mardi 26 juin 2012

De Bethune: DB25s Joaillerie

Je ne vais pas tourner autour du pot pendant des heures: la DB25L (à phases de lune) dans sa version à cadran bleui à la flamme est assurément une des plus belles montres que j'ai pu voir ces dernières années. Non seulement son contenu horloger est solide et innovant mais de plus elle dégage un charme irrésistible grâce à son éblouissant cadran constellé et à sa lune sphérique. Et puis, il s'agit d'une vraie montre de roi, c'est-à-dire une montre où le nom de l'artisan qui l'a conçue n'est pas inscrit sur le cadran.

La dimension quasi-onirique de la DB25L définit un contexte idéal pour la faire évoluer en pièce sertie. Cependant cette démarche n'est pas sans risque compte-tenu de la perfection de la montre d'origine. Tout l'art de De Bethune a consisté à apporter la magie des pierres sans briser la sérénité et l'harmonie du cadran. C'est ainsi que la DB25s Joaillerie est née.


La DB25s Joaillerie possède un boîtier de 40mm soit 4mm de moins que la DB25L et 1mm d'épaisseur en plus. Ce n'est pas la première fois que De Bethune s'aventure dans la réduction de ses boîtiers puisque plusieurs prototypes de montres de cette dimension avaient été présentés les années précédentes. Ce diamètre plus contenu change radicalement l'approche stylistique puisque la DB25s Joaillerie ne possède plus le côté élancé de la DB25L faisant incontestablement plus ramassée et moins fine. Mais ce changement a une vertu: le boîtier "tambour" met en valeur la présence tout le long de la carrure de 61 saphirs baguette bleus. Ces saphirs complètent, décorent le boîtier avec subtilité et se fondent dans le design général de la montre avec beaucoup de discrétion. Leur couleur, en totale cohérence avec celle du cadran est apaisante et constitue une sorte de prolongement du ciel étoilé.

 Le cadran prend une nouvelle dimension grâce aux 21 diamants (dont 12 font office d'index) qui l'illuminent par leur éclat et qui se mélangent avec les étoiles en or gris. Et comment ne pas évoquer la représentation de la lune? Elle conserve sa principale propriété, sa constitution en deux hémisphères de couleurs différentes grâce à 44 diamants et à 44 saphirs bleus qui remplacent le titane et l'acier bleui habituels. La lune devient ici une étoile vivante, une sorte de soleil qui éclaire par ses reflets et qui attire le regard.

Le plus étonnant dans cette DB25s Joaillerie est que la présence de ces  saphirs et diamants ne trouble nullement la quiétude de la montre. Ici, il n'y a aucune agressivité visuelle, tout est douceur, beauté et équilibre. Les pierres sont au service de l'esthétique et à aucun moment ne se mettent sur le devant de la scène au détriment des atouts majeurs de la DB25L: la forme sphérique de la lune et le large éventail de nuances de bleu du cadran selon l'inclinaison de la lumière.

 En toute logique, le mouvement DB2105 équipe la DB25S Joaillerie. Grâce à ses deux barillets, clairement visibles, il propose une réserve de marche de 6 jours, la fréquence étant de 4hz. Son architecture, très particulière, permet de clairement distinguer les différents brevets développés par Denis Flageollet: le balancier en silicium/platine avec une courbe terminale du spiral plate, le système triple pare-chute et donc le double barillet autorégulateur. Les ponts en titane, excellemment finis, lui confèrent un côté très contemporain grâce à leur effet miroir.


La DB25s Joaillerie est pour moi l'exemple d'une pièce sertie réussie car subtile et envoûtante, avec des pierres parfaitement mises en scène. Dans son communiqué de presse, De Bethune parle de la "féminisation" de la DB25L. Cela peut être considéré comme allant de soi du fait du sertissage et de la taille contenue. Mais je trouve finalement cette idée réductrice. La DB25s Joaillerie demeure une montre de 40mm de diamètre ce qui reste relativement important. Et la discrétion des pierres fait qu'elle peut tout à fait être portée par un homme à la recherche d'une montre particulière et précieuse. Je n'aurais pas insisté au bout du compte sur cet aspect en soulignant plutôt que son caractère magique s'adresse tant aux amatrices qu'aux amateurs de belle horlogerie.

