dimanche 29 mai 2011

Lange & Söhne: Saxonia Automatic (2011)

La nouvelle version de la Saxonia Automatic fut dévoilée au cours du SIHH 2011 dans le contexte de la refonte de la collection Saxonia qui constitue l'entrée de gamme de la manufacture de Glashütte.

Cette nouvelle version à calibre automatique n'existe qu'en une seule taille (38,5mm), en or rose ou en or gris alors qu'auparavant elle existait en 37mm avec date ou en 40,6mm sans.

Elle profite évidemment des changements esthétiques apportés aux Saxonia qui font légèrement évoluer le style de cette collection:
  • le lunette est plus fine
  • le rehaut est incliné
  • les index sont plus longs
  • une discrète minuterie est apposée sur le cadran
  • la trotteuse est du même métal que le boîtier
  • les cornes sont plus courtes et plus galbées
  • la couronne est plus facile à manipuler
Ces changements n'apparaissent que comme des détails mais, tous cumulés, ils ont leur importance en ayant pour but d'améliorer le confort et d'adoucir le style germanique de la montre. La contrepartie est que la Saxonia perd en caractère ce qu'elle gagne en académisme. Prenons par exemple la trotteuse. La trotteuse bleuie de la Saxonia précédente pouvait surprendre mais elle apportait finalement un peu de piment. La nouvelle Saxonia est sans aucun doute plus harmonieuse mais aussi plus lisse.

Mais c'est le mouvement qui apporte le changement le plus fondamental. Le Sax-O-Mat tire sa révérence, remplacé par un tout nouveau mouvement, le L086.1 à rotor central.

Ce mouvement a une réserve de marche de 72 heures contre 46 heures pour le Sax-O-Mat. Cette augmentation était voulu par Lange afin de pouvoir quitter la montre pendant le week-end et la récupérer sans avoir besoin de la régler. C'est bien évidemment un plus pour l'aspect fonctionnel mais nous pouvons nous demander si pour une montre trois aiguilles, ces 72 heures sont si importantes que cela: quelques secondes suffisent à la remettre à l'heure. Et puis le problème est que cette augmentation de la réserve de marche a obligé Lange à revoir l'architecture du mouvement. Le rotor 3/4 est supprimé, remplacé par un rotor central afin de laisser la place à un barillet plus conséquent.

Le mouvement L086.1 est fini selon les standards de Lange et est donc très agréable à regarder mais est-il aussi beau que l'est le Sax-O-Mat? Clairement non: le rotor 3/4 qui a équipé les montres Lange automatique fait partie de l'ADN de la marque et manque cruellement ici.

Autant l'utilisation d'un nouveau mouvement pourrait à la rigueur se comprendre avec la Saxonia Calendrier Annuel du fait de la complication mais pour cette Saxonia Automatic, qu'est-ce qui concrètement empêchait de garder le Sax-O-Mat? Rien en définitive.

L'atout de la nouvelle version réside dans l'amélioration du confort: la forme des cornes fait bien son effet, la taille est idéale pour une montre habillée et le cadran équilibré. Elle se porte donc avec plaisir.

La Saxonia Automatic laisse donc un sentiment mitigé: sa qualité d'exécution est conforme aux standards de Lange, son boîtier est confortable et ses performances à l'usage supérieures à sa devancière. Malheureusement elle perd une partie de son charme en abandonnant le Sax-O-Mat et quelques petits détails peut-être anodins mais qui donnaient le soupçon d'âme supplémentaire. Il faut donc que Lange fasse attention à ne pas trop rentrer uniquement dans cette logique de montre plus facile à vivre: cette objectif, au demeurant louable, n'est pas forcément la priorité des amateurs qui privilégient le respect des critères fondamentaux des marques. Et le rotor 3/4 en fait partie. Mais j'imagine que c'est un peu le prix à payer pour élargir la base de sa clientèle qui ne peut plus être constituée uniquement de collectionneurs purs et durs.

Un grand merci à l'équipe Lange pour son accueil pendant le SIHH 2011.

Vacheron Constantin: Aronde 1954

La collection des Historiques donne à Vacheron Constantin l'opportunité de proposer des rééditions de montres ayant marqué son histoire et se faisant, de dévoiler des modèles aux designs de caractère et aux formes peu envisageables s'ils étaient conçus aujourd'hui: l'Aronde 1954 s'inscrit dans cette lignée de montres "historiques" de forme après la Toledo 1952, l'Américaine 1921 et l'Ultra-Fine 1968 avec son boîtier au style si particulier.

