samedi 30 avril 2011

M. Benjamin: Spyder Tourbillon

Benjamin Muller est né en 1975 à Besançon. Très tôt, grâce à père, Jean Muller, qui avait lancé la marque de luxe Bugatti, il a baigné dans une ambiance qui ne pouvait que l'amener à choisir comme métier la création horlogère. Du fait de sa formation extrêmement complète, Benjamin Muller fait partie de ces rares personnes capables de maîtriser les différentes étapes qui conduisent à l'élaboration du produit fini. Il n'est certes pas un horloger mais ses connaissances lui permettent par exemple d'intégrer les contraintes liées aux mécanismes dans le design des éléments et de retravailler en conception les présentations des mouvements.

Après avoir travaillé dans l'entreprise familiale, sous-traitante pour des marques comme Girard-Perregaux, Louis Vuitton, Richard Mille, Van Cleef etc..., Benjamin Muller a souhaité créer sa propre marque, M. Benjamin, pour pouvoir exprimer ses idées dans un cadre plus libre et plus personnel.

Le positionnement de la marque se veut résolument exclusif en proposant des montres à forte identité dans le cadre de séries limitées.

Les premières montres qui ouvrent la collection M. Benjamin sont la Spyder Tourbillon et la Spyder Heures Minutes. Le choix du Tourbillon comme première complication n'est évidemment pas anodin:
  • il permet de clairement afficher les ambitions haut de gamme de la marque
  • il répond à une demande d'une partie de la clientèle à le recherche de Tourbillons présentés dans des contextes plus originaux que celui de la traditionnelle montre classique
  • son rendu visuel permet des audaces esthétiques.
Le danger d'un tel choix est que le Tourbillon a tellement été mis à toutes les sauces ces dernières années qu'il ne faut pas céder à la facilité sous peine de présenter une montre banale. C'est la raison pour laquelle Benjamin Muller a particulièrement soigné la présentation de sa Spyder Tourbillon tout en travaillant sur le contenu horloger en partenariat avec Valérien Jaquet.

Ce qui saute aux yeux de prime abord en examinant la Spyder Tourbillon est la forme des cornes du boîtier en titane: longues, anguleuses, elles contribuent fortement à donner du style et du piment au design. Elles ne sont pas là uniquement pour faire joli, elles rendent la montre plus confortable. Mais leur influence ne s'arrête pas là: elles se prolongent et se rejoignent dans le boîtier pour devenir, telles des barres de châssis, le support des éléments du mouvement.

La Spyder Tourbillon n'a pas de cadran: ce sont ces fameuses barres ainsi que le mouvement qui habillent le boîtier. Nous avons l'impression d'être en face d'une évolution de la Golden Bridge, plus sportive, moins habillée, où le mouvement, en étant plus large, serait moins jusqu'au boutiste. Le travail de designer se retrouve dans son architecture toute en symétrie et en volume. J'apprécie notamment la façon dont le tourbillon et le barillet se font face, leurs ponts respectifs ainsi que les rouages visibles sous le pont horizontal.

Lorsque nous retournons la montre, nous reconnaissons la forme particulière (en pieuvre) du pont principal du Tourbillon Concepto. Ce mouvement a été adapté au contexte de la Spyder Tourbillon, non pas tant par ses performances (fréquence de 3hz, 72 heures de réserve de marche) qui restent identiques mais par sa présentation. La finition est très propre, elle permet de bien détacher les différents éléments et donne un côté léger, pour ne pas dire aérien. Mon regret est inhérent au Tourbillon Concepto: j'aurais aimé dans le cadre du travail sur le mouvement qu'une des "tentacules" de la pieuvre suive parfaitement la courbure du barillet. Le danger de "coincer" le mouvement entre les deux barres aurait été de le rentre ramassé, confus: l'écueil est évité.

C'est au poignet que la montre s'apprécie le plus: les fameuses cornes apportent confort en maintenant efficacement la montre. Le boîtier en titane est important (diamètre de 44mm et épaisseur de 14,6mm cornes comprises) mais sa taille ne m'a pas dérangé. De plus, le diamètre d'encageage du mouvement combiné à l'épaisseur de la lunette (requise par les cornes) conduit automatiquement à cette taille. La montre n'est donc pas déséquilibrée.

Le contraste entre les aiguilles évidées et le mouvement n'est pas très élevé, la lisibilité n'est donc pas le point fort sous certaines conditions de lumière. La touche de rouge au bout des aiguilles améliore très peu la situation: mais heureusement, la partie hexagonale n'a pas été remplie car cela aurait gâché le design global de la Spyder.

Cette concession à la lisibilité ne m'a pas franchement dérangé car la cohérence de la montre a été préservée. Enfin, même si les poils du poignet sont visibles sur les côtés, ils ne se mélangent pas avec le mouvement, ce qui arrive parfois avec certaines montres squelette.

La Spyder Tourbillon est une belle entrée en matière pour Benjamin Muller: cette montre n'est pas un ovni horloger car ne proposant pas un affichage original de l'heure ou des fonctions exclusives. Elle est en revanche très bien conçue car son design est de caractère sans être agressif. Il évite même certains gimmicks horlogers bien présents dans la production actuelle. Elle dégage un sentiment d'harmonie, le mouvement étant bien à sa place dans ce contexte. C'est là la force de Benjamin Muller qui est capable d'appréhender la conception d'une montre dans sa globalité.

La Spyder Tourbillon sera disponible en 12 exemplaires en boîtier titane, 12 exemplaires en boîtier titane noir et 1 exemplaire en boîtier serti.

A noter que la montre photographiée n'a pas le bracelet final qui sera de deux types soit un caoutchouc avec un ajourage en nid d'abeille, soit un cuir avec motif nid d'abeille gauffré. Le bracelet sur les photos n'est qu'un bracelet de test.