Merci à l'équipe De Bethune pour son accueil pendant la Foire de Bâle 2012.

dimanche 24 juin 2012

Jaeger-Lecoultre: Grande Reverso Ultra Thin Squelette

La Grande Reverso Ultra Thin Squelette fait partie de ces montres qu'il faut impérativement voir pour en apprécier la subtilité. Je n'avais pas eu la chance de la manipuler pendant le SIHH 2012, je l'avais alors découverte par le biais du communiqué de presse et elle ne m'avait pas vraiment emballé. En fait, je lui faisais deux reproches:
  • le premier était relatif à l'utilisation du boîtier de 46 sur 27mm pour cette nouvelle interprétation de la Reverso Squelette. Du fait de ces dimensions plus importantes, Jaeger-Lecoultre a dû positionner une sorte de rehaut rectangulaire en or gris faisant office de lien entre le mouvement et le boîtier.
  • le second était lié au style du squelettage que je trouvais trop traditionnel et baroque surtout à un moment où la concurrence se démarquait par une approche plus contemporaine et stylisée de cet art décoratif des mouvements.
Après avoir vu et manipulé cette Grande Reverso, j'ai changé  mon point de vue à son égard principalement parce qu'elle se distingue par une cohérence d'ensemble.

Tout d'abord, la Reverso est une montre qui se prête parfaitement à l'exercice du squelettage. Outre le fait de pouvoir facilement apprécier les deux côtés du mouvement sans devoir la quitter, la présence du fond plein au contact de la peau évite la désagréable sensation liée à la vision des poils. Bref, les fonctionnalités du boîtier se révèlent être idéales pour un tel exercice.

Ensuite, si le boîtier en or gris de cette Grande Reverso est élargi, sa principale caractéristique est sa finesse puisque l'épaisseur totale dépasse d'un cheveu les 7mm ce qui est un résultat remarquable compte tenu de la complexité de sa construction. Ce côté extrêmement élancé renforce la délicatesse visuelle de la montre et diminue fort heureusement la perception de taille en allégeant le volume.

 Puis Jaeger-Lecoultre a  travaillé avec beaucoup d'intelligence l'harmonie des couleurs. Le rehaut joue un rôle très important dans ce contexte. Côté cadran, l'émaillage translucide bleuté du rehaut se marie avec les aiguilles et les vis bleuies tout en permettant d'apprécier la qualité des gravures. Les ponts, les rouages, les, rubis, le balancier définissent un éventail de couleurs qui se combinent avec bonheur et qui permettent de bien détacher les détails liés à l'architecture du mouvement et au travail de squelettage. Du fait de ses douze sections, le rehaut sert également de support aux index simplifiant la lecture de l'heure. Côté ponts, l'émaillage translucide n'est plus présent ce qui donne un aspect très différent au mouvement alors que la technique décorative est évidemment la même.

Le mouvement 849RSQ a été crée à partir du 849 qui est un mouvement rond réputé pour sa très grande finesse utilisé de nos jours notamment dans la Master Ultra Thin 38. Le 849RSQ est bien plus qu'une version squelettée du 849. Outre son adaptation au contexte rectangulaire, il présente une raquetterie en col de cygne du plus bel effet dans cette ambiance ciselée. Les performances du mouvement 849RSQ sont conformes à celles du 849 à savoir une fréquence de 3hz et une réserve de marche de 35 heures. Cette réserve de marche peut sembler faible mais elle est suffisante avec un remontage quotidien. Et remonter une telle pièce tous les jours est un vrai plaisir tant visuel que tactile.