L'Aronde tire d'ailleurs son nom de son boîtier en or rose: d'une rare complexité, sa carrure évoque les ailes de l'hirondelle grâce au double-arrondi. Quelque soit l'angle d'observation, le boîtier surprend par ses détails, par sa finition, par les alternances entre parties polies et brossées: il est l'atout majeur de l'Aronde en définissant sa propre forme, ni rectangulaire, ni trapézoïdale, ni vraiment "pagode". Il n'est certes pas d'une finesse absolue mais cette relative épaisseur permet de bien souligner ses traits et contribue à son charme.

Ses dimensions sont pour mon poignet idéales (31,20 x 44,50mm): il ne faut pas oublier non plus que le sentiment de taille est plus perceptible avec une montre de forme qu'avec une montre ronde.

Une des conséquences de l'utilisation d'un tel boîtier est la forme galbée du verre. Il dépasse même légèrement le boîtier au niveau de l'intersection des deux arrondis. La beauté de la montre provient notamment de ce contraste entre les éléments tout en rondeur (carrure, verre) et les parties plus géométriques.

Parmi celles-ci se trouve le cadran dont le guillochage alternant les lignes horizontales et verticales, dessine une espèce d'échiquier à 4 cases. Les index et chiffres appliqués, le logo apportent une note de relief. L'ensemble est moins simple qu'il n'y paraît et exécuté avec beaucoup de soin.

Côté mouvement, Vacheron Constantin a fait le choix d'utiliser le mouvement maison à remontage manuel, le 1400. Le 1400 est certes petit (9 lignes) mais très joliment dessiné avec une découpe de la platine en "nuages" avec deux angles rentrants. La petitesse du calibre ne se devine pas trop côté cadran, le secteur de la petite seconde étant équidistant du "6" et du centre du cadran.

La fréquence du 1400 est de 4hz et sa réserve de marche de 40 heures. Sa finition est réalisée selon les critères du Poinçon de Genève. Cependant le propriétaire de l'Aronde n'aura pas le loisir de l'apprécier, le fond du boîtier est plein. Ce n'est pas illogique, cela n'aurait pas été très joli de dévoiler un mouvement rond, même très bien fini, dans le contexte d'une montre de forme.

Grâce à ses courbes, l'Aronde semble totalement épouser le poignet: elle se porte avec grand confort et révèle toute sa subtilité et son charme. Car l'Aronde est loin d'être une simple montre de forme à trois aiguilles. Le travail effectué sur le boîtier, sur le cadran fait que nous pouvons passer de longs moments à examiner ses moindres détails.

Sans aucun doute, Vacheron Constantin a tapé dans le mille en rééditant l'Aronde: elle fut selon moi une des montres les plus séduisantes du SIHH 2011 grâce à son originalité subtile et à son raffinement.

Merci à l'équipe Vacheron pour son accueil au cours du SIHH.

mardi 24 mai 2011

De Bethune: DB25QP

Décidément, l'année 2011 aura été très riche en nouveautés pour De Bethune. Parmi elles, se cache une montre que l'on attendait depuis longtemps. Alors que le principe de De Bethune est de nous surprendre à chaque fois, cette fois-ci De Bethune présente une montre qui ne pouvait qu'être développée. Il s'agit de l'évolution en version automatique de la DB15. Est-ce pour cela qu'elle est moins attrayante que les autres? Non, bien au contraire!

Tout d'abord, l'évolution est logique car un des regrets associés à la DB15 est son mouvement à remontage manuel. Certes, il s'agit d'un mouvement exceptionnel à la réserve de marche relativement importante (5 jours) mais pour une montre QP, on attend de façon plus logique un mouvement automatique pour pouvoir laisser la montre sur un winder.

C'est la raison pour laquelle la DB25QP fut accueillie de façon si favorable en devenant le premier QP automatique de la manufacture de L'Auberson.

Mais alors, pourquoi l'appeler DB25QP et non pas DB15 automatique ou quelque chose de ce genre? Tout simplement parce que la DB25QP abandonne le boîtier à cornes en obus de la DB15 pour récupérer le boîtier élancé à cornes évidées des DB25 simples, Phases de Lune et Tourbillon.

Et comme chez De Bethune, rien ne se passe comme chez les autres, ils trouvent le moyen de faire une version automatique plus fine que la version manuelle (44mm de diamètre et 10,8mm d'épaisseur contre 43mm de diamètre et 12,4mm d'épaisseur pour la version manuelle). Le diamètre supérieur, la finesse du boîtier, le côté délicat des cornes rendent la DB25QP beaucoup plus élancée que sa devancière. Incontestablement, l'évolution esthétique est réussie.

