mercredi 2 mai 2012

MB&F: MOONMACHINE

Imaginez ce que peut donner la rencontre entre deux enfants terribles de l'horlogerie. C'est un peu l'histoire derrière cette série limitée issue de la HM3 FROG et qui consacre le travail commun entre Max Büsser, ses compagnons de projet et Stepan Sarpaneva.

Les différentes  évolutions des Horological Machines et notamment les "Performance Art" ont toutes apporté une nouvelle dimension à leurs montres d'origine, que ce soit par un détail esthétique, une émotion, une histoire particulière. Mais cette MOONMACHINE se distingue de toutes les autres car c'est la première à proposer une complication additionnelle. Et quelle complication! L'affichage des phases de lune par le maître du sujet: Stepan Sarpaneva. Est-ce lié à sa culture, à ses origines? Les faits sont là, mieux que n'importe quel autre horloger, il a su capter le côté mystérieux et envoutant de notre satellite et le retranscrire dans sa collection au point de transformer les phases de lune en faces de lune! Plus qu'une complication favorite, l'affichage des faces de lune devient presque indissociable du style de Stepan Sarpaneva au point qu'à titre personnel, j'ai du mal à concevoir une montre de sa part sans. C'est évidemment une force car cela lui donne un repère fort dans l'univers horloger. Mais il faut aussi savoir le dépasser pour ne pas se retrouver prisonnier de cette image. Ce sera tout son enjeu à l'avenir mais je n'ai aucune inquiétude sur le sujet.



Je connais  les talents respectifs de Max Büsser et de Stepan Sarpaneva, j'ai pu apprécier de maintes fois la capacité de transformation des Horological Machines alors tout était réuni pour que l'alchimie fonctionne. Et c'est bel et bien le cas car de la même façon qu'avec la HM2 .2 Black Box, la patte d'Alain Silberstein se ressentait, la FROG devient une sorte de toile pour que Stepan Sarpaneva s'exprime par l'adjonction de la complication. Je trouve que la principale réussite de cette MOONMACHINE est qu'elle est à la fois radicalement "Max Büsser" (la base FROG est reconnaissable au premier coup d'oeil par ses courbes sensuelles) et également totalement "Stepan Sarpaneva" car son affichage des faces de lune est bien marqué de son empreinte.



Les connaisseurs de la collection MB&F auront noté un détail qui est loin d'être anodin: la base FROG est évidente  mais son orientation n'est pas la même! C'est ici une FROG de type "Sidewinder" alors que la FROG d'origine était une "Starcruiser". J'ai personnellement dans les différentes versions de la HM3 une nette préférence pour la FROG car son affichage du temps par le biais de repères fixes m'est bien plus facile et naturelle que sur les HM3 d'origine. Alors, c'est avec un plaisir non dissimulé que je vois cette FROG évoluer en MOONMACHINE!



Dans ce genre de projet, il est facile d'imaginer les deux parties devant procéder à des concessions, à des adaptations afin que tout s'imbrique. Mais ici, rien de tel, ou plutôt cela n'apparaît pas: que ce soit Max Büsser ou Stepan Sarpaneva, chacun reste bien accroché à ses principes et la magie s'opère comme si la rencontre était une évidence! D'ailleurs, détail qui a son importance, lorsque nous retournons la HM3, il est bien indiqué "MB&F and Sarpaneva" et non pas un "Sarpaneva for MB&F" ce qui témoigne de la façon de procéder sans phagocytage. La MOONMACHINE exprime la liberté dans l'acte créatif malgré le cadre de départ clairement défini.

Le choix de la FROG comme base d'expression est judicieux. Du fait de son architecture, elle laisse une grande partie de sa surface (je suis toujours dans l'impossibilité d'utiliser le terme de cadran avec une HM) disponible pour la nouvelle complication puisque dédiée auparavant au rotor caractéristique en astéro-hache et aux quantièmes. Max Büsser libère un des symboles de sa marque pour que Stepan Sarpaneva laisse son empreinte: un vrai témoignage de confiance. Mais rassurez-vous! Une HM sans astéro-hache n'est plus vraiment une HM! L'astéro-hache est très discrètement insérée entre les deux Lunes au-dessus de l'axe de rotor!