Je tiens à remercier Benjamin Muller et Allan Casale de m'avoir donné l'opportunité de découvrir les premiers pas de M. Benjamin.

jeudi 28 avril 2011

Peter Speake-Marin: Thalassa (nouvelles couleurs)

Je vous avais présenté la Thalassa il y a quelques semaines. Je ne reviendrais donc pas dessus en détail. En revanche, je souhaitais vous montrer les photos suivantes de ces déclinaisons de couleurs différentes: chocolat et blanc. Si Peter Speake-Marin nous avait habitué à une très grande diversité de cadrans (émail, Maki-e, guilloché, nacre etc...), il s'était jusqu'à lors peu aventuré sur le thème de la variation des couleurs. Et puis, le Salon de Bâle 2011 est arrivé et Peter a dévoilé les nouvelles Thalassa.

Le bleu reste évidemment la couleur de référence de la Thalassa, justifiant le nom de la montre, mais finalement elle se prête bien à l'exercice, surtout dans sa livrée chocolat. La blanche ne m'attire pas plus que cela, n'aimant pas cette couleur pour les montres. Cependant, elle propose un très joli contraste entre les aiguilles et le cadran.

La version chocolat:

Pas de modifications côté mouvement ni de la platine côté cadran:

La version blanche et ses superbes aiguilles:

Et quelque chose me dit que la palette de couleurs de la Thalassa va continuer à s'élargir!

Merci à Peter Speake-Marin et à Olivier Marguerat pour leur accueil au sein du Salon.

mercredi 20 avril 2011

MB&F: Horological Machine n° 3 "ReBel"

Décidément, la HM3 est une source inépuisable d'inspiration se prêtant sans difficulté à toutes les transformations inimaginables. Certes, cette faculté était inscrite dans ses gênes: n'existait-elle déjà lors de sa présentation en deux versions proposant une orientation différente du boîtier (la Starcruiser et la Sidewinder)? Le fait d'être une montre en 3D, sans cadran mais tout en volume favorise ce jeu des modifications.

En fait, si c'est la Starcruiser qui a servi de base à la Frog et à la JWLRYMACHINE, cette fois, c'est la Sidewinder qui s'est métamorphosée pour devenir la "ReBel" (R pour Right et B pour Black).

Pourquoi un tel nom?

Il est d'abord lié aux personnalités de Max Büsser et de Laurent Picciotto qui ont imaginé cette ReBel, chacun exerçant leur métier respectif avec une certaine dose d'originalité pour apporter un côté poil à gratter voire iconoclaste dans l'univers horloger parfois très feutré.

Il fait ensuite référence aux blousons noirs... le boîtier en or gris (de taille identique aux autres HM3: 47x50x16mm) se pare en effet d'un revêtement en PVD noir donnant à la ReBel un côté plus Rock'Roll (pour ne pas dire... Black Metal) qui tranche singulièrement avec le style tout en sensualité et en rondeur de la Frog et celui très mécanique, tendance tête de robot de la Sidewinder d'origine.

Et puis... le côté rebelle se retrouve dans l'orientation de la montre. Au premier coup d'oeil, on a l'impression qu'il s'agit d'une bête Sidewinder noire... avec une HM3, tant qu'on n'a pas mis la montre au poignet, il est difficile de savoir dans quel sens elle est orientée. Et on se rend compte très vite qu'il y a un truc qui cloche... mais oui! La ReBel est l'effet miroir de la Sidewinder, elle est donc destinée à être portée au poignet droit.

Les gauchers apprécieront... mais dans son esprit, elle est plus destinée aux droitiers qui voudront soit porter une deuxième montre en même temps... soit casser le train-train quotidien en mettant une montre au poignet droit.

Alors est-ce à dire que la Sidewinder d'origine est la ReBel du gaucher? Hum! Derrière tout ça, cela montre que l'originalité de la HM3 s'adapte à tous ces jeux, que les notions de sens, d'ordre, de logique se perdent pour le plus grand plaisir de celui qui la porte!

Comme vous pouvez l'imaginer, nous retrouvons la même architecture du mouvement qu'avec les autres HM3 à savoir une base GP qui tracte le module Agenhor en trois dimensions d'affichage des informations. Le rotor est toujours visible côté face tandis que les deux roulements à billes le sont à l'arrière de la montre. L'effet n'est cependant pas tout à fait "miroir", le mouvement ayant été retourné, l'affichage jour nuit et des heures se retrouvant dans le cône supérieur tandis que l'affichage des minutes est situé dans le cône inférieur, contrairement à la Sidewinder.

Au niveau lisibilité, j'ai toujours eu du mal avec la HM3 (sauf avec la Frog): la ReBel ne déroge pas à la règle, la lecture du temps ne m'est pas intuitive mais après tout, est-ce un réel problème? La ReBel comme les autres HM3 n'est pas faite pour donner l'heure. J'ai envie de dire qu'il s'agit d'une construction mécanique, une machine pour reprendre le terme de Max Büsser qui a la faculté et non le but d'indiquer le temps. C'est de cette façon que je conçois les différentes HM.

Une exclusivité mondiale, mes premiers wristshots au poignet droit:

Et la Sidewinder... au poignet gauche:

La HM3 ReBel est vendue dans le cadre d'une série limitée de 18 exemplaires.

Un grand merci à Max et à son équipe pour leur accueil pendant le Salon de Bâle.

mardi 19 avril 2011

Sarpaneva: K3 Northern Stars

Stepan Sarpaneva a présenté au cours du Salon de Bâle 2011 une jolie montre en édition limitée déclinée en deux versions: or blanc&cadran bleu électrique et acier avec revêtement DLC. La Northern Stars est une déclinaison de la K3 et qui symbolise le ciel tel que nous pourrions le voir au cours des hivers finlandais les plus rigoureux... tellement rigoureux d'ailleurs qu'il faut bien se réchauffer et que cela conduit à la vision de deux lunes dans le ciel!