Côté cadran, en revanche, nous nous retrouvons dans un contexte ultra connu avec comme point d'orgue le superbe indicateur de phases de lune sphérique et les aiguilles incurvées qui le survolent. L'indicateur de l'année bissextile est toujours aussi discret, logé dans la zone dédié aux phases de lune. Les finitions sont évidemment irréprochables et contribuent à donner relief et dynamisme au cadran malgré l'absence de trotteuse. Le rehaut, les sous-compteurs soulignés par un cerclage, le guillochage en rayons de soleil, la qualité des chiffres peints en plusieurs couche, tout est parfaitement exécuté.

En retournant la montre, nous découvrons sans surprise le mouvement DB2024 QP qui est bien entendu une évolution du DB2024 avec un module QP. Visuellement, il ne diffère donc pas du DB2024 et nous retrouvons le balancier en titane&platine protégé par le système triple-parechute, le rotor également en titane&platine et le spiral à courbe terminale plate. C'est techniquement très abouti mais visuellement pas aussi accrocheur que le cadran même si le résultat est très propre. L'idée chez De Bethune est vraiment de se concentrer dans les solutions techniques plutôt que de partir dans des décorations flatteuses: l'efficacité d'abord. Le mouvement DB2024QP reprend logiquement les performances du DB2024: une fréquence de 4hz et une réserve de marche de 5 jours.

Grâce à son boîtier, la DB25QP procure un sentiment différent de la DB15 au poignet: elle fait beaucoup plus grande et gagne en élégance, la DB15 paraissant plus massive.

La DB25QP est donc une nouvelle réussite de la part de De Bethune conjuguant avec bonheur la beauté de la présentation de la DB15 avec les caractéristiques du calibre automatique DB2024QP, plus adapté à la complication majeure de la montre, le calendrier perpétuel.

A noter que De Bethune a profité de cette année pour rationaliser la présentation de sa collection, celle-ci se déclinant maintenant en 4 lignes: Dream watches, The Classics, Dress watches, Sports watches. La pierre angulaire de la ligne "Dress watches" est constituée par les différentes DB25. Les DB25, de la version simple à la version Tourbillon, avec leurs boîtiers caractéristiques deviennent une sorte de base de collection pour De Bethune. Je pense sincèrement que c'est une très bonne idée d'avoir organisé ainsi la collection car régnait auparavant un sacré bazar qui pouvait dérouter le collectionneur.

dimanche 22 mai 2011

Maurice Lacroix: Régulateur Roue Carrée

Le Régulateur Roue Carrée est pour le moins une montre déroutante. Profitant de l'affichage spécifique du temps inhérent au régulateur, Maurice Lacroix a imaginé un système original pour l'indication des heures à travers le ballet de deux roues aux formes pour le moins inhabituelle: l'une carrée, donnant son nom à la montre et l'autre en trèfle. Lorsque nous regardons les photos, nous nous demandons comment ces deux roues peuvent tourner et ainsi positionner la flèche dessinée sur la roue carrée en face du bon chiffre. Et pourtant, elles tournent!

Un tel exploit a été rendu possible grâce au partenariat entre Maurice Lacroix et la Haute Ecole Arc Ingénierie du Locle qui, sous l'impulsion de Michel Vermot, a développé ce jeu d'engrenages. La difficulté fut double: d'abord la roue carrée doit tourner correctement et ensuite, elle doit le faire de façon constante! C'est la raison pour laquelle la roue en forme de trèfle a été imaginée, tout comme la forme particulière des dents.

Détail amusant: ces deux roues se trouvent logées dans un secteur de la platine du mouvement qui épouse la forme des deux roues (vraiment rondes) situées côté mouvement: un petit rappel qui a pour but d'accentuer le contraste entre tous ces engrenages!

Contrairement à ce que nous pouvons penser de prime abord, la montre n'a pas de cadran: toutes les indications, gravures, aiguilles et roues donc sont apposées à même la platine du mouvement. La platine est décorée avec une finition satinée verticale tandis que les différents secteurs (petite seconde et deux roues) ont un fond sablé. L'ensemble est réalisé avec soin et sobriété. La finition met en valeur les aiguilles et les roues qui contrastent sans excès avec la platine. Côté face, la montre propose un jeu harmonieux de couleurs, peut-être un poil triste mais la forme des deux roues apporte déjà suffisamment d'originalité. Maurice Lacroix a eu le bon goût de ne pas surcharger ce côté de textes inutiles, la réserve de marche à 3 heures est ainsi très discrète tout en équilibrant la présentation des informations.

