lundi 28 novembre 2011

MB&F: de la HM4 à la LM1

En écrivant il y a quelques jours l'article sur les HM4 Razzle Dazzle et Double Trouble, je me suis rendu compte qu'à la réflexion de très nombreux détails de la HM4 annoncent la LM1. De prime abord, les deux montres semblent très opposées. Et puis, en les regardant de plus près, des similitudes apparaissent... presque comme des évidences.

Tout d'abord, la HM4 est la première Horological Machine à remontage manuel. Certes, les deux mouvements n'ont franchement pas la même présentation mais cette volonté d'abandonner (provisoirement) l'automatisme pour une Horological Machine ne peut-il pas être perçu comme un clin d'oeil à l'horlogerie traditionnelle?

Le balancier suspendu de la LM1 a été souvent considéré comme l'élément le plus caractéristique de la montre. Mais finalement, la HM4 ne propose-t-elle pas non plus une sorte de balancier suspendu, certes moins spectaculaire mais bien réel?


Autre fil conducteur: l'affichage traditionnel du temps. Avec la HM4, ni heures sautantes, ni minutes rétrogrades, ni fonctions horaires "éclatées", le cadran de droite propose très classiquement une indication à deux aiguilles, le cadran de gauche étant dédié à la réserve de marche. A droite, le temps, à gauche, la complication... tout comme sur la LM1!


Les montres partagent aussi le concept des deux couronnes dont les fonctions sont toujours reliées à celles des cadrans les plus proches. Remontage et mise à l'heure avec la couronne de droite de la LM1, mise à l'heure du cadran auxiliaire avec la couronne de gauche de la LM1, mise à l'heure avec la couronne de droite de la HM4, remontage avec la couronne de gauche de la HM4.

Examinons les ponts en forme d'arc qui portent le balancier de la LM1: leur forme ne vous rappellent-ils pas les longerons de la HM4?


Enfin, le plus important est peut-être l'esprit commun qui règne autour de ces deux montres: une volonté de rendre hommage à des références du passé tout en mélangeant différents univers, celui de l'architecture et de l'horlogerie avec la LM1 et celui de l'aviation et de l'horlogerie avec la HM4.

Au bout du compte ne pourrions-nous pas considérer la LM1 comme une sorte de métamorphose de la HM4, l'apparence changeant, les gênes demeurant?

dimanche 27 novembre 2011

Ressence: Type 1002

Les Salons QP et Belles Montres 2011 m'ont donné l'occasion de refaire un point avec Benoît Mintiens sur l'évolution de sa collection et sur les modifications apportées sur sa production récente par rapport au modèle initial.

Ressence (Rennaissance de l'Essentiel) est une des plus belles histoires horlogères de ces dernières années car symbolisant l'aboutissement d'un projet personnel et original, celui de Benoît Mintiens, qui n'est point horloger à la base mais designer industriel. L'avantage d'être en dehors du sérail est finalement de pouvoir apporter des idées neuves, sans aucun a priori. Benoît Mintiens, après avoir initié un projet pour le compte d'un ami diamantaire, décida de se lancer dans la grande aventure de la conception de sa propre montre afin de pouvoir faire vivre ses idées.

La première Ressence fut dévoilée au grand public au cours du Salon de Bâle 2010. A cette occasion, elle surprit et séduisit les visiteurs qui découvrirent le talent de Benoît Mintiens. Les raisons de cette perception positive reposaient sur plusieurs facteurs:
  • l'affichage original du temps se basant sur une cinématique particulière des éléments du cadran
  • un design épuré et efficace
  • un module à la conception ingénieuse
  • un prix raisonnable
Pour bien comprendre comment évolue l'affichage au fil de l'écoulement du temps, je vous propose ce film qui montre, en accéléré, les rotations et révolutions simultanées des satellites:



Comme vous pouvez le constater, il s'agit d'un affichage où chaque fonction est répartie sur le cadran, aucune aiguille n'en chevauchant une autre du fait de leurs positionnements désaxés. L'aiguille qui joue un rôle essentiel est l'aiguille des minutes. C'est la plus visible, c'est également celle qui est apposée sur le satellite qui va entraîner les secteurs des autres éléments de l'affichage: heures, secondes et indicateur matin/après-midi.

La montre affiche 16h39:

Rien de superflu n'est ajouté: ni texte ni nom de marque envahissants. C'est tout le travail du designer qui s'exprime, orienté vers l'efficacité et la lisibilité qui se doivent d'être optimales compte tenu du bouleversement des repères habituels. Seul le très discret logo, au sommet du secteur des heures rappelle la marque de Benoît Mintiens.

