MB&F: Legacy Machine 1

Nous nous demandons systématiquement comment Max Büsser va arriver à nous surprendre avec sa prochaine création. Il était clairement difficile de faire plus radical que la HM4 et c'est une des raisons qui ont poussé Max Büsser à explorer un autre territoire: celui de l'hommage à l'horlogerie traditionnelle. Mais chassez le naturel et il revient au galop, cette LM1 comporte tous les ingrédients qui rendent une montre MB&F si spéciale.

Dans un sens, la HM4 a préfiguré la LM1 avec son mouvement à remontage manuel et son affichage traditionnel de l'heure. Je me souviens même d'avoir regretté cet affichage sur la HM4 le trouvant un peu trop... décalé par rapport au style déjanté du boîtier. Avec la LM1, je ne peux pas formuler le même reproche: cet affichage se trouve comme un poisson dans l'eau dans ce contexte plus assagi.

Assagi est un terme trop fort finalement car avec la LM1, Max Büsser et son équipe (dont font partie Jean-François Mojon et Kari Voutilainen, excusez du peu!) ont défini un nouveau style. Alors que certains surfent sur la vague du néo-rétro (la réinterprétation actuelle de grands classiques du passé), ils ont préféré concevoir une montre que je qualifierais de rétro-néo (l'exécution d'une montre contemporaine telle qu'elle aurait pu être imaginée il y a un siècle).

C'est la raison pour laquelle cette LM1 séduit, surprend car elle se situe à un endroit où très peu d'autres montres peuvent légitimement se trouver.

En fait, Max Büsser est un sacré malin ou alors il possède de sacrées antennes réceptrices: il arrive à anticiper les tendances, l'évolution des goûts des collectionneurs et malgré le temps de développement inhérent à ce type de produit, il présente cette LM1, fin 2011, pile poil au moment où la clientèle de ce segment de prix recherche des produits rassurants tout en leur garantissant la touche particulière de la marque. Cloner Patek à travers une montre ultra-clssique n'aurait eu aucun intérêt puisque la marque qui réussit le mieux à faire du Patek... reste Patek.

Lorsque la montre fut présentée il y a quelques semaines, j'ai été séduit au premier coup d'oeil.

Puis les jours ont passé et j'ai commencé à changer d'avis. Malgré l'originalité de la démarche, j'ai trouvé la LM1 moins personnelle que les HM précédentes. Je savais pertinemment que ce n'était pas le cas car le projet de la LM1 fut clairement défendu en interne par Max. Cependant c'était ma perception car elle m'était apparu au fil des jours comme une montre de synthèse plus que comme une montre à identité propre.

J'y voyais deux types de synthèses, une positive et une qui l'était moins.

La synthèse positive était le point de rencontre entre l'horlogerie traditionnelle (le mouvement), l'horlogerie créative (la position de l'organe réglant) et l'horlogerie innovante (les deux cadrans à affichage indépendant).

La synthèse qui trouvait moins grâce à mes yeux était ce cocktail d'ingrédients finalement connus. Le dôme et le balancier côté cadran? Impossible de ne pas penser à Beat Haldimann. Les deux cadrans? L'évocation du chronomètre à résonance de Journe vient à l'esprit. Un cadran pris de façon individuelle me rappellait aussi celui du tourbillon de Peter Speake-Marin. Quand au mouvement, j'avais l'impression, que ce soit dans la découpe des ponts ou dans la police de caractère utilisée d'observer un mouvement d'une montre de poche américaine.

Il fallait donc que je la voie pour pouvoir savoir de quel côté mon coeur allait pencher, celui de l'hommage déroutant et séduisant ou celui du cocktail trop évident pour être réussi.

Et finalement, mon coeur penche vers le côté positif même si je dois avouer que ce ne fut pas aussi simple.