Car la K3 Northern Stars a plusieurs spécificités esthétiques:
  • le "grille" caractéristique de la K3 a été retirée pour laisser apparaître le disque du module d'affichage des phases de lune: les deux lunes sont donc visibles. Fort heureusement, le cercle entourant la lune de référence a été maintenu.
  • le disque du module est percé en différents endroits pour dessiner les étoiles dans le ciel. La platine du mouvement sert à illuminer ces étoiles. Après de préserver l'harmonie du design et la cohérence avec les lunes, cette platine change en fonction de la version: elle est en acier pour la version en or blanc et en or rose pour la version acier DLC.
Pour le reste, nous sommes en terrain connu: le boîtier caractéristique de 42mm de diamètre, le mouvement basé sur un calibre Soprod A10 d'une réserve de marche de 42 heures. Ce n'est évidemment pas de la haute horlogerie mais le travail horloger est réalisé avec soin.

Mais le point fort de la montre est son design de caractère: les moindres détails sont pensés en fonction des autres et rien n'est laissé au hasard: le rappel du cadran avec le rotor, la forme de la couronne, la complexité du boîtier et le superbe jeu d'aiguilles.

J'ai une très nette préférence pour la version en or blanc par rapport à l'acier DLC. La montre est plus lumineuse, plus optimiste aussi dans un sens, certainement plus lisible. Elle n'est pas sans me rappeler, toute proportion gardée, la De Bethune DB25 Phases de Lune à cadran en acier bleui dans cette volonté d'utiliser le ciel comme élément de décoration du cadran. L'autre version, pourtant peut-être plus fidèle à l'esprit de mélancolie que veut transmettre Stepan, m'a moins séduit malgré son contraste pas inintéressant entre les lunes en or et le cadran DLC.

Grâce à la présence des deux lunes sur le cadran et au ciel étoilé, la Northern Stars constitue une jolie évolution esthétique de la K3. Le cadran devient plus simple et les lunes sont bien mises en valeur, libérées de la grille qui les recouvrait. Les fans de Stepan ne pourront être que séduits par cette édition limitée de 10 exemplaires par version.

Un grand merci à Stepan pour son accueil pendant le Salon de Bâle.

dimanche 17 avril 2011

Bell&Ross: BR-WW1

Le duo BR-WW1 et BR-PW1 (montre de poche) fut dévoilé au cours du Salon de Bâle de 2011. Il complète la démarche de Bell&Ross consistant à présenter des montres qui témoignent de l'évolution de la montre militaire au fil du temps.

La BR-WW1 fait référence à la deuxième étape de cette évolution en s'inspirant des premières montres-bracelets. C'est cette inspiration qui donne du charme et de l'intérêt à la BR-WW1 car si son contenu horloger est on ne peut plus classique (mouvement ETA 2897 à indicateur de réserve de marche), la réussite de son design la rend séduisante, tout du moins à mes yeux.

L'idée a été de retrouver la sensation d'une montre de poche au poignet. De fait, la montre a un diamètre important (45mm) et un côté tout en rondeur renforcé par la forme du verre. Le côté original provient du léger déséquilibre entre la largeur des cornes inspirées par les anses à fil et le diamètre du boîtier. Ce point, qui fait partie évidemment des caractéristiques de ces premières montres-bracelets, renforce avantageusement le caractère "montre de poche" de la BR-WW1.

Le cadran est évidemment très lisible. Nous pouvons cependant nous interroger sur la présence de l'indicateur de réserve de marche peu conforme à l'esprit de la montre. Finalement, il n'apparaît pas comme le cheveu dans la soupe car il casse l'austérité du cadran... et accessoirement permet l'utilisation de l'ETA 2897 à seconde centrale. Ce mouvement, présenté en 2004, a une réserve de marche de 42 heures, une fréquence de 4hz et a un diamètre de 25,6mm. On pouvait donc craindre le pire dans une montre de 45mm de diamètre mais les designers s'en sont très bien sortis: l'indicateur de réserve de marche est correctement positionné (à noter que le fond du boîtier est plein). Ce calibre comporte un disque de quantième mais heureusement, Bell&Ross a choisi de s'en passer. J'ai pourtant vu sur l'animation "Evolution de la montre militaire" présente sur le site une version de cette BR-WW1 avec un malheureux guichet perdu dans le "3" du cadran. J'espère donc que la version définitive est bien sans date ce qui semble être le cas. Après, nul doute que la montre sera déclinée avec d'autres complication dont cette fameuse date.

Je dois avouer qu'au poignet, la BR-WW1 m'a beaucoup plu... elle renouvelle le style Bell&Ross tout en conservant certains traits du design caractéristique de la marque. Elle évoque évidemment la Radiomir du fait notamment des anses à fil mais finalement je l'ai trouvée différente d'une 210 par exemple. D'abord le boîtier, le verre et la couronne n'ont pas la même forme et les anses sont plus épaisses. Incontestablement, la présentation générale d'une Radiomir est plus raffinée, plus subtile, la Bell&Ross est plus basique ce qui n'est pas si problématique compte tenu de son inspiration. La question à se poser est de savoir si un mouvement à remontage manuel n'aurait pas été bienvenu dans ce contexte. Je le pense mais compte tenu de la taille un Unitas aurait été le plus adapté. Il aurait alors nécessité un travail horloger complémentaire pour avoir une seconde centrale.

La BR-WW1 n'est pas, on s'en doute, une montre au contenu horloger éblouissant. Mais son design très bien pensé et en rupture par rapport aux autres montres Bell&Ross permet de compléter de façon astucieuse la collection de la marque qui en avait besoin afin de ne pas être trop dépendante du succès de ses modèles phares.

Merci à l'équipe Bell&Ross pour son accueil lors du Salon de Bâle.

lundi 11 avril 2011

Breguet: 7787 (Classique Phases de Lune)

Je n'en croyais pas mes yeux en découvrant la Classique Phases de Lune lors de sa présentation à Baselworld 2011! Breguet, à travers cette 7787, répondait à deux souhaits que j'avais secrètement dans ma tête:
  • que Breguet présente une montre à phases de lune sans quantième
  • et que cette montre comporte une trotteuse.
En fait, je fus toujours frustré par la 3137, la montre inspirée par la n°5 car j'aurais tellement voulu qu'elle soit tout comme la n°5, à savoir que les quantièmes soient remplacés par une trotteuse.