La taille du boîtier (42mm) est idéale: plus petite, elle aurait rendu la lecture du temps délicate. Plus grande, la montre aurait semblé disproportionnée. L'épaisseur reste raisonnable (13mm) compte tenu du mouvement modulaire utilisé. Ce dernier est composé d'un calibre 2824 et du module exclusif d'affichage du temps. Le 2824 ne sert qu'à animer le module. Le choix de cette base est simple: le calibre est fiable, éprouvé, facile à réviser, à réparer, sa puissance étant suffisante pour le module. L'intérêt du mouvement réside évidemment dans le module dont l'objectif consiste à faire tourner 4 satellites: le principal lié à l'aiguille des minutes, les auxiliaires pour les autres fonctions.

Entre la montre initiale et la Type 2002 que je vous présente, à cadran de couleur argenté, aux ponts du module et satellites en Titane Grade 5, certaines améliorations ont été apportées.

Initialement, le module était monté sur un roulement à bille. Il est maintenant basé sur un système à galets en rubis verticaux et horizontaux qui reprennent le principe des roues des wagons des montagnes russes. Ce changement améliore l'efficacité de l'assemblage, le roulement à billes s'avérant plus délicat à ajuster.

Ensuite, un système d'absorption de choc a été inséré au niveau du module. La montre comporte une pièce clé qui est un petit cube qui sert de relai entre le 2824 et le module. Le cube est dorénavant mieux protégé par une sorte de ressort qui l'entoure.

Puis le saphir à l'arrière de la montre est monté sur un châssis alors qu'il était auparavant vissé. Ce changement a deux vertus: l'étanchéité est amélioré et la production optimisée, le saphir pouvant casser lorsque les trous des vis étaient forés.

Enfin, les anses fil peuvent plus facilement se retirer afin que le changement de bracelet s'effectue avec aisance.

Cette volonté constante d'améliorer son produit témoigne du soin apporté aux détails de la part de Benoît Mintiens et cela se sent lorsque nous mettons la type 1002 au poignet.

Le nouveau fond du boîtier:

C'est une montre à la fois sobre et radicale: elle séduit par ce mélange très particulier entre pureté du cadran et originalité de sa présentation. La cinématique des satellites est envoutante lorsque nous tournons la couronne. Mais évidemment, nous ne passons pas notre temps à la tourner. Et c'est là où nous nous rendons compte de la réussite esthétique du cadran. Nous lisons l'heure à un moment donné puis nous regardons de nouveau l'heure un peu plus tard: le cadran s'est transformé, la position des satellites n'étant plus la même. A vitesse réelle, l'affichage conserve sa magie ce qui est important pour l'intérêt de la pièce.

La finition du cadran est très propre, sans fioriture et s'apprécie à la lecture de l'heure. Le boîtier est lui aussi très sobre afin de laisser le premier rôle à l'affichage du temps. La couronne est au contraire spéciale de par sa forme, son ergonomie et l'effet démultiplicateur qu'elle possède.

La Type 1002 ainsi que le reste de la collection Zeroseries, la première de Ressence, font partie selon moi des montres marquantes de ces dernières années. La démarche de leur créateur contribue assurément au courant de sympathie qu'elles génèrent. Mais au final, c'est bien leur caractère abouti et la pertinence de l'affichage qui les rendent séduisantes. Cet affichage est à la fois ludique sans perdre son côté pratique: désigner de profession, Benoît Mintiens sait pertinemment que le fond crée la forme et la collection Zeroseries le prouve.

Le prix public français de la collection s'étale entre 11.500 et 14.750 euros TTC ce qui constitue selon moi un prix très raisonnable pour des montres utilisant un module d'affichage à la fois ingénieux, original et séduisant. La collection Zeroseries est disponible en France chez Chronopassion.

Un grand merci à Benoît Mintiens pour son accueil que ce soit à Londres ou à Paris au cours des derniers salons horlogers.

vendredi 25 novembre 2011

MB&F: HM4 Razzle Dazzle & Double Trouble

J'ai souvent souligné la capacité de transformation des différentes Horological Machines. Du fait de la forme de son boîtier, la HM4 est moins propice à un changement d'univers que peut l'être une autre Machine comme par exemple la HM3 en Frog. Mais cela ne veut pas dire que son destin est de rester figée!

Avec ces deux séries limitées de huit pièces chacune, Max Büsser nous propose une évolution de la HM4 qui surprend... tout en étant logique. Et j'ai presque envie de dire qu'avec les Razzle Dazzle et Double Trouble, il achève la conception de la HM4 en donnant une touche artistique à travers un petit coup de pinceau décalé.

