De Grisogono: OtturatOre

L'OtturatOre est une montre d'une très grande importance pour de Grisogono car elle témoigne de la nouvelle ambition de la marque. Grâce au talent et à la créativité de Fawaz Gruosi, le pôle joaillerie s'est toujours distingué par le côté audacieux, innovant de ses différentes collections. Fawaz Gruosi a souhaité insuffler cette même dynamique au pôle horloger, notamment initiée par la surprenante Meccanico dG. L'arrivée de Gérald Roden au sein de de Grisogono en 2010 vise à se donner les moyens de concrétiser cette ambition, sa feuille de route étant clairement établie: faire de ce pôle horloger une activité aussi crédible, aussi innovante, aussi surprenante que peut l'être le pôle joaillerie.

L'OtturatOre, définitivement dévoilée à la rentrée 2011 n'avait pas le droit de décevoir: il fallait, compte tenu du contexte que de Grisogono soit en mesure de présenter une montre apportant réellement quelque chose de nouveau. Et je considère cet objectif comme atteint.

En effet, l'OtturatOre se caractérise par son affichage séquentiel des complications. En d'autres termes, partant à rebrousse poil de certaines marques qui aiment démontrer la complexité de leurs mécanismes à travers l'affichage simultané des informations sur le cadran, l'OtturatOre dévoile ses complications une par une: c'est au propriétaire de la montre de choisir celle qui sera affichée. L'OtturatOre est une montre qui aime paraître faussement simple.

Car malgré cela, elle reste une montre compliquée pour principale trois raisons. La première est qu'il ne s'agit pas d'une simple montre à deux aiguilles puisqu'elle peut afficher une petite seconde, la réserve de marche, les phases de lune et les quantièmes. La deuxième raison est inhérente au module d'affichage séquentiel qui est composé de plus de 300 composants. La dernière est liée à l'architecture du mouvement.

L'équipe technique de de Grisogono a consacré plus de 3 ans à définir le module d'affichage séquentiel. Elle a dû faire face à plusieurs défis:
  • le déclenchement devait être immédiat à la pression du poussoir
  • le cadran devait tourner suffisamment vite pour donner l'impression que c'était la complication qui effectuait une rotation et non pas le cadran lui-même
  • la rotation du cadran devait s'arrêter net
  • l'énergie pour un tel mécanisme devait être suffisante
La partie visible à l'arrière de la montre n'est pas le mouvement lié à l'affichage du temps et des autres fonctions temporelles. Il s'agit bien de ce mécanisme d'affichage dont nous pouvons distinguer trois pièces importantes:
  • le barillet spécifique qui se remonte par la pression successive du poussoir inférieur. En "pompant" 20 fois sur ce poussoir (le poussoir se bloque après), nous donnons suffisamment d'énergie pour 10 rotations à 90° du cadran (donc 2 tours et demi).
  • les deux pièces situées en-dessous du barillet permettent le déclenchement immédiat (pièce à droite) et l'arrêt net (pièce à gauche). La partie la plus complexe du mécanisme à définir a été celle dédiée à l'arrêt de la rotation: compte tenu de la vitesse de rotation, il a fallu imaginer ce système permettant d'absorber l'énergie de la partie mobile et éviter ainsi un "rebond" qui aurait été visuellement désastreux.
Clairement, c'est une vraie prouesse car en actionnant le poussoir supérieur, le cadran tourne comme un éclair et s'arrête avec précision. Et effectivement, cela conduit à un effet en trompe-l'oeil puisque nous avons l'impression que c'est la complication qui tourne dévoilant la petite seconde et les quantièmes sur l'axe horizontal, la réserve de marche et les phases de lune sur l'axe vertical.

La partie visible à l'arrière de la montre étant dédiée au mécanisme d'affichage, à aucun moment nous devinons que le mouvement est automatique, le rotor étant caché. Le calibre DR 19-89, composé de 574 pièces dans sa globalité a une fréquence de 4hz et une réserve de marche de 42 heures. Certains pourraient penser que DR est un clin d'oeil à Daniel Roth, la société dans laquelle Gérald Roden a travaillé précédemment mais non: DR signifie Dial Rotation. Mais parfois le hasard comporte une petite touche d'ironie.

Incontestablement, la possibilité de changer la présentation de l'OtturatOre en actionnant un poussoir est à la fois innovant et ludique. Très vite, je me suis amusé à "pomper" pour armer le mécanisme et presser le poussoir supérieur pour animer le cadran. Mais ce côté très original ne cache pas les origines de l'OtturatOre: c'est une vraie montre de Grisogono de par son esthétique.

Le boîtier est massif (50,16mm x 44,85mm avec une épaisseur de 15,86mm) et très anguleux malgré un léger galbe. Les deux poussoirs rajoutent au sentiment de taille. L'OtturatOre n'est pas une montre discrète mais au moins il y a une raison technique dernière ce côté volumineux. Fort heureusement, les cornes sont courtes et tombent bien: la montre se positionne idéalement et grâce à la boucle, elle ne bouge pas sur le poignet. Malgré sa taille et son poids, l'OtturatOre est une des de Grisogono les plus confortables que j'ai eu la chance de porter.

Pour apporter une touche de raffinement, le cadran est décoré avec un motif clou de Paris qui apporte un petit volume et qui le rend moins monotone. Les index appliqués sont coupés en deux car une partie est située sur le cadran rotatif.

Autre rappel du style de Grisogono: la finition noircie de la partie visible du mouvement. Le spectacle proposé est inhabituel car ce n'est pas une présentation traditionnelle d'un mouvement horloger qui nous est proposée mais il est très agréable à observer, tout en relief et en engrenages.

Je dois avouer que, dans un style très différent de la Meccanico dG, j'ai été très séduit par cette OtturatOre car elle apporte quelque chose de nouveau dans le paysage horloger. Plutôt que de se battre sur le même terrain que les grandes Manufactures, de Grisogono a eu la clairvoyance de vouloir évoluer dans une nouvelle dimension. La montre est ludique et surtout elle définit une interactivité avec la personne qui la porte. C'est une approche de l'horlogerie qui à mon sens a beaucoup d'avenir: avec finalement 4 montres en une, l'OtturatOre permet à chacun d'entre nous de choisir la version qui nous convient le mieux... en fonction du besoin ou de l'humeur. Evidemment, les amateurs de montres discrètes peuvent passer leur chemin: l'OtturatOre, par son gabarit et par ses deux poussoirs proéminents en met plein la vue. Mais je n'en attendais pas moins de la part de la marque de Fawaz Gruosi!

L'OtturatOre est disponible en 5 versions combinant deux boîtiers (or gris, or rose) et 4 types de cadran (argent, noir, brun et ruthenium), les versions or rose - cadran brun et or gris - cadran ruthenium étant des éditions exclusives boutiques.

Je souhaite remercier Gérald Roden, Jérôme Riff et l'équipe de la boutique de Grisogono à Paris.

Commentaires

Gabrielbj a dit…
Je suis impressionné par la technicité de cette de Grisogono. Superbe revue, Merci.