dimanche 27 juin 2010

Audemars Piguet: Star Wheel Anniversaire

Au début des années 90, Audemars Piguet avait réinterprété avec sa première Star Wheel le vieux principe de l'heure vagabonde dont les origines proviennent de la pendule de nuit des frères Campanus fabriquée au XVIIième siècle.

Comme son nom l'indique, avec une montre à heure vagabonde, l'indicateur des heures se déplace le long d'une graduation pour afficher les minutes. Rompant avec l'affichage traditionnel du temps, l'heure vagabonde n'en demeure pas moins intuitive dans sa lecture, ce qui n'est pas forcément le cas de tous les affichages originaux.

Pour célébrer ses 125 ans en 2000, Audemars Piguet a réédité la Star Wheel avec un boîtier Millenary dans le cadre d'une série limitée de 50 montres en or jaune, 75 en or rose et 125 en acier. La forme particulière du boîtier ainsi que la modification de la position de la graduation des minutes donnent à la Star Wheel Anniversaire un style moins traditionnel que celui de la Star Wheel d'origine. Ce choix fut motivé par la volonté d'Audemars Piguet de tourner vers l'avenir la célébration de cet anniversaire. Cette même année fut d'ailleurs marquée par l'inauguration d'un nouveau bâtiment au Brassus pour abriter les ateliers de la Manufacture.

La Star Wheel Anniversaire reprend strictement le même principe de fonctionnement que sa devancière: 3 disques en saphir poli transparent sur lesquels sont inscrits 4 nombres (avec un pas de 3) correspondant aux 12 heures effectuent deux types de rotation: une rotation complète autour du cadran toutes les 3 heures et une rotation sur eux-mêmes afin que l'heure adéquate soit bien positionnée au départ de la graduation. Cette rotation sur elle-même s'effectue par saut lorsque le disque inférieur est à 6 heures et le disque supérieur à 12 heures. Ainsi, grâce à ce double-repositionnement, le disque qui affiche l'heure en cours (7 heures sur les photos) affichera correctement le 10 lorsqu'il s'engagera en face de la graduation des minutes. Cette graduation des minutes représente un secteur de 120 degrés sur le cadran.

Il ne s'agit cependant pas d'un système à heures sautantes car le disque de l'heure qui s'achève quitte la graduation lorsque celui qui va afficher l'heure suivante s'y engage.

Le calibre qui anime le module de l'affichage de l'heure est l'AP2224 basé sur le JLC889/2. Il s'agit d'un mouvement fin (5,85mm), d'un diamètre d'encageage de 26mm, d'une fréquence de 4hz et d'une réserve de marche de 38 heures. Compte tenu de la spécificité du module qu'il anime, il est conseillé d'être prudent lors de la mise à l'heure de la montre et de tourner la couronne doucement. N'oublions pas en effet que le module d'affichage combine deux actions différentes dans leur implication mécanique: le mouvement continu autour du cadran et le repositionnement des disques saphir.

Nombreux furent ceux qui ont regretté que le charme légèrement suranné de la Star Wheel initiale qui comportait un cadran guilloché ou gravé, ne se retrouvât pas dans la Star Wheel Anniversaire. De plus, cette dernière ne dévoile pas son calibre, Audemars Piguet ayant opté pour un fond plein finalement logique dans le contexte d'un boîtier Millenary.


Mais le grand avantage de la Star Wheel Anniversaire est qu'au poignet, elle profite totalement de l'avantage procuré par l'affichage de l'heure. Grâce à la graduation des minutes située à droite, le propriétaire de la montre (qui doit alors la porter sur son bras gauche) n'est pas obligé de soulever la chemise pour lire intégralement l'heure. Il suffit de la faire glisser légèrement et la totalité de l'heure (heures et minutes) se lit en un coup d'oeil. Comme je l'ai indiqué précédemment, la lecture du temps avec une heure vagabonde, passé une petite période d'accoutumance, est intuitive et aisée et c'est le cas avec cette Star Wheel.

La Star Wheel Anniversaire, même si elle n'a pas la même subtilité dans son exécution que la Star Wheel initiale n'en demeure pas moins une montre fascinante grâce à son affichage de l'heure inhabituel et lisible. Le sentiment d'originalité maîtrisée qui se dégage de la montre peut ainsi attirer les collectionneurs qui souhaitent acquérir une montre à heure vagabonde tout en restant dans un contexte relativement classique, combinaison que ne propose pas par exemple Urwerk. A noter que des rumeurs circulent sur la possible présentation d'une future Star Wheel lors du SIHH 2011... à suivre!

samedi 26 juin 2010

Harry Winston: Ocean Dual Time

L'Ocean Dual Time s'inscrit dans la lignée des montres dédiées aux voyageurs qui fut initiée chez Harry Winston avec l'Excenter Timezone. Contrairement à cette dernière, l'Ocean Dual Time affiche le second fuseau horaire par un sous-cadran spécifique permettant ainsi l'utilisation des aiguilles des heures et des minutes.


