au cadran lorsque la lumière frappe le cadran sous un certain angle et je fus obligé de trouver la bonne position pour pouvoir de nouveau lire l'heure.

Examinons maintenant de plus près les atouts de la Monégasque. Ils sont nombreux et expliquent son pouvoir de séduction.

Une fois que le bracelet est ajusté, la montre se porte avec grand confort: elle se positionne bien sur le poignet et ne bouge plus. Rien de pire qu'une montre qui bascule. La boucle en elle-même n'est pas vilaine avec sa forme carrée reprenant le logo Dubuis. Elle s'ouvre en pressant les deux poussoirs latéraux ce que j'apprécie. Je n'aime pas les boucles avec lesquelles il faut simplement tirer.


La finition du cadran est mise en valeur par les reflets de lumière qu'il crée: passant du gris au bleu, le cadran s'avère très subtil, lumineux. Les effets de relief renforcent la qualité perçue. La lunette n'est pas en reste, son rendu brossé est un vrai régal pour les yeux. Franchement, j'ai passé beaucoup de temps à profiter de ce cadran dont les détails font oublier le positionnement de la trotteuse.

Les teintes du cadran changent avec la lumière:




La forme du boîtier donne le soupçon d'originalité et de caractère à la Monégasque. Au poignet, elle demeure une montre classique mais elle n'apparaît nullement comme une simple montre ronde. J'ai beaucoup apprécié ce contraste entre les formes du cadran et du boîtier. Il y a un excellent équilibre qui a été trouvé esthétiquement qui permet finalement à la Monégasque d'être portée en toute circonstance, avec un costume ou le week-end avec une tenue décontractée.

Enfin, le mouvement a fonctionné sans souci avec une très belle efficacité au remontage. J'ai sciemment donné les quelques tours de couronne nécessaires juste pour le faire démarrer en évitant de le remonter à bloc: il a tourné ensuite impeccablement.

J'ai donc été séduit par cette Monégasque que je préfère personnellement à l'Excalibur 42mm du même segment: cette dernière possède un atout non négligeable avec son calibre à micro-rotor mais je pense que sur une longue période la beauté et le raffinement du cadran de la Monégasque me conviendraient mieux. Malgré certains détails regrettables (la finition du rotor) ou agaçants (l'obligation de couper le bracelet), la Monégasque propose un contenu horloger solide avec un prix attractif pour une montre arborant le poinçon de Genève. La Monégasque Automatique Acier remplit donc parfaitement la mission qui consiste à ouvrir la collection à un nouveau public à la recherche d'une montre de Manufacture de haute horlogerie à un tarif ajusté. La décision dans ce contexte de proposer un boîtier acier mérite d'être soulignée. Même si elle est une montre d'entrée de gamme, elle demeure avant tout une vraie Roger Dubuis avec tout ce que cela suppose comme approche qualitative et intérêt du point de vue mécanique.

Merci à l'équipe de Hall of Time à Bruxelles.

mercredi 12 décembre 2012

Carl F. Bucherer: Patravi Calendar

Carl F. Bucherer reste une marque relativement peu connue en France. C'est la raison pour laquelle le Salon Belles Montre lui donna une belle opportunité de présenter au public français l'étendue de sa collection ainsi que les performances de son mouvement de manufacture, le CFB A1000.

La collection s'articule autour de 4 lignes, 2 masculines et 2 féminines. Pour les hommes, la ligne Patravi regroupe les montres les plus technique et audacieuses tandis que la ligne Manero propose un style plus traditionnel. Pour les femmes, les lignes Alacria  et Adamavi sont composées respectivement de montres rectangulaires précieuses et de montres rondes plus sages.

Pour l'amateur d'horlogerie, ce sont les pièces équipées du mouvement de manufacture et de ses différentes déclinaisons qui constituent les principaux points d'intérêt de la collection et qui concentrent le savoir-faire de la marque. La Patravi Calendar, disponible en acier ou en or rose, est ainsi une excellente représentante de l'ambition de Carl F. Bucherer par son contenu horloger et par son design.

Du point de vue esthétique, la Patravi Calendar demeure au premier coup d'oeil relativement classique. Cependant certains détails apportent une touche de caractère qui renforce le côté polyvalent de la montre, à la fois à l'aise dans un contexte habillé ou avec une tenue plus décontractée.