Mais le grand atout de cette Grande Reverso est incontestablement la très haute qualité de la finition. L'art subtil du squelettage ne doit souffrir d'aucune médiocrité et Jaeger-Lecoultre a su relever le défi en proposant un résultat spectaculaire. Malgré la délicatesse du mouvement de base, l'atelier en charge des étapes successives conduisant à ce résultat spectaculaire a fait preuve d'une très grande maîtrise comme certains détails le prouvent. La beauté d'un mouvement ne s'observe initialement pas à la loupe mais à plusieurs centimètres. Jaeger-Lecoultre nous propose une véritable dentelle horlogère, un entrelacs de ponts à la fois ouverts et quasiment filaires. Mais ce n'est pas tout: la moindre surface est décorée d'arabesques gravées qui renforcent le côté raffiné du mouvement. Et très étrangement, malgré cette somme de détails, cette complexité, le résultat ne semble à aucun moment rococo. Je pense que le boîtier, par son aspect géométrique, contre-balance cet enchevêtrement   et définit un très bel équilibre. Côté ponts, le rehaut prolonge la décoration du mouvement sans la surcharger esthétiquement parlant.

 Un des problèmes constants des montres squelette est le traitement du barillet et Jaeger-Lecoultre a profité de son ouverture pour y insérer discrètement 3fois le logo de la Manufacture. L'idée est excellente car jolie au regard, peu ostentatoire et cachant une grande partie du ressort.

Au poignet, la Grande Reverso Squelette est un vrai régal. J'ai trouvé la taille idéale pour mon poignet. Le mouvement ne semble pas engoncé et respire suffisamment malgré le rehaut. Et puis... quel plaisir de pouvoir profiter de chaque côté du mouvement sans devoir quitter la montre! La lecture de l'heure reste aisée grâce aux index du rehaut et aux aiguilles bleuies donnant le contraste suffisant.

Je fus donc très convaincu par cette montre. Si aujourd'hui mon coeur se dirige plus vers des squelettages plus géométriques, plus contemporains,  je ne suis pas resté insensible à la qualité d'exécution du travail effectué par l'équipe de Jaeger-Lecoultre: ce festival d'anglages, de ciselages, de terminaisons abouties rappelle que Jaeger-Lecoultre n'est pas seulement une Manufacture innovante techniquement. C'est également une Manufacture qui maîtrise totalement cette dimension décorative qui portent les pièces de haute horlogerie dans une autre dimension, celle de l'excellence.

La Grande Reverso ultra Thin Squelette est disponible dans le cadre d'une série limitée de 50 pièces.

Un grand merci aux équipes de Jaeger-Lecoultre Belgique et de la boutique de Greef pour le temps qu'elles m'ont consacré. 

dimanche 17 juin 2012

Hublot: 5 millions

J'ai beaucoup de respect pour le travail accompli au sein de Hublot depuis plusieurs années. Qui d'ailleurs pourrait nier la réussite de l'action menée par l'équipe dirigée par Jean-Claude Biver? Le succès commercial soutenu par une forte augmentation du prix moyen de la montre vendue en est la meilleure preuve. Pour de nombreuses personnes, Hublot est également devenu la référence en matière de communication horlogère. Certes. Mais j'avais envie de réagir à travers la présentation de la 5 millions (de dollars) sur un des aspects pervers de cette communication.

Il y a des montres qui sont plombées par leur design.  D'autres par leurs mouvements. Et puis il y a celles qui portent leurs noms comme un fardeau. C'est le cas de cette "5 millions". Ne soyons pas naïfs. Du point de vue stratégique, le choix du nom s'est révélé judicieux. Car en devenant la montre la plus chère de la Foire de Bâle 2012, elle soutenait le message du positionnement de Hublot en tant que marque d'exception puisque capable de produire une pièce à plusieurs millions de dollars.

Mais voilà, le problème est que le prix a totalement vampirisé la montre au point de reléguer au second plan le travail considérable de taille et de sertissage qui a été effectué.