Au fil du temps, j'ai compris ce qui me gênait un peu dans la HM4 Thunderbolt: malgré son originalité due à sa structure, à son design et à l'architecture du mouvement, la rigueur de la conception, le souci du détail, l'affichage traditionnel du temps la rendait finalement un peu froide à mon goût.

Or, sans que la HM4 en soit bouleversée (fondamentalement les principaux traits demeurent), les caractéristiques propres des Razzle Dazzle et Double Trouble apportent un supplément de charme et d'humour un peu comme si lors du dernier virage, Max Büsser avait décidé de quitter un chemin un peu trop balisé pour se lâcher. Et c'est souvent dans ce genre de contexte, comme libéré par la pression de la première version de sa Machine, qu'il est au sommet de son talent.

Les évolutions par rapport à la Thunderbolt peuvent se résumer en quatre points:
  • la présence de vrais rivets sur le boîtier
  • une patine Vintage sur les cadrans
  • des bracelets dont le cuir provient de véritables sacs militaires suisses
  • ces éléments préparant le terrain à l'expression du talent de l'artiste miniaturiste Isabelle Villa à travers de ravissantes et audacieuses pin-ups aux robes rouges peintes sur le boîtier (ou devrais-je dire le fuselage) de la Machine.
Pour le reste, nous retrouvons les caractéristiques de la HM4 à savoir son mouvement à remontage manuel (une première pour une Machine), conçu comme un moteur et dont un pont reprend la forme de l'astéro-hache, les deux couronnes au bout de chaque segment conique du boîtier, le confort de la pièce malgré sa taille grâce à l'efficacité de la boucle déployante et la forme du boîtier au contact du poignet.

Prenons n'importe quelle montre et le fait d'y peindre une pin-up passerait pour un acte quasi provocateur. Prenons la HM4 et la démarche semble logique. Cela est évidemment dû à la source d'inspiration de Max Büsser qui, enfant, construisait des maquettes d'avions et à sa volonté de rendre hommage à l'esprit du "Nose Art" (le pied-de-nez, l'insouciance, le courage) des aviateurs de la seconde guerre mondiale. Et seule la HM4, véritable montre-avion, pouvait se permettre un tel art décoratif.

Ce qui est remarquable dans les Razzle Dazzle et Double Trouble, c'est que tous les obstacles, toutes les contraintes ont été levées afin d'aller au bout de la logique: les rivets sont de vrais rivets (rendant évidemment le travail extrêmement délicat), la patine a été obtenue grâce à de fines particules de cuivre et les bracelets ont été façonnés à partir de vrais cuirs militaires. Et comment ne pas évoquer la précision du travail d'Isabelle Villa? Les pin-ups sont peintes avec beaucoup de détails, de finesse contribuant ainsi à octroyer aux deux montres une touche de subtilité et un soupçon d'érotisme. Lorsque nous mettons une de ces HM4 au poignet, la présence des pn-ups devient plus discrète, comme si elles s'effaçaient face au fort caractère du design. Mais elles restent quand même toujours présentes, accompagnant tels des anges gardiens le propriétaire de la Razzle Dazzle ou de la Double Trouble dans les diverses aventures de sa vie... N'est-ce pas là la plus belle réussite de ces deux HM4 à travers cette dimension irrationnelle mais ô combien séduisante?

Evolution esthétique aboutie, contexte plus chaleureux, léger clin d'oeil coquin, il ne m'en fallait pas plus pour lever les quelques réticences que j'avais à l'encontre de la HM4 et pour succomber totalement au charme des petites pin-ups, notamment à celles du duo "Double Trouble", mes préférées!

Merci à Max et à Charris pour leur accueil pendant le Salon Belles Montres 2011.

Belles Montres 2011: une galerie de portraits

Comme de coutume, voici une petite galerie de portraits pris au cours de la soirée d'inauguration du Salon Belles Montres 2011, rendez-vous toujours très attendu par les passionnés et amateurs d'horlogerie. Cette édition a débuté sous les meilleurs auspices avec la présence remarquée de personnalités du petit monde horloger.

François Quentin (4N):

Tim et Bart Grönefeld:

Pierre Jacques (De Bethune), Pascal Ravessoud (Fondation de la Haute Hrologerie), Eric Giroud:

Guillaume Tetu (Hautlence):

Ludovic Ballouard:

Giulio Papi:

Carlos Rossillo avec des fans de Bell&Ross:

Tout le côté facétieux de Stepan Sarpaneva:

Benoît Mintiens (Ressence):

Jean-Baptiste Viot:

Peter Speake-Marin:

Alain Marhic (March LA.B) et Benoît Mintiens (Ressence):

Avec Stephen Forsey (Greubel&Forsey):

Richard Mille:

Merci à eux pour leur disponibilité!

mardi 22 novembre 2011

Girard-Perregaux: 1966 Petite Seconde

Je ne vais pas vous faire un grand discours car la Girard-Perregaux 1966 Petite Seconde est une montre qui s'observe presque avec recueillement du fait de sa beauté et de son équilibre. Les fans de la marque l'attendaient depuis un certain temps car le charme raffiné inhérent à la collection 1966 donnaient un cadre idéal à la création d'une montre à petite seconde.

