dimanche 21 novembre 2010

De Grisogono: Meccanico dG

La Meccanico dG fut dévoilée par De Grisogono en 2008, ce n'est donc pas à proprement parler une nouveauté. Cependant je tenais à la présenter pour plusieurs raisons:
  • il s'agit de la première montre mécanique qui propose un double affichage à la fois digital et analogique
  • elle est le fruit du partenariat entre De Grisogono et Jean-François Mojon. Au moment où ce dernier a remporté le prix du meilleur horloger concepteur au Grand Prix d'Horlogerie de Genève 2010, je souhaitais revenir sur une de ses réalisations passées
  • elle a initié la nouvelle ambition horlogère de De Grisogono
Lors de sa présentation, cette Meccanico dG a beaucoup surpris par son système d'affichage de l'heure, inspiré par les pendules à cristaux liquides, par son gabarit, par son design... et finalement par le nom de sa marque: De Grisogono. En effet, pour la très grande majorité, De Grisogono était avant tout une marque de joaillerie qui s'aventurait avec plus ou moins de bonheur dans l'horlogerie sous la houlette de son emblématique président, Fawaz Gruosi mais sûrement pas une marque explorant de nouveaux territoires horlogers.

C'était sans compter sans l'ambition de Fawaz Gruosi qui a bien senti que la légitimité du pôle horloger de la marque (initié en 2000) passait par plus d'audace, plus de créativité. C'est dans ce contexte que fut définie la Meccanico dG rendant visible et tangible l'orientation stratégique de la marque. Cette orientation fut réaffirmée en 2010 par le recrutement de Gérald Roden dont la feuille de route est d'insuffler une dynamique dans la collection horlogère équivalente à celle qui existe côté joaillerie.

Mais revenons à la Meccanico dG.

La Meccanico dG fut créée pour célébrer les 15 ans de De Grisogono: la montre fut conçue pour marquer les esprits, l'objectif est atteint!

Lorsque nous la découvrons pour la première fois, elle impressionne d'abord par sa taille: le boîtier rectangulaire à la carrure si particulière (le fond du boîtier est plus large que le sommet) mesure en effet 56mm sur 48 avec une épaisseur de 15mm. Pour éviter un aspect trop anguleux, les designers ont travaillé sur la forme du bracelet caoutchouc et sur celle très sphérique des poussoirs. Malgré la forme du boîtier, l'ensemble est plutôt galbé ce qui adoucit le dessin.

Puis rapidement notre regard est attiré par ce qui constitue la prouesse de cette montre: l'affichage du temps. Il s'agit d'un double affichage totalement basé sur un mouvement mécanique à remontage manuel. Les deux affichages occupent de façon équilibrée le cadran, l'analogique étant situé en haut du cadran et le digital en bas. Bien évidemment, c'est ce dernier qui suscite le plus d'intérêt. Mais comment mettre en oeuvre cet affichage digital à partir d'un mouvement mécanique? Un tel affichage nécessite en effet au moins deux réflexions majeures. La première réflexion concerne l'affichage en lui même. La technique a consisté à utiliser 23 segments (2 + 3x7) horizontaux et verticaux qui dessinent les chiffres en fonction de l'évolution du temps. Ces segments présentent 4 faces: 2 de couleur et de 2 incolores. Les segments verticaux pèsent 25 milligrammes et ont une longueur de 9mm (contre 10 milligrammes et 2,9mm pour les horizontaux). Ils effectuent selon le chiffre qui doit être affiché une rotation de 90 degrés instantanée. La deuxième réflexion concerne la puissance du mouvement requise pour animer tous les segments et la réserve de marche minimum. C'est dans ce contexte que tout le talent de l'équipe de Chronode s'est exprimé à travers le mouvement à remontage manuel développé pour l'occasion avec De Grisogono. Malgré le nombre d'engrenages et cames qui fonctionnent (et qui sont visibles côté cadran) et le système de synchronisation, la réserve de marche est de 35 heures soit un chiffre relativement satisfaisant compte tenu du double affichage et de la fréquence de 4hz. La mouvement ne comporte pas a priori de mécanisme de force constante, l'équipe chez De Grisogono m'ayant affirmé que la conception du mouvement assurait par elle-même une régularité de marche très satisfaisante y compris en fin de réserve de marche. L'indicateur de réserve de marche est d'ailleurs situé au dos du mouvement de façon très discrète. La complexité du mouvement est souligné par le nombre de pièces: 671!