Bien évidemment, Breguet n'allait pas se contenter de cloner la 3137 en apportant ce changement de fonction. La 7787 est une montre radicalement différente.

Ce qui surprend le plus est l'organisation du cadran. Si tout semble équilibré et bien agencé sur la 3137, le cadran semble un peu plus... désorganisé sur la 7787: la grande trotteuse qui survole le tout, l'indicateur de réserve de marche qui mord sur les index... mais finalement tout s'éclaire. Le cadran est organisé pour mettre en valeur la principale complication: l'affichage des phases de lune qui est placé de façon très originale à midi. Et cet emplacement change tout! Bizarrement, Breguet a conservé la représentation traditionnelle des phases de lune avec l'arc de cercle en bas et les nuages vers le haut... alors que peut-être, un arc de cercle en haut aurait été plus à propos compte tenu de la position de l'affichage.

En fait, c'est tous ces petits détails, un peu désordonnés, qui donnent charme et dynamisme au cadran. Si tout est propre et bien organisé... on s'ennuie un peu. Ce n'est pas le cas ici!

L'autre différence fondamentale par rapport à la 3137 provient du mouvement: la montre est équipée du calibre 591 DRL qui est en fait un ancien Lemania 8810 et dans lequel Breguet a mis un échappement et un spiral en silicium. La fréquence du mouvement est de 4hz et la réserve de marche de 38 heures, très décevante compte tenu de la présence d'un double-barillet. La finition du mouvement est tout à fait correcte mais il n'y a rien de spectaculaire non plus: c'est côté cadran que cela se passe.

Pour être franc, la présence du silicium me semble inappropriée dans le contexte de cette montre. Autant je le comprends dans une Freak d'Ulysse Nardin ou dans une Extrême Lab de JLC où toute la construction, l'architecture de ces montres sont basées sur la présence du silicium, autant sur cette 7787, on ne voit pas très bien ce qu'il apporte. D'autant plus que, soyons clairs, personne ne connaît vraiment le comportement de ces pièces sur le très long terme. Breguet était un horloger à la pointe de l'innovation: ce n'est donc pas un contre-sens que la marque qui porte son nom le soit également. Mais cette 7787, montre classique par excellence était-elle un cadre idéal pour une utilisation du silicium? Je ne pense pas.

Breguet a très intelligemment décliné la 7787 en différentes versions afin qu'elle rencontre le succès auprès de différents marchés. La montre est disponible en deux tailles (36 ou 39mm), les deux étant visuellement plus grandes qu'elles ne sont réellement du fait de la finesse de la lunette. Elle l'est également avec deux types de cadran: soit guilloché comme sur les photos (avec un boîtier en or gris ou en or rose) soit en émail (boîtier or rose). Cependant la version émail est vendue par paire avec la montre sertie dans un coffret disponible dans les boutiques Breguet uniquement. Dommage, cette version émail tranchait avec la version guilloché et apportait une belle alternative... peut-être visuellement plus moderne.

La 7787 est incontestablement une très belle montre au cadran dynamique et à la finition irréprochable comme de coutume chez Breguet. Malheureusement la présence du silicium me gâche un peu le plaisir: non seulement je ne le trouve pas à sa place ici mais en plus, j'ai des doutes sur sa réelle valeur ajoutée tout du moins dans une montre dont la présentation fleure bon le classicisme bon teint que le high-tech.

Un grand merci à l'équipe Breguet pour leur accueil chaleureux pendant la foire de Bâle.

dimanche 10 avril 2011

Grönefeld: One Hertz

Après la présentation en 2008 de la GTM-06, montre Tourbillon Répétition Minutes basée sur une ébauche Christophe Claret, nous attendions avec impatience la création suivante des frères Grönefeld. Avec la One Hertz, ils dévoilent une montre qui permet à leur talent de s'exprimer dans un créneau où peut-être, on les attendait moins: la montre à seconde morte.

Tim et Bart Grönefeld sont issus d'une famille d'horlogers de Oldenzaal en Hollande. Afin de perpétuer celle tradition, leur atelier est situé dans les lieux mêmes où débuta il y a près d'un siècle la vocation horlogère de leurs ascendants. Il aurait été peut-être plus simple pour eux de lancer leur propre marque depuis la Suisse où ils ont passé de nombreuses années (WOSTEP puis Renaud & Papi) mais la volonté de créer leurs montres depuis la Hollande était une composante fondamentale dans l'esprit de leur projet.

La présentation de la GTM-06 (avec le travail très particulier effectué sur le boitier et les cornes afin d'améliorer la propagation du son) a permis de mettre en avant leur capacité à maitriser les pièces compliquées.

Mais comme toujours, on attend des horlogers indépendants plus que de la technique, à savoir des démarches plus originales, plus personnelles qui soutiennent leurs conceptions de l'horlogerie et les buts qu'ils poursuivent. La notion de montre à seconde morte (ainsi appelée car elle n'est indiquée qu'une fois totalement écoulée) est intimement liée a celle de chronométrie: ce n'est plus la continuité du temps qui est affiché mais son fractionnement précis. Le temps est suspendu ne serait-ce que pendant un infime instant avec une montre à seconde morte.

Dans la production contemporaine, rares sont les montres mécaniques à seconde morte qui nous viennent rapidement à l'esprit: le Tourbillon de Francois-Paul Journe, la Radiomir Independant à calibre Chézard, la Jumping Second de Habring... Puis l'exercice devient plus compliqué. Cette rareté est surement due au rendu visuel de la trotteuse: elle ne progresse qu'un pas à la seconde contre 5 a 10 pas pour l'écrasante majorité des montres mécaniques. Or la fluidité de la trotteuse est le moyen le plus simple de distinguer une montre mécanique d'une montre a quartz. Une montre à seconde morte nécessite alors une démarche explicative complémentaire a l'attention de la clientèle... persuadée de plus que précision est corrélée à la fréquence du mouvement.