Contrairement aux idées reçues, il est très difficile de faire une montre simple. Et Girard-Perregaux a réussi à surmonter les obstacles en arrivant à présenter une montre combinant modernité, équilibre et respect de la tradition horlogère.

Comment la Manufacture de la Chaux-de-Fonds est-elle arrivée à ce résultat? Tout simplement en accordant un soin particulier aux détails. Ce soin s'exprime à travers la finition du cadran et la modification apportée sur le mouvement. Afin de rendre la montre plus contemporaine, Giard-Perregaux a prix la décision d'utiliser un boîtier de 40mm. Certains le trouveront trop grand pour une montre d'aspect classique. Je ne le pense pas. Tout d'abord, le marché a quand même évolué et les tailles moyennes ont pris quelques millimètres de plus au fil des ans. Ensuite la montre n'est pas plate, le boîtier présentant une légère courbure: cela contribue à réduire la perception de la taille d'autant plus que la lunette, relativement épaisse permet de contenir l'ouverture du cadran. Et surtout, contrairement à d'autres montres de taille équivalente, le cadran est ici parfaitement équilibré grâce à un secteur de petite seconde idéalement positionné et de taille harmonieuse.

C'est là où se trouve la subtilité: Girard-Perregaux est parti de son mouvement automatique 3300 (d'une fréquence de 4hz et d'une réserve de marche de 46 heures) mais l'a légèrement modifié afin que la position de l'axe de l'aiguille des secondes soit éloigné du centre de la montre. Grâce à cette intervention, la pureté du cadran est préservée: aucun chiffre n'est coupé malgré la taille respectable de la graduation des secondes. Cette dernière n'effleure ni le chemin de fer ni l'axe des deux aiguilles principales.

Cet équilibre était plus que jamais important à atteindre car le cadran a été réalisé en émail. L'émail donne beaucoup de personnalité à cette 1966 par sa couleur, par la façon dont les chiffres sont peints, par la très grande qualité d'exécution. Incontestablement, il lui donne une dimension supplémentaire. Vous noterez la petite coquetterie: le 60 de la graduation des secondes est rouge, une façon plus discrète que de changer la couleur du 12.

Mais un cadran ne fonctionne jamais seul, il a besoin d'une paire d'aiguilles pour exister. Celle que propose Girard-Perregaux est idéale. Les aiguilles feuille en acier bleui dessine le temps de façon superbe.

Le mouvement 3300-50 est visible à travers un fond saphir. Le mouvement est décoré dans l'esprit de la Maison: avec discrétion et raffinement. Pas de décoration tape-à-l'oeil, à part le rotor en or, c'est surtout le sentiment de sobriété qui domine. Il s'agit d'un mouvement de 26mm de diamètre, il est hélas un peu perdu dans le boîtier. Heureusement, comme évoqué précédemment, cela ne se ressent pas côté cadran mais à la limite j'aurais préféré un fond plein voire peut-être un fond cuvette qui aurait été dans l'esprit de la montre.

Mais ma déception (relative) ne se situe pas là: au fond de moi, pour cette montre magnifique, j'aurais nettement préféré un mouvement à remontage manuel.

Ce regret ne gâche pas le plaisir: une fois au poignet la 1966 Petite Seconde arrive à convaincre grâce à l'attrait de son cadran et au grand confort de son boîtier dû notamment à la forme des cornes qui tombent parfaitement. L'intégration du bracelet qui prolonge la courbure du boîtier fluidifie la ligne de l'ensemble.

La Girard-Perregaux 1966 Petite Seconde est donc pour moi une très belle réussite de la part de Girard-Perregaux grâce à son équilibre et à son charme discret. Sa taille, bien pensée, permet de profiter encore mieux de la beauté du cadran en émail. A noter qu'outre la version en or rose sur les photos, elle existe également en or gris.

Cette montre constitue une nouvelle preuve du talent des équipes de Girard-Perregaux qui, malheureusement, il faut l'avouer, est un peu sous-estimé. Gageons que la nouvelle dynamique qui est insufflée permettra de mettre un peu plus sous les feux de projecteurs tout l'intérêt horloger des créations de cette belle Manufacture. Elle le mérite.

