mardi 10 juillet 2012

Hublot: Classic Fusion Squelette

En 2012, Hublot a proposé un véritable feu d'artifices de nouveautés occupant ensemble des segments de sa collection. Cette stratégie vise à réduire petit à petit l'influence de la Big Bang mais également, par le rajout de complications et de mouvements exclusifs d'augmenter significativement le prix moyen par montre vendue et d'apporter une certaine crédibilité horlogère.

La Classic Fusion Squelette s'inscrit totalement dans cette stratégie en donnant un coup de projecteur global sur la ligne Classic Fusion  et à travers le mouvement exclusif, en renforçant son contenu horloger. Dans le contexte d'une offre 2012 extrêmement large à la qualité très hétérogène (le pire côtoyant le très convainquant), Hublot nous propose son meilleur côté avec cette montre qui séduit par son coté élancé et par sa cohérence d'ensemble.


Evidemment, le terme de "squelette" est utilisé abusivement si nous nous plaçons du point de vue du purisme horloger. Dans ce cas précis, le mouvement n'a pas été travaillé, décoré, réduit à sa structure la plus fine pour dévoiler et mettre en valeur  les pièces nécessaires à son fonctionnement. La platine et les ponts ont été usinés tels quels et cela se voit. Nous ne sommes clairement pas au même niveau d'exclusivité et d'excellence qu'une Audemars Piguet 15305 par exemple qui est un festival de techniques décoratives. Nous ne sommes pas non plus au même niveau de prix d'ailleurs. Cependant, le côté plus basique, plus simple de la Classic Fusion Squelette lui va particulièrement bien. Et c'est pour cela que cette montre est réussie: le cadran est en harmonie avec le boîtier. L'aspect industriel du mouvement répond à la géométrie du boîtier et à ses vis  pour créer une sorte d'atmosphère très contemporaine, aux antipodes des montres squelette baroques.

L'ensemble est très agréable à regarder car Hublot a su rehausser la qualité perçue grâce aux index appliqués et aux aiguilles qui donnent du relief et qui contribuent à maintenir la lisibilité de façon tout à fait irréprochable. Malgré le fouillis du cadran, les aiguilles polies se détachent parfaitement et font apprécier leur forme et leur accord avec les index.

La petite originalité est évidemment le placement à 7 heures de la petite seconde. L'asymétrie qu'elle provoque est la bienvenue car elle s'adapte aux motifs du mouvement en dégageant le mécanisme de remontoir, les roue des heures et de minuterie.


Hublot joue la même partition côté ponts: la présentation reste sommaire mais elle est intelligemment faite. J'apprécie notamment la façon dont les roues et rochet se détachent, les légers effets de profondeur et la petite ouverture du pont du balancier qui donne une belle vue sur l'organe régulant. Cela ne dégage pas un charme fou, c'est même une esthétique assez froide mais bien pensée et encore une fois en harmonie avec le boîtier et le style général de Hublot.

Le principal atout de cette montre demeure la présentation élancée du boîtier qui donne le sentiment d'une très grande fluidité malgré certains détails très anguleux. Le diamètre important (45mm) peut surprendre dans un tel contexte. Après tout, Hublot veut jouer la carte d'une certaine élégance et une montre à 3 aiguilles ne nécessite généralement pas une telle taille.

De façon surprenante, la taille ne m'a pas posé de problème et l'effet "oeuf sur le plat" a même été évité. L'ouverture du cadran reste mesurée compte tenu de l'épaisseur de la lunette mais est suffisamment importante pour profiter de la présentation du mouvement. Compte tenu de son côté détaillé, une plus petite taille aurait nui à l'atmosphère géométrique de cette Classic Fusion. La montre est de plus très confortable ce qui demeure une constante chez Hublot. Je dois me résoudre à l'avouer: même les montres les plus critiquables qu'ils ont pu réaliser étaient confortables. Voilà au moins une qualité que je ne pourrai pas leur retirer.