Le mouvement qui sert de base à l'animation des deux roues est le mouvement maison ML 153. Il s'agit en fait d'un mouvement reprenant l'architecture de l'Unitas mais qui a été revu par Maurice Lacroix. Unitas oblige, nous retrouvons son architecture, sa fréquence (2,5hz). Sa réserve de marche est de 48 heures.

Il se distingue de l'Unitas par sa platine 3/4 et sa raquetterie. Sa finition est toute en cohérence avec le côté face: là aussi, Maurice Lacroix a pris le parti de la sobriété et c'est tant mieux.

Le boîtier acier, d'un diamètre de 43,5mm alterne les parties satinées et polies.

Ce Régulateur Roue Carrée a donc tout pour plaire: une réinterprétation intéressante du principe du régulateur, l'originalité des deux roues, une finition propre. Cependant, il y a un point qui cloche, inhérent à cet affichage de l'heure.

Les roues tournant de façon constante, il y a des positions de la roue carrée qui ne rendent pas la lecture des chiffres des heures aisée. De plus, l'affichage des heures étant par définition une complication lente, la cinématique des engrenages n'est pas assez rapide pour être suffisamment jouissive visuellement.

Maurice Lacroix l'a compris d'ailleurs, en sortant en 2011 la Roue Carrée Seconde. Avec cette version, la montre récupère un affichage traditionnel de l'heure mais la vitesse de rotation des roues rend cette fois-ci la montre beaucoup plus impressionnante à voir fonctionner que sa devancière.

Un grand merci à Michel Fréret de la boutique Montres & Merveilles à Paris.

mercredi 18 mai 2011

Patek Philippe: 5270G

Comme nous pouvions nous y attendre, le salon de Bâle 2011 fut le théâtre de la présentation du tout nouveau chronographe-QP de Patek Philippe portant la référence 5270. En effet, il était plus que logique qu'une année après la 5170, première montre masculine à être équipée du mouvement chronographe maison, le CH 29-535 PS, un chrono-QP suive dans la foulée.

Patek Philippe ne s'est pas contenté de redéfinir son mouvement mais en a également profité pour apporter une rupture esthétique marquée par rapport aux 3970 et 5970.

C'est la raison pour laquelle le premier détail que nous remarquons lorsque nous comparons la 5270 à ses glorieux ascendants, c'est le boîtier en or gris au caractère plus marqué, finalement moins discret, moins raffiné même s'il ne manque pas d'élégance: il contribue à donner un côté très masculin à la 5270, sa taille (41mm) étant amplifiée par le forme et la longueur des cornes très géométriques. Le diamètre n'est donc supérieur que d'un millimètre par rapport à celui de la 5970 et pourtant la 5270 semble bien plus grande.

5270:

5970:

Cela est dû au côté plus sobre du cadran de la 5270. L'échelle tachymétrique est supprimée, les deux sous-compteurs horizontaux s'écartent (et se retrouvent très légèrement sous l'axe central de la montre) et le nombre d'aiguilles se réduit. L'astuce pour arriver à un tel résultat a été de changer le mode d'affichage de l'année bissextile et de l'indicateur jour/nuit. Ces deux informations sont indiquées par le biais de guichets situés à gauche et à droite du compteur des phases de lune et des quantièmes.

Les aiguilles centrales en feuille de sauge sont en cohérence avec le boîtier: elles ont un aspect clairement moins fin que celles des 3970/5970 mais se marient bien avec le côté plus massif du boîtier. Les indexes sont eux aussi moins discrets et peut-être trop en volume pour mon goût.

L'impression générale est que le cadran respire mieux même s'il faut une petite période d'accoutumance liée à la présence des deux guichets. Les informations se lisent sans difficulté même si nous retrouvons le traditionnel problème lié au survol par les aiguilles centrales des guichets des mois et des jours. Rien de bien grave cependant car c'est bien le sentiment d'équilibre qui prédomine. Incontestablement, il y a une touche particulière de la part de Patek Philippe lorsqu'il s'agit de développer un chrono-QP: nous sentons bien que l'exercice qui consiste à rassembler au sein d'une même montre ces deux complications de référence est totalement maîtrisé. Malgré une présentation de cadran légèrement différente, la 5270 est bien digne de ses origines Patek Philippe.

Le Calibre CH 29-535 PS Q se dévoile lorsque nous retournons la montre. Bien évidemment, il s'apprécie de la même façon que sur le 5170 avec son esthétique sans faille, sa finition discrète et irréprochable. Je fais partie de ceux qui regrettent que la roue à colonne soit recouverte même si cette démarche est logique de la part de Patek, tant du point de vue technique que décoratif. De toutes les façons, cela ne nuit pas à la beauté de l'ensemble.