Un grand merci à l'équipe Girard-Perregaux pour le temps consacré au cours du Salon QP 2011.

dimanche 20 novembre 2011

March LA.B: AM2 Bordeaux

March LA.B est une jeune marque créée par Alain Marhic et Jérôme Mage, LA.B signifiant Los Angeles et Biarritz, les villes où vivent les deux fondateurs. Cet acronyme est loin d'être anodin car il définit l'orientation stylistique recherchée, une sorte de synthèse entre la dimension show-off et glamour de la Californie et la tradition horlogère européenne.

Le catalogue March LA.B est d'ores et déjà relativement complet car composé de trois collections: AM, JC et JM, les initiales des trois personnes clé de la marque (JC étant les initiales du Business Angel, Joseph Chatel).

La collection JM est la plus radicale, la collection JC la plus classique et la collection AM la plus épurée et peut-être à ce jour la plus emblématique. C'est la raison pour laquelle je vous propose de découvrir un modèle de cette collection représentative du style March LA.B.

Au cours du Salon QP, Alain Marhic m'a fait découvrir l'intégralité de la collection. Et j'ai trouvé que c'était cette AM2 couleur Bordeaux qui décrivait le mieux l'approche de la marque.

Initialement, Alain Mahric a eu la volonté de créer un produit fabriqué essentiellement en France. Mais rapidement, entre l'absence d'intérêt de la part de certains interlocuteurs et un réseau de sous-traitants quasi inexistant, il a fallu se rendre à l'évidence: la production devait passer par les sous-traitants suisses afin de respecter à la fois les critères de prix de vente, le minimum de marge et le volume de production relativement limité. A travers cette expérience, nous nous rendons compte de toute la difficulté de mener aujourd'hui un projet horloger, y compris les plus simples, en France. Si nous mettons de côté le cas exceptionnel de Jean-Baptiste Viot, même une marque comme Perrelet doit passer par le réseau de sous-traitants suisses, réservant la conception et l'assemblage à ses ateliers de Morteau.

L'AM2 se caractérise par la forme de son boîtier, sa couronne à 4 heures, son style résolument "rétro" et son bracelet pour le moins original.

Je trouve le boîtier carré à l'aspect très géométrique bien réalisé avec des formes agréables. La couronne est facile à manipuler malgré son emplacement grâce à sa décoration striée. Mais ce qui me plaît de plus est le cadran. Il présente plusieurs niveaux, des index et logos appliqués (dont un très inspiré par la Mido commander!) et une jolie harmonie de couleurs. Les deux aiguilles principales sont luminescentes. Un thème récurrent chez March LA.B est le vert que nous retrouvons ici sur les chiffres des quantièmes et la trotteuse. Je ne suis pas fan de cette couleur dans l'horlogerie mais ici elle passe plutôt bien... et après tout le vert, c'est la couleur de l'espoir (et il en faut quand on lance une marque) et des diagonales du drapeau basque. Mais surtout le vert rappelle l'engagement de March LA.B dans la prévention contre le suicide. 1% du prix de chaque montre vendue est ainsi reversé aux associations qui luttent contre ce fléau.

C'est en retournant la montre que cette couleur devient prédominante car le verre permettant d'observer le mouvement est teinté. J'aime ce principe dans ce contexte particulier car le mouvement est un très classique ETA2892-2 que tout le monde connaît. La couleur lui donne une autre dimension, plus esthétique tout comme la décoration particulière du rotor. Pour le reste, rien à signaler car nous sommes en terrain archi-connu. En toute logique, le mouvement de l'AM2 a une fréquence de 4hz et une réserve de marche de 42 heures.

C'est le bracelet buffle, fabriqué en France, qui donne le côté décalé, "californien" de la montre: en totale cohérence chromatique avec le cadran, son cannage est inspiré par les sièges de la Ford Mustang. Il se marie très bien avec le boîtier et surtout permet de maintenir la qualité perçue de l'AM2.

Au poignet, l'AM2 Bordeaux se porte sans souci s'agissant d'une montre de taille mesurée selon les critères contemporains (boîtier de 38mm), légère et se positionnant bien. J'ai également porté les deux autres AM2 automatique à cadran noir dont l'une au boîtier avec un revêtement PVD noir. Je les ai trouvées plus tristes comme si les couleurs plus neutres éteignaient le peps de la version Bordeaux. Sans aucune hésitation, c'est cette dernière qui remporte mon suffrage car elle dégage à la fois plus d'originalité et plus d'élégance.