Le côté élancé du boîtier est rendu possible par la finesse du mouvement d'une hauteur de 2,9mm. Le HUB1300 à remontage manuel possède une réserve de marche fort appréciable de 90 heures, surtout compte tenu de son épaisseur. Sa fréquence est de 3hz. Son remontage est tout à fait correct et la couronne se manipule bien. Il a été développé par Hublot mais ma compréhension est qu'il est actuellement produit par La Joux-Perret. Je suis dans la situation où j'ai du mal à vous expliquer qui a fait quoi autour de ce mouvement. Mais après tout, ce n'est pas très important. Seul le résultat compte et le résultat m'a plu.


La Classic Fusion Squelette est produite en série limitée dans chacune de ses versions: 500 exemplaires en King Gold et 1000 exemplaires en titane. Je trouve cela dommage car au-delà des contraintes industrielles ayant pu conduire à ces limitations, cette montre avait toute sa place dans la collection permanente de Hublot. Mais Hublot fonde-t-il encore sa stratégie sur sa collection permanente? Je ne le pense pas puisque Hublot communique presque exclusivement sur ses séries limitées. La collection permanente donne l'impression d'être principalement là pour structurer l'offre autour de laquelle seront déclinées les séries limitées.

En tout cas, que ce soit en titane ou en King Gold, la Classic Fusion Squelette constitue une belle réussite. Le boîtier est très séduisant grâce à sa forme, son alternance de parties polies et brossées. Le mouvement squelette ne dégage pas le charme d'une montre squelette traditionnelle. Il est industriel et froid mais c'est loin d'être un défaut ici car il plonge paradoxalement la montre dans une dimension contemporaine qui colle à l'esprit de la marque. Au final, c'est cette cohérence qui la rend attirante. De mon point de vue, c'est sûrement la montre Hublot la plus intéressante depuis la Bullet Bang.

Merci à l'équipe Hublot pour son accueil pendant la Foire de Bâle 2012.

dimanche 8 juillet 2012

Patek Philippe: 5940J

Un nouveau Quantième Perpetuel chez Patek Philippe est toujours un événement s'agissant d'une des complications majeures de la Manufacture. Tous les ingrédients qui composent cette 5940J sont connus mais encore une fois, la magie Patek Philippe opère grâce à de subtils petits détails qui font mouche.

Deux éléments d'importance contribuent à la réussite de cette montre: son boîtier de forme tonneau et la police de caractère des sous-cadrans.

L'utilisation d'un boîtier tonneau dans le contexte d'un QP n'est pas à proprement parler une grande nouveauté puisque les références 5040 et 5041 étaient encore récemment présentes dans le catalogue. Elles utilisaient cependant des boîtiers tonneau au profil  semblable de celui du boîtier Tortue de Cartier alors que celui de la 5940J tend dans ses proportions vers le boîtier "écran TV" de la fameuse 5020. Cela transforme totalement son apparence.

Ce boîtier tonneau en or jaune demeure original et son équilibre permet un agrandissement du diamètre de la montre par rapport aux 5040 et 5041 sans visuellement trop la marquer. Sa taille de 37x44,6mm est semblable à celle du boîtier acier du chronographe monopoussoir à rattrapante, la référence 5950A et je le trouve plus adapté au contexte d'un cadran de QP que de celui d'un chronographe.

Grâce à cette forme particulière, la 5940J possède un cadran d'un rare équilibre. Toutes les informations sont idéalement réparties selon la présentation traditionnelle liée à l'utilisation du mouvement 240Q. Si la 5140 qui propose la même complication dans le contexte d'un boîtier rond utilise des index "bâton pointu", la 5940J les remplace avantageusement par des chiffres appliqués que la forme du cadran autorise. Ces chiffres, combinés avec les aiguilles feuille, la texture ivoire et légèrement grainée du cadran et le chemin de fer qui suit le contour du boîtier définissent une atmosphère certes surannée mais avant tout charmante et élégante. Le risque de basculer dans le vieillot était réel mais Patek a su trouver le bon dosage pour éviter le piège.