La mise à l'heure analogique s'effectue par le biais de la couronne à 3 heures: l'heure analogique est l'heure "principale", l'affichage digital servant de second fuseau et dont les indications se règlent par le biais des poussoirs inférieurs à gauche et à droite du boîtier.

La lisibilité de la montre est tout à fait satisfaisante surtout dans sa version à segments verts qui contrastent bien avec les éléments noirs. Le cadran transparent donne une belle impression de profondeur, souligne l'aspect mécanique de l'affichage et contribue à l'originalité de l'ensemble. La marque et le "swiss made" sont indiqués à même le mouvement, le nom de la montre étant apposé au dos sur la platine. Cette platine est décorée de façon baroque... et très discrète. Grâce au traitement noir, cette décoration se fond totalement et met en valeur les rouages visibles du mouvement ainsi que le très subtil indicateur de réserve de marche logé dans un coin.

Compte tenu de ses spécificités techniques, la Meccanico dG est commercialisée dans le cadre d'une série limitée de 6 versions cumulant 177 exemplaires: titane, titane-caoutchouc, titane-platine, or rose, titane-or rose et or rose-caoutchouc. Les versions en or rose se distinguent par l'utilisation de segments en or rose, les segments verts étant réservés aux autres versions.

La montre est, il faut bien l'avouer, fascinante à observer et très rapidement l'heure analogique disparaît derrière le ballet des segments de l'affichage digital.

Dans le cadre de sa nouvelle ambition horlogère, afin également de contrôler une plus grande partie de son process qualité et d'apporter de l'intérêt au travail des horlogers de la maison, le calibre n'est pas livré monté par Chronode: il est assemblé chez De Grisogono. Il est évident qu'un tel fonctionnement permet d'emmagasiner de l'expérience pour les futurs développements.

La Meccanico dG utilise une boucle déployante pour le bracelet caoutchouc: c'est un bon point compte tenu du poids de la montre. Cependant, j'ai eu la mauvaise surprise de voir qu'il s'agissait d'un bracelet qui s'ajuste en le coupant. Je dois avouer que je ne suis pas fan de ce système. Je n'ai donc pas pu tester le maintien de la montre au poignet: le bracelet n'était pas à ma taille. Inutile de préciser que la montre doit être bien positionnée sur le poignet: sa taille et son poids interdisent tout flottement à ce niveau, sinon c'est l'inconfort assuré. J'imagine cependant que la boucle fait bien son office et que le bracelet, du fait de sa forme autour du boîtier, épouse bien le poignet. Dire que la montre a une sacré présence est d'une grande banalité: il ne pouvait pas en être autrement compte tenu du gabarit, de la forme du boîtier et de l'affichage.

Incontestablement, la Meccanico dG marque un tournant chez De Grisogono: elle témoigne d'une nouvelle orientation vers des montres plus compliquées, plus ambitieuses. La vocation de la marque n'est pas de devenir à court terme une manufacture qui fabriquerait ses mouvements quasiment de A à Z. Mais clairement la volonté est de pouvoir concevoir en interne des mouvements exclusifs (l'équipe R&D est composée de 5 personnes) et de réintégrer leurs assemblages afin de pouvoir faire monter en gamme la collection horlogère. Le sens de l'organisation et la grande connaissance de l'industrie horlogère de Gérald Roden combinés à la créativité et au charisme de Fawaz Gruosi peuvent déboucher sur de très belles réalisations. De Grisogono s'est donné les moyens de ses ambitions, il sera donc intéressant de suivre de près l'actualité et les nouveautés de la marque genevoise.