Evidemment, certains trouveront le prix de base de l'AM2 trop élevé (1.640 euros) et que la meilleure façon de rendre hommage aux années 70 et de porter une montre des années 70. C'est l'éternel débat face à des nouvelles marques qui souhaitent présenter des montres à la production limitée. Même sans mouvement exclusif, très rapidement les prix de production montent car il est impossible de jouer sur les volumes: cadrans, boîtiers, bracelets, mouvements, boucles, tout cela a un coût et malheureusement l'équation est très difficile à résoudre. D'un autre côté, la clientèle d'un tel produit est à la recherche d'une certaine exclusivité et le débat se situe plutôt sur l'adhésion ou non au design. Je trouve cependant que les éléments de la montre ont été réalisés avec soin et qu'au poignet l'AM2 Bordeaux dégage un charme certain. Et j'ai déjà vu des prix bien plus abusifs que celui de cette AM2 à qualité équivalente... voire inférieure.

Le packaging n'est pas en reste car la montre est présenté dans un coffret simple et joliment exécuté qui contient un étui de voyage que j'ai trouvé très élégant.

Je fus donc agréablement surpris par l'AM2 Bordeaux, par son côté plutôt rafraîchissant dans un monde horloger parfois rigide. Elle n'apporte rien par son contenu horloger mais en revanche son approche esthétique m'a séduit. Même si l'ensemble du catalogue de March LA.B ne présente pas le même intérêt, j'ai le sentiment que les premiers pas de la marque sont prometteurs.

Un grand merci à Alain Marhic pour le temps qu'il m'a consacré lors du Salon QP 2011.

samedi 19 novembre 2011

Schofield: Signalman GMT PR

Schofield est une nouvelle marque basée dans le Sussex de l'Ouest. A sa tête se trouve Giles Ellis, un jeune designer qui souhaite contribuer à sa façon au renouveau de l'horlogerie anglaise. Certes, la démarche n'est pas similaire à celle de Roger Smith qui perpétue tout l'esprit, tous les critères d'excellence, tous les canons esthétiques de l'artisanat horloger anglais. L'équipe Schofield ne propose pas un contenu horloger du même acabit, fait appel à des sous-traitants continentaux mais a su définir une montre de caractère au style personnel affirmé.

Cette montre est la Signalman GMT PR qui existe en deux versions en série limitée, en acier, avec ou sans revêtement DLC noir (respectivement 100 ou 300 pièces).

La Signalman puise son inspiration dans les grands phares anglais du 18ième et du 19ième siècles. Tout le travail esthétique a consisté à insérer ces références sans perdre la cohérence de l'ensemble. Je dois avouer que je fus très séduit par le résultat, Ellis et son équipe ayant réussi à dessiner une montre avec une identité qui lui est propre ce qui n'est jamais simple dans un contexte de sur-offre horlogère. Compte tenu de cette inspiration, la Signalman est avant tout une montre instrument. Cela se retrouve dans la taille du boîtier, dans la couleur et l'organisation du cadran.

Ce qui surprend d'abord est le gabarit de la Signalman: outre le diamètre propre du boîtier, l'épaisseur dépasse légèrement les 15mm et la distance de corne à corne est de 51mm. La largeur du bracelet au niveau du boîtier étant de 24mm, l'ensemble reste cependant harmonieux. C'est grand, imposant, épais mais équilibré.

Puis nous commençons à observer de près les détails de la Signalman: le cadran a plusieurs niveaux, le sous-cadran étant dédié à l'affichage du second fuseau via une graduation 24 heures. La forme des index reprend celle des aiguilles, ces dernières étant très lisibles. Incontestablement, nous sentons qu'un soin tout particulier a été apporté à ce cadran: il est sobre sans être ennuyeux, d'inspiration "militaire" tout en restant élégant. Les chiffres et index appliqués sont situés sur le rehaut incliné qui contribue à réduire la perception de la taille de la montre. Afin d'éviter de tomber dans une trop grande sobriété, deux petites touches de couleur ont été apportées: la flèche de l'aiguille GMT et la fin de l'indicateur de la réserve de marche se parent d'un rouge qui égaye le cadran. A 3 heures se trouve le guichet de date, extrêmement discret. L'équipe Schofield a eu la bonne idée d'utiliser un disque noir ce qui favorise l'intégration du guichet sur le cadran.

La référence aux phares se trouve dans la forme de l'indicateur de réserve de marche qui rappelle le rayon lumineux. Mais afin d'éviter d'apporter un élément asymétrique sur le cadran, Ellis a dessiné ce rayon en action, en train de tourner. Cette quête de la symétrie et de l'équilibre a constamment guidé le designer comme le prouve l'utilisation du "zéro" comme chiffre au sommet du cadran au lieu du traditionnel 12. Outre le fait que tous les nombres autour du cadran n'ont qu'un seul chiffre, l'utilisation du zéro est plutôt logique puisque l'aiguille GMT peut-être utilisée comme un indicateur jour&nuit de l'heure locale.