Le boîtier est relativement imposant avec un diamètre de 42,6mm et une épaisseur de 12,85mm. Son design est très masculin, presque trapu, avec une lunette épaisse et des protèges-couronne très présents. Les cornes sont également proéminentes même si leur forme et leur courbure améliorent le confort au porté. Du fait de l'ouverture du cadran contenue, la montre  semble légèrement plus petite que sa taille réelle ce qui est un point positif.

Le cadran est plus original. Tout d'abord, il possède une organisation inhabituelle du fait de la présence d'une complication rare et pourtant fort utile: l'affichage du rang des semaines. Visuellement, cet affichage par le biais d'une aiguille parcourant une graduation circulaire intérieure ressemble à celui des quantièmes. Ces derniers sont cependant indiqués grâce à une grande date à double guichet située de façon surprenante à 11 heures et caractéristique du style Carl F. Bucherer. Les jours de la semaine sont également affichés sur le cadran à 9 heures tandis que la trotteuse est symbolisée par un disque tournant qui anime joliment le cadran.

Malgré la cohabitation des complications, l'ensemble est très lisible et finalement bien organisé malgré des emplacements parfois étonnants. En fait, la graduation des semaines entoure tous ces affichages et crée une sorte de cadran intérieur dont la périphérie regroupe les index appliqués. Ces derniers apportent l'effet de relief sur le cadran qui sinon, aurait été un peu plat.

Le principal atout de la Patravi Calendar demeure le mouvement CFB A1004 basé sur le mouvement de manufacture de la marque qui avait été présenté il y a 4 ans. Il s'agit incontestablement d'un très beau mouvement qui selon moi, cumule l'avantage du remontage automatique et l'élégance de l'architecture d'un calibre à remontage manuel.

La principale spécificité du mouvement est son rotor périphérique sans fixation centrale. Un tel rotor oblige à d'importants efforts de conception compte tenu des contraintes qu'il génère. Les coussinets du rotor ont ainsi été créés pour améliorer les performances de l'amortissement rendues nécessaires par la rotation périphérique. Il s'agit de galets avec un traitement DLC équipés de roulements à billes.  Le rotor remonte le mouvement dans les deux sens grâce à un rouage de remontoir constitué de deux roues d'accouplement excentrées. Une roue de transmission conduit l'énergie de la masse au rouage de remontoir. Elle est équipée de deux Incabloc et c'est la raison pour laquelle nous observons la présence inhabituelle d'un Incabloc visible côté pont, sur le bord du mouvement à côté de l'organe régulant. L'architecture du mouvement joue aussi un rôle important dans l'absorption des chocs puisque le rotor est "coincé" entre les ponts et le boîtier.

Un CFB A1000 de démonstration. Vous noterez la présence de l'Incabloc sous le dernier E de Bucherer:


Il serait cependant dommage de ne réduire l'intérêt du mouvement qu'à son rotor périphérique. La vue dégagée sur les ponts permet d'apprécier l'architecture très contemporaine du mouvement. Les ponts ont une forme très géométrique qui me rappellent l'esprit du calibre 48 de Minerva. Mais c'est bien l'organe régulant qui surprend le plus. Le rendu visuel proposé est unique. Une sorte d'élément à deux bras semble soutenir l'organe. Il s'agit du CDAS ou "Central Dual Adjusting System" qui permet un réglage fin par le biais d'un seul ajustement et qui protège l'organe contre les chocs. A noter que le réglage n'est en théorie exécutable que par un horloger agréé possédant une clé spéciale: un facteur de dépendance au réseau qui peut s'expliquer pour des raisons de qualité mais que je trouve un peu agaçant pour une intervention presque banale malgré les spécificités du CDAS.

La finition du mouvement est propre. Plus que sa finition, c'est bien son architecture qui le met en valeur grâce au rotor et à la forme des ponts. Grâce à son diamètre de 30mm, il remplit correctement le boîtier même si une taille plus mesurée pour ce dernier n'aurait pas été pour me déplaire. Ses performances sont classiques avec une réserve de marche de 55 heures pour une fréquence de 3hz.


La Patravi Calendar se porte sans souci grâce à la forme des cornes et fait rapidement apprécier la jolie organisation du cadran. La grande date est très présente et rend l'affichage des semaines très discret. J'aurais à titre personnel inversé les affichages en réservant le grand double guichet aux semaines et la graduation centrale à la date. La présentation de Carl F. Bucherer est évidemment plus logique car la date est plus utile... et utilisée que le rang de la semaine. Mais cet inversement aurait renforcé l'originalité de la pièce. La finition du cadran ne souffre d'aucun reproche et la montre propose une belle présence au poignet grâce au diamètre du boîtier et à l'épaisseur de la lunette. Le bracelet en veau m'a en revanche peu convaincu: sa forme, son aspect, les surpiqures m'ont semblé hors de propos. Malgré son confort, la première chose que je ferais si je me portais acquéreur de cette montre serait de le changer. Ce problème a au moins la vertu de se corriger facilement!