vendredi 19 novembre 2010

Lange & Söhne: Lange 1 Daymatic

Le temps passe, nous approchons du SIHH 2011 et je me rends compte que je n'ai toujours pas présenté une des montres les plus intéressantes du SIHH 2010: la Lange 1 Daymatic. Bien plus qu'une nouvelle déclinaison de l'icône de la collection, la Daymatic nous donne l'opportunité de découvrir une grande première pour la manufacture saxonne: un calibre automatique à rotor central.

Au premier coup d'oeil, la Lange 1 Daymatic semble identique à sa célèbre devancière. Et puis rapidement nous nous rendons compte qui s'agit visuellement de son effet miroir: le cadran de l'affichage de l'heure se trouve à droite, la complication, la trotteuse et la grande date à gauche. Si j'emploie le terme de complication, c'est pour souligner que celle utilisée sur la Daymatic n'est pas la même que celle de la Lange 1 à remontage manuel: l'indicateur de réserve de marche est ici remplacé par un affichage des jours de la semaine expliquant ainsi le nom de la montre.

Le positionnement du cadran de l'affichage de l'heure semble finalement plus logique pour ceux qui portent leurs montres sur le poignet gauche: il suffit de légèrement soulever la chemise pour que l'intégralité de l'heure soit lisible.

Si la grande date est on ne peut plus classique, l'indicateur des jours de la semaine est en revanche plus original. Complication dédiée aux montres calendriers (comme la Saxonia Calendrier Annuel ou la Langematik Perpetuelle), elle apparaît ici sous la forme d'un affichage rétrograde afin de retrouver la similarité esthétique avec l'indicateur de la réserve de marche. A vrai dire, dans le contexte de la Lange 1, je ne trouve pas cette complication des plus pertinentes. Disons qu'elle permet de différencier la Daymatic de la Lange 1 d'origine et que pour un certain nombre de personnes, un indicateur de réserve de marche est inutile sur une automatique. Ce n'est pas ma conviction, je le trouve plus approprié sur une automatique (afin de vérifier l'efficacité du remontage) ou sur une montre à longue réserve de marche que sur une montre manuelle qu'il faudra de toutes les façons, remonter tous les jours. En fait, cet indicateur du jour de la semaine, couplé au calibre automatique, renforce le côté "pratique" de la montre qui se veut plus adaptée aux exigences de la clientèle d'aujourd'hui: il ne faut pas oublier que, aussi surprenant que cela puisse paraître pour un amateur d'horlogerie qui raisonne en qualité intrinsèque des mouvements, un calibre automatique est très souvent préféré à un calibre manuel, le remontage quotidien apparaissant comme une contrainte.

Le boîtier de la Daymatic est élargi par rapport à celui de la Lange 1: 39,5mm contre 38,5. Sa taille se situe donc entre la Lange 1 et la Grande Lange 1. A noter la présence d'un poussoir intégré dans la carrure gauche, sous le poussoir de correction de la date, servant au réglage du jour de la semaine. Fort heureusement, contrairement à la Grande Lange 1, le principe de l'organisation du cadran a été conservé: aucune fonction ne se chevauche et nous retrouvons avec plaisir cette organisation harmonieuse des différents affichages... avec l'effet miroir par rapport à la Lange 1. La teinte des cadrans dépend du métal du boîtier: rhodié pour la version platine, champagne pour la version en or jaune et argenté pour la version en or rose. La Daymatic n'est actuellement pas disponible en or gris.