La 5 millions réunit 1.282 diamants pour atteindre 100 carats de diamants baguette. Mais elle n'est pas une simple accumulation de pierres. Les diamants ont tous été soigneusement choisis pour leur formes et leur couleurs afin d'obtenir l'homogénéité optimale. Puis 14 mois de travail furent nécessaires à l'ensemble des différents corps de métier impliqués pour créer l'habillage autour du boîtier de 44mm de diamètre en or blanc. Le résultat est à la hauteur de cette qualité d'exécution puisque qu'aucune aspérité n'est visible, chaque pierre semblant parfaitement intégrée et exactement à la place qui lui est dévolue. De plus, les motifs géométriques dessinés par les diamants sont cohérents avec le boîtier Big Bang. Cette qualité devient encore plus perceptible lorsque la montre est mise au poignet car malgré le poids total, l'ensemble reste "portable" grâce à la relative souplesse du bracelet. Un bel exploit à ce niveau.

En revanche, d'une façon très surprenant et décevante, Hublot a fait le choix d'un mouvement courant pour animer cette montre. Il s'agit du calibre Hub1100, un Sellita SW300 sans date d'une réserve de marche de 42 heures et d'une fréquence de 4hz. Il est évident que l'intérêt de la pièce est dû aux pierres et au travail de sertissage. Mais était-ce une raison pour mettre un tel mouvement, certes sympathique et efficace mais loin d'être exclusif? Avec une montre vendue à 5 millions de dollars, n'y avait-il pas autre chose à proposer surtout dans le contexte d'une quête de crédibilité horlogère?

Et malheureusement cet exemple montre bien que Hublot, tout concentré dans l'atteinte de son objectif (à savoir l'étiquette la plus importante), s'est fourvoyé dans le sens du message qui a été adressé.

Une montre sertie est avant tout une montre qui raconte une histoire, qui met en scène des pierres et qui valorise le travail des artisans. La "5 millions" n'est pas dans ce registre. Elle ne raconte qu'une seule chose: son prix puisque c'est même son nom. Et ce prix exerce un véritable effet pervers car en devenant l'objet des conversations (ce qui était évidemment le but), il transforme la montre en caricature de pièce sertie... ce qu'elle n'est pas pour les raisons évoquées précédemment. A titre personnel, j'ai trouvé que cette façon de la nommer était à la fois vaine (demain matin une montre à 6 voire 10 millions de dollars peut sortir), peu respectueuse du travail qui la soutient et surtout manquant singulièrement de classe au moment où Hublot cherche à se positionner de façon permanente dans le gotha horloger. Bref, un acte qui n'ajoute rien à la gloire de Hublot.

Vous l'avez compris, je suis bien plus attiré et séduit par la démarche de Hublot avec la machine d'Anticythère que par cette approche à la limite du mauvais goût dont le message ridicule a un impact négatif sur une montre qui ne le mérite pas.

Merci à l'équipe Hublot pour son accueil au cours de la Foire de Bâle 2012.

samedi 16 juin 2012

Patek Philippe: 5123R

La caractéristique la plus étonnante chez Patek Philippe est sûrement le nombre élevé de références qui composent le catalogue pour une marque dont la production est estimée à 45.000 pièces par an. Prenons par exemple les montres simples à 2 ou 3 aiguilles: Patek Philippe nous propose un large éventail de possibilités qui s'élargit en 2012 avec la présentation de la 5123R.

En découvrant la Calatrava 5123R, j'ai eu un peu de mal à la concevoir comme une nouveauté de l'année. Car telle est la grande force de Patek Philippe: grâce aux constants rappels du passé, chaque nouvelle montre donne l'impression de n'avoir jamais quitté le catalogue. Il y a quelque chose d'extrêmement rassurant dans cette démarche qui répond parfaitement ainsi aux attentes d'une clientèle qui aime créer des liens entre les références d'hier et celles d'aujourd'hui. 

Du point de vue esthétique, la 5123R peut être considérée comme une réinterprétation de la Calatrava 2526: les aiguilles Dauphine, la minuterie, la forme des index, tout cela rappelle la pureté du cadran de cette illustre référence. Dans l'horlogerie, il est très compliqué de faire simple. Patek Philippe n'a cependant pas ce genre de problème puisque sa très riche histoire est une source inépuisable d'inspiration et la 2526 constitue la quintessence de la montre simple.