La Patravi Calendar est une montre qui possède de sérieux atouts: un cadran bien organisé regroupant des complications utiles et un mouvement contemporain et techniquement abouti. A titre personnel, j'aurais cependant apprécié plus de finesse dans le traitement en allégeant visuellement le boîtier et en mettant un bracelet plus élégant que celui d'origine. Il serait donc intéressant d'imaginer le mouvement CFB A1004 de cette Patravi Calendar dans le contexte d'une Manero, plus fine et plus raffinée d'autant plus que la hauteur mesurée du mouvement le permet. Le résultat serait encore plus
séduisant.

Merci à l'équipe Carl F. Bucherer France pour son accueil pendant le Salon Belles Montres 2012.

dimanche 9 décembre 2012

Lange & Söhne: Grande Lange 1 "Lumen"

Le SIHH 2012 a été marqué chez Lange par la présentation de la nouvelle Grande Lange 1. Contrairement à sa devancière, elle se caractérise par le respect de l'équilibre du cadran de la Lange 1 d'origine qui est rendu possible grâce à l'utilisation du tout nouveau mouvement, le L095.1. Outre sa taille adaptée au diamètre du boîtier (40,9mm), son épaisseur mesurée due à l'utilisation d'un barillet unique permet de diminuer sensiblement la hauteur du boîtier de la Grande Lange 1 (8,8mm contre 11mm pour le modèle antérieur). Cette nouvelle Grande Lange 1 m'a immédiatement séduit par son équilibre, son côté élancé et son élégance.

Tous les visiteurs du SIHH ont à ce moment-là  senti que la Grande Lange 1 était bien plus qu'un nouveau modèle mais bien le début d'une nouvelle ligne qui aurait vocation à s'étendre dans le futur. La présentation dans le cadre du pré-SIHH 2013 de la Grande Lange 1 "Lumen" conforte cette idée même si cette dernière est commercialisée dans le cadre d'une série limitée de 200 exemplaires.

La Grande Lange 1 "Lumen" est une montre logique sous bien des aspects et pourtant elle réusit à surprendre par son originalité dans le contexte classique de Lange.

Pourquoi puis-je considérer une telle montre comme "logique"? Le choix de la complication tout d'abord favorise ce sentiment. Rendre la grande date "lumineuse", c'est un peu comme apporter une touche finale à une complication qui symbolise, plus que n'importe quelle autre, le renouveau de la marque à travers la collection initiale de 1994. Ensuite, l'utilisation de la base Grande Lange 1 n'est guère surprenante. Cette Grande Lange 1 est le parfait exemple du souci du détail de la Manufacture saxonne. Pour conserver l'équilibre du cadran de la Lange 1, les guichets de la grande date ont été agrandis. La Grande Lange 1 propose ainsi la plus imposante grande date de toute la collection: une base idéale donc pour un tel exercice. De plus la finesse de la montre rendait possible l'utilisation d'un verre saphir semi-transparent, automatiquement plus épais qu'un cadran classique. De fait, la Grande Lange 1 "Lumen" possède une épaisseur de 9,8mm soit un 1mm de plus que la Grande Lange 1 "classique". Elle reste donc relativement fine et bien proportionnée. Enfin, l'attrait qu'avait exercé la Zeitwerk Luminous lors de sa présentation laissait à penser qu'une autre montre pouvait être l'objet d'une démarche similaire. Toutes ces raisons font que la présentation de la Grande Lange 1 "Lumen" ne peut être perçue comme un coup de théâtre inattendu.

Et pourtant, en découvrant la montre, la manipulant, elle crée un vif sentiment de surprise.

Si l'utilisation pour le cadran de la Zeitwerk d'un verre recouvert d'un revêtement spécial ne choque pas, la Zeitwerk étant une montre récente, le contexte est en revanche différent avec une Grande Lange 1 qui s'inscrit dans la lignée de la montre présentée en 1994. Peut-on s'attaquer à une telle icône horlogère sans risquer de l'écorner? De façon étonnante, le verre semi-transparent s'intègre sans souci et place la Grande Lange 1 dans une nouvelle dimension.  Ce n'était pas gagné d'avance.