C'est bien évidemment en la retournant que nous découvrons la véritable nouveauté apportée par la Daymatic: le calibre L021.1. Lange a abandonné pour cette montre son calibre automatique à rotor 3/4 pour un tout nouveau mouvement à rotor central. Ce mouvement a les caractéristiques suivantes:
  • une réserve de marche de 50 heures
  • une fréquence de 3hz
  • un diamètre relativement imposant de 31,6mm
  • un balancier à masselottes et un spiral maison
Sa décoration va soit rallier les suffrages des amateurs de la marque soit apporter de l'eau au moulin des détracteurs: personne ne va contester la qualité de l'exécution et le soin apporté aux détails, irréprochables. J'apprécie notamment la forme particulière du rotor et le contraste entre la masse alourdie avec du platine et le côté délicat et travaillé des deux branches. Le reproche que certains pourront formuler est le côté très luxuriant de la décoration de la platine: le nombre élevé de rubis insérés dans des chatons en or donne un côté un peu trop baroque à la décoration. C'est un peu dommage, le calibre Sax-O-Mat à rotor 3/4 est de son côté beaucoup plus sobre. Je pense sincèrement qu'un peu plus de simplicité n'aurait pas nui même si la découpe des éléments de la platine, toute en ondulation, apporte une touche de raffinement.

Au poignet, c'est tout le charme traditionnel de la Lange 1 qui agit: la beauté du cadran, sa parfaite organisation (le centre de la grande date, les axes de la trotteuse et de l'aiguille rétrograde sont alignés verticalement), son équilibre (je considère sa taille comme idéale) rendent la Daymatic très désirable même si, évidemment, elle ne crée pas le même sentiment de surprise qu'a pu provoquer la Lange 1 lors de sa présentation en 1994.

Même si Lange en a peut-être trop fait en terme de décoration du mouvement, la Daymatic n'en demeure pas moins une évolution réussie de la Lange 1. Toucher une montre icône est une tâche ardue et Lange a su éviter les pièges en conservant les atouts de la montre d'origine. Certes, à titre personnel, je préfère nettement le remontage manuel et la présence de l'indicateur de réserve de marche de la Lange 1. Mais la Daymatic redonne un nouveau souffle à la collection en s'ouvrant à une nouvelle clientèle pour laquelle un mouvement automatique est un pré-requis.

dimanche 7 novembre 2010

Harry Winston: Z3 & Ocean Tourbillon

On pense fréquemment que le partenariat entre Harry Winston et les horlogers indépendants ne s'exprime qu'à travers la collection Opus. Ce n'est pas exact puisque la Z3 (ou son équivalent à boîtier en or, l'Ocean Tourbillon) est une montre qui fut développée avec Peter Speake-Marin.

Nous connaissons bien maintenant Peter Speake-Marin, membre respecté de l'AHCI qui a créé son propre atelier en 2000 après avoir travaillé chez Renaud&Papi. Peter a démarré sa carrière en restaurant des montres et des pendules d'exception ce qui lui a donné une grande connaissance sur la façon de travailler des maîtres horlogers d'autrefois. Incontestablement, nous ressentons cette influence à travers sa propre collection qu'il a développé depuis une dizaine d'année. Sa première montre fut la "Fundation Watch", une montre de poche Tourbillon qui, comme son nom l'indique, a servi de point de départ à ses projets personnels en concentrant son savoir, sa culture, sa maîtrise technique. La collection Piccadilly, des mono-aiguilles aux Tourbillons - Répétition Minutes, par ses cadrans en émail, par ses boîtiers typés témoigne de ce respect de l'horlogerie traditionnelle qui a aussi guidé sa démarche lors de la création de son propre calibre: le SM2.

La Z3 n'est en fait pas la première montre Harry Winston à laquelle Peter Speake-Marin a participé. La toute première fut l'Excenter Tourbillon. Lors de sa présentation en 2005, cette Excenter avait surpris la communauté horlogère pour plusieurs raisons:
  • il s'agissait d'un Tourbillon à remontage manuel avec une longue réserve de marche (plus de 100 heures)
  • l'affichage de la réserve de marche était original, utilisant deux aiguilles et deux graduations
  • côté cadran se trouvait un témoin changeant de couleur si la réserve de marche passait sous les 25 heures
  • le système de rotation de la cage se trouvait à l'intérieur de cette dernière
  • le calibre avait une fréquence élevée (4hz) et était basé sur une ébauche STT 13.75
L'Excenter Tourbillon était une montre typique de la collection Premier avec son boîtier caractéristique platine de 40mm renforçant le côté raffiné de la montre.