L'Excenter se caractérise par la claire séparation des informations entre l'affichage de l'heure principale et celle du second fuseau (par le biais d'une aiguille rétrograde). L'Ocean Dual Time propose donc une solution différente qui à l'usage, est peut-être moins intuitive et moins pratique mais qui a permis à Harry Winston de dessiner un cadran original.

Ce qui caractérise en effet l'Ocean Dual Time est la présentation de son cadran: les différentes indications sont situées dans des zones circulaires (heure principale, second fuseau, indicateurs jour&nuit, disques de la grande date, shuriken) qui sont comme des bulles de savon flottant dans l'air. Contrastant avec ces cercles, les deux chiffres de la grande date verticale sont entourés par une pièce reprenant la forme de l'entrée de la boutique de New-York: cette forme est également reprise sur les deux éléments qui protègent la couronne et qui font partie du style propre aux boîtiers de la collection Ocean.




L'heure principale est située dans le sous-cadran de droite et l'heure du second fuseau dans celui de gauche. Le shuriken est placé entre les eux et joue le rôle de témoin de fonctionnement de la montre. Les indicateurs jour&nuit sont bien entendu reliés aux sous-cadrans auxquels ils correspondent.

La finition du cadran est très aboutie et est irréprochable: c'est un vrai sentiment de relief, de volume qu'il nous procure grâce à ses différents niveaux et son côté surélevé. Incontestablement, la présentation du cadran est originale et contribue à l'intérêt de la montre.

Le boîtier est lui aussi fini avec soin comme en témoignent les deux éléments autour de la couronne et la parfaite intégration du poussoir qui sert à corriger le second fuseau.


L'arrière de la montre est cependant moins spectaculaire. Le mouvement qui anime l'Ocean Dual Time a une base GP3396 sur laquelle a été rajouté un module exclusif et in-house. Ce module fut d'ailleurs le premier développé par les propres équipes Harry Winston. Le calibre GP, d'une fréquence de 4hz et d'une réserve de marche autour de 45 heures est fiable et a l'énergie suffisante pour entraîner le module. Cependant, son emplacement décalé donne l'impression qu'il est un peu perdu dans le boîtier. Sa décoration est simple et sans faute, le rotor en or porte le logo Harry Winston mais il est évident que nous sommes ici loin de la présentation offerte par le calibre à remontage manuel à base Lajoux-Perret de l'Excenter Timezone.


L'Ocean Dual Time est disponible en or rose ou en or gris. Lorsque la montre est déclinée avec le boîtier en Zalium, elle prend alors la référence Z4 étant la quatrième montre à utiliser ce matériau breveté.

Le boîtier a un diamètre de 44mm mais heureusement la forme des cornes préserve le confort au porter et permet un bon positionnement... pour ceux qui ont un poignet suffisamment grand. En effet, la courbure du bracelet (qui donne un côté élancé au style de l'Ocean Dual Time) fait que sur un petit poignet, la montre semble alors peu adaptée.

Les personnes qui ont la chance de pouvoir porter la montre sans ce souci vont profiter de la beauté du cadran et de ses effets de volume saisissants. Lorsqu'on porte l'Ocean Dual Time, on se plaît à orienter différemment la montre pour examiner les détails du relief du cadran.


L'Ocean Dual Time n'est sûrement pas une montre parfaite: l'organisation du cadran n'est pas des plus intuitives pour une montre à affichage à double-fuseau et le calibre n'a pas le même côté spectaculaire que celui de l'Excenter Timezone. Malgré cela, la beauté du cadran, sa finition ainsi que celle du boîtier donnent beaucoup de charme à la montre qui constitue une option de qualité dans le monde des montres à affichage de deux fuseaux horaires.

