vendredi 2 septembre 2011

Antoine Preziuso: Tourbillon Monumental

Le moins que l'on puisse dire, c'est que l'on ne s'ennuie jamais avec Antoine Preziuso. J'ai beau être habitué à son audace, à son originalité tant dans la présentation de ses montres que dans celui du choix des matériaux, je fus extrêmement surpris en découvrant cette montre totalement hors norme.

Tant qu'il est encore temps, rangeons nos Panerai et autres montres de fillettes: le Tourbillon Monumental écrase tout, évoluant dans le gigantisme avec son diamètre de 65mm. A ce niveau-là, on ne parle plus de "forte présence" ni de "design puissant", termes souvent utilisés pour qualifier les montres aux diamètres généreux. Il faut trouver d'autres adjectifs, peut-être utiliser des néologismes comme "gigamontre" ou le "bracelet-monstre" pour correctement le décrire.

Finalement, deux questions se posent lorsqu'on prend en main ce Tourbillon Monumental:
  • Comment Antoine Preziuso, créateur de montres si délicates comme l'Opus 2 a-t-il pu concevoir un tel objet?
  • Et surtout comment a-t-il fait pour ne pas sombrer dans le ridicule?
Une entreprise de cet acabit est pour le moins risquée. Il faut finalement une certaine confiance en soi et le talent requis pour s'aventurer dans ce projet car les écueils sont multiples. Antoine Preziuso a relevé le défi en s'appuyant en premier sur l'intérêt horloger du mouvement qui équipe la montre.

La principale motivation qui a conduit à la création de ce Tourbillon Monumental fut de faire revivre une ébauche de montre de poche de la fin des années 20, émanant de l'école d'horlogerie de la vallée de Joux et qui gagna un premier prix de chronométrie. La montre est donc construite autour du mouvement ce qui est un point très positif. Antoine Preziuso, s'attaquant à une de ses complications préférées, a retravaillé le mouvement pour notamment l'adapter esthétiquement à notre contexte contemporain. Ainsi, le cadran est semi-ouvert afin d'observer une partie du mouvement. Cette partie visible est pour le moins étrange, ressemblant à un assemblage de tubes, de bielles aux anglages polis noir donnant l'impression d'être en face d'une grosse machine à vapeur. Les quelques chiffres romains du cadran reprennent la forme des ponts créant un ensemble cohérent. Le numéro de série est positionné à 12 heures, la montre photographiée est donc la n°1 d'une série de 5.

Le fond du boîtier reprend le même principe que le cadran en étant partiellement ouvert. Antoine Preziuso a fait ce choix pour que notre regard soit attiré exclusivement par la cage du Tourbillon, gigantesque (25mm), le balancier au diamètre conséquent et aux vis proéminentes et l'impressionnant pont qui soutient tout cet ensemble régulant. C'est visuellement jouissif même si on aurait aimé plus de liberté visuelle: le Tourbillon et son pont semblent un peu engoncés dans leur partie. Au final que ce soit côté cadran ou côté fond, un peu plus d'ouverture, de respiration auraient été les bienvenues: le cadre d'évolution du Tourbillon est un peu trop strict.

D'un autre côté, je comprends cette approche de la part d'Antoine Preziuso. Compte tenu de la taille de l'engin, une décoration plus présente aurait irrémédiablement transformé le Tourbillon Monumental en sapin de Noël.

Le mouvement, en raison de son origine et de sa finalité est un vrai tracteur: d'une fréquence de 2,5hz, il est équipé d'un double barillet. Le rôle du double barillet est ici de délivrer la puissance et le couple nécessaire non seulement à la précision du mouvement mais également à la régularité de marche. La réserve de marche est donc plutôt limitée, à 40 heures.

J'avais des craintes légitimes quant au poids du Tourbillon Monumental. Et la montre est évidemment lourde. Cependant, cela aurait pu être bien pire compte tenu de la taille du boîtier et le poids propre du mouvement. Antoine Preziuso a privilégié une construction en tambour (les lunettes supérieure et inférieure sont reliées par des piliers, un principe que j'avais déjà vu chez Genta) et le mélange entre parties en or rose et en titane. Le rôle du titane est bien entendu d'alléger le boîtier.

Ce mélange de couleurs, la décoration du cadran, les piliers, les ergots de la lunette soutenant les vis des piliers créent une atmosphère qui me fait penser à une machine infernale sortie de l'esprit de Jules Verne. Le Tourbillon Monumental verse sans aucun doute dans le Steampunk... ce qui n'est pas pour me déplaire.

En toute honnêteté, je ne me vois pas avec un tel mastodonte au poignet ne serait-ce qu'une journée. Mais, étonnement, le rendu au poignet n'est pas si loufoque que cela. Les cornes sont relativement courtes si bien que le boîtier ne déborde pas trop. Porter une telle montre procure la même sensation, j'imagine, que lorsqu'un gracieux poignet féminin est affublé d'une Panerai de 47mm...

Il faut rendre hommage à Antoine Preziuso et ce à plusieurs titres: en présentant ce Tourbillon Monumental, il s'est d'abord retrouvé là où on ne l'attendait pas, le gigantisme. Ensuite, il a su définir un style cohérent pour cette montre qui lui fait éviter de tomber dans le grand guignol. Enfin et surtout, il a fait revivre un très beau mouvement du passé. Ce Tourbillon Monumental peut être considéré comme une sorte de trait d'union entre 80 ans d'horlogerie.

Un grand merci à l'équipe de la Boutique "Les Heures Précieuses" à Genève.

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