Le diamètre de la partie visible est de 29mm mais du fait de la fonction QP, le diamètre total du mouvement est de 32mm. La 5270 profite des atouts du nouveau mouvement pour se distinguer du CH 27-70 Q (sur base Nouvelle-Lemania) sur 3 principaux aspects:
  • la réserve de marche qui atteint les 65 heures
  • la fréquence qui passe de 2,5hz à 4hz
  • le compteur instantané des minutes
La contrepartie de ces meilleures performances est une complexité de la construction en hausse, le nouveau mouvement ayant autour de 100 pièces en plus par rapport au CH 27-70 Q.

Lorsque nous mettons la 5270 au poignet, les différences avec le 5970 sont encore plus marquées notamment à cause des cornes et du cadran plus aéré. Il est intéressant de remarquer que pour le chronographe simple, Patek a choisi une voie qui passe d'un chronographe de caractère (5070) à un chronographe au charme suranné et plus petit (5170). Le chemin est radicalement opposé avec le chrono-QP, Patek passant d'une montre raffinée (5970) à une montre plus imposante et peut-être moins subtile. Finalement, les inconditionnels collectionneurs de la marque vont se sentir obligés de posséder ces 2 chronographes-QP pour profiter des charmes particuliers de chacun...

A noter enfin un entre-cornes de 21mm à tenir compte pour tout changement de bracelet.

Le chrono-QP 5270 est aujourd'hui uniquement disponible en or gris mais gageons qu'il sera décliné en d'autres versions.

Un grand merci à l'équipe de Patek Philippe France.

lundi 9 mai 2011

Vacheron Constantin: Patrimony Contemporaine QP

Une des plus jolies nouveautés du SIHH 2011 est sans aucun doute cette Patrimony Contemporaine QP. Il n'est jamais aisé de rajouter une complication dans une collection et Vacheron Constantin a réussi l'exercice en préservant la finesse et le raffinement simple caractéristiques des Patrimony Contemporaine. Pour cela, Vacheron Constantin a dû relever deux défis.

Le premier défi consistait à rendre le cadran très pur dans le contexte d'une complication qui a tendance à les rendre plutôt bien remplis pour ne pas dire confus. Pour cela, il est important de donner l'impression que les informations sont harmonieusement réparties et non pas ramassées dans un petit périmètre. L'objectif est atteint grâce aux index, à la très discrète minuterie et à l'organisation du module QP en 4 sous-cadrans: les deux sous-cadrans les plus utilisés, celui des quantièmes et des jours ne sont dédiées qu'à l'affichage d'une seule information, les mois et l'année bissextile se retrouvant à midi dans un sous-cadran de type 48 mois. Ce dernier est plus compliqué à lire mais les deux sous-cadrans de l'axe horizontal sont clairs, lisibles. Le dernier sous-cadran, celui de l'affichage des phases de lune se présente de façon très traditionnelle. Ce n'est pas pour cela que Vacheron Constantin a négligé sa finition bien au contraire. Ce sous-cadran apporte le petit piment qui relève le plat sans le dénaturer en donnant un très joli contraste entre la lune en or et le ciel en lapis-lazuli. Ce bleu "casse" très légèrement le ton général de la montre et met en valeur le cadran en opalin argenté. Une très belle réussite de la part de Vacheron Constantin.

Le deuxième défi était de préserver la ligne et la finesse du boîtier des Patrimony Contemporaine. Et pour cela, il n'y avait pas 36 solutions: le calibre de base et le module ne devaient pas dépasser une certaine hauteur. Vacheron Constantin a donc fait le choix d'utiliser le 1120 QP dont l'épaisseur combinée des deux éléments dépasse à peine les 4mm.

Le 1120 fait partie des calibres mythiques de l'horlogerie grâce à sa beauté, à sa faible épaisseur, à sa fréquence particulière (2,75hz), à son balancier à masselottes de réglage Gyromax, aux marques prestigieuses qui l'ont utilisé. La finition a été réalisée dans le respect des règles du Poinçon de Genève, tout en raffinement sans tape à l'oeil. Le travail sur le rotor squeletté est magnifique. J'aurais cependant peut-être alourdi le rotor avec un métal d'une couleur plus neutre que l'or jaune. L'autre reproche que nous pouvons faire au mouvement est sa réserve de marche plutôt courte (40 heures) pour un QP.

Grâce à un rapport diamètre/épaisseur de boîtier élevé (41mm/8,9mm), la Patrimony QP est très élancée et fait relativement grande au poignet. Pour un poignet comme le mien, ce diamètre est quasiment le maximum acceptable pour une montre habillée à la lunette fine. Heureusement, les cornes sont très bien pensées et "contiennent" la montre.