La lisibilité de la montre est préservée puisque les sous-cadrans dédiés à l'affichage du temps ainsi que l'anneau périphérique sont en argent noirci. L'architecture du cadran reste clairement visible et immuable. Le verre semi-transparent occupe les parties restantes et dévoile des éléments traditionnellement cachés: le perlage du mouvement côté cadran et surtout, le système d'affichage de la grande date. La partie droite de la montre est la plus déroutante. Autour du double-guichet, nous découvrons une sorte de mélange de chiffres qui crée une ambiance très technique, très contemporaine qui n'est pas pour me déplaire. Le cadran ne possède pas d'éléments appliqués mais la semi-transparence donne un beau sentiment de profondeur. A ce titre, la graduation de la réserve de marche semble flotter au-dessus d'un espace assez dégagé ce qui est plutôt esthétiquement réussi.


Le verre semi-transparent fonctionne comme avec la Zeitwerk Luminous c'est-à-dire à l'inverse d'une paire de lunettes de soleil: il laisse passer les UV et bloque une grande partie de la lumière visible. Le cadran prend en conséquence différentes couleurs selon les conditions de lumière, l'inclinaison des rayons, passant du noir au gris/bleu. Ce spectre de couleurs n'est pas le même que celui de la Zeitwerk car dans certains cas, le cadran de cette dernière tirait vers le chocolat ce qui n'est absolument pas le cas de la Grande Lange 1 "Lumen".

La Zeitwerk Luminous et la Grande Lange 1 "Lumen" réunie pour la photo:


Le système de grande date de Lange est composé d'une croix des dizaines et d'un anneau des unités, l'un recouvrant en partie l'autre ce qui ne simplifie pas la tâche dans cette recherche du chargement efficace des parties luminescentes afin que la date s'éclaire dès son apparition dans le double-guichet.

C'est la raison pour laquelle la partie vierge de la croix des dizaines a été retirée afin de réduire la partie recouverte. Ensuite, les chiffres des dizaines et des unités ne sont pas traités de la même façon. Les premiers sont imprimés sur un revêtement luminescent tandis que les seconds le sont directement sur un anneau de verre qui tourne au-dessus d'un fond luminescent. Ainsi, grâce à ces astuces et au verre traité qui permet le passage des UV, la date sera correctement chargée et lumineuse lorsqu'elle s'affichera. A titre personnel, j'aurais aimé que le système de grande date soit identique à celui de la Lange 1 Tourbillon QP qui effectue le changement de date de façon instantanée à minuit. C'est le système traditionnel qui est ici à l'oeuvre: ce n'est pas un problème en soi mais pour la beauté de l'exercice, l'autre système aurait été préférable.


Le cadran concentre l'intégralité des différences apportées par la Grande Lange 1 "Lumen" puisque le boîtier en platine propose le même diamètre (40,9mm) que la Grande Lange 1 "classique". Le millimètre d'épaisseur supplémentaire ne se ressent pas puisque la hauteur totale reste en-dessous du centimètre.

Le mouvement L095.2 est en tout point similaire au L095.1 côté ponts. En retournant la montre, elle présente donc le même aspect que les autres Grande Lange 1. Il s'agit d'un mouvement que j'apprécie beaucoup avec son imposante platine 3/4, ses 72 heures de réserve de marche, son stop-seconde et  son spiral maison. Sa fréquence est de 3hz. Comme tout mouvement Lange, il se remonte avec beaucoup de plaisir. Mon regret concerne le balancier à vis: j'aurais préféré le balancier à masselottes même si je n'ai pas de grief particulier contre celui à vis.


Au poignet, la Grande Lange 1 "Lumen" tranche sensiblement avec non seulement les Grande Lange 1 mais également avec les autres Lange de la collection. Tout d'abord, du fait de son cadran sombre et beaucoup plus rempli que d'habitude, elle semble plus petite que les Grande Lange 1 à cadran en argent. Ensuite, esthétiquement, elle incarne un style très particulier, à la fois très Lange (aiguilles, organisation du cadran) et très contemporain (le mélange des chiffres du système de grande date, le perlage du mouvement). Malgré cette originalité, la montre reste élégante et selon moi, intemporelle. J'ai suffisamment regretté la présence trop élevée des cadrans argentés clairs dans le catalogue Lange pour ne pas me réjouir, même dans le cadre d'une série limitée, de la présentation d'une Lange avec un cadran qui se distingue des autres.