J'ai parlé précédemment du boîtier. Il est beaucoup plus complexe qu'il ne le laisse supposer. Lorsque vous le regardez de profil, sa forme combinée à celle du verre fait penser à un projecteur à lentille de Fresnel, nouveau clin d'oeil à l'univers des phares! Le poussoir de l'aiguille GMT est discrètement placé à 4h30 au départ de la corne. Un endroit inhabituel mais loin d'être désagréable.

La base du boîtier est la partie la plus large. Vous noterez l'emplacement du poussoir:

Le fond du boîtier est plein et en toute logique Ellis en a profité pour y dessiner un phare, celui de Smeaton, reconnaissable à sa forme de tronc de chêne et qui avait été construit sur les rochers d'Eddystone. Le phare n'existe plus aujourd'hui car l'érosion des roches mettait sa stabilité en péril. Il a été reconstruit à Plymouth Hoe en tant que mémorial afin de témoigner de cette page d'histoire importante de l'ingénierie anglaise.

A une époque où le moindre mouvement doit être visible, je trouve que la représentation du phare est une bien meilleure idée pour illustrer le fond du boîtier. Cela rappelle le contexte de la montre et de plus le mouvement de la Signalman n'est pas d'une beauté fracassante: il s'agit d'un calibre de base Soprod A10 qui tracte le module 9335 qui fournit la fonction GMT ainsi que l'indicateur de la réserve de marche. Le mouvement a une fréquence de 4hz et une réserve de marche minimum de 42 heures. Une autre raison exigeait que le fond soit plein: le mouvement est protégé par une construction anti-magnétique. A noter que l'étanchéité de la Signalman est de 500 mètres.

Ellis a souhaité qu'une personnalisation de la Signalman soit possible. Elle passe par la collection de bracelets d'ores et déjà disponible: Cordovan, nylon, toile, cuir, requin, la panoplie est large et permet d'adapter la Signalman à plusieurs situations. Je dois avouer que la montre se prête bien à ce genre d'exercice grâce à la largeur du bracelet et la forme du boîtier: au poignet, elle dégage évidemment une forte présence du fait plus de son épaisseur que de son diamètre tout en restant relativement sobre. Je ne suis pas fan du bracelet requin et si j'étais propriétaire d'une Signalman, je m'empresserais de le remplacer.

J'ai donc beaucoup apprécié la Signalman. Elle n'apporte rien de révolutionnaire et son contenu horloger n'est pas renversant même s'il ne souffre d'aucun reproche particulier. En revanche, son inspiration, le soin dans les détails, la cohérence du design lui donnent beaucoup de charme. Et puis, je suis sensible à ces démarches originales qui ont pour but de raconter des histoires peu présentes dans l'univers horloger actuel.

La Signalman sans DLC est disponible d'ores et déjà par le biais du site Internet de la marque tandis que la version DLC sera livrée au printemps prochain. Une pré-inscription est recommandée afin d'obtenir le n° de son choix.

Les prix des deux versions (sans et avec DLC) respectivement de 2.465 GBP et de 2.785 GBP hors frais de port et hors taxes sont loin d'être donnés mais c'est la contrepartie malheureusement logique des petites productions.

Un grand merci à Giles Ellis et M.N.Hopwood pour leur accueil pendant le Salon QP.

mardi 15 novembre 2011

Peter Speake-Marin: Spirit Pioneer

La Spirit Pioneer n'est sûrement pas la montre la plus impressionnante réalisée par Peter Speake-Marin mais il s'agit d'une des plus importantes.

En effet, elle symbolise deux étapes clé de la vie de Peter Speake-Marin:
  • les débuts quand, en tant que restaurateur de pièces anciennes à Londres, il avait travaillé pendant son temps libre sur une montre militaire Longines de la première moitié du XXième siècle et qui devint une de ses montres favorites, la portant quasi quotidiennement. Le design de la Spirit Pioneer est inspiré par cette montre qui rappelle la première partie de sa vie d'horloger.
  • la période récente, marquée par la crise et les difficultés qui obligèrent Peter Speake-Marin à traverser la tempête avec beaucoup de détermination. La devise inscrite sur le fond du boîtier "Fight, Love & Perserve" a clairement guidé son action ces derniers mois et explique grandement le nom donné à la montre.
Derrière les symboles, la Spirit Pioneer est une montre extrêmement séduisante.