Cela faisait finalement longtemps que Vacheron Constantin n'avait pas présenté un QP "aussi simple" et pourtant, cette Patrimony QP donne le sentiment d'être dans la collection depuis de nombreuses années tellement elle est imprégnée du style de la Manufacture genevoise... N'est-ce pas là la grande réussite de cette Patrimony QP? A peine dévoilée, déjà un classique! Grâce à la qualité irréprochable des finitions et à son style classique bien assorti au boîtier plus moderne, elle dégage un charme incontestable et se présente comme une offre très crédible dans le segment des QP simples des maisons prestigieuses.

Un grand merci à l'équipe Vacheron pour leur accueil au cours du SIHH 2011.

dimanche 8 mai 2011

Bell&Ross: Airborne II

Je souhaite vous présenter très brièvement cette Airborne II car elle constitue selon moi une évolution esthétique pertinente de ce modèle qui fut dévoilé en 2009.

L'horlogerie et les têtes de mort, c'est une vieille histoire... la combinaison des deux rappelant que le temps qui passe conduit à une issue inéluctable. L'occasion faisant le larron, Bell&Ross en rendant hommage aux parachutistes de l'US Airborne a su ainsi conserver l'ambiance militaire qui règne autour de ses montres tout en surfant sur la tendance qui conduit à présenter des montres plus "provocantes".

Le problème de la première Airborne, malgré son boîtier BR01 de 46mm et son cadran en tête de mort, était qu'elle semblait un peu trop lisse finalement. Il lui manquait la petite touche de peps pour la rendre vraiment excitante: elle faisait un peu trop montre "pour choquer le bourgeois".

L'objectif de cette Airborne II, dévoilée au Salon de Bâle 2011, est de casser ce sentiment et... d'achever le travail en la rendant plus cohérente. Et nous nous rendons compte qu'il suffit de deux détails pour y arriver.

Le premier est la finition du boîtier en canon de fusil. Le deuxième est le bracelet en cuir avec une finition usée. Les deux combinés donnent un côté plus brut à l'Airborne qui lui va à ravir: elle semble avoir traversé le temps, subissant les assauts du temps et des événements. Comme les boîtiers en acier sont frottés aléatoirement pour obtenir un tel résultat, chaque montre aura un aspect différent... lorsqu'on y mettra le nez dessus.

Pour le reste, tout est conservé: le boîtier BR01 de 46mm (je n'imagine pas l'Airborne avec un boîtier plus petit) et le mouvement ETa2892 sur lequel il n'y a pas grand chose à signaler.

De toutes les façons, cette montre n'a pas l'objectif d'être un sommet horloger: elle est là pour plaire esthétiquement parlant et elle réussit son objectif en étant plus aboutie que sa devancière grâce à son côté "roots".

Finalement, l'Airborne II, c'est un peu la preuve qu'en horlogerie aussi, on peut sembler "vieux, usé, fatigué" et avoir de belles années devant soi.

Merci à l'équipe Bell&Ross du Salon de Bâle pour leur accueil.

Corum: Admiral's Cup Legend

Sous l'impulsion d'Antonio Calce, Corum fait preuve d'une très belle dynamique et remodèle sa collection avec justesse en s'appuyant sur ses deux principaux piliers: les lignes Admiral's Cup et Bridges.

L'Admiral's Cup Legend n'est sûrement pas la nouveauté Corum la plus impressionnante ni la plus innovante. Mécaniquement parlant, elle ne présente d'ailleurs pas grand chose de nouveau. Mais elle est très importante dans la stratégie de la marque en orientant la ligne Admiral's Cup vers une dimension à la fois plus élégante et plus accessible, en d'autres termes: moins radicale.

Corum a travaillé sur plusieurs détails afin de l'adapter à ce nouveau contexte. Le boîtier de 42mm conserve sa forme caractéristique à lunette dodécagonale mais les cornes ont été adoucies en devenant plus galbées. Ce boîtier est vraiment l'élément le plus fondamental de cette montre: il lui donne beaucoup de caractère et d'originalité.

La finition du cadran est très réussie avec un joli contraste entre les chiffres et index appliqués et le motif vertical (ou en grain d'orge pour la version en or rose). Le rehaut comporte toujours les fanions mais ils sont dessinés d'une façon tellement discrète qu'ils ont tendance à se fondre dans le cadran. Quand à la petite seconde, elle évoque le monde des régates, étant graduée comme un compte à rebours.

