dimanche 12 décembre 2010

Leroy: la ligne Osmior

Il n'est jamais simple de relancer une marque surtout dans le créneau du haut de gamme où la clientèle est extrêmement attachée à la pérennité, à l'histoire et au contenu horloger. C'est pourtant le défi que se sont lancés Miguel Rodriguez, PDG de Festina, propriétaire de la marque depuis 2004, Guillaume Tripet, Directeur Général, créateur des modèles et Bruno Laville, maître horloger français, reprenant à eux trois le flambeau qui a un temps appartenu au duo Zanetta&Flageollet qui ont depuis créé De Bethune.

Ce nouveau projet comporte plusieurs intérêts:
  • il s'agit tout d'abord de vouloir réincarner l'esprit de la Manufacture Leroy qui fut en son temps une des plus prestigieuses et créatrice de la montre la plus compliquée au monde,
  • il incarne une certaine idée de l'horlogerie française,
  • il se veut clairement orienté vers une production exclusive.
Alors, le Leroy version 2010 peut-il être considéré comme le symbole du renouveau de l'horlogerie française? En un sens oui mais très partiellement. De nos jours, l'organisation industrielle du monde horloger empêche quasi systématiquement de pouvoir mener une démarche purement française de conception, fabrication et montage des mouvements qui seule pourrait justifier le concept de "Manufacture Française". Difficile de se passer de sous-traitants suisses en situation de quasi-monopole dans la fabrication de certaines pièces. Difficile de se passer des capacités de production de certaines sociétés suisses. Et pourtant, malgré cela, la nouvelle équipe Leroy a tenu que l'assemblage des montres soit réalisé dans les ateliers situés avenue de l'Observatoire à Besançon. Ce dernier est d'ailleurs impliqué puisque il délivrera les certificats de chronométrie aux montres Leroy. Ce sera avec fierté que les montres porteront soit sur le fond du boîtier soit sur le cadran le label "chronomètre certifié".

Le Salon Belles Montres 2010 a donné l'opportunité à Guillaume Tripet de présenter au public français en avant première les tout premiers modèles de cette renaissance. La collection s'articule autour de deux ligne: L'Osmior (nom déjà utilisé à la période Zanetta&Flageollet) et la Marine.

Je vous propose de découvrir la ligne Osmior pour commencer. Osmior fait référence à un alliage de métaux composé d'or, ayant une couleur neutre et qui a été régulièrement utilisé par la Manufacture Leroy pour les montres compliquées.

3 modèles composent la ligne, tous comprenant des complications prestigieuses afin de positionner la marque dans le haut de gamme.

La première montre est le chronographe monopoussoir automatique dont les compteurs sont alignés verticalement. Le mouvement a une base Vaucher VMF4000 d'une fréquence de 4hz tandis que le module du chronographe fut développé spécifiquement pour ce modèle par Bruno Laville. Le cadran est particulièrement réussi avec ses différents types de guillochage.

Côté mouvement, la construction modulaire permet d'apprécier avant tout le travail effectué sur le VMF4000: c'est fini avec soin mais visuellement, c'est un peu frustrant car la partie visible diffère peu de celle d'une montre simple. Vous noterez le rotor caractéristique qui reprend le logo de la marque.

Il faut souligner la présence parmi les déclinaisons du chronographe d'une très belle version or rose - cadran "champagne" qui rend hommage au style Leroy traditionnel.

La deuxième montre est le Calendrier Perpetuel. De nouveau, nous retrouvons la construction modulaire mais cette fois-ci, la base et le module proviennent de Vaucher: pas de surprise de ce côté là, nous reconnaissons à travers la présentation du cadran le module à aiguille rétrograde des quantièmes VMF5000.

La montre présente les phases de lune sur les deux hémisphères. Côté mouvement, mêmes causes, mêmes effets: la finition est irréprochable mais c'est le travail sur le VMF4000 qui apparaît sous nos yeux. La présentation du mouvement ne diffère pas de celle du chronographe.

Le Régulateur à Tourbillon est plus ambitieux et trace sans aucun doute la vrai voie du projet Leroy. En effet, contrairement aux deux montres précédentes, le Tourbillon Régulateur propose un mouvement exclusif développé au sein de la Manufacture Horlogère de la Vallée de Joux (MHVJ) appartenant au Groupe Festina. Ce mouvement est avant tout une démonstration technique de MHVJ et s'éloigne un peu du style traditionnel Leroy. En effet, cetains détails surprennent:
  • le balancier est ajouré,
  • le train d'échappement (ancre et roue) est en silicium avec revêtement diamant pour supprimer tout besoin de lubrification,
  • ce même train d'échappement a subi une découpe Strutech donnant une drôle d'impression visuelle (cf photo du mouvement ci-après):
En fait, le résultat est techniquement impressionnant mais choque un peu dans le contexte de la montre. N'aurait-il pas fallu attendre une montre avec une présentation plus originale pour utiliser de telles spécifications de mouvement?

Il n'en demeure pas moins que le potentiel de MHVJ et donc de Leroy semble réel. A noter que la montre Régulateur à Tourbillon est disponible dans un boîtier en or rose ou blanc d'un diamètre de 41mm.

Malgré ses imperfections, la collection Osmior affiche déjà de belles promesses qui pourront se concrétiser avec plus de maturité et cohérence.

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