La Grande Lange 1 avait permis à Lange de démarrer l'année 2012 sous les meilleurs auspices. La Grande Lange 1 "Lumen" la clôture idéalement tout en ouvrant déjà les perspectives de 2013. En ce sens, le timing est parfait. Grâce à l'originalité de son cadran et à son exécution comme toujours sans faille, elle constitue une série limitée fort intéressante qui définit ce que doit être selon moi une montre Lange: un subtil mélange de tradition et d'audace servi par une finition irréprochable.

Merci à l'équipe Lange à Glashütte pour son accueil pendant l'événement du pré-SIHH.

mardi 4 décembre 2012

MB&F: HM5 On the Road Again


Après la LM1 qui a initié une nouvelle ligne de Machines moins radicale et toujours aussi inspirée au sein de la collection MB&F , voici Max Büsser et ses amis de retour  en cette fin d'année 2012 avec la toute dernière Horological Machine, la HM5 "On the Road Again".

Depuis 2005, les 4 premières Horological Machine ont bousculé les codes de l'horlogerie  grâce à leurs sources d'inspiration ancrées dans la culture contemporaine, à leurs façons de concevoir l'affichage du temps et à leur constructions tri-dimensionnelles les transformant quasiment en véritables sculptures horlogères. Malgré leurs différences, leurs originalités, elles ont constitué au fil du temps une ligne cohérente car elles partagent, de façon parfois subtile, des traits communs qui dessinent une sorte de continuité entre elles. Après nous avoir convié à des voyages dans l'espace, dans le ciel, à des plongées dans les années 50,  dans l'univers de la science-fiction, des mangas, je me demandais avec beaucoup de curiosité quels allaient être les thèmes abordés par Max Büsser à travers la nouvelle Horological Machine. C'est  cette interrogation qui crée systématiquement l'envie, l'excitation d'en savoir plus  lorsque la Machine se profile.

Une des sources d'inspiration de la HM5, la Girard-Perregaux Casquette, montre à affichage LED:


La HM5 ne déçoit nullement à ce niveau: ce n'est pas une mais deux principales sources d'inspiration qui cohabitent dans cette Machine qui constitue un véritable hymne au début des années 70. 

La première source d'inspiration provient des montres à affichage digital, des espèces de dinosaures horlogers (du Crétacé car proches de la disparition) qui furent un des derniers foyers de résistance de la montre mécanique face à la montée en puissance du quartz. Pour contrecarrer la progression de cette technologie, plusieurs marques se lancèrent dans des projets alternatifs aux designs audacieux et futuristes qui proposaient l'affichage du temps par le biais de disques. Le problème de ces montres était la relative difficulté à lire l'heure car les disques étaient relativement petits pour pouvoir être insérés dans le boîtier et mus par le mouvement mécanique généralement basique.

Le profil m'évoque la HM4:


Une des plus célèbres representantes de cette catégorie de montres fut l'Amida Digitrend dont le style fait immanquablement penser à une espèce de gadget tout droit sorti de Star Treck! Le boîtier fuselé, l'affichage de l'heure vertical par rapport au poignet nous font plus penser à la montre du capitaine Kirk qu'à celle de monsieur Tout Le Monde sur la planète Terre.

Malheureusement, cette audace créatrice ne suffit pas et ces montres furent emportées par la vague du quartz. Des aficionados gardèrent en mémoire leur charme particulier jusqu'à en faire un thème de collections pour certains. 40 ans plus tard, force est de constater qu'elles conservent leur attrait grâce à leur style futuristico-kitch qui les placent en dehors de tout repère. Et parmi ces adicionados, se trouve Max Büsser qui fut séduit à la fois par l'approche esthétique incomparable et par le côté vain et donc si séduisant de leur combat qui ne faisait que repousser l'inéluctable.

La luminescence est plutôt efficace:

La seconde source d'inspiration se trouve dans les supercars de la même époque qui montraient la même audace esthétique, les mêmes excès au moment où le premier choc pétrolier se profilait.
La grande force de la HM5 est de réincarner ses années insouciantes tout en conservant toutes les caractéristiques qui font la force des Horological Machines: une grande qualité d'exécution, un soin apporté aux éléments qui la composent et des petits détails placés ici et là qui donne un supplément de caractère et une touche ludique.