Cependant, très rapidement, Harry Winston a souhaité transposer cette complication dans un contexte plus décontracté, plus sportif afin que la montre puisse accompagner son propriétaire en toute circonstance. Si cette démarche nous semble naturelle de nos jours, ce n'était pas encore le cas ces années là.

La Z3 devint ainsi en 2006 la première montre de la collection Zalium à accueillir un Tourbillon, qui plus est dans le boîtier étanche à 100 mètres et en étant automatique. Elle fut présentée avec deux versions: la Sports Spirit et la Vintage Spirit. Comment reconnaître au premier coup d'oeil ces deux montres?

La Sports Spirit propose une partie supérieure du cadran décorée avec des côtes de Genève et des chiffres et aiguilles luminescentes. La Vintage Spirit est décorée différemment: le cadran est inspiré par les tableaux de bord des voitures haut de gamme du début du siècle passé avec un aspect acier bouchonné ou perlé. Les chiffres sont couleurs pétrole et les deux vis présentes sur le pont du Tourbillon sont bleuies. La montre photographiée est l'Ocean Tourbillon Or Gris dont la présentation est celle de la Sports Spirit.

L'organisation symétrique du cadran de la Z3 ou de l'Ocean Tourbillon est similaire à celle de l'Excenter: le cadran de l'affichage de l'heure et celui du Tourbillon, alignés verticalement, formant un huit. Le témoin de réserve de marche faible est inséré dans la zone dédiée à l'affichage de l'heure et change de couleur en devenant bleu si la réserve passe sous les 25 heures. Un vrai logo interactif! Un détail amusant est à signaler: la présence d'une trotteuse bien inutile ici, le Tourbillon effectuant une rotation par minute. Elle gâche même un peu la vision du shuriken qu'affiche le Tourbillon.

Nous retrouvons évidemment le boîtier caractéristique des collections Zalium et Ocean avec son diamètre de 44mm et son protège-couronne particulier dont les éléments sont inspirés par l'entrée de la boutique Harry Winston à New-York. Son exécution est sans faille et contribue grandement au style sportif et élégant de la montre.

Retournons maintenant la montre pour découvrir le mouvement HW401A. Ce dernier dérive évidemment du mouvement de l'Excenter Tourbillon et devient automatique. Il est visible à travers un fond saphir. Du fait de la présence du rotor, l'affichage particulier de la réserve de marche propre à l'Excenter Tourbillon a été supprimée.

La finition du mouvement est très propre, très nette et en cohérence avec le style de la montre. Elle n'est pas tape à l'oeil mais elle est irréprochable. Le mouvement dégage une impression un peu particulière combinant des éléments traditionnels de l'horlogerie (chatons en or, vis bleuies) avec un contexte très moderne voire futuriste. Le pont du Tourbillon marque l'empreinte de Peter Speake-Marin. L'ensemble n'est pas dénué de charme. A noter que la version Ocean est dotée d'un rotor en or.

Au poignet, nous nous retrouvons dans l'habituelle situation des montres issues de ces collections. La version Zalium, la Z3, est plus légère que l'Ocean Tourbillon. Les deux partagent cependant la même taille imposante accentuée par la courbure des bracelets imposées par les cornes. Sur mon poignet (17,5cm), la montre se positionne bien et le bracelet la maintient efficacement. Mais le test au porter est vraiment indispensable pour bien la juger.