Merci à l'équipe de la boutique Harry Winston de Londres.

dimanche 20 juin 2010

De Bethune: DBS

La DBS est, selon moi, une des montres qui permettent de mieux comprendre l'esprit de De Bethune. Lors de sa présentation en 2005, elle surprit par son originalité qui ne provenait pas du système d'affichage de l'heure (qui reste classique) mais du spectacle offert par le mouvement totalement dévoilé côté cadran. Elle marqua aussi une orientation esthétique pour De Bethune dont la forme particulière du boîtier et la position de la couronne en furent les principaux traits. Les deux cornes demeurent le seul petit rappel des premières montres De Bethune: si vous mettez côte à côte cette DBS avec, par exemple, une DB2, vous noterez que le boîtier de la DBS est finalement une sorte de boîtier classique De Bethune amputé de ses cornes supérieures.

L'ouverture de cadran (ou plutôt cette absence de cadran car les aiguilles sont positionnées au-dessus de la platine du mouvement) renforce le côté technique de la montre sans toutefois négliger la lisibilité. Elle nous donne la possibilité d'apprécier les éléments clé du calibre DB2015 qui témoignent du savoir-faire du duo Flageollet&Zanetta et que nous retrouverons dans des modèles postérieurs:
  • Grâce à un double-barillet, le mouvement a une longue réserve de marche de 6 jours dont l'indicateur est situé au verso de la montre. En fait, le mouvement est construit "à l'envers" afin que sa platine soit située côté cadran. Sa fréquence est de 4hz.
  • Le balancier est en titane&platine et est protégé par un système de triple-parechute. Lorsque la montre est arrêtée (ce qui est le cas sur les photos), la forme très originale du balancier apparaît: en fait, il n'est pas rond, il n'a pas à proprement parler de serge. Les matériaux sont répartis afin d'améliorer le rapport inertie/masse et donc son rendement. Le platine est placé sur les parties extérieures tandis que la structure même du balancier est en titane.
  • Le système triple-parechute est symbolisé par le pont du balancier en titane soutenu par deux espèces de piliers qui permettent de réduire au maximum l'influence des perturbations. Chaque rubis des extrémités du pont est "coincé" entre le pont et le ressort. Les deux ressorts sont les pièces en forme de note de musique qui relient la platine du mouvement au pont du balancier.
  • La phase de lune sphérique constituée en platine et en acier bleui tourne sur son propre axe. Son aspect tri-dimensionnel a pour but d'afficher les phases de lune de la façon la plus réaliste qui soit, c'est à dire telles que nous les voyons dans le ciel.
La DBS offre un contexte parfait pour l'expression de ces caractéristiques techniques tout en préservant une cohérence esthétique. La montre photographiée est une des toutes dernières versions de la DBS en Or Gris qui se distingue par le traitement de la platine en acier du mouvement (décorée avec des côtes de Genève verticales) qui créée une harmonie avec la lunette et le boîtier de la montre. Finalement, seuls les rubis, l'hémisphère en acier bleui et le titane du balancier apportent une légère rupture chromatique. La finition est excellente, notamment celle des aiguilles et de l'organe régulant de la montre. Bien évidemment, la concession à cette présentation particulière du calibre est que le verso de la montre est plus sage, le fond plein est cependant ouvert pour laisser apparaître le guichet en éventail de l'indicateur de réserve de marche.

Comme cela est le cas pour chaque montre De Bethune, le boîtier a une dimension respectable, ici de près de 43mm de diamètre. Fort heureusement, l'épaisseur est maîtrisée (11,3mm) ce qui donne un côté très élancé à la montre.

La forme du boîtier et surtout la façon dont le bracelet est attaché côté supérieur font que la montre est très confortable au porté. Et c'est une fois au poignet que la DBS rentre dans une nouvelle dimension grâce aux reflets que prend la platine du cadran et au rendu visuel incomparable de la lune sphérique. Incontestablement, ce mélange entre affichage classique de l'heure et présentation originale du mouvement est la clé de la réussite de la DBS.

Surprenante de prime abord, la DBS séduit ensuite par son exécution sans faille et par le charme qu'elle distille au fil du temps. Ce n'est pas une montre qui se laisse dompter en quelques instants et il faut du temps pour l'apprécier. Mais le résultat en vaut la peine!

A noter qu'en 2010, De Bethune a présenté une évolution de la DBS en utilisant un boîtier à berceaux mobiles.

Un grand merci à l'équipe de la boutique Hall Of Time à Bruxelles.

samedi 19 juin 2010

Problèmes d'affichage du blog sous IE 8

Chers lecteurs, le mieux étant toujours l'ennemi du bien, en voulant profiter des nouvelles fonctionnalités de création de Blogger, j'ai mis en ligne la semaine passée une présentation du blog qui, hélas, n'était pas compatible avec IE 8. Je suis depuis revenu à la présentation précédente mais il se peut que certains problèmes subsistent. Je suis désolé pour les soucis que vous pouvez rencontrer, en espérant qu'ils pourront être résolus.