 L'autre clé de la réussite est la police de caractère qui est utilisée pour les graduations et les quantièmes. Sur la 5140, vous remarquerez que la taille de la graduation des quantièmes n'est pas constante, les chiffres proches du sous-compteur des mois et des années et du sous-compteur des jours et de l'affichage 24 heures étant réduits pour leur laisser la place suffisante. Cet artifice n'est pas nécessaire  sur le cadran de la 5940J grâce à une police Sérif utilisée pour les chiffres et les lettres. La taille de la police est légèrement réduite par rapport à la 5140 et comme par miracle, toutes les informations de même nature demeurent constantes. Autre petit détail qui est plus important qu'il n'y paraît: le "23" du quantième change d'orientation et prend le même sens (vers l'intérieur du sous-cadran) que les 25,27,29 et 31. Je trouve que le résultat est plus agréable à l'oeil.

Côté mouvement, nous retrouvons le célébrissime 240Q, une des références des mouvements QP automatiques. Sa finesse (3,88mm) permet l'utilisation de boîtiers élancés bien dans la tradition de Patek Philippe. J'ai toujours eu un grand faible pour ce 240 et ses différentes déclinaisons. Son efficacité au remontage est excellente pour un mouvement à micro-rotor et son architecture le rend très agréable à regarder. Sa fréquence est de 3hz et sa réserve de marche est de 2 jours ce qui oblige à mettre la montre dans un winder si on veut éviter de régler de nouveau les paramètres en cas d'absence prolongée.

Cette 5940J est peut-être le QP "simple" de Patek Philippe qui m'a le plus séduit ces dernières années. Tout d'abord je préfère nettement l'utilisation du mouvement 240Q par rapport aux 315/324 S QR. C'est un choix personnel mais je me sens plus en confiance avec le 240 qu'avec les mouvements à rotor central. L'inconvénient du 240Q est qu'il ne possède pas de trotteuse dans sa configuration QP si bien que le cadran est immanquablement inerte. Mais est-ce si grave dans ce contexte? L'équilibre du cadran est le plus important.


La 5940J a un fort pouvoir de séduction. Sa taille est idéale et son boîtier en or jaune lui donne une belle présence sans tomber dans des dimensions XL qui auraient été malvenues. Le confort, l'harmonie de sa présentation, les détails raffinés achèvent de me convaincre: cette 5940J est sûrement ma nouveauté préférée chez Patek Philippe en 2012.

Merci à l'équipe Patek Philippe France.

Frédéric Jouvenot: Solar Deity Amaterasu

Cela faisait un certain temps que je souhaitais écrire sur Frédéric Jouvenot. L'équipe de la boutique Chronopassion m'a donné cette opportunité en me permettant de découvrir la Solar Deity Amaterasu. Je dois avouer que malgré tout le talent de Frédéric Jouvenot, j'ai été relativement déçu par son premier projet, l'ACE (Automatic Chronograph Evolution). Cette montre se caractérise par la présence de la masse oscillante côté cadran afin de dégager la vue sur le côté ponts du mouvement chronographe. L'idée m'a semblé étrange car en corrigeant un problème, elle en a créé un autre en troublant la lecture du cadran. Je n'ai donc pas perçu l'intérêt de cette modification d'architecture même si la réalisation était soignée et la finition du mouvement irréprochable.

Pour tout dire, j'attendais plus d'un horloger au CV particulièrement bien rempli malgré son jeune âge. Micro-mécanicien et micro-technicien de formation, Frédéric Jouvenot a travaillé chez Minerva puis a fondé avec Valérien Jaquet la société Concepto dont les mouvements, essentiellement chronographes et tourbillons, sont utilisés par un grand nombre de marques. C'est à partir de 2008 que la marque qui porte son propre nom est créée afin de faire vivre ses idées dans le cadre de projets personnels.

L'ACE m'a donc laissé sur ma faim mais fort heureusement Frédéric Jouvenot ne nous a pas laissé le temps de douter. L'Helios, la première montre de la collection Solar Deity fut présentée en 2010 et très vite elle positionna la démarche de Frédéric Jouvenot à un autre niveau: celui où l'intérêt horloger est soutenu par un affichage innovant du temps.