Malgré quelques détails qui ne m'ont pas convaincu, la LM1 dégage un charme irrésistible et c'est bien cela l'essentiel. Quels sont les éléments qui contribuent à cette réussite?
  • Le balancier suspendu apporte beaucoup du fait de sa position et de son diamètre (14mm). Mais très vite, de façon très surprenante, c'est le ballet de la roue d'échappement et de l'ancre, situées entre les deux arches qui soutiennent le balancier qui attire l'oeil. Le balancier a même tendance à s'estomper face aux mouvements de ces deux petites pièces qui sont rarement aussi clairement visibles.
  • La réserve de marche "érectile" est originale même si, soyons clairs, je ne l'ai pas trouvé aussi pratique qu'un affichage traditionnel.
  • Les deux cadrans laqués et légèrement bombés sont superbes et donnent l'impression d'être en porcelaine. Les chiffres y sont parfaitement intégrés.
  • Ils sont apposés sur la platine du mouvement qui avec sa finition en rayons de soleil provoque d'impressionnants effets de lumière. La lunette intérieure n'est pas en reste car selon l'éclairage, elle se transforme en anneau lumineux.
  • Le boîtier, malgré son diamètre (44mm pour une hauteur de 16mm) est très confortable grâce à la forme des cornes qui tombent rapidement pour mieux épouser le poignet.
  • Et puis comment ne pas évoquer le mouvement où tout le talent de Kari Voutilainen s'exprime? Et si finalement c'était cela la plus grande réussite de cette LM1, d'avoir permis au talent de concepteur de Jean-François Mojon et à celui de finisseur de Kari Voutilainen de cohabiter, chacun magnifiant le travail de l'autre? Est-ce utile d'indiquer que le mouvement a une fréquence de 2,5hz? Il suffit de le voir et de considérer le diamètre du balancier pour en déduire qu'il ne pouvait pas en être autrement.
Nous pourrions décrire longuement la LM1 mais finalement un terme peut la résumer. C'est celui de cohérence. Et elle est due au fil conducteur qui unit tous ces éléments: le concept de courbe: courbe des arches qui maintiennent le balancier, courbe des ponts du mouvement, courbe du dôme, courbe des cadrans. Et une fois rassemblés, tel un puzzle, la LM1 apparaît comme un vrai objet horloger en trois dimensions, en volume, ce qui fait la particularité de chaque Machine en provenance de MB&F. Petit détail amusant: lorsque j'observais cette LM1, j'avais le sentiment d'y voir une tête de Hibou Grand Duc. Y-a-t-il un petit clin d'oeil à la JWLRYMACHINE à travers cette LM1?

Dans ce contexte, quels sont les reproches qui peuvent être faits à la LM1? Tout d'abord, la montre a le défaut d'une de ses qualités: l'architecture du mouvement qui positionne l'organe réglant côté cadran. Le mouvement, malgré sa beauté, est quasi inerte et peut créer une frustration à ce niveau. L'absence de balancier donne même une drôle d'impression. Ensuite, le fait que le second cadran soit indépendant du premier est certes séduisant mais finalement assez peu pratique dans l'optique d'une utilisation en tant que second fuseau. Et l'absence d'un indicateur jour&nuit est rédhibitoire. A ce titre, j'aurais imaginé, plutôt qu'un indicateur de réserve de marche, une sorte d'affichage jour&nuit avec un soleil qui se lève. Cela aurait donné un vrai plus fonctionnel à la montre alors que l'indicateur de réserve de marche s'avère inutile ici, la montre devant être remontée tous les jours de toutes les façons (la réserve de marche est de 45 heures). Le second cadran doit donc être plus considéré comme une sorte de chronographe heures&minutes à disposition. Enfin, la position des couronnes n'est pas des plus pratiques (seule celle de droite sert au remontage) mais cela ne nuit pas grandement au plaisir du remontage.

Les reflets du cadran et de la lunette intérieure:

La LM1 n'est donc pas une montre parfaite et c'est tant mieux. La perfection est ennuyeuse. Et les défauts se retirent sur la pointe des pieds face à l'univers envoutant proposé par Max Büsser et ses compagnons de projet. La LM1 n'a pas provoqué en moi des réactions tranchées comme n'importe quelle autre Machine a pu le faire par le passé, elle ne m'a pas dérangé (HM2 Sage Vaughn), elle ne m'a pas balancé un gros coup de poing dans la figure (HM1), elle ne m'a pas fait rire (HM4 Panda), elle ne m'a pas attiré par sa sensualité (Frog) mais elle a diffusé en moi un sentiment d'oeuvre aboutie, réfléchie au charme peut-être moins perceptible de prime abord mais sûrement plus pérenne. Avec la LM1, Max Büsser et son équipe entament un nouveau chapitre dans l'histoire de MB&F qui s'annonce fort prometteur car il est certain que chaque collection permettra d'alimenter la créativité de l'autre.

La version en or gris, plus sage, moins lumineuse:

La LM1 est à ce jour disponible en deux boîtiers, en or rose ou en or gris avec une finition de cadran légèrement différente.

Un grand merci à Charris pour le temps qu'il m'a consacré.

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