Bien cordialement.

Fr.Xavier

François-Paul Journe: Octa Perpétuelle

A travers cette montre créée pour célébrer le cinquième anniversaire de la boutique de Tokyo, François-Paul Journe rajoute une nouvelle complication dans la collection Octa et pas une des moindres: le Quantième Perpétuel.

La collection Octa, dont chaque montre qui la compose possède un calibre automatique d'au moins 5 jours de réserve de marche propose différentes complications tout en conservant la même épaisseur de boîtier. Développer un calibre à Quantième Perpétuel dans un tel contexte n'était donc pas une mince affaire (sans faire un mauvais jeu de mots) mais l'expérience de l'Octa Calendrier (montre à Quantième Annuel) a été utile dans la réussite de cet objectif.


Visuellement, les cadrans de l'Octa Perpétuelle et de l'Octa Calendrier diffèrent peu: l'heure est indiquée à droite, le jour dans le guichet supérieur, le mois dans le guichet inférieur et le quantième par le biais d'une aiguille rétrograde surplombant le cadran et qui suit une graduation à gauche. Ils diffèrent tellement peu qu'ils semblent identiques. La question qui vient donc à l'esprit est de savoir où se trouve l'indication de l'année bissextile. Toute l'astuce consiste à ne l'indiquer que pendant le mois de février. Dans le guichet du mois, février est affiché selon la séquence suivante: 1FE - 2FE - 3FE et BFE, B comme bissextile. Cet astuce permet donc de regrouper deux indications en une grâce à un disque des mois spécial où la partie dédiée au mois de février est tronquée pour laisser apparaître le disque de l'indication bissextile. Il aurait été donc possible de rendre visible la séquence 1-2-3-B de façon permanente en tronquant également les autres mois mais, pour des raisons de lisibilité et comme après tout, la notion d'année bissextile n'est utile qu'en février, le choix s'est porté sur cette solution.

Très souvent, compte tenu du prestige de la complication, les montres à Quantième Perpétuel utilisent des boîtiers en métaux précieux. Comme un pied de nez, le boîtier de l'Octa Perpétuelle est en titane. Paradoxalement, l'emploi de ce matériau, inhabituel chez Journe, renforce ici le caractère exclusif de cette Octa produite en série limitée de 99 pièces. En revanche, le cadran ruthénium sur or est plus classique dans le contexte d'une série limitée (le secteur des quantièmes ainsi que la partie dédiée à l'affichage de l'heure et de la petite seconde sont en argent).

Si le boîtier est en titane, la couronne ainsi que le poussoir à 8 heures sont en or rose et contrastent avec le boîtier. Cela donne un côté original mais j'aurais préféré que ces deux éléments aient une couleur proche de celle du titane.

Mais quel est donc le rôle de ce poussoir? Comme toujours chez Journe, la montre ne comporte aucun correcteur. Tout se règle par la couronne (jour, mois, quantième). Le poussoir, qui ne peut être actionné par mégarde permet de corriger les mois: c'est en actionnant ce poussoir que j'ai ainsi pu régler la montre sur la position BFE afin que vous puissiez voir l'affichage particulier du mois de février.

En retournant la montre, nous découvrons le calibre 1300-3 en or rose dont l'épaisseur est inférieure à 6mm. Nous somme là en terrain connu: ce calibre d'une fréquence de 3hz et d'une réserve de marche autour de 160 heures reprend l'architecture du calibre de l'Octa Calendrier. Il utilise 271 composants soit 30 de plus que le calibre Quantième Annuel. Sa finition est typique du style Journe avec le rotor en or guilloché légèrement décentré, les côtes de Genève cerclées et la platine perlée en or. Le soin apporté aux détails contribue à la beauté du calibre.

Le diamètre du boîtier est de 40mm et son épaisseur de 10,6mm. La forme des anses lui permet de bien épouser le poignet et le titane apporte sa légèreté même si cette dernière se ressent assez peu du fait du poids propre du mouvement. La montre se porte donc avec confort et se positionne bien (même si je ne suis pas fan du fermoir).

François-Paul Journe, à travers cette Octa Perpétuelle, a rappelé ce que devrait être une vraie montre en série limitée: une montre qui se distingue non pas par une simple variation de couleur d'aiguille ou de cadran mais bien par la complication qu'elle propose. Malgré quelques détails esthétiques qui ne me plaisent pas, cette Octa Perpétuelle complète avec réussite le catalogue des complications de la collection Octa et est une belle façon de célébrer le cinquième anniversaire de la première boutique Journe dans le monde.