La HM5 n'est pas un clone de l'Amida malgré un boîtier similaire. Fort heureusement, la Machine se situe à un niveau qualitatif autre. L'Amida fut créée dans l'urgence, en réaction à l'arrivée d'une nouvelle technologie. La HM5 est au contraire le projet dans lequel Max Büsser a consacré le plus de temps.

Les volets sont ouverts, la lumière passe!


Le boîtier (ou plutôt la carrosserie!) en zirconium de la HM5 est la partie qui m'a le plus séduit: profilé, complexe et fluide à la fois, il n'est pas sans rappeler les courbes du boîtier de la HM4. A ce titre, l'air de famille est incontestable, renforcé par l'impression visuelle donnée par les attaches du bracelet. Mais sa principale caractéristique est sa modularité. Grâce à la petite couronne latérale, nous pouvons ouvrir les volets arrières qui évoquent ainsi ces fameux supercars. Ces volets ont plusieurs fonctions: ils transforment d'abord l'aspect de la montre. Ensuite, ils modifient l'éclairage de l'affichage de l'heure en faisant passer la lumière. Enfin, dans le cas où la montre serait plongée dans l'eau, ils facilitent l'évacuation du liquide. En effet, le mouvement est logé dans une sorte de carter intérieur en acier étanche si bien qu'il existe une zone entre le boîtier et le carter dans laquelle peuvent circuler la lumière, l'air, l'eau.

La couronne se manipule avec facilité grâce à son ergonomie et à sa taille. Elle arbore le fameux astéro-hache, symbole de MB&F depuis le début. Un système à billes soutient et guide la tige de remontoir afin d'éviter toute mauvaise manipulation liée à une position inadéquate.

En retournant le boîtier, nous retrouvons une base de mouvement qui nous est familière. En effet, le calibre qui est visible provient de chez Girard-Perregaux comme ce fut le cas sur les HM2 et HM3. Il arbore son traditionnel rotor en or  en forme d'astéro-hache. Les performances du calibre sont classiques à savoir une fréquence de 4hz et une réserve de marche de 42 heures. Possédant une très bonne efficacité au remontage, il alimente sans problème le module d'affichage.

Ce dernier mérite une attention particulière. Il a été développé par Jean-François Mojon et Vincent Boucard de Chronode afin d'animer les deux disques (heures et minutes) qui se chevauchent. Contrairement à l'Amida et à ses cousines, la HM5 propose un système d'heures sautantes qui prend ici tout son sens afin de faciliter la lecture de l'heure. La performance technique est au rendez-vous car les heures sautent dans les deux sens.

Les disques numérotés rotatifs sont posés à plat sur le mouvement. Grâce à un prisme réfléchissant conçu par un spécialiste de verre optique et à une lentille convexe, les chiffres luminescents sont agrandis de 20% et sont affichés verticalement par rapport au mouvement. La HM5 est donc une vraie boîte à lumière! La lumière est infléchie, réfléchie, réorientée afin de permettre un affichage optimisé à la lecture bien plus aisée que sur l'Amida.

Le résultat est très convaincant car les chiffres apparaissent de façon très lisible même si le petit ergot du contour vert des minutes, servant de repère, se distingue à peine.

La boucle ardillon de la HM5:

Comme de coutume avec n'importe quelle Machine, malgré la taille imposante (51,5x49x22,5mm), la HM5 se porte avec confort car elle se positionne bien sur le poignet et ce malgré l'absence d'une boucle déployante. Le bracelet en caoutchouc typé "Racing" maintient bien la Machine et les attaches du bracelet permettent une bonne adaption à différents types de poignet.

La HM5 est ainsi une Machine aboutie, intelligement conçue, irréprochable qualitativement parlant et qui arrive à nous replonger sans difficulté dans cette ambiance du début des années 70.

Le lecture de l'heure est aisée mais pas d'une précision ultime en ce qui concerne les minutes:


Et pourtant, malgré tous ses atouts, je n'ai pas eu le même coup de coeur que j'avais pu ressentir avec les Machines précédentes. Je me suis demandé pourquoi. Je pense tout simplement qu'il lui manque un côté vraiment surprenant pour séduire pleinement. En puisant sa principale inspiration dans des montres ayant existé et non dans d'autres objets mécaniques, cette HM5 devient presque plus "montre" qu'une véritable Machine comme pouvait l'être la HM4 qui était un véritable engin volant au poignet. L'inspiration automobile est évidemment là mais l'atmosphère de l'Amida se ressent de façon permenante. La HM5 est finalement paradoxalement peut-être trop réfléchie, trop respectueuse de ses influences. Elle donne le sentiment d'être moins spontanée et perd en côté décalé ce qu'elle gagne en maîtrise. Il s'agit incontestablement d'une montre d'une grande maturité mais ce qu'on attend de Max Büsser n'est-il pas au contraire de laisser exprimer ses souvenirs, son âme d'enfant de façon moins controlée?