Comme nous pouvions nous en douter du fait de la présence de la petite seconde, l'Admiral's Cup est équipée d'un mouvement ETA2895, d'une fréquence de 4hz et d'une réserve de marche de 42 heures. Il est correctement fini avec un joli rotor gravé du nom de la marque.

Mais en retournant la montre, nous voyons bien là où le bât blesse: il est incontestablement trop petit pour le boîtier. Le fond saphir aurait pu être avantageusement remplacé par un fond plein gravé qui n'aurait pas nuit à l'élégance de la montre. Mais la demande de la clientèle est là: intérêt horloger ou pas, les mouvements doivent être vus.

Le problème n'est finalement pas à l'arrière de la montre plutôt côté cadran: la petite seconde se trouve évidemment trop près du centre. C'est malheureusement quelque chose que nous revoyons régulièrement avec les montres équipées de ce mouvement comme chez Bell&Ross par exemple. Nous sentons bien que les designers ont travaillé pour masquer cela mais malgré leurs efforts (taille des index par exemple), ce déséquilibre reste perceptible.

Ceci dit, ce n'est pas un détail rédhibitoire pour tous ceux qui souhaitent profiter du boîtier Admiral's Cup avant tout: la montre se porte avec un plaisir certain et le soin apporté à sa finition contribue à son charme emprunt de simplicité. L'Admiral's Cup est disponible en or rose, en acier et en or/acier. A noter qu'une version pour femmes est disponible en 38mm et sans petite seconde.

Vendue pour sa version acier sur cuir à un tarif autour de 3.500 euros, elle permet à une plus large clientèle d'accéder à une marque qui depuis plus de 55 ans marque le paysage horloger par sa singularité.

Un grand merci à l'équipe Corum pour leur accueil lors du Salon de Bâle.

lundi 2 mai 2011

Baume et Mercier: Capeland Flyback

Parfois on se dit qu'il ne manque pas grand chose pour qu'une montre soit vraiment réussie. Ici c'est plutôt l'inverse: il y a un détail qui la plombe.

Et pourtant, l'histoire de cette Capeland Flyback, nouveauté du SIHH 2011, commence plutôt bien. Inspirée par une Baume et Mercier Monopoussoir de la fin des années 40, elle surfe allègrement sur la vague néo-rétro. Son cadran combine avec beaucoup de bonheur les deux échelles, télémétrique et tachymétrique pour recréer ce design si particulier des chronographes de l'époque. L'échelle en spirale remplit le cadran sans le surcharger et lui donne un côté équilibré. Les aiguilles apportent une touche d'élégance et se marient parfaitement avec les indications du cadran.

Le boîtier est lui aussi plutôt réussi avec une forme galbée qui tente de faire oublier son diamètre (44mm) et son épaisseur (16,5mm!!!) imposants. La couronne et les poussoirs ne font pas non plus dans la demi-mesure mais restent cohérents avec le boîtier. Les cornes, relativement courtes et incurvées réduisent la perception de la taille.

Le mouvement est plutôt original pour une Baume et Mercier: il s'agit d'un Lajoux-Perret 8147-2 qui change des traditionnels mouvements que l'on retrouve dans les chronographes de la marque. Le mouvement est sommairement fini (quel dommage cependant ces vis bleuies hors de contexte!) mais il dégage un très joli sentiment de profondeur. De plus, détail d'importance: il est flyback ce qui n'est finalement pas si courant. Il possède une réserve de marche de 48 heures et une fréquence de 4hz.

Cadran au charme vintage, jolies aiguilles, boîtier réussi, mouvement original, mais alors qu'est-ce qui cloche? Malheureusement, il a fallu que Baume et Mercier prenne la décision de mettre un guichet de date sur le cadran. Certes, de très nombreux clients ne peuvent se passer de la date. Mais après tout, la gamme de Baume et Mercier possède déjà des chronographes avec date alors pourquoi insister avec ce chronographe Capeland? Car le résultat est là: la taille du calibre étant ce qu'elle est dans ce boîtier de 44mm, le guichet de date est si mal positionné qu'il coupe l'échelle tachymétrique. Une vraie catastrophe tant du point de vue pratique qu'esthétique. Et voilà comment un détail, un seul, gâche une montre qui n'est pas dénuée d'atouts par ailleurs.

Avec cette Capeland Flyback, Baume et Mercier souhaite incontestablement "monter en gamme" et donner une image plus valorisante de sa collection. Du point de vue qualitatif, le résultat est atteint: cette Capeland navigue bien au-dessus du reste de la collection. D'ailleurs, la qualité du package (l'écrin est superbe) s'inscrit dans cette même démarche. C'est la raison pour laquelle cela rend cette histoire de guichet de date encore plus frustrante!