Le cadran opalin argenté (et non en émail malheureusement comme c'était souvent le cas pour la 2526) est d'une rare élégance, les aiguilles Dauphine dessinent le temps de façon raffinée au dessus des index appliqués en or qui apportent le nécessaire soupçon de volume. La trotteuse se fait très discrète, son secteur n'étant matérialisé que par le croisement de deux lignes perpendiculaires extrêmement fines. Cet effet de style, certes couramment vu dans le passé, n'est pas anodin ici et dénote une très grande habilité de la part des designers de Patek Philippe. Cette discrétion masque côté cadran le principal problème de la 5123R: la taille trop petite du mouvement pour le boîtier. Alors que ce défaut apparaît nettement sur la 5196 qui utilise le même calibre, il a tendance à s'effacer sur la 5123R alors que le boîtier de cette dernière est plus important (38mm vs 37mm pour la 5196).

Si la ressemblance avec la 2526 est manifeste du point de vue esthétique, ce n'est pas absolument pas le cas du point de vue mécanique. La 5123R est une montre à remontage manuel dans laquelle nous retrouvons le sempiternel 215PS. Ce mouvement est évidemment excellent, animant efficacement depuis plusieurs décennies de nombreux modèles. J'aime beaucoup sa présentation, sa découpe des ponts et ses performances somme toute très acceptables. Il propose le balancier Gyromax, une réserve de marche de 44 heures pour une fréquence de 4hz et tout cela, dans une taille très contenue. Si la finesse (2,55mm) est un atout dans le contexte d'une montre élégante, les 21,9mm de diamètre sont plus problématiques.  Pour bien comprendre la difficulté qui consiste à rendre le mouvement de la 5123R visible, il faut se rendre compte que le 215PS se retrouve naturellement dans des boîtiers de 31mm et  que Patek Philippe  a même été conduit à cacher par un fond plein la bague d'emboîtage de la 5196.

Tout le talent de Patek Philippe a consisté à créer une opportunité à partir de ce souci: le mouvement est trop petit? Qu'importe, adaptons le boîtier! Et c'est ainsi que la 5123R se retrouve avec un boîtier en or rose aux courbes étonnantes ce qui n'est pas évident de prime abord. Le diamètre du fond est considérablement réduit par rapport aux 38mm hors couronne côté cadran. Lorsque la montre est retournée, le taille du mouvement ne choque plus. En revanche, cette forme particulière peut surprendre. Les cornes côté cadran semblent ainsi  très courtes alors que leur taille réelle est loin d'être anecdotique.


Une fois la montre au poignet, ces considérations s'estompent puisque le charme du cadran agit et que l'élégance générale de la 5123R lui donne un certain pouvoir de séduction. Je la trouve à ce titre plus convaincante que la 5196. Mais j'ai aussi la conviction que Patek Philippe est arrivé au bout de la logique avec le 215PS. Alors que la concurrence a beaucoup agi en renouvelant leurs mouvements à remontage manuel (je pense notamment au 4400 de Vacheron ou aux L051.1 et L093.1 de Lange&Söhne) et à les adaptant au contexte des boîtiers d'aujourd'hui, Patek Philippe reste irrémédiablement scotché avec son 215PS. Il serait maintenant temps de lui trouver un digne successeur afin de pouvoir concevoir de nouveau  des montres simples à remontage manuel équilibrées tant côté cadran que côté ponts. Patek Philippe est tellement hors concours en matière de prestige, de pouvoir d'attraction qu'il ne faudrait pas que la Manufacture bascule dans la facilité. Or c'est un sentiment qui ne peut être écarté à l'analyse de cette 5123R.

Un grand merci à l'équipe Patek Philippe France.

dimanche 10 juin 2012

De Grisogono: Tondo by Night

Et si une des montres les plus réjouissantes du dernier Salon de Bâle était cette Tondo by Night? Ce n'est pas une collection que nous propose De Grisogono avec ce dernier modèle mais bel et bien un arc-en-ciel de 6 couleurs éclatantes!