Un grand merci à l'heureux propriétaire de cette montre qui m'a permis de la découvrir.

dimanche 13 juin 2010

Rolex: Submariner acier (2010)

C'est peu dire que la communauté horlogère attendait avec impatience la dernière mouture de la version acier de la Submariner. Il faut dire que Rolex a le chic pour alimenter les fantasmes en faisant gentiment monter la pression au fil des ans. Après avoir dévoilé les nouveautés des versions or puis or-acier, il était inéluctable que le tour de la version acier allait venir en 2010. Rolex a tenu cependant à créer une surprise car ce n'est pas une Submariner acier mais deux qui furent présentées lors du Salon de Bâle 2010 (sous la référence 116610).


Il est à vrai dire un peu inutile de présenter ces nouveautés sous l'angle descriptif puisque ce furent les nouveautés les plus commentées dans les semaines qui ont suivi le Salon.

En fait, il y a deux façons de voir les choses lorsqu'on découvre ces nouvelles Submariner.

La première consiste à souligner la montée de la qualité perçue (et bien réelle) de ces montres. La lunette Céramique Cerachrom aux graduations platine et le bracelet avec son fermoir Glidelock apportent un plus par rapport à la version précédente. C'est en fait tout le talent de Rolex: être en constante évolution sans révolution et dans ce domaine là, Rolex maîtrise totalement son sujet.


La seconde est de regretter l'aspect de plus en plus cossu de ces Submariner. Le boîtier, pourtant du même diamètre (40mm) fait plus massif, les reflets de lumière ne sont pas les mêmes, en quelques mots: on assiste à l'embourgeoisement de cette montre. Nous pouvons ainsi regretter cet éloignement de la vocation première de la Submariner: être la montre de plongée de référence.


Cette vocation première n'est cependant pas perdue: montre de plongée de référence, elle l'est toujours (l'étanchéité est de 300m). En fait, ces nouvelles versions de la Submariner acier traduisent surtout la volonté de la part de Rolex de faire évoluer les modèles pour qu'ils soient en phase avec le comportement de leurs propriétaires. La Submariner est maintenant la quintessence de la montre sport-chic, à l'aise tant à la plage qu'en costume, tant en semaine que le week-end. Plus qu'une montre de plongée, la Submariner est aujourd'hui considérée comme la meilleure illustration de la montre homogène capable d'accompagner son propriétaire en toutes circonstances.


Côté calibre, nous retrouvons dans ces deux nouvelles Submariner le 3135, certifié chronomètre, équipé du spiral Parachrom et d'une fréquence de 4hz et d'une réserve de marche de 48 heures.

Grâce à la redoutable efficacité du bracelet, les deux Submariner se portent avec grand confort et ce qui n'est guère une surprise pour une Rolex. Mais c'est au poignet que la version "verte" révèle tout son charme. A vrai dire, j'étais très peu emballé par cette montre la trouvant... trop verte. Mais la qualité de finition du cadran a balayé ce sentiment: le cadran prend de très beaux effets de lumière selon l'inclinaison et l'éclairage et change constamment de couleur, pouvant passer du vert vif au vert très obscur. Une vraie réussite qui, selon mon point de vue, la rend plus séduisante ou tout du moins plus subtile que la 16610LV (lunette verte - cadran noir), la montre du 50ième anniversaire de la Submariner.

Comme toujours avec Rolex, la présentation de ces deux nouveautés aura provoqué des réactions tranchées de la part des fans de la marque. Nombreux furent ceux qui ont regretté que le côté "chic" prenne le pas sur le côté "utilitaire". Mais personne n'a contesté la grande qualité d'exécution de l'ensemble qui d'ailleurs donne une justification à la montée des prix.

Harry Winston: Ocean Chronographe

Cet Ocean Chronographe est une montre importante dans l'histoire horlogère récente d'Harry Winston. Il s'agit en effet de la déclinaison en or rose ou en or gris du chronographe Z1, présenté en 2004, qui fut le premier modèle à utiliser le Zalium, alliage à base de Zirconium et d'aluminium, exclusif à Harry Winston, à la fois résistant et léger. Mais cette Z1 ne se distinguait pas seulement par cet alliage mais également par la présence sur le cadran d'un élément que l'on retrouvera ensuite régulièrement dans la collection Ocean: le shuriken.