La Z3 fait partie de mes montres préférées de la collection Zalium grâce à la parfaite intégration du Tourbillon dans ce contexte plus décontracté. Il ne semble pas inopportun, bien au contraire. L'utilisation des couleurs donne à la montre une belle harmonie et la qualité des finitions , certes subtiles, discrètes mais abouties, m'a séduit. La Z3 est dédiée au collectionneur à la recherche d'un Tourbillon d'un horloger indépendant de talent dans un environnement moins guindé que de coutume et dans une montre plus polyvalente.

La Z3 fut commercialisée dans une série limitée de 100 montres (50 pour chaque version) tandis que l'Ocean Tourbillon est limitée à 80 montres. Vous remarquerez que la montre photographiée est la numéro 1 de cette série.

Un grand merci à l'équipe de la boutique Montres Prestige à Genève.

lundi 1 novembre 2010

Harry Winston: 10 ans d'Opus, 10 films

J'ai eu le privilège et le plaisir d'assister début septembre à l'événement organisé par Harry Winston pour célébrer les 10 ans de la collection Opus. Il a permis de réunir tous les horlogers ou designers impliqués dans la création de ces 10 montres qui ont marqué la première décennie horlogère du XXIième siècle. Ce fut un événement sincère au cours duquel fut rendu hommage à ces personnalités du monde horloger qui ont tant contribué au succès de la collection.

Chaque Opus possède sa propre personnalité et véhicule les idées de l'horloger qui l'a créée. Au cours de la soirée, furent projetés 10 films qui, sous forme d'interviews, présentent les différentes sources d'inspiration et les démarches des horlogers. J'ai souhaité vous les regrouper en un seul article pour que vous puissiez apprécier l'incroyable diversité de cette collection ainsi que son évolution au fil du temps. De François-Paul Journe à Jean-François Mojon, chaque horloger explique pourquoi son Opus est si particulière.

Opus 1 (François-Paul Journe):



Opus 2 (Antoine Preziuso):



Opus 3 (Vianney Halter):



Opus 4 (Christophe Claret):



Opus 5 (Felix Baumgartner):



Opus 6 (Robert Greubel et Stephen Forsey):



Opus 7 (Andreas Strehler):



Opus 8 (Frédéric Garinaud):



Opus 9 (Jean-Marc Wiederrecht et Eric Giroud):



Opus 10 (Jean-François Mojon):



Je vous ai déjà présenté l'Opus 5, sachez que je reviendrai plus en détail prochainement sur les Opus 2, 7 et 10.

Un grand merci à Harry Winston pour l'organisation de ce superbe événement.

Hublot: Bullet Bang Cermet

J'ai souhaité vous présenter cette Bullet Bang car il s'agit selon moi d'une des plus intéressantes Big Bang. Nous connaissons tous les reproches régulièrement faits à Hublot: des séries limitées à profusion, des déclinaisons de cadrans dispensables et des prix parfois paradoxaux, certaines séries limitées étant moins chères que les montres qui leur sont les plus proches dans la collection permanente. Inutile de revenir là-dessus d'autant plus que cette stratégie, peut-être critiquable du point de vue de l'intérêt purement horloger, n'en est pas moins redoutablement efficace commercialement parlant. Et l'objectif de toute marque horlogère est bien de vendre des montres.

Alors, pourquoi s'intéresser à cette Bullet Bang qui de prime abord se distingue peu des autres Big Bang? Tout simplement parce qu'elle incarne parfaitement l'évolution du concept de fusion imaginé par Carlo Crocco il y a 30 ans, modernisé et ancré dans le temps présent par Jean-Claude Biver et parce que le matériau qu'elle utilise apporte vraiment une valeur ajoutée.

Dans le monde horloger d'aujourd'hui, nous découvrons sans cesse de nouveaux noms de matériaux tous aussi savants les uns que les autres. Le problème est que nous sommes rarement convaincus par leurs propriétés et certains semblent de plus peu appropriés au contexte d'une montre de luxe. Mettez-vous à la place des clients: avant, il y avait l'or, l'acier, le platine avec une grille des prix lisible et compréhensible. Maintenant tout est mélangé sans que l'on sache si tel ou tel matériau est plus rare ou plus exclusif qu'un autre.

