lundi 30 avril 2012

François-Paul Journe: Octa Sport

L'Octa Sport est la deuxième représentante de la collection Linesport qui fut initiée lors du premier semestre 2011 avec le Centigraphe Sport que je vous avais présenté dans cet article. Si un chronographe se prête naturellement à l'exercice qui consiste à donner un aspect plus "sport" à une montre existante par l'utilisation de nouveaux matériaux, par l'emploi de couleurs moins classiques, je dois avouer que j'étais relativement circonspect en apprenant qu'une Octa allait aussi être déclinée dans cette collection. 

Même si dans l'ensemble, cette Octa Sport m'a moins séduit que le Centigraphe Sport  du fait d'une moindre cohérence entre les complications et le style, je fus quand même agréablement surpris par le résultat. 



La démarche poursuivie par François-Paul Journe avec l'Octa Sport reste la même: si de façon traditionnelle, François-Paul Journe vise à proposer des mouvements à l'épaisseur contenue et ce, quelles que soient les complications, l'objectif de la collection Linesport est la légèreté et la résistance pour une utilisation différente afin que les montres puissent accompagner leurs propriétaires  lors de leurs activités sportives. Cet objectif n'est pas innocent car répondant à une demande croissante de la clientèle frustrée d'être obligée de poser ses montres classiques la plupart du temps le week-end ou en vacances.

La solution qu'apporte François-Paul Journe est l'utilisation quasi systématique d'un alliage en aluminium y compris pour le mouvement. Cet alliage est aussi dur que l'or rose avant traitement anti-allergique et anti-corrosive et aussi dur que la céramique après. Pour que François-Paul Journe en vienne à abandonner ses platines et ponts en or, cela en dit long sur sa volonté d'atteindre le meilleur résultat possible. Et ce résultat se mesure en grammes:  55 grammes pour le Centigraphe Sport et 2 grammes de moins pour cette Octa Sport. 



Si le Centigraphe Sport possède une organisation de cadran similaire à celui du Centigraphe Souverain, ce n'est pas le cas avec l'Octa Sport. Certes, elle ne cache nullement son ascendance "Octa" mais si nous la comparons avec une Octa Automatique Réserve, les différences apparaissent très vite. L'ensemble du mouvement de l'Octa a effectué une rotation de plusieurs degrés: la petite seconde se retrouve à six heures, la grande date à 1 heure, la réserve de marche à 10h30 (et conséquence logique: la couronne est déplacée à 4 heures). Et puis, la surprise est l'adjonction d'une complication: l'affichage jour&nuit à 9 heures par le biais d'un guichet en forme de haricot. Du point de vue fonctionnel, je ne perçois pas l'intérêt de cette complication surtout dans un tel contexte et sans second fuseau. Cet affichage a cependant plusieurs vertus: il équilibre le cadran, il apporte une touche de couleur supplémentaire et il met en valeur le nom de la marque située juste en dessous. Alors, à la réflexion, il devient difficile d'imaginer l'Octa Sport sans. Compte tenu du diamètre du boîtier (42mm), soit 2mm de plus que le grand boîtier de l'Octa, les affichages sont visuellement plus proches du centre. Mais là non plus, ce détail n'est pas vraiment gênant.

Les couleurs présentes sur le cadran sont identiques à celles du Centigraphe Sport: gris, rouge et blanc créent un ensemble à la fois harmonieux et en rupture avec la collection Octa.



Le mouvement 1300.3 se distingue des mouvements traditionnels Journe par l'utilisation de l'alliage en aluminium. Le rendu n'est certes pas aussi valorisant que celui des mouvements en or. Mais la qualité de la finition demeure et le nouveau matériau permet de mieux apprécier certains détails que l'or avait tendance à estomper par son côté précieux. Les performances sont on ne peut plus classiques pour un mouvement automatique Journe: fréquence de 3hz, 120 heures de réserve de marche, balancier à 4 masselottes etc... A noter que la masse oscillante est alourdie par un segment en tungstène.

L'Octa Sport existe en deux versions: soit avec un bracelet caoutchouc, soit avec un bracelet en alliage. Je regrette l'impossibilité de passer d'un bracelet à l'autre. Mais cela est dû au type de maillon intermédiaire utilisé sur la pièce de bout qui n'est pas le même selon le bracelet. Avec le bracelet en alliage, ce maillon peut effectuer une rotation de 15° afin que la courbure du bracelet soit optimale.

Le bracelet en alliage est d'une extrême souplesse grâce aux bouts évidés des maillons, aux éléments en caoutchouc armé qui s'insèrent parfaitement et aux pièces de fixation en titane. Le confort est surprenant, le bracelet semblant épouser les moindres contours du poignet. La contrepartie de cette souplesse est un rendu esthétique plutôt moyen, les maillons ayant tendance à faire des vaguelettes liées à leur mobilité. 



Le bracelet caoutchouc est de ce point de vue beaucoup plus convaincant même si l'Octa Sport s'ajuste alors moins bien au poignet. Je sens bien que l'Octa Sport a été conçue avec le bracelet en alliage et que le bracelet caoutchouc est venu après. Mais  au moins, il répond à certaines critiques formulées et apporte une alternative.

L'Octa Sport m'a donc globalement séduit même si ce n'est pas un coup de coeur. Je trouve que le Centigraphe, du fait de sa vocation, est plus adapté à cette évolution "Sport". Mais l'Octa Sport recèle quelques surprises comme l'organisation du cadran inhabituelle chez Journe et l'adjonction d'une complication. La première montre automatique de la collection Linesport est donc plus ambitieuse qu'elle n'y paraît. Au final, la vraie question que se poseront les futurs acquéreurs sera celle du type de bracelet à privilégier car le choix est malheureusement définitif.

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