C'est tout ce contexte qui rend le projet mené à bien par les frères Grönefeld si attachant: la One Hertz est a la fois audacieuse et éloignée tant horlogèrement que visuellement de la GTM-06.

Généralement, lorsque nous disons qu'une montre met en valeur une complication, c'est avant tout une remarque à caractère esthétique. Avec la One Hertz, Tim et Bart Grönefeld ont réellement mis la seconde morte au centre de toutes ses dimensions.

  • Du point de vue horloger d'abord: cette seconde morte est indépendante avec sa propre réserve d'énergie, l'idée sous-jacente étant d'interférer le moins possible avec l'organe réglant, la montre n'ayant aucun système de force constante. Le mouvement G-02, à remontage manuel, possède en effet deux barillets dont l'un est entièrement dédié a l'animation de la grande trotteuse. Les deux barillets se remontent simultanément en tournant la couronne... une fois que la montre aura été mise en mode "remontage". Car la One Hertz comporte un astucieux système de sélecteur de la fonction de la couronne. Au lieu de devoir la tirer, il suffit de la pousser pour choisir sa fonction qui sera affichée sur le cadran afin de savoir si nous sommes en mode "réglage" (Set) ou "remontage" (Wind). Le mouvement est composé de 285 pièces, a un balancier à masselottes d'un diamètre de 9,12mm (j'aurais aimé qu'il soit un peu plus grand) et une réserve de marche de 72 heures. Sa fréquence ne correspond évidemment pas au nom de la montre puisqu'elle est de 3hz: le "One Hertz" est lié à la seconde morte et non pas à à la fréquence du calibre, traditionnelle. Le mouvement présente une certaine originalité cote ponts: ces derniers semblent être des pétales repliées... comme si le G-02 était une fleur, d'un diamètre de 35mm, sur le point de s'ouvrir. Les rubis et chatons ainsi que l'incabloc semblent dessiner un cercle intérieur tandis que les autres vis se situent à la périphérie. Les finitions sont magnifiques tout comme le traitement des ponts qui apporte un contraste entre leurs bords et leurs parties centrales.
  • Du point de vue du design ensuite: l'affichage du temps est décentré pour laisser la part belle à l'animation de la trotteuse: la One Hertz donne l'impression d'être une sorte de pendule pour le poignet grâce aux sauts de cette grande aiguille. Sa graduation surplombe d'ailleurs le cadran pour bien la faire apparaître au premier plan. Les autres indications sont insérées avec plus ou moins de bonheur sur le cadran mais le but essentiel est atteint: notre regard est attire immanquablement par la trotteuse.
Dans ce contexte, la One Hertz a une dimension idéale: avec son diamètre de 43mm, le boitier est suffisamment grand pour mettre en valeur cette trotteuse. Evidemment, la montre n'est pas faite pour les petits poignets mais son concept fait qu'il était difficile de la concevoir autrement. Une grande trotteuse centrale n'aurait pas non plus été en cohérence avec le principe de son indépendance.

Fait relativement rare pour une montre d'horlogers indépendants d'un tel segment, la One Hertz a été initialement présentée avec un boitier acier dans le cadre d'une série limitée de 12 pièces (version 1912 qui fait référence à l'année où le grand-père de Tim et Bart a débuté sa carrière) puis avec un boitier en or rose (version Dune limitée à 20 pièces).

Avec leur première montre équipée d'un mouvement exclusif, les frères Grönefeld ont marqué les esprits en remettant sous les feux des projecteurs une complication tombée en désuétude. La One Hertz est une montre très personnelle qui m'a séduit par sa cohérence et par la présentation de son mouvement. Et puis, au moment où de très grandes marques aux moyens puissants se lancent à la conquête des très hautes fréquences, la One Hertz va complètement à contre courant. Cette montre à seconde morte, développée par deux horlogers indépendants, nous rappelle que les basses fréquences, par leur stabilité, leur moindre consommation d'énergie, conservent tous leurs atouts du point de vue chronométrique et continuent ainsi à beaucoup séduire les amateurs d'horlogerie traditionnelle.

mercredi 6 avril 2011

Eva Leube: Ari

C'est au détour du stand de l'AHCI que se trouvait une des montres les plus surprenantes, les plus séduisantes de Baselworld 2011. Il s'agit de l'Ari créée par l'horlogère allemande Eva Leube.

Cette montre, peu de gens l'ont vue venir avant Baselworld. Il faut dire qu'Eva Leube exerce son talent très loin des ateliers de ses confrères. Après avoir restauré de nombreuses montres de poches, pendules et autres pièces historiques en Europe, aux Etats-Unis, en Afrique du Sud, elle eut l'opportunité pendant 3 ans de travailler avec Thomas Prescher. A l'issue de cette collaboration, elle rejoignit l'Australie, pays qu'elle connaissait déjà grâce à son passage au SAV de Rolex et dans lequel elle s'est dorénavant installée.

Est-ce l'approche de la célébration des 100 ans de la Polyplan? Je n'en sais rien mais Eva Leube a eu l'idée de concevoir une montre dont le boîtier et le mouvement épousent le poignet. Le résultat est spectaculaire et étonnant... grâce à la prouesse technique que cela représente.

Si le mouvement de la Polyplan était structuré en 3 parties dont l'intermédiaire était plate, le mouvement de l'Ari est quand à lui constamment "en courbe": les multiples plans donnent l'impression qu'il ne comporte aucune rupture, aucun décrochage ce qui permet à Eva Leube de l'afficher fièrement et intégralement côté cadran.

La conséquence de cette organisation est que les axes des rouages ne sont jamais parallèles mais orientés tel des faisceaux vers un point imaginaire qui serait situé sous la montre.

