lundi 2 juillet 2012

Masahiro Kikuno: Tourbillon 2012

Ce qui caractérise le mieux la Foire de Bâle est cette excitante cohabitation entre les mastodontes de l'horlogerie et les artisans qui conçoivent leurs projets dans la plus discrétion. Et souvent les plus belles surprises se trouvent au sein du stand de l'AHCI où membres et candidats de l'Académie rivalisent d'audace et d'ingéniosité pour apporter leur contribution à l'édifice horloger.

L'AHCI a une immense vertu, elle nous rappelle par la liste de ses membres que l'horlogerie ne se pratique pas uniquement au coeur des alpages suisses et que le talent n'a pas de frontière. Grâce à l'immense diversité de cultures et de parcours de ses horlogers, l'AHCI nous propose année après année un spectre très large de montres de caractère issues de démarches personnelles. La visite du stand de l'AHCI provoque toujours des émotions, des interrogations et il n'est pas rare de tomber nez à nez avec un ovni horloger totalement imprévisible.

Prenons par exemple cette montre Tourbillon réalisée par le jeune horloger japonais Masahiro Kikuno. Que ce soit par son esthétique ou sa conception, elle dégage quelque chose de particulier, une atmosphère unique.

Masahiro Kikuno n'est pas un illustre inconnu.   Né en 1983, ancien élève du WOSTEP, il est candidat à l'Académie depuis 2011. Cette année-là, il présenta deux pièces qui marquèrent l'esprit de ceux qui eurent l'opportunité de les manipuler: Un QP-Tourbillon à base d'Unitas et une montre au cadran "wari-koma" dont les index évoluent selon les saisons.

En 2012, Masahiro Kikuno s'attaque à un exercice difficile lui donnant l'occasion de confirmer son talent: celui de la montre Tourbillon "simple". Il franchit l'obstacle en faisant preuve d'une maturité en matière de design qui met en valeur l'ambition technique de la pièce.

Ce qui surprend avec cette montre, c'est la sensualité qu'elle dégage: elle est toute en courbes, en rondeur. Son boîtier d'un diamètre de 43mm est massif, épais mais grâce à son galbe, il évoque la fluidité, le côté lisse d'un galet. J'avais envie de le caresser afin de profiter du parfait prolongement crée par les cornes. La façon dont il englobe la couronne accentue également cet effet.

Imaginez maintenant que vous prenez ce galet et que vous le jetez à l'eau: il créera de multiples ronds qui s'élargiront comme des ondes. Le cadran m'évoque cette image avec ses longs arcs de cercle partant de la zone dédiée au Tourbillon et qui se dirigent vers la partie opposée de la lunette. En fait, la ligne droite est totalement bannie. Le secteur consacré à l'affichage du temps est souligné par un cercle intérieur et par une graduation circulaire en relief.

La nette séparation entre l'indication horaire et le Tourbillon, positionné de façon originale à 10 heures, a permis à Masahiro Kikuno de dessiner un impressionnant pont ouvert qui apporte du dynamisme par sa forme tout en préservant la vue sur  la cage d'un diamètre de 15mm. Du fait de sa forme en triangle de Reuleaux, il aurait été dommage de la masquer. Elle effectue une rotation complète par minute.

Le cadran est austère car extrêmement épuré. Mais la présentation très stylisée, les cinq vis et les reflets de lumière provoqués par les arcs de cercle permettent de rehausser son caractère.

Le mouvement côté pont est dans le même esprit: il partage cette même combinaison de dépouillement et d'originalité que le cadran. Il faut cependant s'arrêter sur plusieurs détails. Outre la construction en relief, il est intéressant de remarquer que le pont de l'organe régulant, malgré sa taille, donne une assez bonne vue sur la roue d'échappement. Mais comment ne pas évoquer la décoration du mouvement? Si sur une partie nous retrouvons un perlage classique, les ponts sont en revanche décorés avec un motif à chevron entièrement réalisé à la main grâce à des outils façonnés par Masahiro Kikuno lui-même. Nous touchons ici toute la particularité de la démarche du jeune horloger: tout est effectué sans l'aide d'aucune machine à commande numérique. Masahito Kikuno a réalisé la vidéo suivante qui donne un excellent aperçu du travail de finition:


Masahito Kikuno fabrique lui-même le balancier, la cage du Tourbillon, la platine, le boîtier, les aiguilles... Excusez du peu! Certes des éléments du mouvement échappent à sa dextérité. L'échappement provient d'un ETA 7001 (le spiral est celui d'un ancien calibre) tandis que les roues et pignons sont issus d'un Unitas 6497. Le calibre mk12 qui équipe cette montre Tourbillon est un beau moyen de rassembler ces deux célèbres mouvements à remontage manuel de tailles fort différentes! D'une fréquence de 2,5hz, il possède une réserve de marche de 40 heures minimum.

Nous comprenons facilement dans ces conditions la production extrêmement limitée d'une telle montre dont chaque exemplaire est forcément unique du fait de sa finition. 6 mois sont requis pour créer, modifier, assembler, décorer les pièces qui la constituent.

La montre Tourbillon de Masahito Kikuno ne laisse pas indifférent. Son design à la fois fluide et imposant, dépouillé et subtil définit une atmosphère étrange magnifiée par la révolution de la cage. Les imperfections de la finition contribuent à son charme en rappelant l'approche artisanale qui guide sa création. Enfin, le contenu horloger est digne du talent d'un candidat à l'Académie. C'est la raison pour laquelle je ne peux que lui souhaiter de continuer sur cette belle voie afin de pouvoir accéder à la reconnaissance de ses pairs en devenant membre de l'AHCI.

Merci à Masahito Kikuno pour son accueil pendant la Foire de Bâle 2012.

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