Cartier: Calibre Grande Complication

Depuis plusieurs années, Cartier fait monter en puissance son pôle horloger en déployant de considérables moyens humains et financiers. Cette ambition s'exprime dans tous les segments de la collection d'une montre simple à 3 aiguilles jusqu'à une montre de haute horlogerie cumulant 3 complications majeures. La Calibre Grande Complication symbolise à cet égard la dimension la plus aboutie de la démarche de Cartier car témoignant d'une très grande maîtrise des complications et de la décoration du mouvement développé par Renaud et Papi.

Le point d'orgue de la Calibre Grande Complication est évidemment ce mouvement 9436 MC qui anime tout autant qu'il décore la montre. Il est également utilisé par Cartier dans la version Rotonde de la Grande Complication et plus récemment dans la montre de poche. Dans le dernier cas, son orientation a été modifiée afin que la couronne se retrouve à midi, au niveau de la bélière. La conséquence est que le Tourbillon reprend un emplacement plus traditionnel à 6 heures. Car telle est la spécificité du calibre 9436 MC dans le contexte de la Calibre ou de la Rotonde: le Tourbillon occupe toute la partie gauche du cadran afin de libérer la partie opposée pour la dédier à l'affichage des informations calendaires et du chronographe.

Je trouve cette idée bienvenue pour ceux qui portent la montre au poignet gauche. Les informations les plus utiles au quotidien (le quantième et le compteur des minutes du chronographe) peuvent être lues en soulevant discrètement la chemise. Le sous-cadran supérieur est dédié à l'affichage du mois tandis que le sous-cadran inférieur cumule l'affichage de la réserve de marche et de celui des jours de la semaine. Le secteur qui relie les deux sous-cadrans supérieurs est consacré à l'indication de l'année bissextile par le biais de courbes dont le nombre apparent, telle une spirale, informe sur le rang de l'année dans la période de 4 ans. Je dois avouer que j'aime beaucoup cette organisation de cadran, à la fois très originale, rationnelle et emprunte de modernité. Malgré la présence du chronographe, l'ensemble reste très lisible. La compteur pouvant porter à confusion est celui des minutes du chronographe et des quantièmes mais heureusement l'aiguille des quantièmes se distingue par sa forme et la couleur rouge de sa terminaison. D'ailleurs, les trois aiguilles du calendrier (quantièmes, mois et jours) sont similaires afin de faciliter la lecture.

Les polices de caractères des chiffres et des lettres sont totalement conformes au style de la Maison: en quelques années, Cartier a réussi à se forger une identité visuelle propre ce qui n'est jamais une mince affaire. Il suffit d'observer une graduation ou un mot pour reconnaître la provenance de la montre. Mais incontestablement, l'élément qui ancre la Grande Complication dans l'univers Cartier est le pont du Tourbillon qui est à la fois "logo" et élément du mouvement. Ce pont impressionnant suspend le Tourbillon et crée un bel effet de profondeur. Certes, dans le contexte de cette montre à la présentation très complexe, le Tourbillon semble un peu engoncé. Cependant, la vue est suffisamment dégagée pour en profiter.

La Grande Complication n'a pas à proprement parler de cadran: les sous-cadrans et la graduation périphérique sont positionnés juste au-dessus du mouvement mais ne sont pas ouverts. Cette approche à mi chemin entre le cadran plein et la transparence totale permet de préserver une bonne visibilité tout en entrevoyant la délicatesse du mouvement et la finition de son squelettage.

Le spectacle proposé en retournant la montre est tout bonnement stupéfiant. La finition à la main, extrêmement soignée, reste discrète mettant ainsi en avant la très grande beauté de l'architecture du mouvement. Ce dernier est composé de 457 pièces ce qui est raisonnable compte tenu du nombre de complications. Le mouvement apparaît presque comme de la dentelle, seul un très discret pont au premier plan permet l'inscription de sa référence et de son numéro. Sa fréquence est de 3hz et sa réserve de marche de 8 jours ce qui est très appréciable dans le contexte d'une montre QP: elle peut ainsi être laissée une semaine sans avoir besoin de la régler de nouveau. Pour un QP à remontage manuel, une longue réserve de marche est quasiment indispensable.


En revanche, cette réussite visuelle est un peu gâchée par l'écart entre le diamètre propre du mouvement (33,8mm) et celui du boîtier en platine (45mm). Cet écart est peu perceptible côté cadran grâce au rehaut incliné et à la graduation. Malheureusement, il apparaît clairement en retournant la montre et le contraste entre le côté délicat du mouvement et la largeur de la lunette  n'est pas des plus agréables à observer. Le boîtier Calibre, que je trouve de façon générale très réussi me semble plus à l'aise avec des montres moins sophistiquées où son caractère très masculin peut s'exprimer sans risquer de se trouver en décalage avec une complication subtile. Le boîtier Calibre est également très épais (18,7mm) et c'est finalement plus cette hauteur qui m'a gêné que le diamètre. Heureusement, le chronographe fonctionne grâce à un monopoussoir ce qui allège esthétiquement la carrure droite de la montre. La  couronne à pans en platine, ornée d'un saphir facetté, apporte la touche d'élégance.  Le caractère imposant de l'ensemble est d'autant plus dommage que j'ai la conviction qu'une approche plus mesurée était possible. A cet égard, le boîtier Rotonde est beaucoup mieux adapté au raffinement du mouvement 9436 MC grâce à sa moindre épaisseur (16,25mm tout de même) et son diamètre plus contenu (43,5mm). Cependant, je préfère la présentation des compteurs de la version Calibre  à celle de la Rotonde.

Dire que la Calibre Grande Complication a une forte présence au poignet est un doux euphémisme. La montre impressionne par son épaisseur et par la complexité du cadran. Elle évite cependant le piège des détails ostentatoires. L'harmonie des couleurs adoucit son caractère et comme indiqué précédemment, l'ensemble des informations demeure très lisible. Le confort est préservé grâce à la forme des cornes et à leur courbure. La couronne se manipule aisément et ce quelque soit sa fonction.

La Calibre Grande Complication, commercialisée dans le cadre d'une série limitée de 25 pièces, m'a fortement impressionné par la qualité de ses finitions, par l'approche décorative du mouvement toute en subtilité et en retenue et par l'affichage intelligent et original des informations. Cependant, le sans-faute n'est pas atteint puisque Cartier a malheureusement cédé à un de ses pêchés mignons : la taille imposante du boîtier. C'est finalement la raison qui me fait pencher pour la version Rotonde car elle permet de mieux concilier la délicatesse du mouvement avec le boîtier qui l'héberge.

Merci à l'équipe de Cartier UK pour son accueil pendant le Salon QP 2011 à Londres.

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