Les contraintes générées par une telle montre sont inimaginables:
  • l'angle entre les rouages qui oblige à une finition particulière
  • la largeur des rouages qui doit être limitée
  • la transmission de l'énergie: c'est d'ailleurs amusant d'imaginer le circuit qui peut exister entre le barillet situé à un bout de l'arc et l'organe régulant situé exactement à l'autre bout.
Une autre originalité de la montre est que la couronne est située, du fait de l'orientation du cadran, sur "le devant". J'aurais à titre personnel préféré avoir l'organe régulant de visible sur le devant et la couronne et barillet à l'arrière. C'est un peu tout le mouvement qui se retrouve la tête en bas... sûrement l'influence australienne!

Eva Leube a travaillé 4 ans sur le développement de cette montre qui porte le nom de son fils et on a beaucoup de mal à imaginer que le mouvement a été conçu à partir de pièces en provenance d'une montre de poche Record. A ce niveau là, ce n'est plus de la transformation mais de la mutation!

Ce qu'il y a de remarquable dans l'Ari est qu'elle séduit sans artifice, sans fard: la technique est ici au service de l'originalité maîtrisée et non de la démonstration. Avec une telle réalisation, Eva Leube s'est donnée les meilleures chances de succès pour sa candidature à l'AHCI. Comment en effet ne pas être envouté par cette montre en forme d'arc qui réinterprète, un siècle plus tard, une des montres qui a marqué l'histoire de l'horlogerie?

dimanche 3 avril 2011

Snyper: Tourbillon F117

Tout le monde aux abris, je présente la Snyper Tourbillon. Si une marque provoque des réactions extrêmement tranchées, c'est bien celle-là. Que ce soient la personnalité de Jean-François Ruchonnet, le nom de la marque en lui-même, les idées sous-jacentes au produit, tout finalement concourt à alimenter les sentiments d'adhésion... ou de rejet.

En fait, j'étais très curieux de voir cette Snyper Tourbillon pour la simple et bonne raison que je n'imaginais pas trop ce que venait faire cette complication chez Snyper. En effet, un des arguments de Jean-François Ruchonnet lors de la création du premier modèle était de présenter une montre à la forte identité visuelle avec un prix "contenu". Or en rajoutant un Tourbillon, la montre allait changer forcément de segment tarifaire.

Jean-François Ruchonnet est parti du constat qu'il y avait une demande forte de la part de sa clientèle d'adjonction d'un Tourbillon. Cela fait belle lurette maintenant que le Tourbillon n'est plus réservé aux montres classiques, de ce point de vue-là, pourquoi ne pas le retrouver sur une Snyper, sa vocation étant finalement très souvent purement esthétique.

Les clients de la marque ne vont pas être troublés par le Tourbillon: nous retrouvons les codes habituels de la Snyper One: lunette (redessinée pour le Tourbillon) avec index qui mordent sur le verre, boîtier à la forme très virile recouvert d'un PVD noir, couronne inspirée par la commande du fusil et surtout les deux tiges sur le côté gauche permettant de greffer des gadgets comme le fameux laser spécial boîte de nuit.

Jean-François Ruchonnet ne s'en cache pas. Sa montre est un vrai cocktail d'inspirations de modèles qui ont marqué ces dernières années par leur design très masculin: Hublot, AP Survivor, Concord, vous prenez des éléments ici et là, vous secouez bien fort et vous obtenez l'ADN Snyper. Encore fallait-il que la sauce prenne.

La connexion entre une montre qui permet, via son gadget additionnel d'embarquer un laser ou un porte-pilules voire une petite cuillère et un Tourbillon est loin d'être évidente. Il fallait donc que le Tourbillon s'intègre dans cet ensemble. Et c'est dans ce contexte qu'intervient un horloger que je vous ai déjà présenté: Nicolas Delaloye.

Le rôle de Nicolas Delaloye, ancien de Patek Philippe, a été de travailler sur le Tourbillon Concepto pour qu'il s'adapte au style Snyper. Et le résultat est très intéressant que ce soit côté cadran ou côté mouvement.

Côté cadran, le pont du Tourbillon présente une forme bien plus pertinente que celle du pont rectiligne des premiers communiqués de presse: grâce à son look en pattes d'araignée, il devient plus cohérent, suivant la découpe du cadran. A noter également l'ouverture au niveau de l'axe des aiguilles.

Côté mouvement, le Tourbillon Concepto se reconnaît au premier coup d'oeil par la forme de son pont principal. Le travail de Nicolas Delaloye est ici aussi abouti, le contraste entre les ponts et la platine étant visuellement réussi.

Pour le reste, nous retrouvons le package habituel de toute montre Snyper: une taille imposante mais qui ne nuit pas au confort, cette forte présence au poignet, ce look résolument noir... les fans adoreront, les autres se désespéreront devant ce patchwork de gimmicks horlogers.

L'adjonction du Tourbillon ne répondait pas avant tout à une nécessité d'apporter une crédibilité horlogère à la démarche Snyper: la clientèle est attirée par d'autres arguments. Cependant, ce travail, grâce à l'appui de Nicolas Delaloye, a été réalisé avec soin. Maintenant, le contexte restant le même, la Snyper Tourbillon provoquera autant de réactions tranchées que la Snyper One. Bonne nouvelle finalement pour Jean-François Ruchonnet qui sait pertinemment que le pire est l'indifférence.

Merci à l'équipe Snyper pour son accueil.

samedi 2 avril 2011

Dominique Loiseau: 1f4

C'est dans une allée du Palace de Baselworld que se cachait une des plus belles montres du Salon: la 1f4 de Dominique Loiseau. Pour tout vous dire, je considère que cette 1f4 forme avec l'Opus 11, le duo le plus impressionnant du Salon.