Tout d'abord, c'est un retour aux sources par l'utilisation du boîtier Piccadilly en acier d'un diamètre de 38,5mm et d'une épaisseur de 13,5mm. Je connais très bien les reproches faits à ce boîtier: il est trop épais pour son diamètre, les cornes sont imposantes etc... Et alors? C'est justement tout ce qui fait son caractère et son intérêt! Et puis, ce n'est pas sans un certain plaisir que je peux manipuler la très belle et imposante couronne en diamant. Le boîtier n'est pas le seul rappel du passé car le mouvement qui équipe la Spirit Pioneer est le FW2012 qui est en fait un ETA 2824 retravaillé par Peter Speake-Marin.

Attention, quand je parle ici de "retravaillé", il s'agit vraiment d'un travail en refonte et non pas une vague décoration du mouvement avec un rotor en or. Non, Peter Speake-Marin a revu entièrement le système de remontage, redessiné ou remplacé les ponts, la platine, le rotor, le train de rouages. Si l'architecture de mouvement reste la même, les performances du mouvement, grâce à une efficacité du remontage améliorée, sont améliorées tout en profitant de la fiabilité inhérente au 2824. La fréquence est évidemment de 4hz et la réserve de marche de 42 heures. La finition des pièces cachées est également totalement revue même si malheureusement elle reste cachée: le rotor dont la forme caractéristique fait partie du style de Peter Speake-Marin tourne au-dessus non pas du traditionnel pont qui lui est rattaché mais d'une platine qui recouvre entièrement le mouvement. Nous pouvons trouver cela dommage mais c'est un point important pour Peter Speake-Marin car rappelant d'anciennes montres de poche anglaises ainsi que sa montre de poche "Fundation". Et finalement, la platine met en valeur la révolution du rotor.

Peter Speake-Marin nous a habitué à une très grande diversité de cadrans mais à travers la Spirit Pioneer, il aborde un thème nouveau: celui du cadran d'inspiration militaire. Nous pouvons regretter que le cadran ne soit pas en émail mais je dois avouer que je fus très surpris par le rendu de ce cadran laqué noir. La Spirit Pioneer est une montre très lumineuse finalement grâce au contraste apporté par les aiguilles, chiffres, index par rapport au cadran.

Je trouve la forme des aiguilles "Fundation" magnifiques et la présence su Super-Luminova ne nuit pas à leur élégance. Les chiffres légèrement en relief contribuent également à la beauté du cadran dont la petite touche d'originalité est apportée par le motif qui reprend la forme du rotor elle-même inspirée par celle d'une roue manivelle d'un tour d'horloger. Un vrai hommage à l'horlogerie traditionnelle!

Au poignet, la Spirit Pioneer provoque une grosse claque car elle a un côté très radical. Du fait de son cadran noir et de la présence de nombreux éléments dessus, elle fait plus petite dans sa partie dédiée à l'affichage qu'une Piccadilly de taille similaire à cadran en émail. Les cornes et couronne semblent donc encore plus proéminentes ce qui n'est pas pour me déplaire.

Mais et c'est tout le paradoxe, il ne faut pas se laisser abuser par le diamètre du boîtier. La Spirit Pioneer ne se porte pas comme une montre de 38mm: elle taille beaucoup plus grand et si vous avez un petit poignet, les cornes auront tendance à dépasser.

La montre malgré ses cornes imposantes se porte avec confort car un bracelet très épais en cuir vieilli la maintient bien sur le poignet. Rarement un bracelet aura été aussi bien adapté à une montre de Peter Speake-Marin: il renforce son identité à la fois militaire (ou plutôt baroudeuse pour être plus dans le contenu du message délivré), met en avant la beauté du cadran et remplit efficacement son rôle. Bref, une vraie réussite!

Vous l'avez compris, je fus donc très séduit par la Spirit Pioneer. A travers cette montre, j'ai retrouvé tout ce qui m'attirait dans les Piccadilly mais dans un contexte différent: le boîtier au caractère affirmé, le mouvement FW2012... L'utilisation de ce mouvement combiné avec d'autres décisions (cadran laqué, boîtiers Piccadilly en acier) permet d'afficher un prix de vente juste en dessous des 10.000 CHF ce qui est un prix très attractif pour une montre issue d'un horloger indépendant de grand talent. Mais je pourrais détailler longuement les nombreuses raisons qui me font aimer la Spirit Pioneer, je pense sincèrement que c'est le message qu'elle délivre qui m'a le plus marqué. En tant qu'admirateur du courage et de l'audace des horlogers indépendants, je ne pouvais qu'être sensible à la devise inscrite sur le fond du boîtier.

La Spirit Pioneer est une montre vendue dans le cadre d'une série limitée de 68 pièces (68 comme l'année de naissance de Peter) et constitue la dernière opportunité de retrouver le mouvement FW2012.

Un grand merci à Peter Speake-Marin et à Olivier Marguerat pour leur accueil pendant le Salon QP 2011.