dimanche 13 mai 2012

Moser: Perpetual Moon

Je l'ai déjà exprimé à de nombreuses reprises, j'aime beaucoup les montres à phases de lune sans affichage des quantièmes. Elles possèdent une sorte de charme particulier en remplaçant la complication la plus pratique, la date, par une complication poétique et franchement inutile au quotidien, les phases de lune. Ce type de montre est assez rare mais j'ai remarqué depuis plusieurs années un intérêt de la part des marques comme en témoignent certaines nouveautés qui furent présentées récemment.   


La Moser Perpetual Moon est fidèle à la démarche de Moser: derrière un classicisme bon teint se cache des caractéristiques innovantes qui rendent la montre plus complexe qu'elle n'est au premier regard. Tout d'abord, l'affichage des phases de lune traditionnelles se situe parmi les références en matière de précision théorique avec une divergence d'une journée tous les 1027 ans. C'est du même niveau que la mythique 1815 Emil Lange, la série limitée que Lange&Söhne avait produite en 1999 et 2000. Je parle de précision théorique car elle est évidemment influencée par celle de l'affichage de l'heure qui dévie de quelques secondes par jour et parce que, inévitablement, toutes les x années, la montre est arrêtée pour révision.  J'évite aussi une comparaison directe avec la Moonstruck d'Ulysse Nardin car les spécificités de cette dernière, qui combine deux types d'affichage, la positionne à part dans l'univers horloger.

Le nom "Perpetual Moon" provient donc de cette précision théorique. Il est également dû au fait que le système de correction via le poussoir intégré ne perturbe pas la marche de la montre  et ce grâce à un accouplement à ressort enroulé. L'affichage des phases de lune se rend ainsi indépendant de celui de l'heure au moment précis de la correction.

La Perpetual Moon est basée sur la Monard dont elle reprend le diamètre du boîtier (40,8mm), la forme des aiguilles, le double index à  12 heures et la trotteuse centrale. Elle est logiquement plus épaisse du fait de la présence de la complication additionnelle mais cela est à peine perceptible (11,05mm vs 10,85). Comme j'ai une nette préférence pour la Monard, plus aboutie, plus raffinée que la Mayu, je considère cette base comme une très bonne nouvelle. Les phases de lune sont affichées par le biais d'un très grand guichet à 6 heures dont les couleurs se marient parfaitement avec le cadran fumé bleu nuit. Les petites graduations autour du guichet permettent de prédire en jours la prochaine phase de pleine lune.


Vous remarquerez la présence d'une petite aiguille qui ressemble à celle de l'indication des mois sur le QP. Son rôle est tout autre ici: parcourant le cadran en 24 heures, elle sert de témoin jour/nuit. Il est par exemple 21 heures sur la montre photographiée, l'aiguille pointant entre les deux index de 20 heures (2 x10) et 22 heures (2x11).  Avec l'aide de cette petite aiguille et du tableau des phases de lune fourni avec la montre, la complication peut être réglée à la minute ce qui est important car crédibilisant la précision théorique.

Le mouvement de la Perpetual Moon ressemble dans son architecture à celui de la Monard mais une grande différence se remarque immédiatement: l'affichage de la réserve de marche est ici beaucoup plus présent alors que sur la Monard la graduation parcourue par une aiguille bleue occupe une petite partie de la platine entre l'organe régulant et un des chatons des barillets. Situé à la périphérie du mouvement, l'indication des 7 jours de réserve de marche apparaît clairement tout comme l'aiguille rouge qui se positionne devant le secteur dédié à cette fonction, une fois la montre remontée.


Le mouvement est visuellement très beau grâce à sa construction et à son originalité. La finition est tout à fait correcte mais le niveau n'est pas celui que l'on rencontre chez Lange par exemple notamment pour les anglages. Ce n'est d'ailleurs pas très grave car Moser joue une partition qui consiste à sortir des sentiers battus comme le prouve la présence de l'indicateur de la réserve de marche, l'échappement interchangeable, l'ancre et la roue d'ancre en or massif trempé. Les deux barillets confèrent une réserve de marche de 7 jours bien utile compte tenu de la complication. Ils rendent le remontage un peu dur mais rien de bien gênant.

La Perpetual Moon est une montre d'une rare élégance au poignet. Le cadran fumé est plein de subtilité et les phases de lune apportent les touches de couleurs vives qui ressortent nettement. La trotteuse anime le cadran sans nuire à la pureté de l'ensemble. La Perpetual Moon se porte avec grand confort grâce à un fond de boîtier incurvé qui épouse parfaitement le poignet.

Je considère cette Perpetual Moon comme la Moser la plus aboutie et la plus désirable. En effet, grâce à sa complication complémentaire, elle casse l'austérité de la Monard et de la Mayu qui, malgré leurs qualités, me semblent un peu trop sages. Son cadran est même plus animé que celui du QP qui à vouloir trop jouer sur la simplicité est devenu ennuyeux. La Perpetual Moon, disponible en or rose et en platine, combine donc élégance et  originalité, le tout avec le savoir-faire de Moser: une vraie réussite.

Merci à l'équipe Chronopassion pour son accueil.

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