Le shuriken est cette petite pièce, situé ici au somment du secteur dédié à l'affichage des secondes du chronographes. En fait, le rôle du shuriken est de se substituer à la trotteuse et de servir de témoin de marche. Grâce à sa forme inspirée par l'arme utilisé par les Ninjas, le shuriken attire l'oeil lorsqu'il effectue sa rotation et permet donc de témoigner du fonctionnement de la montre tout en préservant la pureté du cadran. A travers ce clin d'oeil aux Mangas, Max Busser avait souhaité apporter une touche ludique à la montre.

L'absence de trotteuse est ici totalement justifiée par ce qui fait la grande force de cet Ocean Chronographe: l'organisation du cadran. Ce dernier est en effet un modèle de présentation qui allie logique et originalité.


L'originalité provient de l'utilisation d'aiguilles rétrogrades pour les fonctions chronographes: secondes, minutes, heures. La logique se trouve dans la claire séparation entre ces fonctions chronographes et celles dédiées à l'affichage de l'heure. Au final, aucune aiguille de deux fonctions différentes ne se chevauchent.

La finition du cadran est à la hauteur: vous noterez le contraste entre les effets satinés et grainés (au niveau de l'affichage de l'heure) et la qualité des appliques qui donnent du relief.

L'appartenance à la collection Ocean se devine au premier coup d'oeil par le boîtier caractéristique, ici en or gris. Ce boîtier, d'un diamètre de 44mm contribue également à la réussite esthétique de l'ensemble: à sa droite, servant de protège-couronne, les deux pièces dont leur forme est inspirée par l'entrée de la boutique Harry Winston à New-York servent à favoriser l'intégration des poussoirs dans le boîtier. Ainsi, contrairement à de nombreux chronographes, les poussoirs ne cassent pas le style de la montre et semblent même être cachés. Ils sont de plus agréables à utiliser.



Côté calibre, Harry Winston est parti d'une base Frédéric Piguet 1185 sur laquelle le module spécifique et exclusif d'affichage rétrograde des fonctions du chronographe a été couplé. La fréquence est de 3hz et la réserve de marche de 40 heures. Ce module étant côté cadran, nous reconnaissons le Frédéric Piguet sans problème. Le rotor en or, ajouré afin d'y intégrer le logo Harry Winston apporte un côté raffiné à un calibre certes réputé, fiable et efficace (embrayage vertical, roue à colonne) mais pas forcément folichon dans sa décoration et sa présentation.


Du fait de la taille du boîtier, la montre n'est pas adaptée à tous les poignets et ce n'est pas la forme du bracelet caoutchouc qui va atténuer ce sentiment. Heureusement, la forme des cornes et leur taille contenue contribuent à l'amélioration du confort. Une fois au poignet, la montre séduit par la grande lisibilité du cadran malgré la partie réduite dédiée à l'affichage de l'heure.


S'inscrivant donc la lignée des chronographes à affichage original, je considère cet Ocean Chronographe comme une des montres Harry Winston les plus intéressantes car il tire partie astucieusement des possibilités apportées par l'affichage rétrograde pour proposer une grande clarté dans sa présentation. Les personnes qui seront déçues par la taille du boîtier pourront se rabattre sur le chronographe de la collection Premier mais à titre personnel, je ne lui trouve pas le même charme que celui de la collection Ocean.

dimanche 6 juin 2010

Girard-Perregaux: Laureato EVO3 Tourbillon

J'ai essayé de comprendre pendant un certain temps pourquoi je trouvais cette Laureato Tourbillon si étrange. Et puis finalement, je pense savoir pourquoi. D'abord parce qu'il s'agit d'un très rare exemple de montre sportive extrêmement sophistiquée. Et puis parce que, du fait de l'utilisation du boîtier Laureato (dont la version initiale a été créée il y a 35 ans), conjuguée à la présence du Tourbillon trois ponts, cette montre semble être un peu anachronique. Pour être franc, elle me fait penser à un vieil épisode de Star Trek qui dessine le futur tel que l'imaginaient les gens dans les années 70. Cette Laureato EVO3 Tourbillon, c'est un peu la même chose. Puisant ses racines dans ces années-là, elle constitue l'évolution la plus aboutie du mouvement Tourbillon 3 ponts. C'est la montre high-tech par excellence... mais du high-tech d'une technique dépassée: le mouvement mécanique.


Ce sont tous ces paradoxes qui donnent l'intérêt à cette Laureato: montre envoûtante, elle surprend au premier coup d'oeil par le spectacle hypnotisant de son Tourbillon et des 3 ponts Saphir.

