samedi 7 janvier 2012

De Bethune: DB25T

J'ai souhaité démarrer la nouvelle année avec une des montres qui m'ont le plus marqué en 2011: la De Bethune DB25T.

Pour bien comprendre la démarche de Denis Flageollet, il faut considérer De Bethune non pas comme une marque traditionnelle qui fait bouger à petites touches ses collections au fil du temps mais comme un laboratoire d'idées focalisé vers un objectif: que la technique soit véritablement au service de la chronométrie. C'est la raison pour laquelle, au gré des innovations, des brevets, une solution technique, et donc le modèle qui la supporte, peuvent considérablement évoluer dans un court laps de temps. Ce foisonnement a pu troubler les collectionneurs qui semblaient perdus face à une telle dynamique créative. Mais De Bethune a su réagir en structurant son catalogue autour de collections plus lisibles.

Ainsi, les différentes DB25 deviennent le coeur de la collection classique. A la base, la DB25 était une montre à deux aiguilles et à affichage de la réserve de marche caractérisée par un boîtier élancé aux cornes évidées et un mouvement comportant plusieurs brevets De Bethune. Depuis, différentes complications ont été dévoilées (phases de lune, QP) jusqu'à la présentation de la DB25T (T comme Tourbillon) début 2011.

La DB25T a pour objectif de réinterpréter le concept de régulateur en cumulant les effets de 3 spécificités techniques qui la composent:
  • La haute fréquence du mouvement (5hz) dont le but est d'améliorer les performances chronométriques
  • La vitesse de rotation du Tourbillon (2 rotations par minute) afin de le rendre plus efficace
  • L'affichage par le biais d'une seconde morte (ou sautante pour conserver le vocabulaire De Bethune) qui est la meilleure façon d'afficher de façon optimale la précision.
A première vue, la DB25T semble être une sorte de croisement esthétique entre la DB25 "simple" (la minuterie et les chiffres romains, l'affichage de la réserve de marche à 12 heures) et la DB25L "bleue" (le ciel étoilé). Cependant, 2 détails marquent une différence notable:
  • la forme des aiguilles, clairement de type et non plus d'inspiration Breguet
  • et surtout la présence et le comportement de la grande trotteuse centrale
Comme de coutume avec De Bethune, la finition du cadran est parfaitement exécutée, l'anneau en argent des heures et des minutes contrastant magnifiquement avec le ciel en titane bleui parsemé d'étoiles en or. Certes, la présence du ciel étoilé paraît moins évidente que dans le contexte de la DB25L mais il apporte l'originalité nécessaire à ce type de montre d'apparence classique.

L'affichage de la réserve de marche est ici plus traditionnelle avec l'indication par une aiguille du nombre de jours restants. Cet affichage est gradué jusqu'à 5 jours alors que la réserve de marche est annoncé pour une centaine d'heures: la volonté sûrement pour De Bethune de bien distinguer la réserve de marche effective et le nombre de jours pendant lequel le mouvement fonctionnera avec la précision requise. Le nom de la marque est inscrit au-dessus de l'indicateur de réserve de marche au lieu d'être en-dessous sur la DB25 "simple".

Les aiguilles lisent le temps avec élégance, contrastent suffisamment avec le ciel étoilé et sont en harmonie avec l'anneau en argent. Mais c'est bien la trotteuse qui capte notre regard de par la façon dont elle se déplace. Ce saut seconde par seconde a quelque chose de captivant. Cela peut paraître étonnant de faire ce genre de commentaire. La moindre montre à quartz propose une trotteuse qui ne bouge qu'une fois par seconde. Mais dans le contexte d'une montre mécanique, ce saut régulier ne s'observe pas de la même façon. J'ai toujours eu le sentiment qu'une trotteuse à seconde morte n'avait pas le même comportement que celle d'une montre à quartz. Il y a une sorte de léger tremblement, un sentiment de délicatesse qui n'appartiennent qu'aux montres mécaniques.

Le boîtier (en or gris ou en or rose) a comme de tradition avec De Bethune un diamètre imposant: 44mm. La DB25T n'en demeure pas moins parfaitement équilibrée, voire aérienne. Tout d'abord, les cornes évidées contribuent à alléger le dessin. Ensuite la partie centrale du cadran, plus sombre, réduit la perception de taille. Enfin, l'épaisseur maîtrisée (10mm) lui confère un côté très élancé.

La trotteuse suggère un mouvement particulier: il est temps de le découvrir.

Le mouvement DB2109 est très fidèle au style De Bethune dans sa présentation avec cet immense pont triangulaire survolant les deux barillets. Mais il y a quelque chose de magique dans ce mouvement: je pourrais parler des finitions, irréprochables. Des effets de lumière que le mouvement provoque. Mais en procédant ainsi je resterais dans la description "standard" des mouvements de De Bethune et nous ne percevrions pas l'intérêt particulier du DB2109.

Le côté magique du DB2109 est dû à la cohabitation entre deux éléments rapides (la haute fréquence du balancier et la rotation de la cage du Tourbillon) et deux éléments lents (l'immense double ancre à quatre palette et la double roue en or associée à la trotteuse sautante). Le mouvement en fonctionnement crée un spectacle unique, ébouriffant et hypnotisant. Si les éléments liés à la seconde morte sont au premier plan, le Tourbillon donne plutôt un effet de profondeur comme une sorte de puits. Et puis comment ne pas évoquer le décalage flagrant entre l'esthétique classique du cadran et l'architecture on ne peut plus contemporaine du DB2109? Ce décalage est pour moi un élément très séduisant de cette DB25T. Evidemment, du fait de la vitesse de rotation du Tourbillon et de la fréquence de 5hz, l'optimisation du poids de la cage était un enjeu crucial: le Tourbillon silicium-titane se trouve ainsi dans une cage de 50 composants dont le poids cumulé ne dépasse pas les 0,18g, une légèreté record.

Au poignet, le confort de la DB25T ne surprend guère les habitués de la collection classique de De Bethune. En revanche, la trotteuse anime un cadran que nous pouvions trouver trop inerte sur les autres DB25. Car telle est la grande force de la DB25T. Le déploiement technique a pour but premier la quête de la meilleure précision mais il n'est pas démonstratif: il s'efface derrière les détails que l'oeil perçoit en premier: la trotteuse qui se déplace sur le cadran comme sur une scène étoilée et le choc entre deux univers, celui de la vitesse de l'organe réglant et celui de la lenteur du système de la seconde morte. Encore une fois, Denis Flageollet et l'équipe De Bethune ont tapé au milieu de la cible en définissant, avec cette DB25T, de nouveaux horizons horlogers.

Un grand merci à l'équipe De Bethune pour son accueil au cours du salon QP à Londres.

Aucun commentaire: