François-Paul Journe: visite de la Manufacture

La Manufacture François-Paul Journe occupe une place singulière au sein de l'industrie horlogère suisse ne serait-ce que par son emplacement en plein centre de Genève, au sein du bâtiment qui abrita il y a fort longtemps la fabrique de lampes à gaz. Le choix de ce bâtiment ne fut donc pas le fruit du hasard car il était configuré à la base pour accueillir une activité manufacturière comme le prouve la présence des grandes fenêtres dont le but était de faire rentrer le maximum de lumière dans les ateliers.

Le bâtiment de la Manufacture est situé dans un quartier calme mais très proche de la rue du Rhône:


Le bâtiment regroupe bien plus que l'activité de production dont le volume est autour de 900 montres par an: le développement des modèles, le pôle administratif ainsi qu'un magnifique show-room s'y trouvent également. Le visiteur est donc convié à une immersion totale dans l'univers de la marque.

L'escalier qui mène au show-room:


Nous ne pouvons pas comprendre les projets horlogers de François-Paul Journe sans appréhender l'influence sur sa démarche de grands horlogers du passé comme Antide Janvier. Cette influence est immédiatement palpable comme cette impressionnante horloge datant de 1855, conçu pour la première exposition universelle de Paris. Les fresques du plafond reprennent des dessins d'Apianus, astronome de Charles-Quint, réalisés vers 1550. 

L'horloge occupe avec majesté le centre du show-room:


  
Au-dessus de nos têtes, les fresques d'Apianus:


Puis nous pénétrons à proprement parler dans la Manufacture. Dans une salle de réunion, trône le régulateur à résonance d'Antide Janvier. Cette pendule n'existe qu'en trois exemplaires dont un se trouve à quelques centaines de mètres de la Manufacture, au Musée Patek Philippe. Elle a servi  d'inspiration à François-Paul Journe lorsqu'il conçut le chronomètre à résonance.

Le portrait d'Antide Janvier est à la bonne place, proche de la pendule:


L'inspiration du chronomètre à résonance:


A l'étage inférieur se trouvent les machines à commande numérique regroupées au sein de l'atelier mécanique. L'atelier fabrique plus de 90% des composants des mouvements: platines, ponts etc... Une fois fabriquées, les pièces sont préparées pour être inspectées par le contrôle qualité. A ce stade, aucun travail de finition n'a été encore réalisé mais la précision des machines permet de produire des pièces aux formes extrêmement variées avec une grande finesse.

Les machines à commande numérique:


Une platine en or et une platine en laiton:


Nous reconnaissons certaines pièces dont le pont du cadran de la Vagabondage II:


Les roues, rouages et pignons  sont usinées dans une autre pièce. Une personne est spécifiquement dédiée à la création des dentures. La photo ci-après permet de voir la même pièce avant et après traitement.


Les machines dédiées à ces pièces:


Et leur production:

Le contrôle qualité s'effectue grâce à une camera précise à 2 microns. Une fois les pièces validées, elles partent à l'atelier de polissage, d'anglage, de perlage dans lequel le travail de finition est effectué. Cet atelier contribue évidemment fortement à la valeur ajoutée des montres d'un tel segment. 

Le contrôle qualité:


Anglage, polissage, perlage et Côtes de Genève sont le quotidien de l'équipe de l'atelier des finitions:




Lorsque le travail de finition est achevé, les pièces sont stockées puis acheminées en montant d'un étage vers les ateliers d'assemblage et de montage dans lesquels oeuvrent les horlogers.

Si les différentes étapes de la chaîne de fabrication sont classiques, la Manufacture Journe se distingue par l'organisation du travail des horlogers. Chaque pièce est dédiée spécifiquement à un calibre particulier: Octa automatique, Chronomètre Souverain, Centigraphe, Répétitions Minutes et Grande Sonnerie... sans oublier la toute dernière création: l'Optimum. Une pièce peut regrouper 4 horlogers qui travaillent ainsi dans des conditions idéales à la fois silencieuse et parfaitement éclairées. Quelque soit le niveau de complications, des montres à 3 aiguilles aux montres sonores, j'ai senti le même degré de concentration, d'application. Il faut préciser que chaque horloger monte le mouvement de A à Z et est responsable du suivi et de la maintenance du calibre qu'il a assemblé pendant l'année qui suit. Une fois ce délai passé, les montres sont suivies par l'atelier de SAV. Quelques rares montres échappent à ce processus: ce sont les montres Répétition Minutes et Grande Sonnerie dont le SAV sera assuré par les horlogers de l'atelier.

La concentration des horlogers:



Les différents ateliers sont répartis autour du couloir central:


Les machines à nettoyer les mouvements:


J'ai toujours le même sentiment lorsque je pénètre dans un atelier dédié aux montres sonores, la conviction de rentrer dans un monde à part. Dans l'industrie horlogère suisse, rares sont les marques ayant une Grande Sonnerie, reine des complications, dans leurs catalogues.

Le poste de travail de l'horloger qui travaille sur la Répétition Minutes:


La Répétition Minute se caractérise par la grande finesse de son boîtier, crédo de François-Paul Journe qui vise à conserver une épaisseur la plus constante possible  quelle que soit la complication.

Le mouvement de la Répétition Minutes en cours de montage:


La finesse du boîtier est impressionnante compte tenue de la complication:


La Grande Sonnerie a évidemment une épaisseur supérieure compte tenu des spécificités de la complication qui nécessite la réserve d'énergie suffisante pour sonner au passage.

Une montre Grande Sonnerie nécessite 3 mois de travail pour être assemblée. Un horloger en produit donc autour de 3 par an compte tenu du temps passé sur les autres pièces en circulation pour intervention ou révision.

Le mouvement de la Grande Sonnerie comporte des éléments de sécurité opérationnelle afin d'éviter tout blocage:


Lorsque les montres sont assemblées, elles ne partent pas directement en boutique à la rencontre du client final. Elles subissent un contrôle qualité poussé sans oublier les tests chronométriques qui valideront ou non leurs sorties de la Manufacture.

Le bureau de François-Paul Journe est situé au sein de l'atelier d'assemblage. Il a souhaité retrouver toute sa place parmi les horlogers afin de faciliter l'achèvement des futurs projets de la Manufacture. Lorsque François-Paul Journe conçoit une nouvelle montre, il transmet le dossier qu'il a constitué aux architectes horlogers du bureau technique situé au rez-de-chaussée. Ces derniers vont tracer le millier de plan qui permettront par la suite de fabriquer les pièces et de passer à l'étape du prototypage. C'est évidemment au cours de l'assemblage du prototype et des phases de test que les remarques des horlogers conduiront aux ajustements nécessaires. Par la suite, la montre sera mise en production. 

Un des établis du show-room:


La visite est maintenant terminée et pour quitter la Manufacture, nous devons passer de nouveau par le show-room. Cette ultime étape permet d'apprécier l'évolution du métier  par l'observation d'anciens établis et outils. Finalement en comparant ceux du show-room et ceux de la Manufacture, les différences s'avèrent très subtiles. La Manufacture Journe incarne parfaitement ce qu'est une Manufacture de Haute Horlogerie contemporaine: un mélange d'innovation symbolisée par les machines à commande numériques de plus en plus précises et performantes et de tradition que les horlogers perpétuent en effectuant toujours les mêmes gestes pour assembler les mouvements.

Un grand merci à l'équipe de la Manufacture pour son accueil chaleureux.

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