La fluidité des lignes du boîtier:

Je ne dirais pas que la HM5 m'a déçu. Elle reste une belle montre dans l'absolu. Je pense plutôt  qu'elle ne répond pas entièrement à mes attentes qui sont toujours très élevées lorsqu'une nouvelle Machine se profile.

La HM5 "On the Road Again" est présentée dans le cadre d'une série limitée de 66 pièces en zirconium.

Je tiens à remercier chaleureusement l'équipe de MB&F et de la MAD Gallery.

PS: la montre photographiée est un prototype et certains détails peuvent évoluer dans la version finale.

samedi 1 décembre 2012

Girard-Perregaux: La Trilogie Le Corbusier

La Trilogie Le Corbusier est bien plus qu'un simple hommage rendu au célèbre architecte. A travers ces 3 montres crées en association avec la Fondation Le Corbusier pour fêter le 125ième anniversaire de sa naissance, Girard-Perregaux a souhaité mettre en lumière des étapes décisives de sa carrière tout en adaptant une démarche créatrice similaire à celle de l'artiste afin de valoriser le travail des artisans de la Manufacture. La Trilogie Le Corbusier est donc le point de rencontre de deux univers, ceux de l'architecture et de l'horlogerie, dont les principes nous rappellent que même les matériaux les plus simples, les plus basiques, contribuent à la création d'une oeuvre d'art lorsqu'ils sont façonnés avec talent et inspiration.

Concevoir une telle Trilogie n'était pas une tâche aisée car il fallait éviter qu'un des deux univers prenne le pas sur l'autre. Une subtile alchimie était requise et Girard-Perregaux a su trouver les bons dosages pour que les montres de la Trilogie incarnent l'esprit du Corbusier sans perdre les traits caractéristiques de la production de la Manufacture... et réciproquement.

La Vintage 45 La Chaux-de-Fonds:


Dans ce contexte, l'utilisation d'un même boîtier dont seul le matériau varie est une excellente idée. Le boîtier définit la scène sur laquelle s'expriment les artisans et il était important d'avoir un repère commun  afin de bien percevoir et ressentir les différences esthétiques provoquées par les techniques artistiques des cadrans.

Le choix du boîtier s'est porté sur le Vintage 1945 de forme rectangulaire, quasiment carrée (36,2 x 35,25mm). Il s'agit d'un choix judicieux à plusieurs titres. Tout d'abord sa forme nous fait penser à un cadre de tableau si bien que lorsque les trois montres sont côte à côte, nous avons l'impression de découvrir une petite exposition. La simplicité de cette forme est de plus cohérente avec l'esprit du purisme de la première partie de la carrière du Corbusier, qui incarnait un retour vers des formes plus ordonnées.  Ensuite, sa taille est harmonieuse. Ni trop grande, ni trop petite, elle valorise les cadrans sans que ces derniers ne deviennent trop imposants ce qui aurait retiré du raffinement et de la subtilité à la démarche. Enfin, sa courbure ainsi que celle du verre apportent un certain dynamisme et accentuent la dimension artistique par le léger recul du cadran qu'elle imposent.

La Vintage 1945 Paris:


Le mouvement est lui aussi commun aux trois montres. Il s'agit sans surprise du GP3300 qui possède une fréquence de 4hz et une réserve de marche de 46 heures. C'est un mouvement que j'apprécie beaucoup notamment grâce à sa grande efficacité de remontage. Il est visible dans chacun des cas à travers un fond saphir situé à l'arrière du boîtier. Il est dans sa présentation classique, fini de façon très sobre. Sur le saphir est indiqué la référence de la montre: 125ième Anniversaire et la ville concernée. J'aurais préféré retrouver une telle indication sur le boîtier voire même éventuellement un fond plein avec une gravure. 