Evidemment, il ne faut pas s'attendre avec la Tondo by Night à une révolution horlogère. Cependant, De Grisogono a un vrai savoir-faire, une capacité à trouver la formule magique lorsqu'il s'agit de créer des montres originales et amusantes. Et ça marche de nouveau grâce à une idée très simple: la Tondo by Night brille de mille feux la nuit la transformant en accessoire indispensable pour toute clubbeuse qui se respecte!

A la base qu'avons-nous? Une montre toute simple à deux aiguilles mais qui fourmille de multiples détails la rendant irrésistible au poignet de la gent féminine. Tout d'abord, le boîtier est légèrement ovale lui conférant une touche de caractère. Sa taille est importante (49x43x12mm) mais cette exubérance fait partie du style de la maison.

Ensuite, le mouvement (un ETA2892) est inversé afin de positionner la masse oscillante côté face. Cette inversion permet à la fois d'animer le cadran (la montre n'a pas de trotteuse) et de définir une nouvelle surface à sertir. Car une des surprises que propose la Tondo by Night est le double-sertissage sur la lunette et sur le masse. Les pierres précieuses disposées en 3 rangées sur la masse virevoltent, s'animent alors que les 48 gemmes sur la lunette délimitent la surface sur laquelle elles évoluent créant ainsi un très joli jeu de lumière aux différents éclats. Symbole de la marque, le diamant noir orne la couronne tel un cabochon.


Les grains du bracelet en galuchat semblent prolonger le sertissage au-delà du boîtier et contribuent à la réussite du design.

Le clou du spectacle est incontestablement le traitement du boîtier. Ce dernier utilise un matériau élaboré avec un laboratoire externe, le "Pearly Photoluminescent Composite Fiberglass" (PLF) qui, combiné avec l'insertion de particules de nacre lui permet de devenir entièrement luminescent. La boucle est réalisée de la même façon si bien que même dans la plus grande obscurité, les formes de la Tondon by Night se dessinent grâce à un halo de lumière. C'est bien dans ce contexte que la montre prend toute sa dimension  devenant à la fois mystérieuse et scintillante.

 Les 6 couleurs proposées sont le blanc, le jaune, le rose, le vert, le violet et l'orange et évoquent l'été par leur côté brillant et pastel. En fonction de l'ambiance chromatique, De Grisogono adapte la nature des pierres utilisées pour le sertissage. Ainsi, diamants blancs, saphir jaunes, saphirs oranges, saphirs roses, améthystes et tsavorites se succèdent selon l'harmonie à créer.


La Tondo by Night est pour moi une réussite car révélant le bon côté de De Grisogono: elle parvient à se distinguer de la production pourtant fort importante de montres serties sans tomber dans le piège du sertissage excessif ou du design alambiqué. De Grisogono a choisi la voie du caractère grâce au boîtier, de l'animation grâce à la masse apparente, de la luminescence grâce aux matières. Le choix d'un mouvement automatique est judicieux car répondant à une demande croissante des clientes et s'imbriquant avec cohérence dans le design. L'ensemble est à la fois simple et audacieux, rigoureux et amusant. La Tondo par Night ne brillera peut-être qu'un seul été ne s'inscrivant absolument pas dans l'intemporalité. Mais qu'importe! Car tel un feu d'artifice, elle provoquera de belles sensations le temps qu'elle durera! Pour les clientes séduites par une telle originalité, le plus dur finalement sera de choisir la couleur la plus assortie aux tenues estivales.

Merci à l'équipe De Grisogono pour son accueil pendant la Foire de Bâle.

Rudis Sylva: Oscillateur Harmonieux RS10

Il est toujours extrêmement agréable de rencontrer Jacky Epitaux. Véritable porte-drapeau de la marque Rudis Sylva, il est également un véritable ambassadeur de toutes les facettes de l'artisanat du haut-plateau jurassien. Ainsi, chaque présentation d'une nouvelle montre est accompagnée d'une dégustation des produits locaux, une façon gustative de découvrir la richesse de cette région au climat très rude. Cela peut ressembler à du folklore et pourtant derrière cette démarche, nous retrouvons toute la philosophie qui caractérise les montres Rudis Sylva dont la conception et la réalisation mobilisent le savoir-faire des artisans jurassiens de différents corps de métier.