L'Helios ainsi que toutes les montres qui suivirent dans cette collection (dont l'Amaterasu ci-jointe en photos)  peuvent être considérées comme une sorte de lien entre 2 étapes fondamentales de l'histoire de la mesure du temps: le cadran solaire et la montre mécanique.

L'Helios est en un sens une montre copernicienne: le soleil est au centre de son univers! En fait, les heures sont représentées grâce à des rayons du soleil qui partent du secteur dédié à l'indication des minutes. Ces rayons possèdent deux faces, une sombre et une lumineuse dont les différents enchaînements vont permettre non seulement d'afficher les heures de façon originale mais de le faire également sur 24 heures: l'indicateur jour&nuit est partie intégrante de cette représentation des heures.

La lecture de l'heure en cours nécessite une petite période d'accoutumance mais le pli est vite pris. Lors des douze premières heures du jour, la force du soleil grandit et le nombre de rayons lumineux augmente: à la fin de chaque heure, le rayon correspondant à la nouvelle heure pivote pour que la face sombre laisse sa place à la face lumineuse. A midi, ce sont donc 12 rayons lumineux qui éclairent le cadran symbolisant le zénith. Puis le soleil se met à décliner et à chaque heure, une face sombre remplace une face lumineuse jusqu'à plonger le cadran dans l'obscurité à minuit.

Le pivotement des rayons étant instantané, l'Helios est de fait une montre à heures sautantes où les indicateurs se cumulent alors que dans la représentation traditionnelle un chiffre chasse l'autre dans un guichet.

La lecture de l'heure se fait ainsi à travers les portions sombres et lumineuses du cadran tandis qu'au centre de la montre, les minutes sont affichées par le biais d'une pièce tournante supportant la flèche qui se positionne en face d'une graduation circulaire.

La dimension poétique de l'Helios est réelle: elle privilégie la mise en scène des heures, les minutes semblant presque secondaires. La façon dont le cadran s'illumine, s'assombrit, se transforme au fil des heures qui défilent nous rappelle aussi le lien intime qui lie la course du soleil et la mesure du temps.

Le cadran est surprenant car les rayons en occupent la plus grande partie. A l'exception de la discrète graduation des minutes, la montre n'affiche aucun chiffre ce qui en renforce l'originalité.

Le mouvement qui fournit l'énergie à la complication est un calibre à remontage manuel en provenance logique de Concepto. D'une fréquence de 3hz, il possède une réserve de marche de 45 heures. Son architecture trahit ses origines car il possède un ressort à cliquet dont la forme est typique du style Concepto. Sa finition est soignée avec notamment un très bel effet goutte polie sur le rochet qui contraste avec l'aspect ensoleillé de la roue de couronne. Les côtes de Genève se prolongent bien d'un pont à l'autre malgré les légères différences de hauteur entre le pont du balancier et les autres parties du mouvement.

La collection Solar Deity possède plusieurs modèles dont les noms et le style décoratif changent en fonction des divinités solaires. L'Amaterasu trouve son inspiration au Japon ce qui explique la couleur des rayons. Le boîtier en titane de 44mm de diamètre est plutôt massif mais son côté galbé, accentué par la forme de la lunette et les cornes évidées allègent considérablement le rendu visuel.

Il est 4h26 de l'après-midi, les rayons sombres grignotent les rayons lumineux: 

L'Amaterasu présentée par Chronopassion est en fait une pièce unique car le disque central dédié à la graduation des minutes est de couleur noire au lieu de son rouge habituel. Je trouve ce changement de couleur bienvenu car la montre devient plus raffinée ainsi. Un petit détail qui est modifié et c'est la perception de l'ensemble qui est influencé...

Grâce à la forme des cornes extrêmement courbées et à l'utilisation du titane, l'Amaterasu se porte avec confort. Les rayons occupent le devant de la scène et concentrent totalement l'attention. A ce titre, le cadran est peu animé car la rotation de la pièce centrale est lente et le pivotement d'un rayon ne s'effectue qu'une fois par heure. Mais dans ce cas précis, ce n'est pas trop grave car le principal atout de l'Helios, de l'Amaterasu et des autres montres est cette représentation graphique des heures.

