Artya: la montre de 12 kilos

Yvan Arpa agace ou séduit mais ne laisse jamais indifférent et c'est bien le plus important. Il faisait déjà preuve d'une très grande audace au sein des précédentes marques dans lesquelles il officia mais j'ai l'impression que son imagination extrêmement fertile n'a plus de limite au sein d'Artya. Artya lui donne une très grande liberté créatrice, le concept inhérent à la marque définissant un cadre d'expression extrêmement large. Ce qui compte le plus est l'expression de l'artiste qui se manifeste sur le cadran, sur le boîtier, sur le bracelet et le travail horloger vient après. Même si l'éventail de complications commence à s'élargir avec l'adjonction récente d'un QP, le Tourbillon ayant été de son côté présent dès les premières pièces, la grande majorité des montres sont des 3 aiguilles. L'affichage du temps n'est ici qu'un prétexte ou plutôt une base sur laquelle s'exprime le créateur, telle une toile.

Les territoires explorés sont nombreux passant de la Pop Music à l'électronique, des armes blanches aux armes à feu, de l'électricité à la foudre, des matériaux originaux comme le papier, du bois aux plus insolites ou inattendus comme la rouille des agrafes du dossier qu'Yvan Arpa constitua dans le cadre du procès contre Romain Jérôme ou dles cendres du même dossier... Bref, la seule règle est qu'il n'y a pas de règle.

A une époque où de nombreuses marques s'engagent dans l'extrême légèreté (je parle du poids des montres et pas des prix qui ont plutôt tendance à s'alourdir), Yvan Arpa et son acolyte pour l'occasion Christian Pauchon proposent non sans dérision d'aller à contre-courant en dévoilant la montre la plus lourde du monde: 12 kilos. J'ai presque envie de dire que je comprends leur démarche. A titre personnel, lorsque l'étiquette s'envole, j'ai envie de sentir ce que je porte à mon poignet. Une montre de quelques dizaines de grammes est très dérangeante car je ne sens rien: elle pourrait tomber du poignet sans m'en rendre compte. Et l'emploi à l'extrême de nouveaux matériaux conduit parfois à une qualité perçue peu en relation avec le nombre de chiffres du prix.

La dérision ici est double: non seulement le poids est hallucinant mais la méthode pour l'obtenir n'a nécessité aucun travail de R&D contrairement aux longues études pour gagner chaque petit gramme. La montre est tout simplement insérée dans un bloc de béton... le message est clair: vous passez des années à effacer quelques malheureux petits grammes, nous Yvan Arpa et Christian Pauchon, en quelques minutes, nous vous rajoutons 12 kilos. Comme si ce n'était pas tout, le cadran de la montre contient également du béton. Et puis... quelle vanité de vouloir rendre le temps si léger! Le temps qui passe peut être très pesant et devient chaque jour plus lourd à porter!

Cette montre devient ainsi une véritable Excalibur à aiguilles... peut-être que la personne qui arrivera à la séparer de son bloc de béton deviendra le nouveau roi du monde horloger! Un tel poids comporte aussi d'autres avantages: la montre pouvait être tranquillement laissée sur la table sans surveillance, personne n'allait envisager une seule seconde de partir avec.

Vous comprendrez aisément qu'une fois n'est pas coutume, je ne vous proposerai pas un wrist-shot...

Merci à Yvan Arpa et à son équipe pour leur accueil pendant la Foire de Bâle.

Commentaires

Anonyme a dit…
Enfin une Artya avec une vraie idée, un vrai pied de nez, et qui m'a fait sourire !