Je vous avais présenté il y a quelques années la première montre Rudis Sylva, la RS05 qui se distinguait dans le paysage horloger par la présence de l'Oscillateur Harmonieux. La RS10 peut être considérée comme une version à la fois plus épurée et plus abordable de la RS05 sans rien perdre de ce qui fait l'atout et le charme des montres Rudis Sylva, c'est-à-dire un soin extrême apporté aux détails et cet hommage constant aux paysans-horlogers.

La RS05, de par sa forme, son épaisseur, sa complication additionnelle (une grande date) est une montre d'un abord assez délicat, son gabarit ayant tendance à lui donner un côté assez radical. La RS10 veut s'affranchir de ces difficultés. Son boîtier rond gagne en simplicité et en élégance. Son diamètre reste important (44mm) mais la présentation du cadran et la taille de la cage de l'Oscillateur l'imposent. Mais surtout, du fait du retrait de la grande date et du logo Rudis Sylva, le style plus épuré met incontestablement beaucoup plus en valeur l'évolution de l'Oscillateur Harmonieux.

L'Oscillateur Harmonieux permet de classer les montres Rudis Sylva dans une catégorie peu représentée: celle des montres qui suppriment l'effet de la gravité alors que les montres à Tourbillon ou Carrousel classiques ont vocation à seulement le compenser. Rentre aussi dans cette catégorie le Zéro-G de Zenith qui grâce à une sorte de culbuto mécanique positionne l'organe régulant en position horizontale.

Cependant, malgré son intérêt, le système de Zenith n'est pas parfait: comme le repositionnement horizontal n'est pas immédiat, il demeure des fractions de temps pendant lesquelles l'organe régulant est soumis à la gravité.  De plus, lors de son déplacement vers la position horizontale, il se retrouve dans des zones, des sortes de cônes d'incertitude, qui génèrent des précisions moindres que s'il était resté immobile. Evidemment, tout ceci est pratiquement imperceptible car l'organe régulant est en déplacement permanent. Ces contraintes réduisent l'apport chronométrique du système même s'il demeure impressionnant du point de vue technique.

L'Oscillateur Harmonieux, conçu par l'horloger Mika Rissanen propose une autre solution. Ici, l'organe régulant reste toujours sur le même plan. En revanche, il est composé de deux balanciers dentés reliés l'un à l'autre et d'un échappement unique. Les deux spiraux sont déployés de façon asymétrique et ce dans toutes les positions, la cage dans laquelle le système est placé effectuant une rotation complète par minute. Du fait de la connexion entre les deux balanciers conduisant à une même amplitude et de l'asymétrie des deux spiraux, l'Oscillateur Harmonieux permet une correction moyenne immédiate qui annule l'effet de la gravité. Si un spiral donne de l'avance, l'autre spiral donne un retard d'une valeur équivalente: ils compensent mutuellement leurs effets pour un réglage optimal. Il s'agit d'un  Tourbillon (du fait de la révolution de la cage) extrêmement sophistiqué et unique dans ses caractéristiques car accompagné d'une mise en harmonie (ou résonance mécanique) des deux balanciers grâce à leurs dentures.

Le rôle clé de l'Oscillateur est souligné par la présentation du cadran. L'affichage du temps devient presque accessoire, le secteur dédié à l'Oscillateur empiétant sur le sous-cadran de l'heure. Le pont de l'Oscillateur, majestueux, accentue cet effet. A ce propos, malgré sa beauté, son côté élancé qui n'est pas sans rappeler le sommet d'une montagne, j'aurais peut-être préféré qu'il soit moins présent. Sa taille et sa couleur ont tendance à trop attirer le regard et à cacher les révolutions et les oscillations de la paire de balanciers.