La collection Solar Deity constitue selon moi une bien meilleure preuve du talent de Frédéric Jouvenot que ne le fut la collection précédente. Grâce à l'affichage original, poétique et astucieux des heures, il a créé des pièces dont l'intérêt va bien au-delà de la pure technique horlogère. Cette technique s'est ici mise au service d'une nouvelle façon de représenter le temps qui passe ce qui traduit la grande maturité de son approche.

Merci à l'équipe Chronopassion pour son accueil.

lundi 2 juillet 2012

Masahiro Kikuno: Tourbillon 2012

Ce qui caractérise le mieux la Foire de Bâle est cette excitante cohabitation entre les mastodontes de l'horlogerie et les artisans qui conçoivent leurs projets dans la plus discrétion. Et souvent les plus belles surprises se trouvent au sein du stand de l'AHCI où membres et candidats de l'Académie rivalisent d'audace et d'ingéniosité pour apporter leur contribution à l'édifice horloger.

L'AHCI a une immense vertu, elle nous rappelle par la liste de ses membres que l'horlogerie ne se pratique pas uniquement au coeur des alpages suisses et que le talent n'a pas de frontière. Grâce à l'immense diversité de cultures et de parcours de ses horlogers, l'AHCI nous propose année après année un spectre très large de montres de caractère issues de démarches personnelles. La visite du stand de l'AHCI provoque toujours des émotions, des interrogations et il n'est pas rare de tomber nez à nez avec un ovni horloger totalement imprévisible.

Prenons par exemple cette montre Tourbillon réalisée par le jeune horloger japonais Masahiro Kikuno. Que ce soit par son esthétique ou sa conception, elle dégage quelque chose de particulier, une atmosphère unique.

Masahiro Kikuno n'est pas un illustre inconnu.   Né en 1983, ancien élève du WOSTEP, il est candidat à l'Académie depuis 2011. Cette année-là, il présenta deux pièces qui marquèrent l'esprit de ceux qui eurent l'opportunité de les manipuler: Un QP-Tourbillon à base d'Unitas et une montre au cadran "wari-koma" dont les index évoluent selon les saisons.

En 2012, Masahiro Kikuno s'attaque à un exercice difficile lui donnant l'occasion de confirmer son talent: celui de la montre Tourbillon "simple". Il franchit l'obstacle en faisant preuve d'une maturité en matière de design qui met en valeur l'ambition technique de la pièce.

Ce qui surprend avec cette montre, c'est la sensualité qu'elle dégage: elle est toute en courbes, en rondeur. Son boîtier d'un diamètre de 43mm est massif, épais mais grâce à son galbe, il évoque la fluidité, le côté lisse d'un galet. J'avais envie de le caresser afin de profiter du parfait prolongement crée par les cornes. La façon dont il englobe la couronne accentue également cet effet.

Imaginez maintenant que vous prenez ce galet et que vous le jetez à l'eau: il créera de multiples ronds qui s'élargiront comme des ondes. Le cadran m'évoque cette image avec ses longs arcs de cercle partant de la zone dédiée au Tourbillon et qui se dirigent vers la partie opposée de la lunette. En fait, la ligne droite est totalement bannie. Le secteur consacré à l'affichage du temps est souligné par un cercle intérieur et par une graduation circulaire en relief.

La nette séparation entre l'indication horaire et le Tourbillon, positionné de façon originale à 10 heures, a permis à Masahiro Kikuno de dessiner un impressionnant pont ouvert qui apporte du dynamisme par sa forme tout en préservant la vue sur  la cage d'un diamètre de 15mm. Du fait de sa forme en triangle de Reuleaux, il aurait été dommage de la masquer. Elle effectue une rotation complète par minute.

Le cadran est austère car extrêmement épuré. Mais la présentation très stylisée, les cinq vis et les reflets de lumière provoqués par les arcs de cercle permettent de rehausser son caractère.