Si l'Opus 11 de Denis Giguet a pour but d'imaginer un nouveau système d'affichage du temps et concentre l'attention vers une fonction très précise (l'affichage des heures), Dominique Loiseau, à travers la 1f4 poursuit un objectif différent: le sien est de réinventer la montre à grande complication (ou plutôt la montre grande sonnerie à complications). Deux montres, deux interprétations de l'art horloger, deux façons d'aborder les mécanismes complexes mais une même exigence: l'innovation.

Seul un horloger de la trempe de la Dominique Loiseau pouvait s'attaquer à un tel défi: les grandes complications classiques se situant au sommet de la pyramide horlogère, il fallait un sacré bagage technique, de la confiance en soi, de l'audace pour imaginer apporter quelque chose de nouveau dans ce segment.

Et Dominique Loiseau a réussi son pari: la 1f4 est née après 6 ans de développement et comporte pas moins de 32 fonctions.

Dominique Loiseau était quand même conscient de son expérience en la matière: depuis plus de 30 ans, il a travaillé sur les plus belles complications pour le compte des marques les plus prestigieuses. Il est notamment le créateur de la 1735 de Blancpain.

Quelle a été sa démarche? Pour la comprendre, Dominique Loiseau est parti de plusieurs constats:
  • tout d'abord, lorsque les montres commencent à cumuler les complications, les informations affichées deviennent difficiles à lire, le cadran étant surchargé.
  • ensuite, un calibre automatique est plus adapté à une montre Grande Sonnerie afin de maintenir la réserve de sonnerie à un niveau satisfaisant (crucial pour une montre qui sonne au passage)
  • enfin, les montres extrêmement complexes, du fait de l'architecture de leur mouvement ont tendance à présenter un certain embonpoint se retrouvant à la fois dans le diamètre et dans l'épaisseur du boîtier.
La volonté de Dominique Loiseau fut ainsi de construire une montre aux multiples complications incluant la plus prestigieuse de l'horlogerie, la grande sonnerie, qui serait à la fois automatique, lisible et portable. Pour répondre à ce triple enjeu, il imagina deux systèmes brevetés.

Le premier est le système, à secret, de réversibilité des cadrans. Pour l'actionner, c'est un peu la même méthode que pour ouvrir les boîtiers cuvette chez Minerva/Montblanc en tirant sur le bracelet. Le boîtier se libère alors et peut pivoter. Sur les photos, vous verrez des ergots: ils sont utilisés pour changer rapidement de bracelet sans outil.

Le second est le système de remontage automatique à deux rotors annulaires: positionnés "à la périphérie du mouvement", ils permettent de recharger efficacement la réserve d'énergie. Ils sont réalisés en or massif 18 carats et ont un diamètre de 41,5mm. Compte tenu de leur masse, leurs rotations se ressent fortement lorsque la montre est au poignet.

Grâce à ces innovations, le boîtier de la 1f4 possède une taille tout à fait raisonnable compte tenu de la quantité de complications embarquées: le diamètre est de 45,2mm pour une épaisseur de 16,64mm.

La taille perçue est cependant plus grande car les couronnes et poussoirs, relativement proéminents pour améliorer leur facilité d'utilisation sont situés de façon logique des deux côtés du boîtier. Les fonctions relatives au cadran de référence se règlent par le biais de la couronne, des poussoirs, des correcteurs situés à droite du cadran.

Quelles sont donc les principales fonctions de la 1f4? C'est un vrai festival:
  • Heure locale
  • Tourbillon volant
  • Indicateur jour/nuit
  • Affichage d'un second fuseau
  • Equation du temps
  • Chronographe à rattrapante
  • Petite et Grande Sonnerie avec indicateur de la réserve de sonnerie sur les deux cadrans
  • Répétition Minutes
  • QP programmé jusqu'en 2100
Côté cadran classique, la montre affiche l'heure locale, les phases de lune et les indications du QP de façon très traditionnelle. Côté cadran squelette, l'heure locale est décentrée, le second fuseau est situé à gauche et la complication principale devient le chronographe. Les indicateurs de l'équation du temps et de réserve de sonnerie relient les sous-cadrans entre eux.

Visuellement, les deux cadrans sont donc très différents. Le cadran squelette est moins formel et met en valeur le Tourbillon volant. Il donne un côté plus léger à la montre et aussi une touche de modernité. Du fait de la construction du mouvement, le cadran squelette ne dévoile malheureusement rien de particulier. Tant mieux après tout pour la lisibilité de la montre. Le cadran classique est d'un d'un bleu profond et est subtilement décoré par un motif à créneaux. J'ai une préférence pour ce cadran: les chiffres appliqués, sa couleur, son organisation, le côté épuré de la phase de lune lui confèrent beaucoup de charme.

Quelles sont les principales caractéristiques du mouvement? D'une fréquence de 3hz, il possède un balancier à masselottes et un spiral Breguet. Dominique Loiseau a évidemment particulièrement travaillé sur la forme des timbres. Au nombre de deux, ils sont à section carrée (comme chez JLC) et fabriqués dans la masse. Le nombre de pièces du mouvement est logiquement élevé (891) mais finalement on a déjà vu des mouvements à plus de 1.000 pièces avec moins de complications: c'est peut-être un signe de qualité de conception.

Je n'ai pas pu juger de la qualité sonore de la montre, la fonction étant bloquée sur le modèle présent à Bâle. Mais la forme du boîtier et des cornes qui favorisent la propagation du son ainsi que le soin apporté à toutes les autres fonctions laissent à penser que le résultat sera à la hauteur de nos attentes.

Montre équilibrée et harmonieuse malgré le nombre élevé de complications, la 1f4 impressionne par le sentiment de maîtrise qu'elle dégage. Mais une question demeure: d'où vient son nom pour le moins étrange? Il s'agit d'une couverture au jeu d'échecs autrement appelée "Ouverture Bird". Vous voyez donc le jeu de mots entre le nom de l'ouverture et celui du créateur de la montre mais derrière cela, il y a aussi la volonté pour Dominique Loiseau de rappeler que la construction d'un mouvement, débute toujours par une première idée, telle une ouverture qui s'inscrit dans une démarche globale.