La Bullet Bang se distingue par l'utilisation d'un alliage de céramique, de bronze et d'autres métaux: le Cermet (microbillé pour cette montre). Cet alliage a des propriétés de résistance et de dureté optimales rendant son emploi pour un boîtier de montre totalement pertinent.

Pour bien tester cette montre, il faut s'équiper d'une fourchette et d'un tournevis pour vérifier si le Cermet est aussi inrayable qu'Hublot veut bien le présenter. Avec le propriétaire de la montre, nous avons donné des coups de fourchette et de tournevis sur le boîtier (évitez de faire de même avec votre Patek Répétition Minutes!!!). Eh bien, aussi extraordinaire que cela puisse être, le boîtier était immaculé à la fin du test: pas de trace, pas de rayure, rien! Alors évidemment de telles propriétés donnent un éclairage nouveau à cette Bullet Bang. La montre peut être considérée comme une vraie toolwatch (une vraie, pas une toolwatch pour faire trempette à la piscine ou aller à la plage). La Bullet Bang peut vous accompagner même lors d'activités risquées qui pourraient abimer le boîtier.

L'autre point intéressant est la couleur du boîtier: grâce au bronze, elle est originale et contraste joliment avec le cadran et le bracelet. La montre n'est pas pas des plus discrètes (le diamètre du boîtier est de 44mm) mais la couleur est rarement vue et finalement subtile. Elle est différente des boîtiers bronze comme celui de la Gefica de Genta, ce dernier n'étant volontairement pas stable et évoluant dans le temps.

Pour le reste, nous retrouvons tout ce qui plaît ou agace (selon le côté où on se place) dans les Big Bang:
  • un très grand confort (la boucle déployante est un régal d'utilisation)
  • une très bonne lisibilité
  • des index et chiffres joliment apposés (ici, de couleur Cermet). Le cadran est préservé des logos, signatures de certaines séries limitées qui peuvent lasser sur la durée
  • les fameuses vis en titane sur la lunette (je ne veux pas relancer le débat sur les histoires d'alignement)
  • des poussoirs bien conçus mais relativement durs à faire fonctionner (calibre oblige). Les poussoirs et la couronne sont en acier PVD noir tandis que les inserts latéraux et les oreilles de la lunette sont en résine composite noire.
Le calibre est en fait un 7750. Les premières Bullet Bang furent livrées avec le calibre à roue à colonne modifié par Lajoux-Perret mais pour des raisons de disponibilité, Hublot est passé ensuite au calibre normal des Big Bang entraînant une baisse du prix de vente. Inutile d'espérer une finition décorative flatteuse: il n'y en a pas. Il se distingue par le rotor caractéristique de la maison et par le perlage de sa platine. L'avantage de l'utilisation d'un tel calibre est sa fiabilité et sa pérennité sur le long terme.

Le propriétaire de la montre a remplacé le caoutchouc d'origine par un gummy croco qui lui va bien et qui la rend plus habillée.

La Bullet Bang a été présentée en 2008 dans le cadre d'une série limitée de 500 exemplaires. S'agissant d'une montre très recherchée de par ses propriétés, elle est dorénavant difficilement disponible.

Plusieurs attitudes sont possibles lorsque nous nous retrouvons face à cette Bullet Bang. On peut se dire: et voilà la xième déclinaison de cette montre... et toujours avec le 7750... Et puis, on peut considérer qu'il s'agit d'une évolution pertinente du concept de la fusion. L'emploi d'un nouveau matériau donne ici une dimension nouvelle à la montre. La réputation de Hublot en matière de confort et d'ergonomie n'étant plus à faire, cette Bullet Bang peut être perçue comme la Big Bang idéale, solide, originale de par la couleur de son boîtier et résistant à la lassitude grâce à son cadran vierge de toute inscription malheureuse.