Le cadran est donc surprenant et d'une beauté quasi glaciale renforçant l'aspect innovant de la montre. Les 3 ponts Saphir se marient parfaitement avec le boîtier et le Tourbillon est intelligemment mis en valeur. Une des originalités de cette Laureato est la présence, pourtant inutile dans le cas d'un Tourbillon effectuant une rotation par minute, d'une trotteuse dont une forme hexagonale se trouve à chaque bout. Grâce aux ponts, au Tourbillon, les effets de volume sont magnifiques pour le plus grand plaisir de celui qui porte la montre.

Nous retrouvons avec cette Laureato le calibre GP9600 dans sa version... automatique ce qui ne semble pas être le cas de prime abord. L'atout de ce calibre, d'une fréquence de 3hz et d'une réserve de marche de 48 heures, est l'originalité de son architecture. En effet, la masse oscillante se trouve côté cadran (à 12 heures). Lorsqu'on retourne la montre, le calibre a donc l'aspect d'un mouvement à remontage manuel.

Le boîtier, d'un diamètre de 42mm est en titane tout comme le bracelet intégré. La petite concession au caractère sportif affirmé de la Laureato est la lunette en platine. Pas forcément logique dans le contexte car alourdissant la montre et la rendant plus sensible aux rayures mais évidemment cette lunette a pour but de renforcer l'exclusivité de cette Girard-Perregaux.

Grâce à son bracelet, la montre se révèle très confortable: il ne faut pas oublier que son objectif est de pouvoir accompagner son propriétaire en toute circonstance (l'étanchéité est de 100 mètres). Cette alchimie particulière entre montre sportive et mouvement exclusif fonctionne donc bien et c'est là toute la réussite de Girard-Perregaux. Cela n'a pas toujours été le cas. En effet, en 1998, Girard-Perregaux avait déjà présenté la Laureato avec le mouvement Tourbillon à 3 ponts d'or. Mais dans ce cas, le côté trop raffiné de l'or ne collait pas avec le boîtier. Ici, l'adaptation du mouvement, l'utilisation des ponts Saphir rend l'ensemble beaucoup plus cohérent.

Montre très stylée, la Laureato EVO3 Tourbillon ne laisse pas indifférent. On peut être fasciné par son cadran ou rebuté par le côté un peu suranné du boîtier. Mais s'attaquant à un exercice très difficile (la montre Tourbillon tout terrain), Girard-Perregaux s'en sort avec les honneurs grâce à une parfaite qualité dans l'exécution.

Un grand merci à l'équipe Chronopassion à Paris.

mardi 1 juin 2010

Ludovic Ballouard: Upside Down

C'est un vrai plaisir pour moi de vous présenter la première montre en tant qu'indépendant d'un jeune horloger français de talent, Ludovic Ballouard. Je dois l'avouer, j''étais très impatient de rencontrer Masaki Saito qui est l'associé de Ludovic Ballouard dans son entreprise afin de découvrir l'Upside Down qui fut dévoilée fin 2009.

Rarement une montre aura aussi bien porté son nom car c'est bien à l'envers que les chiffres du cadran sont affichés. Tous les chiffres? Non! Car celui de l'heure en cours est bien présenté dans le bon sens. Afin de faciliter la lecture de l'heure et de détecter d'un simple coup d'oeil le chiffre adéquat, un petit index noir apparaît devant. Simple et efficace!


Vous l'avez compris, nous sommes bien en présence d'une montre à heures sautantes mais dont la grande originalité réside dans l'affichage du temps et dans son aspect ludique. Lorsqu'on porte l'Upside Down, le moment que l'on attend frébrilement est celui du passage de l'heure: lorsque la soixantième minute s'achève, le disque de l'heure en cours tourne pour remettre le chiffre à l'envers et simultanément le disque de la nouvelle heure effectue une rotation similaire pour mettre le chiffre à l'endroit. Un véritable ballet qui créé un effet visuel saisissant!

Afin de bien comprendre le fonctionnement de cet affichage, j'ai tourné ce petit film:



Comme généralement avec toute montre à heures sautantes, le changement d'heure se sent lorsque la montre est au poignet: c'est bien évidemment le cas ici. Nous savons que nous changeons d'heure sans même regarder la montre.