Le mouvement côté pont est dans le même esprit: il partage cette même combinaison de dépouillement et d'originalité que le cadran. Il faut cependant s'arrêter sur plusieurs détails. Outre la construction en relief, il est intéressant de remarquer que le pont de l'organe régulant, malgré sa taille, donne une assez bonne vue sur la roue d'échappement. Mais comment ne pas évoquer la décoration du mouvement? Si sur une partie nous retrouvons un perlage classique, les ponts sont en revanche décorés avec un motif à chevron entièrement réalisé à la main grâce à des outils façonnés par Masahiro Kikuno lui-même. Nous touchons ici toute la particularité de la démarche du jeune horloger: tout est effectué sans l'aide d'aucune machine à commande numérique. Masahito Kikuno a réalisé la vidéo suivante qui donne un excellent aperçu du travail de finition:


Masahito Kikuno fabrique lui-même le balancier, la cage du Tourbillon, la platine, le boîtier, les aiguilles... Excusez du peu! Certes des éléments du mouvement échappent à sa dextérité. L'échappement provient d'un ETA 7001 (le spiral est celui d'un ancien calibre) tandis que les roues et pignons sont issus d'un Unitas 6497. Le calibre mk12 qui équipe cette montre Tourbillon est un beau moyen de rassembler ces deux célèbres mouvements à remontage manuel de tailles fort différentes! D'une fréquence de 2,5hz, il possède une réserve de marche de 40 heures minimum.

Nous comprenons facilement dans ces conditions la production extrêmement limitée d'une telle montre dont chaque exemplaire est forcément unique du fait de sa finition. 6 mois sont requis pour créer, modifier, assembler, décorer les pièces qui la constituent.

La montre Tourbillon de Masahito Kikuno ne laisse pas indifférent. Son design à la fois fluide et imposant, dépouillé et subtil définit une atmosphère étrange magnifiée par la révolution de la cage. Les imperfections de la finition contribuent à son charme en rappelant l'approche artisanale qui guide sa création. Enfin, le contenu horloger est digne du talent d'un candidat à l'Académie. C'est la raison pour laquelle je ne peux que lui souhaiter de continuer sur cette belle voie afin de pouvoir accéder à la reconnaissance de ses pairs en devenant membre de l'AHCI.

Merci à Masahito Kikuno pour son accueil pendant la Foire de Bâle 2012.

dimanche 1 juillet 2012

Lange & Söhne: Lange 1 Timezone Or Gris

La Lange 1 Timezone Or Gris qui fut présentée au cours du SIHH 2012 n'est pas à proprement parler une véritable nouveauté mais elle recèle plus de surprises qu'une analyse rapide pourrait le laisser supposer. Certes, du point de vue mécanique, il n'existe strictement aucune différence entre cette montre et  les autres versions qui se sont succédé depuis  le lancement de la Lange 1 Timezone en 2005 puisque le mouvement demeure le L031.1 à remontage manuel spécifiquement développé à partir de celui de la Lange 1 afin de gérer cet affichage particulier du second fuseau.

A ce stade, il est important de rappeler que la Lange 1 Timezone malgré la présence de l'anneau périphérique des villes symbolisant les fuseaux n'est pas une montre à Heure Universelle. Elle ne permet pas la lecture immédiate de l'heure des 24 fuseaux comme peut le faire une Patek 5130 par exemple suivant le principe défini par Louis Cottier. Elle est en revanche une montre à double-fuseau horaire complexe car elle affiche l'heure locale avec son fuseau correspondant  et l'heure de référence avec un sous-cadran complet et un indicateur jour&nuit pour chacune sans oublier les classiques de la Lange 1: la grande date et l'affichage de la réserve de marche. Comme de tradition, le poussoir supérieur permet de régler la grande date. Le poussoir inférieur est utilisé pour l'ajustement de l'heure locale. Une fois que la montre est réglée avec la mise à l'heure de référence et la définition de son fuseau, il suffit ensuite de positionner par pression successive du poussoir le fuseau en face du petit triangle situé dans le sous-cadran dédié à l'heure locale pour que cette dernière s'ajuste automatiquement. Et comme de coutume avec Lange, le poussoir se manipule avec douceur ce qui traduit une très grande qualité de conception.