Les fonctions sont clairement réparties: à gauche la complication, à droite l'affichage du temps. Du fait de sa taille, la complication devient le principal point d'attraction au point de presque faire oublier les deux dômes.

Si vous connaissez la Northern Stars, vous ne serez pas dépaysé. Sur cette dernière, les deux Lunes effectuent leur parcours sur la platine de la montre qui est percée afin de dessiner des étoiles lumineuses. Sur la MOONMACHINE, l'idée est similaire mais le ciel est ici en constante animation: les étoiles deviennent filantes et créent un joli contraste entre leur mouvement rapide et l'inertie des deux Lunes. Le côté joyeux et lumineux des étoiles s'oppose à l'aspect ténébreux des Lunes... c'est toute la personnalité de Stepan Sarpaneva que nous retrouvons dans cette mise en scène!



Les étoiles n'ont pas été apposées au hasard puisque le thème des constellations du Nord est repris. L'univers de Stepan Sarpaneva se retrouve également dans la couronne striée similaire à celle qu'il utilise pour sa propre collection. Quand au symbole qui marque la pleine lune, il épouse les formes du boîtier Korona. Bref, cette MOONMACHINE est totalement plongée dans cette atmosphère!

Le contenu horloger reste fidèle à la base Girard-Perregaux modifiée par Agenhor et retravaillée par Stepan Sarpaneva pour l'adjonction de la complication. Je rappelle qu'il s'agit d'un mouvement particulièrement performant grâce à l'efficacité du remontage du calibre GP et l'intelligence de conception de l'affichage tri-dimensionnel, les dômes en aluminium effectuant des rotations grâce à un mécanisme à roulement à billes en céramique. La fréquence du mouvement (4hz) et la réserve de marche (autour de 42 heures) sont ainsi similaires à celles de la FROG.



La MOONMACHINE est déclinée en 3 versions de 18 exemplaires chacune:
  • boîtier titane avec faces de lune en or blanc sur ciel bleu clair (ma préférée)
  • boîtier titane noir avec faces de lune en or blanc sur ciel bleu marine
  • boîtier en or rose avec faces de lune en or rose sur ciel anthracite.
Au poignet, chaque version a son charme particulier. C'est sûrement la deuxième qui est la plus fidèle à l'esprit de Stepan Sarpaneva par ce mélange d'obscurité et de lumière des astres. La dernière est sûrement la plus élégante et la plus chaleureuse tandis que la première est la plus lumineuse, la plus optimiste. Porter une MOONMACHINE est une très belle expérience: les étoiles se déplacent et la perception du temps n'est plus la même puisque les dômes deviennent un élément du décor face à leur incessant ballet en se transformant en planètes autour desquelles tournent les Lunes. Comme avec la FROG, la montre se porte avec confort car la boucle déployante provenant de Châtelain la positionne avec justesse et l'empêche de basculer. Le gabarit est évidemment important mais il permet de profiter du large ciel étoilé et des imposantes faces de Lune.






Je considère donc cette MOONMACHINE comme un très bel exemple de ce que doit être une collaboration entre personnes de talent: une approche créatrice qui permet leurs expressions respectives sans compromis, effaçant les contraintes.

Les HM3 "classiques" étaient presque guerrières, ressemblant à des vaisseaux spatiaux. La Frog était ludique et sensuelle. La JWLRYMACHINE était précieuse et presque vivante avec son coeur qui battait. La Rebel était déroutante et rock'n'roll. La MOONMACHINE explore un nouveau territoire, celui d'un monde énigmatique et ténébreux. Merci à Max Büsser et à Stepan Sarpaneva de nous avoir proposé un tel voyage à travers une montre envoutante et iconoclaste.

Un grand merci à l'équipe de MB&F et à Charris pour leur accueil pendant la Foire de Bâle.

1 commentaire:

Anonyme a dit…

Décidément, Max Busser est bien plus intéressant quand il décline ses modèles, avec ou sans partenaires, que quand il crée le modèle original. Bref, j'aime beaucoup !