Autour de ces deux balanciers se déploie le pont de cage en titane. Il présente une forme pour le moins originale car ressemblant à une sorte de shuriken gothique qui enveloppe les balanciers. Cette pièce témoigne de l'excellence en matière de finitions de l'équipe Rudis Sylva. Elle comporte pas moins de 28 angles rentrants et des traits tirés parfaitement exécutés: une très belle démonstration de maîtrise de ce subtil art.

Le mouvement a une fréquence de 3hz et une réserve de marche de 70 heures. Il nécessite près de 50 tours de couronne pour être totalement remonté. Chaque élément du mouvement fait l'objet d'un soin particulier avec un niveau de finition de très niveau et est usiné chez Swiss-Finest dont le patron, Fabrice Thueler, est également actionnaire de Rudis Sylva. La production de la quasi-totalité des composants y compris des balanciers dentés est interne, seuls l'échappement, les pierres, le ressort et les incablocs sont achetés à des tiers.

Mais les montres Rudis Sylva ne se résument pas seulement à leurs mouvements et à l'Oscillateur Harmonieux. Elles fournissent aussi un cadre d'expression aux talentueux artistes de la région.

Le sous-cadran d'affichage de l'heure est décoré d'un guillochage en trapèzes dégressifs sur lequel évoluent les aiguilles en or aux flancs anglés et dont la forme rappelle celles des sapins. Ce guillochage a été réalisé par Georges Brodbeck  dans son propre atelier tout comme la plaque située sous l'Oscillateur, travaillée en clous de Paris et qui sert de scène à l'organe régulant.

Le fond du boîtier combine deux arts: la gravure et l'émaillage. Jacky Epitaux a souhaité que le fond du boîtier soit plein pour deux raisons. Tout d'abord pour souligner que le principal attrait mécanique se trouve côté cadran: l'Oscillateur Harmonieux. Ensuite pour donner une surface suffisamment importante aux artistes afin d'ancrer les montres Rudis Sylva dans le contexte du haut-plateau jurassien. Sylvain Bettex et Bertrand Degiorgi, par la précision de leur travail, rappellent que la région avait il y a deux siècles, une importante activité de gravure qui était requise pour la fabrication des médailles, des plaques des  timbres, des billets de banque sans oublier son rôle dans l'horlogerie et la bijouterie. Sophie Cattin Morales offre de son côté une demi-lune émaillée qui représente le cadran solaire "Ultima Forsan" datant de 1750 qui orne la façade de la ferme des Rosées-Dessous. Son côté brillant provient de l'opération de vitrification et de polissage qui donne ce côté lumineux.

Grâce à son boîtier rond et à son approche stylistique plus épuré, j'ai trouvé la RS10 plus convaincante que la RS05. Elle gagne en finesse (près de 4mm de moins), en raffinement et en confort. Les cornes courbées permettent un bon positionnement de la montre sur le poignet. L'Oscillateur Harmonieux est mieux mis en valeur même si comme souligné précédemment le pont est peut-être trop présent visuellement. Les deux incablocs s'insèrent plutôt bien dans la présentation générale de l'Oscillateur et ne gâchent pas le spectacle. Enfin l'heure située au sommet du cadran se lit sans difficulté si ce n'est celle qui consiste à détourner son regard de l'Oscillateur.  J'ai cependant trouvé les aiguilles un poil trop imposantes compte tenu de la taille du sous-cadran. 

La RS10 m'a donc séduit par son aspect plus maîtrisé. L'originalité propre de l'Oscillateur Harmonieux est plus à l'aise dans ce contexte moins démonstratif et plus facile à aborder. Et puis, au-delà de la montre en elle-même, il est difficile de ne pas être séduit par la démarche de Jacky Epitaux qui met en avant l'histoire et le savoir-faire des artisans de sa région: rien que pour cela, la RS10 mérite un regard attentif de la part des collectionneurs à la recherche de solutions nouvelles en matière de chronométrie. C'est peut-être ce savant mélange entre  tradition et innovation qui rend les montres Rudis Sylva si attachantes.

Merci à Jacky Epitaux pour sa disponibilité.