Ludovic Ballouard, originaire de Bretagne, a démarré sa carrière suisse chez Franck Muller puis a passé plus de 7 ans chez François-Paul Journe. Ludovic a d'abord travaillé sur les Octa mais sa grande fierté est d'avoir assemblé pendant plus de 3 ans la Grande Sonnerie, la reine des complications. Il est clair que quand on maîtrise une telle complication, cela donne des ailes. Lorsque Ludovic a souhaité travailler pour son projet personnel, il a eu l'intelligence de ne pas démarrer avec une montre "usine à gaz" mais de proposer une complication originale tout en restant dans un contexte simple. Le contexte simple permet en effet de maîtriser les coûts et le prix de vente ainsi que de fiabiliser le mouvement et de le rendre plus facilement réparable et révisable. Cependant il s'agit d'une simplicité relative: l'originalité de l'affichage de l'heure permet à l'Upside Down d'apporter quelque chose de nouveau dans le paysage horloger et surtout l'architecture du calibre indique bien que l'on est face à une montre hors du commun.

La montre a un diamètre de 41mm, un boîtier en platine à la lunette relativement épaisse. Cette épaisseur peut surprendre mais elle s'explique simplement: elle permet de cacher la partie du disque qui supporte l'index noir du chiffre lorsque ce dernier est à l'envers.


La présentation de la montre est relativement dépouillée ce qui est très important dans le cadre d'un tel affichage: la lisibilité doit être préservée et tout l'intérêt porté sur le ballet des chiffres. Ainsi, pas de marquage des minutes par exemple afin d'alléger le cadran: cela peut troubler au départ mais avec habitude, on arrive à rapidement situer la minute où on se trouve. La trotteuse peut sembler petite mais vous remarquerez que son secteur est de taille identique à celui des disques des chiffres. Les aiguilles en acier bleuie contrastent bien avec le cadran en laiton peint.

Comme précisé précédemment, le boîtier est en platine tout comme la boucle et originalité... la couronne! Le placement de cette dernière peut surprendre mais là encore, l'explication est simple quand on retourne la montre. La tige de la couronne doit passer entre deux croix de Malte donc pas d'autre solution! A noter que le réglage de l'heure ne s'effectue que dans un sens donc si vous avancez trop, vous devez refaire un tour complet des 12 heures.

Une des singularités de l'Upside Down est le reflet du mouvement avec le cadran. Grâce à la présence des douze croix de Malte, le mouvement semble agencé comme l'affichage de l'heure, tel un effet miroir. En fait, la complication est située côté mouvement au lieu de se retrouver derrière le cadran. La conséquence est que 12 pignons verticaux traversent le mouvement pour pouvoir animer les disques des chiffres ce qui a compliqué la tâche de Ludovic.

Les platines sont en laiton doré avec une décoration de type soleil réalisée avec soin. La base du calibre est le Peseux 7001 totalement transformé pour pouvoir tracter un tel affichage et mettre en mouvement deux croix de Malte par heure. Il faut bien l'avouer, il est rare de voir une telle organisation de mouvement! La réserve de marche est de 42 heures.


Grâce à la forme élégante du boîtier, aux cornes courtes et bien galbées, la montre se porte avec confort malgré son poids et sa taille. Petit détail amusant lorsqu'on observe la carrure du boîtier: du fait de sa forme incurvée, l'image qui y est réfléchie apparaît à l'envers: un petit clin d'oeil au nom de la montre!




Jusqu'à maintenant, Ludovic Ballouard a livré une vingtaine de montres dont les 12 premières furent vendues directement à des collectionneurs qui connaissaient son talent. L'objectif est de pouvoir fabriquer un maximum de 100 montres par an. Les fournisseurs sont des amis de Ludovic ce qui permet d'éviter de se retrouver dans un goulot d'étranglement.

L'Upside Down est vendue sans boîte mais avec un très bel étui fabriqué avec la même peau que le bracelet. Le prix de vente est de 50.000 francs suisses hors taxes.


L'objectif maintenant pour Masaki est de trouver des détaillants dans plusieurs pays afin d'étendre le réseau de distribution: la montre est actuellement vendue en Suisse, Espagne et en Asie.

Pour Ludovic, en plus de la poursuite de la fabrication de l'Upside Down, le futur consiste à développer son propre mouvement 100% maison ainsi que de s'attaquer à d'autres complications. Compte tenu de son passé, il est permis de rêver à une montre sonore qui aurait, nous n'en doutons pas, la même singularité que l'Upside Down.

Ce fut donc pour moi un plaisir non dissimulé que de découvrir cette Upside Down car il est toujours réjouissant de découvrir des montres à l'affichage original de l'heure mais également d'assister au au développement d'un projet personnel pour lequel j'adresse tous mes voeux de succès.