Le mouvement GP3300:

Les trois étapes de la carrière du Corbusier qui constituent les sources d'inspiration de la Trilogie sont clairement marquées par l'environnement de leurs époques, les courants dans lesquels il s'inscrivit et par les métiers d'art qu'il pratiqua. Artiste aux multiples facettes, Le Corbusier est avant tout connu en tant qu'architecte puisque ses oeuvres les plus célèbres demeurent les unités d'habitation qu'il conçut selon le principe du Modulor. Ce principe permit, grâce notamment à l'utilisation du nombre d'or, de déterminer les dimensions idéales de l'espace vital afin d'assurer à ses occupants un confort maximum. Il est d'ailleurs intéressant de noter que le nombre d'or est régulièrement utilisé dans l'horlogerie, toujours à la quête de proportions harmonieuses... comme l'architecture.

La Vintage 1945 Marseille:


Ce serait cependant une erreur de vouloir réduire Le Corbusier à cette unique dimension. La Trilogie, fort à propos, donne des clés pour comprendre son parcours et son évolution artistique.

La première montre, la Vintage 45 La Chaux-de-Fonds, nous rappelle sa formation de graveur-ciseleur à l’École d’Art de sa ville de naissance. Le cadran en marqueterie de nacre, qui nécessite 7 jours de travail, reproduit un motif qui avait été dessiné et gravé sur un boîtier de montre par le Corbusier pendant sa période de formation. Il est donc logique de le retrouver sur un cadran un siècle plus tard.

Le motif représente une abeille, thème cher à La Chaux-de-Fonds. En effet, le blason de la ville arbore une ruche qui symbolise sa vocation industrielle. Le respect des codes couleurs du motif a constitué un défi extrêmement difficile à relever de la part des artisans de la Manufacture. Mais la réussite est au bout de l'effort. Le cadran de la Vintage 45 La Chaux-de-Fonds surprend par sa beauté, par les reflets de lumière qu'il crée, par sa profondeur et sa subtilité. Incontestablement, cette montre est la plus raffinée des trois et celle qui m'a le plus séduit. Le boîtier en or rose se marie parfaitement avec le cadran et apporte une touche supplémentaire de chaleur. Une fois mise au poignet, l'élégance de cette montre et les multiples détails du cadran lui confèrent un charme incontestable.


La deuxième montre joue sur un tout autre registre et provoque une nette rupture esthétique avec la précédente. Le cadran en métal gravé est une interprétation du Modulor. Parfaitement exécuté mais d'une grande discrétion, il se fond dans la montre pour deux raisons: le faible contraste avec le boîtier en acier et évidemment l'exubérance du bracelet en peau de vache. En fait, la Vintage 45 Paris est inspirée par la chaise longue à bascule de 1928. Compte tenu de son bracelet très particulier, c'est la plus originale de la trilogie et la plus difficile à porter au quotidien. Evidemment, le bracelet pourrait être changé mais cela briserait la cohérence de la montre et le rappel de l'interaction entre le système Modulor et l'ergonomie des objets du quotidien recherchée par Le Corbusier. A ce titre, la Vintage 45 Paris doit être portée telle quelle!

La troisième montre est la plus surprenante alors que paradoxalement, le thème qui l'a inspirée, la Cité Radieuse, est peut-être l'oeuvre du Corbusier la plus connue. Mais de là à y trouver un cadran en béton, il y avait un pas que Girard-Perregaux n'a pas hésité à effectuer.

Le cadran nécessite 3 jours de travail pour être coulé, séché et fini  à la main. Il possède une couleur, une esthétique étrange: il est irrégulier, plein d'aspérités semblant même parfois déborder... ce sont ses propriétés qui le rendent si unique, si énigmatique. La Vintage 45 Marseille, derrière un style très sobre (boîtier en acier, bracelet en croco noir) se révèle être une montre au caractère affirmé que le Modulor gravé dans le béton renforce.

Les trois montres, malgré le même boîtier, possèdent donc chacune clairement leur style. La réussite de la Trilogie réside dans ce mélange équilibré entre contexte général commun et opposition de style, démarche artistique et intérêt horloger. La Trilogie est présentée dans le cadre d'une série limitée de 5 coffrets regroupant les 3 montres. Je conçois parfaitement le plaisir que peut ressentir le propriétaire d'un de ces coffrets: en l'ouvrant et en embrassant du regard son contenu, il voit défiler sous ses yeux plusieurs décennies de la carrière d'un des artistes majeurs du XXième siècle.

Je tiens à remercier vivement l'équipe Girard-Perregaux France pour son accueil au cours du Salon Belles Montres 2012.