La première différence fondamentale qui est apportée par cette nouvelle version en Or Gris est la présence d'aiguilles luminescentes à la fois pour l'heure locale, l'heure de référence et la réserve de marche. Du fait de l'utilisation d'un cadran argenté, la montre reprend exactement les mêmes codes esthétiques que la Lange 1 "Night Owls". Incontestablement, la formule fonctionne beaucoup mieux avec la Lange 1 Timezone qu'avec la "Night Owls". Du fait du cadran plus fouillé, de la complexité de l'affichage, la sobriété de ces couleurs apporte du raffinement et un meilleur confort de lecture. En revanche la Lange 1 "Night Owls" est trop sage et presque ennuyeuse.

Ce danger est écarté avec la Lange 1 Timezone du fait de la présence de l'anneau des villes, du discret mais visible "GMT" rouge et des arcs de cercle bleus dessinés par les affichages jour&nuit. La Lange 1 Timezone possèdent les petits détails qui suffisent à apporter la petite touche de piment nécessaire que malheureusement la "Night Owls" n'a pas. L'utilisation d'aiguilles luminescentes sur une montre à double-fuseau n'est pas non plus illogique car le voyageur doit pouvoir lire l'heure en toute circonstance.

L'autre différence d'importance est le renouvellement de l'anneau des villes. C'est l'éternel problème de ce type de montre, à double-fuseau ou à Heure Universelle. Le rattachement d'un pays à un fuseau donné est soumis aux aléas de certaines décisions politiques dont la plus célèbre de ces dernières années fut le changement qui impacta le Venezuela. L'observation des cadrans de montres à Heure Universelle au fil du temps est à ce titre extrêmement enrichissante et permet de se rendre compte de l'évolution du positionnement relatif de villes que l'on imagine pas bouger comme Paris, Londres et Rome. Ces changements de fuseaux ne constituent pas les seules raisons poussant à la révision de l'anneau des villes. Il y a aussi des raisons propres à chaque marque: cela peut être la présence d'un revendeur officiel dans un pays qui n'est pas référencé jusqu'à lors, la volonté de mettre l'accent commercial sur un pays donné...

En définitive, par rapport à la montre initiale de 2005, nous observons les remplacements:
  • du Caire par Beyrouth
  • de Moscou par Riyad
  • de Dacca par Almaty
  • de Tahiti par Honolulu
  • de Caracas par Santiago
  • de Rio de Janeiro par Buenos Aires
Ces changements impactèrent un quart des villes!

Le mouvement L031.1 est facilement reconnaissance du fait de son train de rouages spécifique au-dessus de la platine 3/4 qui le rend très agréable à regarder. Ses performances sont similaires à celles du mouvement de la Lange 1 à savoir une fréquence de 3hz, une réserve de marche de 72 heures grâce aux deux barillets. Il se remonte avec toujours autant de plaisir.

Avec ces 41,9mm de diamètre, la Lange 1 Timezone est plus grande que la Grand Lange 1 actuelle. Il s'agit d'une montre relativement imposante au poignet même si le sentiment de taille est contenu par le côté très rempli du cadran et par l'anneau des villes. La finition du cadran est irréprochable et la lecture des informations aisée même si le positionnement du triangle indiquant le fuseau de l'heure locale n'est pas intuitif.

Même si elle ne révolutionne pas la collection par sa présence, la Lange 1 Timezone en Or Gris est une jolie réussite car les évolutions qu'elle comporte vont dans le bons sens: son côté pratique et l'élégance du cadran en sont renforcés. Mon souhait maintenant serait que Lange propose une vraie montre à Heure Universelle dans son catalogue.

Merci à l'équipe Lange pour son accueil pendant le SIHH 2012.

PS: la montre photographiée est un prototype et l'anneau des villes ne correspond pas à la version définitive, Midway restant sur le cadran et n'étant pas remplacé par Samoa.