Audemars Piguet: Royal Oak Tourbillon Squelette

Le 40ième anniversaire de la Royal Oak ne pouvait être célébré  qu'à travers des pièces exceptionnelles. C'est la raison pour laquelle les deux montres qui furent choisies pour témoigner de cette étape importante dans l'histoire d'Audemars Piguet partagent une approche contemporaine du squelettage de leurs mouvements qui met en valeur la qualité et la maîtrise des finitions. La Royal Oak Squelette Extra-Plate, la "plus simple" des deux, joue cependant sur un registre plus traditionnel de par la présentation du mouvement qui reste relativement dense. L'architecture du mouvement 5122, qui découle du 2120, explique évidemment en très grande partie ce choix, la zone décorée étant délimitée par l'anneau des quantièmes. La Royal Oak Tourbillon Squelette explore une voie différente, celle du squelettage aéré à l'extrême qui donne l'impression que seuls quelques rouages ont la faculté d'animer la montre. Cette sensation est évidemment due à la technique décorative qui libère le maximum d'espace mais aussi à l'architecture du mouvement, ici dans une version à remontage manuel mais dont une version automatique est prévue dans le futur. De fait, l'espace qui est visible sur la partie gauche du cadran sera dédié au système de remontage. Mais restons dans le présent!

Avec du recul, la Squelette Extra-Plate m'a laissé un petit goût de déception car l'anneau de date m'a semblé enfermer le mouvement dans des limites trop exigües: la partie squelettée est engoncée et j'aurais apprécié plus d'espace, plus de liberté pour que le talent artistique des horlogers s'exprime. A ce titre, la Tourbillon Squelette est plus convaincante, le mouvement occupant quasiment tout l'espace disponible: il "respire" et la complication qui l'accompagne, ici un Tourbillon, n'apparaît plus comme une contrainte mais bien comme un atout.

Visuellement, pour les raisons évoquées précédemment, la montre peut paraître légèrement déséquilibrée puisque la partie droite est bien plus remplie que la partie gauche. Et pourtant, il se dégage de cette Royal Oak un sentiment d'harmonie lié à la cohérence entre la légèreté du squelettage et la délicatesse de la révolution du Tourbillon.

Le Tourbillon a plusieurs atouts. Il anime évidemment le cadran. Mais du fait de son caractère attractif, il estompe le barillet pourtant très présent à 12 heures. Puis il permet de dégager totalement la vue sur la roue d'ancre qui est toujours fascinante à observer. J'aurais peut-être préféré un pont plus léger ou même un Tourbillon volant mais il ne faut pas oublier que la montre s'inscrit dans le contexte d'une Royal Oak et qu'à ce titre,  une construction plus pérenne est à privilégier. Les lignes droites du pont du Tourbillon se fondent d'ailleurs bien avec le design géométrique du boîtier de la Royal Oak.

Au centre du cadran, la roue des heures et à un degré moindre la roue de minuterie se détachent. Leurs couleurs combinées avec celle du balancier et du barillet permettent de créer une sorte d'axe vertical à l'aspect chaleureux qui contraste avec les couleurs plus neutres des autres éléments. Du fait de l'utilisation d'or, cet axe apporte la touche luxueuse à l'ensemble.  Afin de faciliter la lecture de l'heure, une zone périphérique sert de support aux graduations et aux index. Elle reste relativement fine afin de laisser une ouverture de cadran suffisante.

La qualité de la finition s'apprécie d'abord dans l'observation de la montre dans sa globalité. Rapidement grâce aux éléments qui s'intègrent parfaitement les uns avec les autres, aux effets de volume et à la finesse du squelettage, cette qualité devient encore plus tangible.  Enfin, le nombre (pour ne pas parler de profusion) d'angles rentrants et leur parfaite exécution finissent de convaincre: cette Royal Oak Tourbillon Squelette fait partie de ces pièces d'exception où la finition va bien au-delà du pur aspect décoratif: elle devient le principal centre d'intérêt tout en restant subtile et discrète, loin des effets tape-à-l'oeil. La présentation contemporaine du squelettage et le rendu anthracite sont un régal à observer tout en mettant en valeur les autres composants. Une finition appréciable et subtile tout en restant discrète nécessite un sacré sens du dosage et c'est tout à l'honneur de l'équipe qui a travaillé dessus d'être arrivé à une telle maîtrise.

Le mouvement côté ponts présente un spectacle similaire: le pont du Tourbillon  reste toujours présent, les roues ainsi que le rochet semblent se mélanger avec la finesse du squelettage pour tisser une sorte de toile d'araignée. Le nombre total d'angles entrants serait de 110 et je dois avouer que l'idée de les compter ne m'a même pas traversé l'esprit. Côté ponts, ce nombre semble effectivement impressionnant et ce constat m'a suffit largement! Il ne s'agit pas de créer des difficultés pour le plaisir d'en rajouter. Ces angles entrants dessinent les motifs du squelettage qui le rendent si cohérent avec la lunette octogonale et les aiguilles "spatule" de la Royal Oak, en d'autres termes, avec les traits caractéristiques du style Genta.


Une petite aiguille est située près du rochet: il s'agit d'un indicateur de réserve de marche intelligemment positionné de ce côté du mouvement. Sa présence est bien utile puisque la réserve de marche est proche des 3 jours. Le tout nouveau mouvement 2924 possède une fréquence de 3hz et se caractérise par sa grande finesse (4,46mm) permettant de maîtriser la hauteur du boîtier, fidélité à Genta oblige! De façon surprenante, cette finesse ne nuit pas aux effets de reliefs et de profondeur ce qui apporte une nouvelle preuve de la qualité du travail de squelettage.

Comme de coutume avec ce type de montre, c'est au poignet que la Royal Oak Tourbillon Squelette prend sa véritable dimension. En fait, elle aime jouer avec les oppositions. Opposition entre la géométrie du boîtier de 41mm et les entrelacs du squelettage. Opposition entre le poids du platine et la délicatesse du Tourbillon. Opposition entre les espaces de la partie gauche du cadran et la compacité de la partie droite. La Royal Oak Tourbillon Squelette séduit par son animation de cadran et par sa beauté tout simplement. Elle est incontestablement digne de l'anniversaire qu'elle célèbre. Arriver à prouver que 40 ans plus tard, le dessin de la Royal Oak est toujours aussi contemporain, qu'il a conservé toutes ses facultés d'adaptation aux complications, aux techniques de décoration, c'est peut-être là le meilleur hommage qu'Audemars Piguet pouvait rendre à Gérald Genta par le biais de cette montre superlative et envoutante.

La Royal Oak Tourbillon Squelette est vendue dans le cadre d'une série limitée de 40 exemplaires, tous réalisés avec des boîtiers platine.

Merci à l'équipe Audemars Piguet pour son accueil pendant le SIHH 2012.

Commentaires

Anonyme a dit…
Décidément, je n'aime pas beaucoup ces nouvelles RO en 41mm que je trouve bien fades par rapport aux versions précédentes. Ce tourbillon est bien ennuyeux comparé à la "simple" squelette sur 3120. A part la complication, il n'y a rien à se mettre sous les yeux. Je préfère quelques arrondis au service d'une belle découpe qu'une multiplication d'angles rentrant au service d'une esthétique faiblarde. J'espère simplement qu'au poignet il en va autrement...