L'ambiance des échecs se retrouve dans la forme des deux couronnes et des 4 poussoirs inspirée par les pièces du jeu mais également dans le fermoir décoré par un motif en échiquier.

Au poignet, la 1f4 est confortable malgré sa taille et son poids: ce confort peut-même être considéré comme excellent dans ce créneau particulier des montres superlatives. Comme précisé précédemment, l'élément surprenant est la sensation provoquée par la rotation des rotors: on ne les oublie pas!

La complexité de la montre et le processus de fabrication artisanal font que Dominique Loiseau ne peut produire que 2 1f4 par an. Bien entendu, chaque montre sera personnalisable et comportera une signature unique.

Je souhaite remercier chaleureusement Dominique Loiseau et ses partenaires pour la présentation en détail de la 1f4 et de ce qui la rend si exclusive.

Harry Winston: Midnight Big Date

Le salon de Bâle 2011 marque une étape importante pour Harry Winston à travers la présentation de la nouvelle collection Midnight.

Cette collection, composée de 4 modèles, 2 montres homme, 2 montres femme témoigne de l'ambition de Harry Winston sur le créneau de la montre simple et élégante. En analysant la situation, on se rend compte qu'il manquait peut-être cette composante dans la collection de la marque: en effet, les montres Premier ou Ocean, chacune dans leur style, se caractérisent par des boîtiers au caractère affirmé et par la présence de complications. La personne qui souhaitait rentrer dans l'univers Harry Winston avec une montre 3 aiguilles plus discrète n'avait finalement pas vraiment de choix à sa disposition.

Le boîtier Midnight n'a pas été crée spécifiquement pour cette collection: il existait déjà auparavant mais dans le contexte de montres compliquées (Répétition Minutes, Tourbillon Chronographe) et donc très onéreuses. Cependant, le potentiel de ce boîtier était réel: fin, élancé, plus élégant que l'Ocean, plus discret que le Premier tout en restant très "Harry Winston" dans l'esprit, il constituait une base idéale pour définir une collection de montres habillées.

Parmi les 4 montres qui composent cette collection, celle qui réussit le mieux la synthèse entre l'esprit de la nouvelle collection et les références aux modèles historiques de Harry Winston est sans conteste la Midnight Big Date.

Cette montre se caractérise par un cadran à affichage de l'heure décentrée, thème favori de la marque et clin d'oeil aux Excenter qui ont lancé le projet horloger de Harry Winston et qui l'ont crédibilisé.

La partie supérieure du cadran est dédiée à cet affichage tandis que la partie inférieure met en valeur ce qui donne le nom à la montre: la grande date. Au croisement de ces deux parties, comme pour rappeler qu'il est au centre de l'univers Harry Winston, nous trouvons un discret diamant qui rend hommage à l'activité fondatrice de la marque. J'aime beaucoup cette démarche car seul le propriétaire de la montre sait qu'il porte un diamant à son poignet... si vous jetez un coup d'oeil furtif à la Midnight Big Date, vous ne vous rendez pas compte de sa présence sur le cadran.

Le design du cadran est pour le moins "circulaire". En fait, grâce aux différents effets de guillochage, j'ai l'impression que l'inspiration provient de l'observation des ronds dans l'eau. Cela apporte un léger dynamisme et met en valeur la section du cadran dédiée à l'affichage des informations. La finition du cadran est irréprochable, les chiffres, logo, sous-cadrans appliqués lui donnent du volume: ce cadran est à la fois complexe tout en gardant une certaine simplicité dans sa présentation. Deux petits reproches pourraient cependant être formulés: le premier est lié au module de grande date qui en raison de son système fait que les deux chiffres ne se retrouvent pas à la même hauteur. Cela ne me dérange pas, c'est un point souligné notamment chez Jaeger-Lecoultre ou Lange. L'autre reproche est le contraste un peu fort entre le blanc de la grande date et la version noire du cadran. Peut-être que dans ce cas, j'aurais préféré des disques de date d'une couleur moins vive afin que le décalage chromatique soit moins fort. C'est une question de goût, certains apprécieront que la date soit ainsi mise en avant.

Le boîtier a un diamètre de 42mm. Relativement fin, il possède ce côté élancé qui caractérise les boîtiers Midnight. La forme des cornes épouse bien le poignet. Nous retrouvons la touche Harry Winston autour de la couronne. L'hommage à l'entrée de la boutique de New-York est ici plus discret, il perd totalement sa fonction de protège couronne mais casse agréablement la symétrie de la lunette donnant ainsi une petite originalité à l'ensemble. Incontestablement, le boîtier est une réussite et se marie parfaitement au cadran.

En retournant la montre, nous découvrons le calibre Frédéric Piguet qui a servi de base au mouvement et sur lequel le module de grande date a été apposé: fin, d'une réserve de marche de 72 heures (permettant de laisser la montre le week-end et de la récupérer sans avoir besoin de la régler), il est fini avec soin avec un très joli rotor en or. Cela est visible sur les photos, il est petit pour le boîtier. Cela ne pose cependant pas de souci ici: l'heure décentrée et la grande date ne trahissent absolument pas cet état de fait.

C'est en la mettant au poignet que la grande force de cette montre, son élégance à l'originalité de bon aloi se dévoile. La Midnight Big Date donne un sentiment d'équilibre malgré l'heure décentrée. Les finitions du boîtier et du cadran contribuent fortement à renforcer la qualité perçue de cette montre.

Bien évidemment, la Midnight Big Date ne va pas révolutionner le paysage par son strict contenu horloger. Cependant, Harry Winston a bien réussi son coup en apportant une nouvelle dimension basée à la fois sur la simplicité et l'élégance à sa collection. La Midnight Big Date, disponible avec un boîtier en or gris ou en or rose, avec un cadran noir (mon préféré) ou argenté, arrive à rendre hommage au style original des montres Harry Winston tout en restant esthétiquement accessible à une clientèle très classique.