A noter que la Capeland Flyback est également disponible en or rose.

Merci à l'équipe de Hall of Time à Bruxelles.

dimanche 1 mai 2011

Romain Gauthier: HMS Titane

Romain Gauthier nous a surpris au Salon de Bâle 2011 en présentant une déclinaison moins habillée de la HMS.

Il est important de rappeler que les montres de la collection Prestige équipée du mouvement 2206 HMS se caractérisent par leurs cadrans semi-ouverts et par la présence d'une trotteuse. Contrairement à la HM dont le principe est celui de la symétrie, la HMS propose un cadran plus déstructuré, moins rigide et surtout sur plusieurs niveaux. La HM joue en effet sur un autre registre, celui du classicisme à l'état pur avec un guillochage traditionnel autour du segment dédié à l'indication du temps.

J'ai à titre personnel une grande préférence pour la HMS car elle utilise, selon moi, bien mieux l'organisation spécifique du cadran avec son affichage décentré. La place libérée est utilisée pour faire apparaître l'organe réglant de la montre et la trotteuse avec sa roue. D'un cadran "inerte", nous passons à un cadran vivant, animé.

La HMS Titane surprend car nous n'attendions pas Romain Gauthier dans cet exercice, lui qui apparaît comme un des chantres de l'horlogerie classique, prolongeant le travail de son mentor, Philippe Dufour. Mais c'est justement ce côté surprenant qui séduit dans la démarche. Il y a d'abord un constat: de nombreux clients souhaitent que leurs montres équipées de beaux mouvements puissent être portées avec moins de contraintes. Ensuite, cette démarche permet à Romain Gauthier de s'exercer sur un nouveau créneau.

La HMS Titane:

La HMS Titane n'est pas seulement une HMS avec un boîtier Titane. Quelques détails esthétiques différent par rapport à la HMS, disponible uniquement en or gris, rose ou en platine:
  • La police des chiffres n'est pas la même et une graduation des heures a laissé place à une graduation heures-minutes.
  • La graduation des secondes est plus complète (nous passons à un arc de cercle de 180° à près de 300°).
  • Cet arc de cercle passe sous la graduation des heures-minutes alors qu'avec la HMS, il se trouve au premier plan.
  • Le cadran est décoré différemment: la pièce centrale en rayons de soleil est supprimée tandis que des bandes horizontales font leur apparition sur le côté supérieur du cadran
  • Les aiguilles heures-minutes sont évidées.
Tous ces détails font que la HMS Titane tranche avec la HMS malgré un air de famille certain. Il s'agit donc d'un très joli travail en terme de design.

La HMS:

Nous retrouvons en revanche des points communs qui constituent le contenu attendu d'une montre Romain Gauthier:
  • L'harmonie des couleurs
  • La finition exceptionnelle tant des éléments du cadran que ceux du mouvement
  • La forme et la taille du boîtier de 43mm de diamètre
  • Et surtout: le fameux calibre 2206 HMS.
Ce calibre à remontage manuel est bien évidemment la marque de fabrique de Romain Gauthier: il est à la fois traditionnel par le soin apporté aux détails (le balancier à 4 masselottes, la forme des vis en S), par ses matériaux et innovant par son architecture autour de la couronne placée horizontalement sous la montre. Sa fréquence est inhabituelle pour un calibre à remontage manuel "indépendant" tout en proposant une réserve de marche de 60 heures: 4hz alors que nous voyons bien plus fréquemment du 2,5hz ou du 4hz. Le style dé décoration est légèrement différent de celui du mouvement de la HMS avec ici de très larges côtes horizontales qui ne sont pas sans rappeler le cadran.

Ce qui surprend toujours lorsque nous mettons une montre Romain Gauthier au poignet, c'est l'absence de couronne visible. Cette surprise demeure ici et malgré le côté plus sport de la HMS Titane, cette absence ne nuit pas à l'esthétique de la montre. Elle reste très confortable, la couronne ne se sentant pas. Son poids est évidemment plus léger que celui de la HMS, boîtier Titane oblige.

Le bracelet présenté sur les photos n'est pas le bracelet définitif, je vous rassure tout de suite.

Evolution réussie de la HMS, la HMS Titane nous permet de découvrir une nouvelle facette du talent de Romain Gauthier. Mais maintenant, cela nous rend encore plus impatient de découvrir un nouveau calibre avec cette fois-ci, une complication.

Merci à Romain Gauthier pour sa disponibilité pendant le salon de Bâle.